Salaire horaire : l’importance de la catégorie socioprofessionnelle et du diplôme

Séverine Arnault, division Salaires et revenus d’activité, Insee

En 2014, dans les entreprises privées et publiques de 10 salariés ou plus, le salaire horaire habituel moyen est de 17,3 euros bruts, en incluant les primes régulières. Des disparités importantes existent selon la catégorie socioprofessionnelle et le diplôme. Elles s’avèrent moindres selon l’âge, le sexe, le secteur d’activité ou le type de poste occupé. Ces écarts salariaux s’atténuent nettement lorsque l'on tient compte des caractéristiques du salarié, du poste occupé et de l'entreprise employeuse.

Insee Focus N° 116
No 116
Paru le : 18/06/2018

En moyenne, un salaire horaire de 17,3 euros bruts

En 2014, dans les entreprises de 10 salariés ou plus des secteurs privé et public, le salaire horaire habituel moyen est de 17,3 euros bruts (hors éléments variables de rémunération), avec un Smic horaire de 9,53 euros bruts cette année-là. Le salaire horaire habituel moyen est très variable selon les caractéristiques des salariés et du poste qu’ils occupent. En effet, il augmente avec l'âge, le niveau de diplôme ou encore l'ancienneté des salariés. Il est également plus élevé pour les hommes, les salariés en contrat à durée indéterminée, travaillant à temps complet, dans des entreprises de grande taille, situées en Île-de-France. Ainsi, un salarié cumulant l’ensemble de ces caractéristiques gagne en moyenne 23,9 euros bruts par heure.

Des écarts surtout liés à la catégorie socioprofessionnelle et au diplôme

Les salaires horaires sont particulièrement dispersés selon la catégorie socioprofessionnelle des salariés. Ils vont de 13,3 euros pour les ouvriers et les employés à 45,8 euros pour les chefs d'entreprise salariés (figure 1). L’écart de 244 % entre ces catégories aux deux extrêmes reste encore très élevé (127 %) lorsque l'on tient compte des effets liés aux autres variables (c'est-à-dire à âge, sexe, diplôme, type de contrat, temps de travail, ancienneté dans l’entreprise, secteur d’activité, secteur privé ou public, localisation et taille de l’entreprise identiques). Pour les autres catégories socioprofessionnelles (cadres, professions intermédiaires), les écarts de salaire avec les employés et les ouvriers sont nettement plus réduits, une fois l'effet des autres variables neutralisé.

Figure 1 - Salaire horaire habituel moyen par catégorie socioprofessionnelle

en %
Figure 1 - Salaire horaire habituel moyen par catégorie socioprofessionnelle
Salaire horaire habituel moyen, en euros Écart à la valeur de la référence (employés), en % Effet propre (écart à la valeur de référence en neutralisant l'effet des autres variables), en %
Ensemble 17,3
Chefs d'entreprise salariés 45,8 243,8 127
Cadres et professions intellectuelles supérieures 27,3 104,7 52,9
Professions intermédiaires 17,7 33,2 19,7
Employés (référence) 13,3
Ouvriers 13,3 -0,1 -7,5
  • Lecture : en 2014, un salarié cadre ou exerçant une profession intellectuelle supérieure gagne habituellement 27,3 euros par heure en moyenne, soit 104,7 % de plus que la modalité de référence (les employés).
  • En contrôlant l'effet des autres variables (sexe, âge, diplôme, contrat, temps de travail, ancienneté, secteur d'activité, secteur privé/public, localisation, taille de l'entreprise), l'écart « toutes choses égales par ailleurs » est de 52,9 %.
  • Champ : France (hors Mayotte), entreprises de 10 salariés ou plus, secteurs privé et public ; hors agriculture, activités des ménages en tant qu'employeurs, activités extraterritoriales et défense ; hors salariés apprentis.
  • Source : Insee, enquête sur le coût de la main-d'œuvre et la structure des salaires (Ecmoss) 2014, enquête auprès des salariés de l'État (FPE).

Figure 1 - Salaire horaire habituel moyen par catégorie socioprofessionnelle

Le plus haut diplôme obtenu est également un déterminant important du salaire. Un salarié possédant un diplôme de l’enseignement supérieur de niveau Bac+5 ou plus perçoit un salaire horaire moyen de 26,3 euros, contre 14,9 euros pour un salarié ayant un baccalauréat ou un niveau baccalauréat. Cet écart de salaire de 77 % se réduit cependant à 24 % lorsque l'on tient compte des autres variables (figure 2).

Figure 2 - Salaire horaire habituel moyen par diplôme

Figure 2 - Salaire horaire habituel moyen par diplôme
Salaire horaire habituel moyen, en euros Écart à la valeur de la référence (niveau baccalauréat ou baccalauréat), en % Effet propre (écart à la valeur de référence en neutralisant l'effet des autres variables), en %
Ensemble 17,3
Pas de diplôme, niveau collège maximum 13,7 -7,9 -7,1
Niveau bac ou baccalauréat (référence) 14,9
Enseignement supérieur, bac+4 ou moins 18,5 24,5 9,3
Enseignement supérieur, bac+5 ou plus 26,3 77,2 23,9
  • Lecture : en 2014, un salarié avec un diplôme de l'enseignement supérieur de type bac+4 ou moins gagne habituellement 18,5 euros par heure en moyenne, soit 24,5 % de plus que la modalité de référence (les salariés ayant un niveau baccalauréat ou le baccalauréat).
  • En contrôlant l'effet des autres variables (sexe, âge, catégorie socioprofessionnelle, contrat, temps de travail, ancienneté, secteur d'activité, secteur privé/public, localisation, taille de l'entreprise), l'écart « toutes choses égales par ailleurs » est de 9,3 %.
  • Champ : France (hors Mayotte), entreprises de 10 salariés ou plus, secteurs privé et public ; hors agriculture, activités des ménages en tant qu'employeurs, activités extraterritoriales et défense ; hors salariés apprentis.
  • Source : Insee, enquête sur le coût de la main-d'œuvre et la structure des salaires (Ecmoss) 2014, enquête auprès des salariés de l'État (FPE).

Figure 2 - Salaire horaire habituel moyen par diplôme

Des salaires horaires qui augmentent avec l’âge et l’ancienneté

Les salaires horaires augmentent continûment avec l’âge des salariés, puisqu’ils vont de 13,2 euros en moyenne pour les moins de 30 ans à 22,1 euros pour les 60 ans ou plus (figure 3). Cela reflète le lien entre l’âge et l’expérience, mais aussi avec d’autres variables, notamment le diplôme. En effet, les bas salaires sont surreprésentés chez les moins de 30 ans, car les plus diplômés d’entre eux (potentiellement mieux rémunérés) ne sont pas encore tous entrés sur le marché du travail. À l’inverse, les salariés encore en emploi au-delà de 60 ans sont généralement plus diplômés que la moyenne et donc mieux rémunérés. Une partie de cet écart entre catégories d’âge disparaît ainsi en neutralisant l’effet des autres variables : l’écart entre les salariés de moins de 30 ans et ceux de 60 ans ou plus passe en effet de 50 % à 23 % en moyenne. Aux âges intermédiaires, les salaires horaires sont compris entre 16,3 euros de 30 à 39 ans et 19,1 euros de 55 à 59 ans. La progression est donc moins forte, d’autant plus que les écarts de salaire disparaissent quasiment, en contrôlant l’effet des autres variables.

Figure 3 - Salaire horaire habituel moyen par âge

Figure 3 - Salaire horaire habituel moyen par âge
Salaire horaire habituel moyen, en euros Écart à la valeur de la référence (40-49 ans), en % Effet propre (écart à la valeur de référence en neutralisant l'effet des autres variables), en %
Ensemble 17,3
Moins de 30 ans 13,2 -26,7 -13,8
Entre 30 et 39 ans 16,3 -9,5 -6,0
Entre 40 et 49 ans (référence) 18,0
Entre 50 et 54 ans 18,7 3,6 1,5
Entre 55 et 59 ans 19,1 5,9 2,6
60 ans ou plus 22,1 22,6 9,1
  • Lecture : en 2014, un salarié âgé de 30 à 39 ans gagne habituellement 16,3 euros par heure en moyenne, soit 9,5 % de moins que la modalité de référence (les salariés âgés de 40 à 49 ans).
  • En contrôlant l'effet des autres variables (sexe, diplôme, catégorie socioprofessionnelle, contrat, temps de travail, ancienneté, secteur d'activité, secteur privé/public, localisation, taille de l'entreprise), l'écart « toutes choses égales par ailleurs » est de - 6,0 %.
  • Champ : France (hors Mayotte), entreprises de 10 salariés ou plus, secteurs privé et public ; hors agriculture, activités des ménages en tant qu'employeurs, activités extraterritoriales et défense ; hors salariés apprentis.
  • Source : Insee, enquête sur le coût de la main-d'œuvre et la structure des salaires (Ecmoss) 2014, enquête auprès des salariés de l'État (FPE).

Figure 3 - Salaire horaire habituel moyen par âge

Par ailleurs, les salaires horaires augmentent également avec l’ancienneté des salariés dans leur entreprise, mais de façon moins marquée. L’ancienneté, comme l’âge du salarié, a un pouvoir explicatif des écarts salariaux essentiellement en début et en fin de carrière.

Un salaire horaire féminin plus faible

En 2014, les femmes ont un salaire horaire moyen de 15,8 euros, inférieur de 16 % à celui des hommes (18,8 euros). Cet écart se réduit à 9 %, en tenant compte des autres variables et en particulier du fait que les femmes travaillent plus souvent dans des catégories socioprofessionnelles et des secteurs d’activité moins rémunérateurs. Cet écart « toutes choses égales par ailleurs » ne s’interprète pas comme un indicateur de discrimination salariale, car, d'une part, certains facteurs ne sont pas observables et, d'autre part, l'écart ne prend pas en compte l'ensemble des dimensions de la discrimination, comme l'accès inégal à des postes d'encadrement.

En outre, ces écarts de salaire femmes-hommes croissent avec l'âge, ce qui peut traduire une moindre valorisation de l’expérience des femmes ou l’effet des interruptions de carrière plus nombreuses pour les femmes avant 40 ans.

Des écarts apparemment élevés par secteur d'activité

Les salaires horaires dépendent aussi du secteur d’activité de l’entreprise employeuse et du type d’emploi occupé par les salariés. Les écarts sont importants entre les secteurs les plus rémunérateurs en moyenne, comme les services financiers (23,9 euros) ou l’information et la communication (23,3 euros) et les secteurs les moins rémunérateurs, comme l’hébergement et la restauration (13,3 euros) (figure 4). Pour autant, le secteur d’activité explique assez peu les écarts salariaux, puisque ceux-ci s’atténuent nettement lorsque l'on tient compte de l’effet des caractéristiques du salarié, du poste et des autres caractéristiques de l’entreprise. Le secteur de l’enseignement fait figure d’exception avec un salaire horaire moyen plus élevé (18,9 euros) qu'en moyenne, mais un salaire « toutes choses égales par ailleurs » plus faible.

Figure 4 - Salaire horaire habituel moyen par secteur d'activité

Figure 4 - Salaire horaire habituel moyen par secteur d'activité
Salaire horaire habituel moyen, en euros Écart à la valeur de la référence (commerce), en % Effet propre (écart à la valeur de référence en neutralisant l'effet des autres variables), en %
Ensemble 17,3
Services financiers 23,9 49,7 9,0
Information-communication 23,3 45,5 0,8
Activités scientifiques et techniques 22,6 41,2 4,2
Énergie, gaz, déchets 20,4 27,8 9,6
Enseignement 18,9 18,0 -13,3
Arts, spectacles 18,6 16,4 -3,0
Industries extractives 18,4 14,8 13,3
Industrie manufacturière 18,1 13,1 5,1
Transports et entreposage 17,4 8,8 7,1
Activités immobilières 16,9 5,8 -2,3
Construction 16,9 5,7 9,8
Commerce (référence) 16,0
Administration publique 15,9 -0,8 -5,3
Autres activités de services 15,6 -2,6 -4,4
Santé 15,1 -5,6 -5,9
Services administratifs et de soutien 14,2 -10,9 -2,2
Hébergement et restauration 13,3 -17,0 -4,1
  • Lecture : en 2014, un salarié travaillant dans un établissement du secteur de la construction gagne habituellement 16,9 euros par heure en moyenne, soit 5,7 % de plus que la modalité de référence (secteur commerce).
  • En contrôlant l'effet des autres variables (sexe, âge, diplôme, catégorie socioprofessionnelle, contrat, temps de travail, ancienneté, secteur privé/public, localisation, taille de l'entreprise), l'écart « toutes choses égales par ailleurs » est de 9,8 %.
  • Champ : France (hors Mayotte), entreprises de 10 salariés ou plus, secteurs privé et public ; hors agriculture, activités des ménages en tant qu'employeurs, activités extraterritoriales et défense ; hors salariés apprentis.
  • Source : Insee, enquête sur le coût de la main-d'œuvre et la structure des salaires (Ecmoss) 2014, enquête auprès des salariés de l'État (FPE).

Figure 4 - Salaire horaire habituel moyen par secteur d'activité

Pour le type de contrat de travail, le temps de travail, la localisation ou encore la taille de l’entreprise, les écarts de salaire observés s’estompent presque totalement, lorsqu’on contrôle les effets des autres variables. Seule exception, les salariés employés dans les départements et régions d'outre-mer (Drom) ont un salaire « toutes choses égales par ailleurs » plus élevé que les salariés employés en métropole, en raison de conditions de rémunération spécifiques et globalement plus avantageuses qu’en métropole, notamment pour compenser un niveau général des prix à la consommation plus élevé.

Au sein de leur rémunération habituelle, les salariés peuvent percevoir un paiement pour la réalisation d'heures supplémentaires (figure 5). Ces dernières concernent 29,4 % des salariés, qui perçoivent alors un montant moyen de 155 euros par an.

Figure 5 - Rémunération variable des salariés en 2014

Figure 5 - Rémunération variable des salariés en 2014
Part de salariés concernés, en % Montant moyen perçu, en euros
Heures supplémentaires 29,4 155
Primes liées à des contraintes du poste de travail 24,0 184
Indemnités, épargne salariale, autres primes irrégulières et avantages en nature 65,2 4 041
  • Lecture : en 2014, le paiement d'heures supplémentaires concerne 29,4 % des salariés. Pour ces salariés, le montant moyen perçu est de 155 euros par an.
  • Champ : France (hors Mayotte), entreprises de 10 salariés ou plus, secteurs privé et public ; hors agriculture, activités des ménages en tant qu'employeurs, activités extraterritoriales et défense ; hors salariés apprentis.
  • Source : Insee, enquête sur le coût de la main-d'œuvre et la structure des salaires (Ecmoss) 2014, enquête auprès des salariés de l'État (FPE).

Au-delà du salaire horaire habituel, l’importance des éléments variables de rémunération

De plus, les salariés peuvent également percevoir des éléments de rémunération supplémentaires, comme des primes occasionnelles ou irrégulières, des avantages en nature, de l'épargne salariale (intéressement, participation ou abondement) ainsi que d'autres éléments n'ayant pas caractère de salaire, comme des indemnités de licenciement, de chômage partiel ou encore des rachats de jours sur un compte épargne-temps (CET). Ces éléments peuvent être significatifs dans la rémunération. Ils bénéficient à deux tiers des salariés, qui perçoivent alors en moyenne 4 041 euros par an. Ces éléments variables ne sont pas pris en compte dans le calcul du salaire habituel, mais peuvent également contribuer aux écarts de rémunération.

Sources

Le salaire est calculé à partir du dispositif européen sur le coût de la main-d'œuvre et la structure des salaires (Ecmoss), constitué de deux enquêtes quadriennales : l'enquête sur la structure des salaires pour le secteur privé et les fonctions publiques territoriale et hospitalière (enquête « ESS »), et l'enquête auprès des salariés de la fonction publique d'État (enquête FPE).

Ces données d'enquête sont complétées par des données administratives.

Les données portent sur la France entière, hors Mayotte, pour les entreprises de 10 salariés ou plus du secteur privé et des trois fonctions publiques, à l'exception des secteurs de l’agriculture, des activités des ménages en tant qu’employeurs, des activités extraterritoriales et de la défense.

Les apprentis, qui représentent 1,8 % du champ, sont exclus de l'analyse, car leur salaire horaire, bien plus faible que celui des autres salariés, ne reflète pas la réalité de leur travail.

Définitions

Le salaire horaire habituel moyen suit la définition utilisée par Eurostat. Ce salaire horaire moyen du mois de référence comprend le salaire de base, la rémunération des heures supplémentaires ou complémentaires et les primes, dès lors qu’elles sont régulièrement versées à la fin de chaque mois (leur montant pouvant varier). Il s’agit notamment des primes d'ancienneté, des primes liées à des contraintes de poste ou encore à des performances individuelles ou collectives. Ce salaire horaire ne comprend ni les primes versées de manière non régulière ou exceptionnelle, ni les avantages en nature, ni l'épargne salariale (intéressement, participation, abondement), ni les versements de type indemnitaire tenant lieu de prestation (indemnités de licenciement, de mise à la retraite, etc.). Il s'agit d'un salaire horaire « brut », qui comprend les cotisations à la charge des salariés.

Pour en savoir plus

La structure des salaires en 2014, Insee Résultats, juin 2018.

Sanchez R., « La structure des rémunérations dans le secteur privé en 2014 - Les éléments variables représentent en moyenne 19,2 % de la rémunération », Dares Résultats n° 074, décembre 2016.

Muller L., « Les écarts de salaire entre les hommes et les femmes en 2009 - Le salaire horaire des femmes est inférieur de 14 % à celui des hommes », Dares Analyses n° 016, mars 2012.

Jaluzot L., Malaval F., Rateau G., « En 2015, les prix dans les DOM restent plus élevés qu'en métropole », Insee Première n° 1589, avril 2016.

Des données complémentaires sont disponibles dans le fichier Excel joint à cette publication, en haut de page.