Economie et Statistique / Economics and Statistics n° 497-498Niveau de vie et ségrégation dans douze métropoles françaises

Jean-Michel Floch
Economie et Statistique / Economics and Statistics
Paru le : 07/02/2018

Article en une page

Question clé

La ségrégation urbaine rend compte de l’inégale répartition spatiale des groupes sociaux entre les quartiers. Souvent associée à l’urbanisation, elle a des conséquences économiques dommageables et nuit à une croissance inclusive. Connaître l’ampleur de ce phénomène et la façon dont il se traduit spatialement est un enjeu important pour les métropoles, où les niveaux de vie les plus faibles comme les plus élevés sont généralement surreprésentés dans leurs villes-centres. À partir d’une mesure de la ségrégation, l’article compare la situation de douze métropoles et propose une typologie permettant une cartographie des quartiers mixtes et de ceux contribuant à la ségrégation.

Méthodologie

La ségrégation est mesurée à partir d’un indicateur hiérarchisé de ségrégation prenant en compte l’ensemble de la distribution des revenus. Il est complété par une typologie des quartiers, basée sur la répartition en quintiles des niveaux de vie. Les données sont issues du dispositif Fichier Localisé Social et Fiscal (Filosofi, Insee) dans lequel les revenus fiscaux et sociaux sont appariés.

Principaux résultats

Des différences sensibles existent entre les aires urbaines analysées : le niveau de ségrégation est plus élevé dans celles de Lille, Paris et Aix-Marseille.

La ségrégation est moins marquée dans les couronnes que dans les banlieues ou les villes-centres.

À Lille, la ségrégation est forte en banlieue ; à Paris, elle l’est également en banlieue, particulièrement dans les Yvelines, alors qu’elle ne l’est pas en ville-centre ; enfin, elle est aussi forte dans la ville-centre d’Aix-Marseille.

Dans la majorité des cas, la ségrégation des niveaux de vie élevés est plus marquée que celle des niveaux de vie les plus faibles.

Les hiérarchies issues de l’analyse de la ségrégation à partir des revenus et des PCS sont convergentes.

La typologie construite à partir de la distribution des niveaux de vie permet de mettre en évidence divers types d’organisation spatiale, selon que les zones de faible niveau de vie sont localisées en ville-centre (Rennes) ou en banlieue (Lyon), et de localiser des territoires que l’on peut qualifier de mixtes.

Principaux messages

La ségrégation est un phénomène complexe qui doit s’appréhender par des approches complémentaires, prendre en compte l’ensemble du territoire urbain et ne pas se limiter aux quartiers dits sensibles. Mesurer la ségrégation et cartographier la mixité permettent de relativiser les discours sur les banlieues et la périphérie, et de mettre en évidence que la ségrégation se manifeste aux deux extrémités de l’échelle des niveaux de vie.

Article en une page (pdf, 95 Ko)