En avril 2020, le nombre de chambres occupées sur le champ de trois grandes enseignes hôtelières chute de 79 %

Bernard Canonero, Pierre Girard, Nicolas Millet (Insee)

La crise sanitaire liée au Covid-19 et le confinement ont eu un impact très important sur la fréquentation hôtelière. Une première estimation de la chute de fréquentation a été réalisée à partir des données de trois grandes enseignes sur les quatre premiers mois de l’année. Sur ce champ, le nombre de chambres occupées chute de 61 % en mars 2020 par rapport au même mois de l’année précédente, et de 79 % en avril. En moyenne sur les quatre premiers mois de l’année, la baisse est de 37 % par rapport à 2019.

En mars 2020, le nombre de nuitées passées par les résidents dans l’ensemble des hébergements marchands en France métropolitaine a été divisé par deux (− 49 %).

Insee Focus
No 195
Paru le : Paru le 12/06/2020
Bernard Canonero, Pierre Girard, Nicolas Millet (Insee)
Insee Focus  No 195 - juin 2020

Forte baisse du nombre de chambres occupées en mars et en avril dans les hôtels des trois enseignes

Sur les quatre premiers mois de l'année 2020, de janvier à avril, comparé à la même période un an plus tôt hors pandémie, le nombre des chambres occupées diminue fortement (− 37 % sur le champ de trois enseignes d’hôtels, figure 1a ; sources).

En janvier et février 2020, le nombre de chambres occupées dans les hôtels est comparable à celui des mêmes mois des années précédentes. Les premiers signes du virus à travers le monde début janvier ont peu modifié la fréquentation touristique dans les hôtels de France métropolitaine. Le nombre de chambres occupées chute de 61 % en mars 2020, par rapport à mars 2019 (figure 1b ; encadré). L'ampleur de cette baisse, supérieure à 50 %, suggère qu'elle aurait été amorcée avant le début du confinement, mi-mars. Le confinement à la mi-mars pour la France marque un net coup d’arrêt, avec la fermeture d'une grande partie des hôtels. Cette chute se poursuit au mois d’avril, avec une baisse de 79 % par rapport à avril 2019.

Toutes les catégories d’hôtels et tous les types d’espace (urbain, rural, littoral, massif de ski, etc.) sont touchés avec une ampleur comparable.

En extrapolant les résultats collectés auprès de trois grandes enseignes de chaîne hôtelière à l’ensemble des hôtels, et en tenant compte de la saisonnalité de la fréquentation touristique, la baisse du nombre de chambres occupées observée sur les quatre premiers mois de l’année 2020 représenterait 4 % du nombre de chambres occupées en moyenne chaque année au cours de la décennie 2010.

Figure 1a - Évolution du nombre de chambres offertes et occupées de janvier à avril 2020 comparé à la même période en 2019, dans les hôtels de trois grandes enseignes

en %
Figure 1a - Évolution du nombre de chambres offertes et occupées de janvier à avril 2020 comparé à la même période en 2019, dans les hôtels de trois grandes enseignes (en %)
Chambres occupées Chambres offertes
1 étoile et 2 étoiles -38,6 -13,8
Île-de-France -34,9 -13,1
Urbain de province -37,5 -13,7
Littoral -36,4 -18,0
Massifs de ski -26,8 -13,8
Autres espaces -45,3 -16,7
Ensemble des hôtels -36,7 -14,1
  • Champ : ensemble des hôtels de trois grandes enseignes : Accor, B&B, Louvre Hotels Group.
  • Source : données fournies par les enseignes concernées, calculs Insee.

Une chute brutale liée au confinement à partir du 16 mars qui s’accentue en avril

Dans les trois enseignes considérées, le taux d’occupation est stable en janvier-février (figure 2). Au mois de mars, le taux d’occupation baisse fortement (− 21 points par rapport à février 2020) avec la baisse de la demande. Cette tendance s’accentue ensuite en avril (− 18 points par rapport à mars 2020) avec un taux d’occupation de 21 %. Avec les fermetures d’hôtels, le nombre de chambres offertes diminue de 34 % en mars 2020 par rapport à mars 2019. Il diminue de 26 % en avril.

Pour l’ensemble des trois enseignes, sept hôtels sur dix sont déclarés fermés sur la deuxième quinzaine de mars et en avril 2020 (figure 3).

Figure 2 - Occupation en janvier, février, mars et avril 2020, comparée au même mois en 2019, dans les hôtels de trois grandes enseignes

Figure 2 - Occupation en janvier, février, mars et avril 2020, comparée au même mois en 2019, dans les hôtels de trois grandes enseignes
Nombre d’hôtels Taux d’occupation (en %) Évolution par rapport au même mois en 2019
Taux d’occupation (en points) Nombre de chambres offertes (en %) Nombre de chambres occupées (en %)
Janvier 1 086 58,0 1,3 0,1 2,4
Février 1 084 60,2 -0,4 3,9 3,1
Mars 1 072 38,6 -26,9 -34,0 -61,1
Avril 1 125 20,6 -51,8 -25,5 -78,8
  • Champ : ensemble des hôtels de trois grandes enseignes : Accor, B&B, Louvre Hotels Group.
  • Source : données fournies par les enseignes concernées, calculs Insee.

Figure 3 - Occupation en mars et avril 2020, dans les hôtels de trois grandes enseignes

Figure 3 - Occupation en mars et avril 2020, dans les hôtels de trois grandes enseignes
Mars 2020
Chambres occupées (en milliers) 879
dont après le 15 mars 105
Part de la fréquentation après le 15 mars (en %) 12
Part des hôtels fermés après 15 mars (en %) 66
Avril 2020
Chambres occupées (en milliers) 171
Part des hôtels fermés (en %) 68
  • Champ : ensemble des hôtels de trois grandes enseignes : Accor, B&B, Louvre Hotels Group.
  • Source : données fournies par les enseignes concernées, calculs Insee.

Le nombre de nuitées passées par les résidents dans les hébergements marchands en France a chuté de 49 % en mars 2020 par rapport à mars 2019

L’enquête de suivi de la demande touristique (SDT) confirme la chute au mois de mars. Cette enquête ne porte que sur les résidents.

En mars, le nombre de nuitées passées par les résidents en dehors de leur environnement habituel chute de 45 % en France métropolitaine selon cette enquête. Dans les hébergements marchands (hôtel, location, camping, etc.), le nombre de nuitées baisse de 49 %, que ce soit pour motif personnel (− 46 %) ou professionnel (− 64 %).

Le nombre de nuitées passées dans un hébergement non marchand (résidence secondaire, dans la famille ou autre) diminue de 42 %. Une partie de ces nuitées correspondent à la situation de personnes dont le lieu de confinement a été différent de leur résidence principale.

Encadré – La fréquentation hôtelière au premier trimestre au cours des dix dernières années

Sur les dix dernières années, la fréquentation hôtelière du premier trimestre est principalement domestique. Deux tiers des nuitées hôtelières sont réalisées par des résidents et un tiers par des non-résidents, principalement d’Europe.

Ce tourisme hivernal a de multiples facettes : il s’agit d’abord d’un tourisme d’affaires en milieu urbain, mais aussi de tourisme dans les massifs de ski par exemple. Les hôtels des massifs de ski enregistrent la moitié de leurs nuitées durant le premier trimestre.

Sources

L'enquête mensuelle de fréquentation touristique conduite par l’Insee a été suspendue en mars compte tenu de la crise sanitaire liée au Covid-19. Les données collectées auprès de trois enseignes de chaîne hôtelière (Accor, B&B et Louvre Hôtels Group) fournissent une première estimation de la chute de fréquentation hôtelière de janvier à avril 2020. Ce panel représente un dixième de l’ensemble des hôtels en France.

L’enquête portant sur le suivi la demande touristique (SDT) donne une estimation du nombre de nuitées passées par les résidents dans l’ensemble des hébergements en France métropolitaine et à l’étranger. Pour cette étude, seule la fréquentation des hébergements en France métropolitaine est retenue.

Définitions

Le taux d’occupation est le rapport du nombre de chambres (ou d’emplacements ou d’unités d’hébergements) occupées au nombre de chambres (ou d’emplacements ou d’unités d’hébergements) effectivement offertes sur une période donnée (c’est-à-dire en excluant les fermetures saisonnières).

La fréquentation en nuitées correspond au nombre total de nuits passées par les clients dans un établissement touristique. Un couple séjournant trois nuits dans un établissement compte pour six nuitées, de même que six personnes ne séjournant qu’une nuit.

Les résidents sont les personnes, quelle que soit leur nationalité, qui ont leur domicile principal en France.