Le Couserans : l’attractivité s’érode

Christian Ratte, Stéphane Méloux, Insee

Entre 2009 et 2014, le Couserans continue d’attirer de nouveaux habitants, mais cette attractivité s’érode par rapport à la période 1999-2009. Elle ne suffit plus à compenser l’excédent des décès sur les naissances dans un territoire à la population âgée.

Toujours en prise à de multiples fragilités sociales, le territoire perd des emplois entre 2009 et 2014 alors qu’il en gagnait auparavant. Seul le secteur tertiaire progresse, grâce notamment au dynamisme des activités médicosociales 1 , en lien avec le vieillissement de la population.

1 secteur de l’hébergement médicosocial et social et de l’action sociale sans hébergement

Christian Ratte, Stéphane Méloux, Insee
Insee Flash Occitanie  No 83 - décembre 2018

Situé dans la partie centrale des Pyrénées, couvert par le Parc naturel régional des Pyrénées ariégeoises, le Couserans, aussi nommé « pays des 18 vallées », est peuplé de 29 600 habitants en 2014. Il est constitué de 94 communes, regroupées depuis 2017 au sein de la communauté de communes Couserans-Pyrénées. L’agglomération centrale de Saint-Girons, pôle d’emplois et de services de 9 700 habitants, structure son organisation. Même s’il n’est pas très éloigné de Toulouse, le territoire reste relativement enclavé, sans accès direct à l’Espagne. Située à 30 minutes de l’autoroute A64, la ville-centre n’est pas desservie par le réseau ferré (figure 1).

Figure 1Le Couserans, vaste territoire montagneuxTerritoire de la communauté de communes Couserans-Pyrénées

Un territoire moins attractif qu’auparavant

Entre 2009 et 2014, les arrivées de nouveaux habitants sont toujours plus nombreuses que les départs dans le Couserans. Mais, contrairement à la période 1999-2009, ce solde migratoire positif ne compense plus les pertes dues à l’excédent des décès sur les naissances, même si cet excédent se réduit (figure 2). Au cours de l’année 2013, quelque 1 200 habitants s’installent sur le territoire tandis que 1 100 habitants le quittent pour s’installer ailleurs en France. Dans les échanges de proximité, les arrivées en provenance des aires urbaines de Toulouse et de Foix sont plus nombreuses que les départs. À l’inverse, les départs sont plus nombreux vers les aires urbaines de Pamiers et de Saint-Gaudens.

Figure 2L’excédent migratoire ne compense plus le déficit naturelVariation annuelle moyenne de la population en Couserans de 1982 à 2014 (en %)

L’excédent migratoire ne compense plus le déficit naturel
Période Taux de variation annuel moyen Variation due au solde naturel Variation due au solde migratoire (entrées-sorties)
1982-1990 - 0,76 - 1,00 + 0,25
1990-1999 - 0,02 - 0,88 + 0,86
1999-2009 + 0,00 - 0,73 + 1,41
2009-2014 - 0,23 - 0,67 + 0,44
  • Source : Insee, recensements de la population

Figure 2L’excédent migratoire ne compense plus le déficit naturelVariation annuelle moyenne de la population en Couserans de 1982 à 2014 (en %)

  • Source : Insee, recensements de la population

Les arrivées compensent les départs pour toutes les tranches d’âge, hormis pour les jeunes de 18 à 24 ans qui quittent le territoire pour poursuivre des études ou pour occuper un premier emploi.

Au final, la population du Couserans est en légère baisse entre 2009 et 2014 (- 1,1 %), avec toutefois des évolutions contrastées selon les espaces. Le nombre d’habitants diminue particulièrement dans la commune de Saint-Girons (- 4,9 % sur la période), mais il s’accroît dans sa banlieue et dans les communes rurales environnantes. Il baisse sensiblement dans les communes plus éloignées de l’agglomération, notamment au sud-est du territoire, dans le Massatois et dans le Haut-Salat.

La population du Couserans est âgée, un peu plus que dans les zones de comparaison. En 2014, 36 % de la population a 60 ans ou plus. Entre 2009 et 2014, la part des habitants de 60 à 74 ans s’accroît de 2 points, alors que celle des habitants de 30 à 44 ans diminue d’autant.

Des fragilités sociales multiples

En Couserans, plus d’un ménage sur cinq vit avec un revenu inférieur au seuil de pauvreté en 2014. C’est notamment le cas de 40 % des familles monoparentales et de 33 % des hommes vivant seuls. Le niveau de vie des ménages est plus faible que dans les territoires de comparaison (méthodologie). Ceci est vrai pour le niveau de vie médian, qui partage la population en deux parties égales, comme pour celui des 10 % des ménages les plus aisés ou des 10 % des ménages les plus pauvres. En outre, signe de grande précarité, les prestations sociales versées par la caisse d’allocations familiales représentent au moins les trois quarts du revenu pour un tiers des allocataires. Autre indicateur de fragilité sociale, 30 % des jeunes de 18 à 24 ans ne sont ni en emploi ni en études, soit 4 points de plus que dans l’ensemble des territoires de comparaison.

Dans la zone d’emploi de Saint-Girons qui couvre une large partie du territoire, le taux de chômage est relativement élevé : il concerne 12,0 % de la population active en 2017, contre 11,6 % en Ariège et 11,0 % en Occitanie, région où le chômage est très présent.

Légère baisse de l’emploi

Sur la période 2009-2014, l’emploi diminue légèrement en Couserans (- 0,7 %). Cette baisse est moins forte que celle observée dans les zones de comparaison (- 1,2 %). En 2014, le territoire compte 10 200 emplois. Parmi eux, 8 900 sont occupés par des actifs résidant en Couserans tandis que 1 300 sont occupés par des actifs qui résident en dehors du territoire mais viennent chaque jour y travailler.

Par ailleurs, 1 800 personnes font le chemin inverse : Foix, Toulouse, Salies-du-Salat et Pamiers étant les principales destinations (soit 800 navetteurs vers ces communes). Le territoire dispose ainsi d’une relative autonomie sur le plan des emplois, l’agglomération de Saint-Girons en concentrant à elle seule plus de la moitié.

Entre 2009 et 2014, le nombre d’emplois dans le tertiaire progresse à un rythme ralenti par rapport à la période 1999-2009, alors qu’il continue de diminuer dans l’agriculture et l’industrie et repart à la baisse dans la construction (figure 3). Le secteur « médicosocial » devient le principal secteur employeur : il représente 14 % de l’emploi total du Couserans, contre 10 % en 2009. Il devance dorénavant les secteurs des activités liées à la santé (professionnels de santé, services hospitaliers...) et du commerce.

Figure 3En 2014, le tertiaire représente trois quarts des emploisÉvolution des secteurs d’activité dans l’emploi localisé en Couserans depuis 1975 (en %)

En 2014, le tertiaire représente trois quarts des emplois
Année Agriculture Industrie Construction Tertiaire Ensemble
1975 32,4 17,4 8,5 41,7 100
1982 29,9 15,0 9 46,1 100
1990 18,5 13,8 8,3 59,4 100
1999 13,1 14,3 6,7 65,9 100
2009 9,1 12,4 9,7 68,8 100
2014 8,3 11,6 7,9 72,2 100
  • Source : Insee, recensements de la population au lieu de travail

Figure 3En 2014, le tertiaire représente trois quarts des emploisÉvolution des secteurs d’activité dans l’emploi localisé en Couserans depuis 1975 (en %)

  • Source : Insee, recensements de la population au lieu de travail

Avec une capacité d’accueil importante, surtout du fait du nombre de résidences secondaires, le territoire concentre plus du tiers des lits touristiques ariégeois. Le tourisme génère plus de 400 emplois en moyenne mensuelle sur l’année, soit 5 % de l’emploi total (contre 4 % et 11 % pour les zones de comparaison). Parmi ces emplois, 40 % relèvent de l’hébergement marchand et 17 % du domaine du sport et des loisirs. En lien avec les attraits naturels et patrimoniaux du territoire, les emplois saisonniers se concentrent durant la période estivale et au cours de la saison d’hiver, grâce notamment à Guzet, station de ski et station toutes saisons. Ustou, où est située Guzet, est ainsi la deuxième commune d’Ariège de par sa capacité d’hébergement touristique après Ax-les-Thermes.

Pour comprendre

L’étude porte sur les 94 communes qui composent la communauté de communes du Couserans-Pyrénées, dans son périmètre au 1er janvier 2017. Afin de repérer certaines spécificités propres à ce territoire, il est comparé à une sélection de 10 communautés de communes (CC) aux caractéristiques proches 2 , ainsi qu’à une zone regroupant les communes classées en zone de massif des Pyrénées (hors communes des grandes aires urbaines). Ces deux territoires jouent le rôle de zones de comparaison.

2 CC Conflent-Canigó, CC des Baronnies en Drôme Provençale, CC Champagnole Nozeroy Jura, CC des Pays de Caldaguès-Aubrac, Pierrefort-Neuvéglise, Planèze, Saint-Flour Margeride, CC du Sisteronais-Buëch, CC du Grand Villefranchois, CC Ambert Livradois Forez, CC du Limouxin, CC du Pays d'Oloron et des Vallées du Haut Béarn et CC Haute-Corrèze Communauté.

Définitions


Le solde migratoire est la différence entre le nombre de personnes qui sont entrées sur le territoire et le nombre de personnes qui en sont sorties au cours d’une période.


Le solde naturel est la différence entre le nombre de naissances et le nombre de décès enregistrés au cours d’une période.


Le niveau de vie d’un ménage est le revenu disponible divisé par le nombre d’unités de consommation, système de pondération tenant compte des économies d’échelle liées au nombre de personnes du ménage. Un individu (ou un ménage) est considéré comme pauvre lorsqu'il vit dans un ménage dont le niveau de vie est inférieur au seuil de pauvreté (60 % du niveau de vie médian de France métropolitaine).

Pour en savoir plus

« Pays Couserans : un renouveau récent à confirmer », 6 Pages Insee Midi-Pyrénées n° 156, février 2014