À la fois plus de cadres et d’employés non qualifiés dans tous les territoires depuis trente ans

Thomas Ducharne, Audrey Eichwald, Noël Gascard, Insee

En trente ans, la structure de l’emploi s’est profondément transformée. D’une part, les emplois qualifiés gagnent toujours plus de terrain, dans tous les pans de l’économie ; d’autre part, les emplois non qualifiés se replient. Avec le recul de l’industrie, de très nombreux postes d’ouvriers non qualifiés disparaissent et le Grand Est est particulièrement touché en raison du poids de son tissu industriel. Mais cette baisse globale de l’emploi non qualifié masque cependant la forte croissance des effectifs d’employés non qualifiés, en particulier dans les commerces et les services de proximité où ils permettent de répondre aux nouveaux besoins de la population.

Cette recomposition de l’emploi profite avant tout aux communes des couronnes des grands pôles régionaux : l’emploi qualifié y progresse encore plus qu’ailleurs et l’emploi non qualifié résiste au repli généralisé. Localement, certains territoires se démarquent.

Le tissu productif du Grand Est compte 2 091 000 emplois en 2014, soit 126 000 de plus qu’en 1982. Cette faible croissance globale de l’emploi au cours des trois dernières décennies en masque une profonde recomposition tant sur le plan des activités que des qualifications. De nouveaux métiers sont apparus pour répondre aux défis socio-démographiques, technologiques et environnementaux de notre époque ; d’autres ont quasiment disparu ou ont fortement évolué. La structure de l’emploi selon le niveau de qualification s’est ainsi largement déformée à l’échelle régionale, comme nationale.

Depuis trente ans, la part des emplois qualifiés progresse continûment. En 2014, les cadres, ingénieurs, professeurs, chercheurs ou encore les professions libérales représentent 13,2 % des emplois du Grand Est, contre 6,8 % en 1982 (figure 1). Ils ont encore plus de poids au niveau national hors Île-de-France (14,2 % en 2014).

Dans la région, cette hausse des emplois qualifiés se fait essentiellement au détriment des emplois non qualifiés (définitions). Ces derniers ne comptent plus que pour 23,5 % de l’ensemble des emplois en 2014, contre 28,0 % en 1982 ; ils perdent davantage de terrain qu’en province, mais restent toujours proportionnellement plus nombreux. Cette modification progressive de la structure de l’emploi ne correspond toutefois pas simplement à une élévation généralisée des qualifications. Le recul global des emplois non qualifiés cache en effet un accroissement important du nombre d’employés non qualifiés : + 5 points entre 1982 et 2014 au niveau régional, comme national. Les effectifs d’ouvriers non qualifiés baissent quant à eux fortement et de façon continue depuis trente ans dans l’ensemble du pays, et encore plus dans le Grand Est où ils sont particulièrement nombreux. Leur proportion a ainsi été divisée par deux dans la région pour s’établir à 10,3 % en 2014.

Figure 1 – Doublement du poids des emplois qualifiés en 30 ansÉvolution de la structure de l’emploi selon la qualification dans le Grand Est

en %
Doublement du poids des emplois qualifiés en 30 ans
1982 1990 1999 2009 2014
Dans le Grand Est Emplois qualifiés 6,8 9,0 10,1 12,4 13,2
Emplois intermédiaires 65,2 65,7 64,6 63,2 63,2
Emplois non qualifiés 28,0 25,3 25,3 24,3 23,5
Employés non qualifiés 7,9 9,3 12,0 12,8 13,2
Ouvriers non qualifiés 20,0 16,0 13,3 11,6 10,3
En France de province Emplois qualifiés 6,7 9,2 10,5 13,1 14,2
Emplois intermédiaires 67,8 67,0 65,2 63,5 63,2
Emplois non qualifiés 25,4 23,8 24,3 23,4 22,6
Employés non qualifiés 8,1 9,6 12,6 13,0 13,3
Ouvriers non qualifiés 17,3 14,1 11,7 10,4 9,3
  • Source : Insee, recensements de la population.

Figure 1 – Doublement du poids des emplois qualifiés en 30 ansÉvolution de la structure de l’emploi selon la qualification dans le Grand Est

Sur trente ans, l’emploi qualifié progresse dans tous les pans de l’économie

L’évolution de la société, de ses besoins et de ses habitudes de consommation, ainsi que l’organisation de la production, ont profondément transformé le tissu productif au cours des trois dernières décennies. L’économie s’est ainsi sensiblement tertiarisée. Les fonctions de productions matérielles, qui recouvrent les métiers exercés dans l’agriculture, l’industrie et la construction, ont connu un net repli : - 311 000 emplois dans le Grand Est entre 1982 et 2014. Mais les emplois qualifiés ont été largement épargnés. Depuis trente ans, ceux-ci augmentent en moyenne chaque année de 2,5 %, contre 3,5 % en France de province (figure 2). Dans l’industrie agroalimentaire, la chimie et les secteurs de production et de distribution d’eau et d’électricité, la hausse du nombre d’ingénieurs et de cadres est particulièrement importante. Sur la période récente, de 2009 à 2014, le nombre d’emplois qualifiés dans les fonctions de productions matérielles baisse toutefois légèrement dans la région, alors qu’il augmente encore en moyenne en province.

Dans les quatre autres pans de l’économie (définitions), qui rassemblent toutes les activités de services marchands et non marchands, l’emploi progresse depuis 1982. Les rythmes de croissance de l’emploi qualifié sont systématiquement plus dynamiques que les autres, mais ils apparaissent dans le Grand Est très en deçà de ceux observés au niveau de la province. Les commerces et services de proximité bénéficient de la plus forte augmentation d’emplois qualifiés entre 1982 et 2014 à l’échelle régionale comme à celle de la France de province (+ 3,1 % et + 3,9 % par an). En particulier, les cadres dans les grandes surfaces, les professeurs de disciplines artistiques et les journalistes ont connu une hausse vigoureuse de leurs effectifs en trente ans. Plus récemment, de 2009 à 2014, le nombre d’emplois qualifiés dans les commerces et services de proximité est en revanche stable dans la région, alors qu’il s’accroît encore à l’échelle nationale hors Île-de-France (+ 1,7 % par an). Ces emplois pèsent toutefois peu dans l’emploi total de ces fonctions de proximité (4 % dans la région).

Au sein des fonctions intellectuelles supérieures, qui regroupent la conception-recherche, les prestations intellectuelles et la gestion, trois emplois sur dix sont des emplois qualifiés (28 % dans le Grand Est et 31 % en France de province). Le développement de cette partie de l’économie repose ainsi pleinement sur le dynamisme de ces emplois d’ingénieurs et de chefs de projets, qui progressent en moyenne de 2,7 % par an dans la région. Cette croissance profite notamment aux secteurs de l’informatique et de l’électronique.

L’administration et la santé ont également gagné beaucoup d’emplois qualifiés depuis trente ans, à un rythme de + 2,2 % par an dans le Grand Est. Le nombre de professeurs dans l’enseignement secondaire et universitaire a fortement augmenté avec la généralisation du baccalauréat et des études supérieures ; les effectifs de cadres de la fonction publique territoriale ont sensiblement progressé en raison du processus de décentralisation engagé au début des années 1980 ; les médecins et pharmaciens sont toujours plus nombreux. Mais la structure globale de l’emploi selon la qualification est finalement relativement stable dans ce pan de l’économie, car la croissance des emplois qualifiés est proche de celle des autres catégories d’emplois. Elle se déforme également peu dans les fonctions d’intermédiation, qui rassemblent les métiers du transport, de la logistique et du commerce inter-entreprises. À l’instar des cadres chargés du transport de marchandises ou de personnes, l’emploi qualifié s’est développé grâce à l’augmentation des mobilités et des échanges liée à la mondialisation, ainsi qu’à l’amplification des phénomènes d’externalisation de tâches dans une optique de réduction des coûts des entreprises industrielles.

Figure 2 – Une croissance des emplois qualifiés systématiquement plus importante, mais un écart plus marqué avec l'évolution nationalePoids de l’emploi régional selon le croisement fonction et qualification, évolution sur trente ans et comparaison avec l’évolution moyenne de France de province

Une croissance des emplois qualifiés systématiquement plus importante, mais un écart plus marqué avec l'évolution nationale
Grand Est France de province Écart d’évolution1982-2014 entre Grand Est et France de province (en points)
Effectifs 2014 Évolution annuelle moyenne de l’emploi entre 1982 et 2014 (en %) Évolution annuelle moyenne de l’emploi entre 1982 et 2014 (en %)
Emplois qualifiés Fonctions intellectuelles supérieures 95 419 2,7 3,7 -0,94
Fonctions d’intermédiation 23 652 0,8 1,5 -0,71
Productions matérielles 19 125 2,5 3,5 -1,05
Commerces et services de proximité 23 478 3,1 3,9 -0,80
Administration et santé 115 175 2,2 2,4 -0,28
Emplois intermédiaires Fonctions intellectuelles supérieures 240 226 0,3 0,8 -0,50
Fonctions d’intermédiation 194 322 0,4 0,8 -0,37
Productions matérielles 254 372 -1,4 -1,5 0,02
Commerces et services de proximité 254 652 0,1 0,5 -0,41
Administration et santé 378 551 1,3 1,7 -0,41
Emplois non qualifiés Fonctions intellectuelles supérieures 1 904 -1,2 -0,2 -1,02
Fonctions d’intermédiation 27 245 -0,5 0,1 -0,64
Productions matérielles 148 772 -2,4 -1,9 -0,48
Commerces et services de proximité 290 276 1,5 1,9 -0,38
Administration et santé 23 784 1,9 2,4 -0,52
  • Dynamisme : évolution annuelle moyenne de l’emploi dans le Grand Est entre 1982 et 2014 (en % par an)
  • Performance : écart entre l’évolution annuelle moyenne de l’emploi dans le Grand Est et celle de France de province entre 1982 et 2014 (en points par an)
  • Note : chaque croisement (fonction par catégorie de qualification) est représenté par un cercle dont la taille est proportionnelle à ses effectifs dans le Grand Est en 2014.
  • Lecture : dans le Grand Est, le nombre d’emplois qualifiés dans les fonctions intellectuelles supérieures a augmenté de 2,7 % en moyenne chaque année entre 1982 et 2014. Sa croissance est inférieure d’un point à celle de la France de province.
  • Source : Insee, recensements de la population.

Figure 2 – Une croissance des emplois qualifiés systématiquement plus importante, mais un écart plus marqué avec l'évolution nationalePoids de l’emploi régional selon le croisement fonction et qualification, évolution sur trente ans et comparaison avec l’évolution moyenne de France de province

  • Dynamisme : évolution annuelle moyenne de l’emploi dans le Grand Est entre 1982 et 2014 (en % par an)
  • Performance : écart entre l’évolution annuelle moyenne de l’emploi dans le Grand Est et celle de France de province entre 1982 et 2014 (en points par an)
  • Note : chaque croisement (fonction par catégorie de qualification) est représenté par un cercle dont la taille est proportionnelle à ses effectifs dans le Grand Est en 2014.
  • Lecture : dans le Grand Est, le nombre d’emplois qualifiés dans les fonctions intellectuelles supérieures a augmenté de 2,7 % en moyenne chaque année entre 1982 et 2014. Sa croissance est inférieure d’un point à celle de la France de province.
  • Source : Insee, recensements de la population.

Toujours plus d’employés non qualifiés pour répondre aux besoins de la population

La forte progression de l’emploi qualifié observée dans l’ensemble de l’économie durant ces trois dernières décennies n’implique pas un recul généralisé de l’emploi non qualifié : entre 1982 et 2014, ce type d’emplois se développe nettement dans l’administration et la santé, comme dans les commerces et services de proximité, de respectivement + 1,9 % et + 1,5 % par an dans le Grand Est. Dans l’administration et la santé, la part de l’emploi non qualifié reste cependant faible, à 5 % de l’emploi total en 2014, comme la moyenne de province ; dans les commerces et services de proximité, cet emploi est en revanche désormais majoritaire. Dans ces secteurs d’activité, les emplois non qualifiés sont peu délocalisables et peu automatisables : ils permettent de faire face à une population croissante et de répondre à ses nouveaux besoins dus aux changements de société (vieillissement, hausse du taux d’activité des femmes, nouvelles pratiques alimentaires…). Dans tout le pays, on recense en effet depuis trente ans beaucoup plus d’aides à domicile, d’assistantes maternelles, de serveurs et d’employés de la restauration ou encore de vendeurs et de magasiniers travaillant dans les grandes surfaces. En 2014, le Grand Est compte 120 000 emplois non qualifiés de plus qu’en 1982 dans ces domaines, dont 91 % dans les commerces et services de proximité.

Ces nombreuses créations nettes d’emplois, exclusivement d’employés, ne compensent pas l’effondrement des effectifs d’ouvriers non qualifiés dans les fonctions de productions matérielles : - 169 000 emplois dans la région en trente ans, soit une baisse annuelle moyenne de 2,3 % (contre - 1,9 % en France de province). L’industrie est concernée au premier chef par ces destructions d’emplois : depuis 1982, son système productif s’est profondément transformé pour faire face aux changements techniques et organisationnels qui ont bouleversé ses activités. Certains secteurs sont particulièrement touchés, alors qu’ils étaient encore des fleurons de l’économie régionale au début des années 1980. L’industrie textile a perdu les neuf dixièmes de ses effectifs en trente ans ; l’industrie extractive a aujourd’hui quasiment disparu, les mines ayant fermé les unes après les autres ; les suppressions d’emplois d’ouvriers non qualifiés sont également particulièrement importantes dans le secteur de l’automobile, comme dans celui de la métallurgie. Dans l’industrie agroalimentaire, le recul de l’emploi non qualifié est aussi très marqué dans la région, alors qu’il résiste mieux dans l’ensemble de la province. À l’inverse, le nombre d’ouvriers agricoles baisse moins fortement : il se replie vivement dans l’exploitation forestière, mais augmente clairement dans l’élevage et la viticulture. Sans être négligeable, la réduction de l’emploi non qualifié est moins vigoureuse dans la construction que dans l’industrie. Elle est cependant deux fois plus importante dans le Grand Est qu’à l’échelle nationale hors Île-de-France.

L’emploi qualifié se développe davantage dans les espaces périurbains

Comme ailleurs, l’emploi qualifié du Grand Est est plus présent dans les villes-centres des très grands pôles urbains. En 2014, les villes-centres des sept pôles urbains régionaux de plus de 100 000 habitants - Strasbourg, Metz, Nancy, Mulhouse, Reims, Troyes et Thionville - rassemblent à elles seules 36 % des emplois qualifiés du Grand Est, pour 24 % de l’ensemble des emplois. Un emploi sur cinq dans ces villes est un emploi qualifié (figure 3). Strasbourg et Nancy se démarquent avec plus de 22 % d’emplois de ce type. La première se caractérise par des emplois qualifiés plus orientés dans les fonctions intellectuelles supérieures (+ 4 points par rapport à l’ensemble des très grandes villes-centres de la région), tandis que la seconde se distingue par davantage d’emplois qualifiés dans l’administration et la santé (+ 6 points). Toutefois en trente ans, l’emploi qualifié a progressé plus lentement dans ces sept grandes villes : + 1,9 % en moyenne annuelle, contre + 2,3 % dans l’ensemble du Grand Est. Sa hausse est particulièrement modeste à Thionville et à Nancy (+ 1,2 %), mais aussi à Mulhouse et à Troyes (respectivement + 1,3 % et + 1,4 %). Elle est en revanche bien en phase avec la moyenne régionale à Reims et à Strasbourg (figure 4). Au niveau national hors Île-de-France, le développement de l’emploi qualifié dans les grandes villes-centres est globalement plus rapide (+ 2,5 %), mais il reste également en deçà de la moyenne tous territoires confondus.

C’est en périphérie des grands pôles urbains qu’est observée la plus forte croissance de l’emploi qualifié, comme de l’emploi total. Dans la région, entre 1982 et 2014, cette catégorie d’emplois augmente en effet en moyenne de 3,0 % chaque année dans les banlieues des très grandes villes-centres et de 3,4 % dans les couronnes de tous les grands pôles urbains. Son poids dans l’emploi total a plus que doublé en trente ans : elle représente désormais 15 % des emplois dans les banlieues et 10 % dans les couronnes. Dans ces territoires périurbains, tous les pans de l’économie profitent d’un plus fort dynamisme. En particulier, les emplois qualifiés des fonctions intellectuelles supérieures s’y développent plus vite qu’ailleurs (+ 4,1 % par an, contre + 2,7 % en moyenne régionale). Dans les commerces et services de proximité, la progression des emplois qualifiés est aussi particulièrement rapide (+ 4,0 % dans les banlieues et + 5,0 % dans les couronnes, contre + 3,1 % en moyenne dans la région).

Au-delà des pôles urbains, les communes isolées hors influence urbaine bénéficient aussi d’une plus forte croissance d’emplois qualifiés : + 2,8 % en moyenne chaque année entre 1982 et 2014. Leur développement est particulièrement marqué dans les commerces et services de proximité (+ 5,7 % par an, soit l’évolution la plus soutenue de tous les territoires du Grand Est).

Figure 3 – Forte progression des emplois qualifiés dans tous les types de territoiresPoids de l’emploi qualifié en 1982 et 2014 par catégorie de territoires dans le Grand Est et évolution annuelle moyenne sur la période

Forte progression des emplois qualifiés dans tous les types de territoires
Part des emplois qualifiés (en %) Évolution annuelle moyenne entre 1982 et 2014 (en%)
1982 2014
Ensemble du Grand Est 6,8 13,2 2,3
Communes isolées hors influence des pôles 2,8 7,4 2,8
Communes multipolarisées 3,4 8,2 2,7
Petites et moyennes aires 5,1 10 2,0
Couronnes des grands pôles urbains 4,2 9,9 3,4
Autres grands pôles urbains 7,0 12,2 1,9
Banlieues des pôles urbains de plus de 100 000 habitants 6,8 14,9 3,0
Villes-centres des pôles urbains de plus de 100 000 habitants 11,2 19,7 1,9
  • Lecture : dans les banlieues des pôles urbains de plus de 100 000 habitants, la part de l’emploi qualifié est passée de 6,8 % de l’emploi total en 1982 à 14,9 % en 2014. L’évolution annuelle de l’emploi qualifié y est de 3,0 % en moyenne sur la période.
  • Source : Insee, recensements de la population.

Figure 3 – Forte progression des emplois qualifiés dans tous les types de territoiresPoids de l’emploi qualifié en 1982 et 2014 par catégorie de territoires dans le Grand Est et évolution annuelle moyenne sur la période

Figure 4 – Une croissance de l’emploi qualifié plus soutenue à l’estNombre d’emplois qualifiés par aire urbaine en 2014 et évolution depuis trente ans

Une croissance de l’emploi qualifié plus soutenue à l’est
Intitulé de la zone Type de la zone Emplois qualifiés en 1982 Emplois qualifiés en 2014 Taux de variation annuel moyen entre 1982 et 2014 (en %)
Strasbourg (partie française) Villes-centres des pôles urbains de plus de 100 000 habitants 17972 36320 2,2
Strasbourg (partie française) Banlieues des pôles urbains de plus de 100 000 habitants 3800 15415 4,5
Strasbourg (partie française) Couronnes des grands pôles urbains 3744 12820 3,9
Nancy Villes-centres des pôles urbains de plus de 100 000 habitants 10028 14754 1,2
Nancy Banlieues des pôles urbains de plus de 100 000 habitants 5612 13553 2,8
Nancy Couronnes des grands pôles urbains 1932 4117 2,4
Metz Villes-centres des pôles urbains de plus de 100 000 habitants 7748 14386 2,0
Metz Banlieues des pôles urbains de plus de 100 000 habitants 3356 6969 2,3
Metz Couronnes des grands pôles urbains 676 2737 4,5
Reims Villes-centres des pôles urbains de plus de 100 000 habitants 8008 16873 2,4
Reims Banlieues des pôles urbains de plus de 100 000 habitants 512 1283 2,9
Reims Couronnes des grands pôles urbains 856 2436 3,3
Mulhouse Villes-centres des pôles urbains de plus de 100 000 habitants 5708 8720 1,3
Mulhouse Banlieues des pôles urbains de plus de 100 000 habitants 2072 4903 2,7
Mulhouse Couronnes des grands pôles urbains 168 745 4,8
Troyes Villes-centres des pôles urbains de plus de 100 000 habitants 3280 5176 1,4
Troyes Banlieues des pôles urbains de plus de 100 000 habitants 1048 2884 3,2
Troyes Couronnes des grands pôles urbains 344 810 2,7
Thionville Villes-centres des pôles urbains de plus de 100 000 habitants 1760 2554 1,2
Thionville Banlieues des pôles urbains de plus de 100 000 habitants 1808 2553 1,1
Thionville Couronnes des grands pôles urbains ns ns ns
Colmar Autres grands pôles urbains 3608 7375 2,3
Colmar Couronnes des grands pôles urbains 152 664 4,7
Charleville-Mézières Autres grands pôles urbains 2512 3919 1,4
Charleville-Mézières Couronnes des grands pôles urbains 392 577 1,2
Sarrebruck (ALL) - Forbach (partie française) Autres grands pôles urbains 1680 2328 1,0
Sarrebruck (ALL) - Forbach (partie française) Couronnes des grands pôles urbains 44 348 6,7
Épinal Autres grands pôles urbains 2568 4759 1,9
Épinal Couronnes des grands pôles urbains 172 285 1,6
Bâle (SUI) - Saint-Louis (partie française) Autres grands pôles urbains 924 2701 3,4
Bâle (SUI) - Saint-Louis (partie française) Couronnes des grands pôles urbains 228 812 4,0
Châlons-en-Champagne Autres grands pôles urbains 2360 4390 2,0
Châlons-en-Champagne Couronnes des grands pôles urbains 112 485 4,7
Longwy (partie française) Autres grands pôles urbains 996 1051 0,2
Longwy (partie française) Couronnes des grands pôles urbains 172 225 0,8
Haguenau Autres grands pôles urbains 1724 3723 2,4
Haguenau Couronnes des grands pôles urbains ns ns ns
Saint-Dizier Autres grands pôles urbains 1340 1713 0,8
Saint-Dizier Couronnes des grands pôles urbains 140 136 -0,1
Saint-Dié-des-Vosges Autres grands pôles urbains 1044 1746 1,6
Saint-Dié-des-Vosges Couronnes des grands pôles urbains 36 65 1,9
Sarreguemines (partie française) Autres grands pôles urbains 1024 2263 2,5
Sarreguemines (partie française) Couronnes des grands pôles urbains ns 120 ns
Chaumont Autres grands pôles urbains 1280 1898 1,2
Chaumont Couronnes des grands pôles urbains 180 303 1,6
Verdun Autres grands pôles urbains 908 1526 1,6
Verdun Couronnes des grands pôles urbains 88 235 3,1
Sarrebourg Autres grands pôles urbains 612 1126 1,9
Sarrebourg Couronnes des grands pôles urbains 132 344 3,0
Saint-Avold (partie française) Autres grands pôles urbains 884 1701 2,1
Saint-Avold (partie française) Couronnes des grands pôles urbains ns ns ns
Épernay Autres grands pôles urbains 1056 2114 2,2
Épernay Couronnes des grands pôles urbains 28 37 0,9
Bar-le-Duc Autres grands pôles urbains 972 1619 1,6
Bar-le-Duc Couronnes des grands pôles urbains 100 119 0,5
Sedan Autres grands pôles urbains 736 1203 1,5
Sedan Couronnes des grands pôles urbains 28 46 1,6
Vitry-le-François Autres grands pôles urbains 700 1109 1,4
Thann - Cernay Autres grands pôles urbains 876 1729 2,1
Guebwiller Autres grands pôles urbains 548 1381 2,9
La Bresse Autres grands pôles urbains 264 588 2,5
Lunéville Autres grands pôles urbains 612 1062 1,7
Lunéville Couronnes des grands pôles urbains ns ns ns
Pont-à-Mousson Autres grands pôles urbains 640 1106 1,7
Pont-à-Mousson Couronnes des grands pôles urbains ns ns ns
Toul Autres grands pôles urbains 620 1157 2,0
Remiremont Autres grands pôles urbains 616 1263 2,3
Saverne Autres grands pôles urbains 648 1563 2,8
Saverne Couronnes des grands pôles urbains ns ns ns
Sélestat Autres grands pôles urbains 616 1563 3,0
Creutzwald Autres grands pôles urbains 232 483 2,3
Le Thillot Autres grands pôles urbains 204 406 2,2
Romilly-sur-Seine Autres grands pôles urbains 452 628 1,0
Langres Autres grands pôles urbains 420 707 1,6
Reichshoffen - Niederbronn-les-Bains Autres grands pôles urbains 276 845 3,6
Rethel Autres grands pôles urbains 316 538 1,7
Neufchâteau Autres grands pôles urbains 232 465 2,2
Jarny Autres grands pôles urbains 280 442 1,4
Gérardmer Autres grands pôles urbains 300 471 1,4
Mirecourt Autres grands pôles urbains 336 439 0,8
Bar-sur-Aube Autres grands pôles urbains 248 305 0,6
Givet Autres grands pôles urbains 128 155 0,6
Wissembourg (partie française) Autres grands pôles urbains 316 668 2,4
Raon-l'Étape Autres grands pôles urbains 152 210 1,0
Commercy Autres grands pôles urbains 296 404 1,0
Revin Autres grands pôles urbains 168 218 0,8
Sainte-Marie-aux-Mines Autres grands pôles urbains 140 221 1,4
Sézanne Autres grands pôles urbains 212 324 1,3
Briey Autres grands pôles urbains 388 645 1,6
Sainte-Menehould Autres grands pôles urbains 108 194 1,8
Dieuze Autres grands pôles urbains 176 292 1,6
Vittel Autres grands pôles urbains 244 388 1,5
Bogny-sur-Meuse Autres grands pôles urbains 44 96 2,5
Rambervillers Autres grands pôles urbains 112 213 2,0
Nogent-sur-Seine Autres grands pôles urbains 112 718 6,0
Vouziers Autres grands pôles urbains 136 218 1,5
Fumay Autres grands pôles urbains 68 79 0,5
Joinville Autres grands pôles urbains 200 197 0,0
Bitche Autres grands pôles urbains 212 245 0,5
Neuf-Brisach Autres grands pôles urbains 132 172 0,8
Saint-Mihiel Autres grands pôles urbains 132 186 1,1
Bruyères Autres grands pôles urbains 108 224 2,3
Ligny-en-Barrois Autres grands pôles urbains 116 136 0,5
Baccarat Autres grands pôles urbains 124 243 2,1
Ingwiller Autres grands pôles urbains 76 208 3,2
Mourmelon-le-Grand Autres grands pôles urbains 132 281 2,4
Morhange Autres grands pôles urbains 152 258 1,7
Ribeauvillé Autres grands pôles urbains 108 336 3,6
Soufflenheim Autres grands pôles urbains 56 142 3,0
Bouzonville Autres grands pôles urbains 108 187 1,7
Rouffach Autres grands pôles urbains 116 619 5,4
Carignan Autres grands pôles urbains 60 146 2,8
Brienne-le-Château Autres grands pôles urbains 104 139 0,9
Wassy Autres grands pôles urbains 80 160 2,2
Nogent Autres grands pôles urbains 80 184 2,6
Marckolsheim Autres grands pôles urbains 64 211 3,8
Stenay Autres grands pôles urbains 104 164 1,4
Étain Autres grands pôles urbains 144 206 1,1
Suippes Autres grands pôles urbains 180 167 -0,2
Montmirail Autres grands pôles urbains 68 309 4,8
Contrexéville Autres grands pôles urbains 148 152 0,1
Arcis-sur-Aube Autres grands pôles urbains 76 102 0,9
Bar-sur-Seine Autres grands pôles urbains 92 184 2,2
Sarre-Union Autres grands pôles urbains 116 251 2,4
Fessenheim Autres grands pôles urbains 60 372 5,9
Dormans Autres grands pôles urbains 72 117 1,5
Kayl (LUX) - Ottange (partie française) Autres grands pôles urbains 12 60 5,2
Vertus Autres grands pôles urbains 52 102 2,1
Lièpvre Autres grands pôles urbains 44 262 5,7
Biesheim Autres grands pôles urbains 80 269 3,9
  • Note : le découpage géographique retenu diffère selon la taille de l’aire urbaine. Pour les très grandes, la ville-centre est isolée de la banlieue, qui se distingue à son tour de la couronne. La ville-centre et la banlieue sont étudiées conjointement pour les autres grandes aires ; elles forment le pôle urbain. Les petites et moyennes aires sont quant à elles considérées dans leur ensemble (pôle + couronne).
  • Lecture : entre 1982 et 2014, l’emploi qualifié progresse en moyenne de 2,2 % chaque année dans la ville de Strasbourg. Il augmente de 4,5 % dans sa banlieue et de 3,9 % dans sa couronne.
  • Source : Insee, recensements de la population

Figure 4 – Une croissance de l’emploi qualifié plus soutenue à l’estNombre d’emplois qualifiés par aire urbaine en 2014 et évolution depuis trente ans

  • Note : le découpage géographique retenu diffère selon la taille de l’aire urbaine. Pour les très grandes, la ville-centre est isolée de la banlieue, qui se distingue à son tour de la couronne. La ville-centre et la banlieue sont étudiées conjointement pour les autres grandes aires ; elles forment le pôle urbain. Les petites et moyennes aires sont quant à elles considérées dans leur ensemble (pôle + couronne).
  • Lecture : entre 1982 et 2014, l’emploi qualifié progresse en moyenne de 2,2 % chaque année dans la ville de Strasbourg. Il augmente de 4,5 % dans sa banlieue et de 3,9 % dans sa couronne.
  • Source : Insee, recensements de la population

L’emploi non qualifié n’augmente que dans les couronnes des grands pôles urbains

Les transformations du système productif de ces trois dernières décennies ont profondément affecté la répartition spatiale des emplois non qualifiés. Leur évolution dépend essentiellement de deux facteurs : l’ampleur des créations de postes d’employés dans les commerces et les services de proximité d’une part et l’ampleur des pertes d’emplois d’ouvriers dans les fonctions de productions matérielles d’autre part. Alors que le nombre d’emplois non qualifiés recule globalement dans le Grand Est entre 1982 et 2014, il progresse dans les couronnes des grands pôles urbains : + 0,4 % par an en moyenne (figure 5). Sa croissance est particulièrement importante dans les commerces et services de proximité (+ 2,4 % par an, contre + 1,5 % dans l’ensemble de la région), pour répondre aux besoins d’une population résidente toujours plus nombreuse (phénomène de périurbanisation). Dans le même temps, ces territoires bénéficient d’une hausse des emplois non qualifiés dans les fonctions d’intermédiation, contrairement à la tendance régionale. Enfin, les fonctions de productions matérielles y subissent de moindres pertes d’emplois ouvriers qu’ailleurs.

Dans les couronnes des grands pôles urbains, l’augmentation de l’emploi non qualifié reste cependant en deçà de celle de l’emploi total (+ 0,7 % par an), le périurbain concentrant l’essentiel du développement économique régional. La part de l’emploi non qualifié recule ainsi de deux points en trente ans dans les couronnes, pour atteindre 26 % en 2014. Elle progresse en revanche légèrement dans les communes isolées hors influence urbaine, alors même que les effectifs de l’emploi non qualifié sont stables ; l’emploi total se replie en effet de 0,2 % par an. En 2014, 32 % des emplois sont des emplois non qualifiés dans ces territoires, soit huit points de plus qu’en moyenne dans le Grand Est. Les fonctions de productions matérielles (y compris l’agriculture) rassemblent la moitié de ces emplois dans les communes isolées, mais moins d’un tiers dans l’ensemble de la région. Cet écart s’est accentué depuis trente ans, car la baisse de ces effectifs est moitié moins importante dans les communes isolées hors influence urbaine, où l’ensemble du secteur agroalimentaire résiste mieux.

À l’échelle du Grand Est, les petites et moyennes aires urbaines ainsi que tous les grands pôles urbains perdent des emplois non qualifiés entre 1982 et 2014. Dans les autres régions de province, le nombre de ces emplois s’accroît tout de même encore légèrement dans les grands pôles urbains et les banlieues des très grands pôles. Le déclin des emplois d’ouvriers non qualifiés dans les fonctions de productions matérielles et les fonctions d’intermédiation a particulièrement marqué tous ces territoires. Le développement des postes d’employés non qualifiés dans les commerces et les services de proximité y est aussi moindre, en particulier dans les villes-centres des très grands pôles urbains.

Figure 5 – Net recul de l’emploi non qualifié dans les petites et moyennes aires urbaines, ainsi que dans tous les grands pôles urbainsPoids de l’emploi non qualifié en 1982 et 2014 par catégorie de territoires dans le Grand Est et évolution annuelle moyenne sur la période

Net recul de l’emploi non qualifié dans les petites et moyennes aires urbaines, ainsi que dans tous les grands pôles urbains
Part des emplois non qualifiés en 1982 (en %) Part des emplois non qualifiés en 2014 (en %) Évolution annuelle moyenne entre 1982 et 2014
Total dont employés non-qualifiés dont ouvriers non-qualifiés Total dont employés non-qualifiés dont ouvriers non-qualifiés Ensemble des emplois non-qualifiés Employés non-qualifiés Ouvriers non-qualifiés
Ensemble du Grand Est 28,0 7,9 20,0 23,5 13,2 10,3 -0,3% 1,8% -1,9%
Communes isolées hors influence des pôles 29,9 5,3 24,5 31,7 13,1 18,6 0,0% 2,6% -1,1%
Communes multipolarisées 31,3 6,1 25,1 28,8 14,4 14,4 -0,3% 2,6% -1,8%
Petites et moyennes aires 34,5 7,7 26,7 26,5 13,5 13 -0,9% 1,7% -2,3%
Couronnes des grands pôles urbains 28,2 6,7 21,5 25,8 13,3 12,5 0,4% 2,9% -1,0%
Autres grands pôles urbains 29,0 8,5 20,5 23,2 13,2 9,9 -0,6% 1,5% -2,1%
Banlieues des pôles urbains de plus de 100 000 habitants 27,7 7,7 19,9 22,1 13,5 8,7 -0,2% 2,3% -2,1%
Villes-centres des pôles urbains de plus de 100 000 habitants 22,3 9,5 12,8 18,5 12,4 6,1 -0,5% 0,9% -2,2%
  • Lecture : dans les banlieues des pôles urbains de plus de 100 000 habitants, la part de l’emploi non qualifié est passée de 27,7 % de l’emploi total en 1982 à 22,1 % en 2014. L’évolution annuelle de l’emploi non qualifié y est ainsi de -0,2 % en moyenne sur la période.
  • Source : Insee, recensements de la population.

Figure 5 – Net recul de l’emploi non qualifié dans les petites et moyennes aires urbaines, ainsi que dans tous les grands pôles urbainsPoids de l’emploi non qualifié en 1982 et 2014 par catégorie de territoires dans le Grand Est et évolution annuelle moyenne sur la période

L’emploi non qualifié progresse tout de même dans certaines grandes villes, notamment à Metz

Une analyse spatiale globale masque évidemment de fortes disparités locales. L’emploi non qualifié ne recule en effet pas systématiquement dans toutes les très grandes villes-centres et tous les grands pôles urbains de la région. La commune de Metz compte ainsi un peu plus d’emplois non qualifiés en 2014 qu’en 1982 (+ 150 emplois). Le recul du nombre d’ouvriers y est nettement moins important qu’ailleurs : - 1,3 % par an, contre - 2,2 % en moyenne dans les sept plus grandes communes du Grand Est. Parmi les autres grands pôles urbains régionaux, Toul, Sarrebourg, Sarreguemines, Verdun et Sélestat se démarquent par la croissance de leurs emplois non qualifiés (entre + 0,5 % et + 0,2 % par an) (figure 6). Cette évolution s’explique là encore par de moindres pertes d’emplois ouvriers. À Sarrebourg, Sarreguemines et, dans une moindre mesure, Toul, les effectifs d’employés non qualifiés augmentent aussi à un rythme bien plus soutenu que dans l’ensemble des territoires comparables du Grand Est. Certaines moyennes et petites aires urbaines apparaissent également particulièrement dynamiques en matière d’évolution de l’emploi non qualifié au cours des trois dernières décennies : Fessenheim et Mourmelon-le-Grand en premier lieu (respectivement + 3,4 % et + 2,4 % d’emplois non qualifiés chaque année), mais aussi Vertus (+ 1,5 % par an), Briey (+ 1,0 %), Ribeauvillé, Neuf-Brisach et Rouffach (+ 0,9 %). Ces territoires se trouvent dans le Haut-Rhin autour de Colmar, dans la Marne à proximité de Reims et en Meurthe-et-Moselle non loin de Metz.

À l’opposé, les importantes difficultés des secteurs industriels historiques de la région ont entraîné un repli très accentué de l’emploi non qualifié dans certaines parties du territoire régional. Parmi les très grandes villes-centres, Troyes se distingue nettement du fait de ses lourdes pertes : alors qu’elle était fortement spécialisée dans l’industrie textile au début des années 1980, la ville a perdu les trois quarts de ses ouvriers non qualifiés en trente ans ; leur recul se fait à un rythme deux fois plus élevé qu’en moyenne dans les très grandes villes centres du Grand Est (- 4,5 % par an contre - 2,2 %). La crise profonde de l’industrie textile régionale a aussi de fortes répercussions sur l’emploi non qualifié des aires de Romilly-sur-Seine (dans l’Aube), de Sainte-Marie-aux-Mines (dans le Haut-Rhin), de Le Thillot et de La Bresse (toutes deux situées dans les Vosges). Dans ces territoires, au moins les deux tiers des postes d’ouvriers non qualifiés ont été détruits entre 1982 et 2014. Soufflenheim (dans le Bas-Rhin) a aussi pâti de l’effondrement de l’industrie textile, auquel se combinent les réductions d’effectifs dans ses usines d’articles céramiques qui font la renommée de cette petite aire urbaine.

Parmi les autres grands pôles urbains régionaux, c’est Forbach qui se démarque incontestablement : huit postes d’ouvriers non qualifiés sur dix ont disparu depuis 1982. L’effondrement de ces effectifs (- 5,3 % par an) est largement lié à la fermeture des mines de charbon. Dans certaines moyennes et petites aires urbaines, les pertes d’emplois d’ouvriers non qualifiés peuvent être proportionnellement du même ordre, dans la mesure où un seul gros établissement industriel y concentre une part prépondérante des emplois. Contrexéville (dans les Vosges) a ainsi été lourdement ébranlée par les réductions d’effectifs dans son imposante usine Perrier-Vittel. À Revin (dans les Ardennes), c’est le recul de la production française d’équipements électroménagers qui se fait sentir, avec d’importantes suppressions de postes au sein de l’usine Electrolux. À Saint-Mihiel (dans la Meuse), c’est la fermeture de l’usine de la Société Meusienne de Lunetterie qui explique l’effondrement de l’emploi non qualifié sur cette période.

Figure 6 – De lourdes pertes d’emplois non qualifiés dans les territoires plus industriels le long de la frontière nord de la région, dans les Vosges et dans l’AubeNombre d’emplois non qualifiés par aire urbaine en 2014 et évolution depuis trente ans

De lourdes pertes d’emplois non qualifiés dans les territoires plus industriels le long de la frontière nord de la région, dans les Vosges et dans l’Aube
Intitulé de la zone Type de la zone Emplois non qualifiés en 1982 Emplois non qualifiés en 2014 Taux de variation annuel moyen entre 1982 et 2014 (en %)
Strasbourg (partie française) Villes-centres des pôles urbains de plus de 100 000 habitants 31456 28707 -0,3
Strasbourg (partie française) Banlieues des pôles urbains de plus de 100 000 habitants 11504 13526 0,5
Strasbourg (partie française) Couronnes des grands pôles urbains 20904 26486 0,7
Nancy Villes-centres des pôles urbains de plus de 100 000 habitants 13404 10545 -0,7
Nancy Banlieues des pôles urbains de plus de 100 000 habitants 13512 14559 0,2
Nancy Couronnes des grands pôles urbains 9088 9466 0,1
Metz Villes-centres des pôles urbains de plus de 100 000 habitants 13504 13657 0,0
Metz Banlieues des pôles urbains de plus de 100 000 habitants 14700 14238 -0,1
Metz Couronnes des grands pôles urbains 3516 6599 2,0
Reims Villes-centres des pôles urbains de plus de 100 000 habitants 19688 17629 -0,3
Reims Banlieues des pôles urbains de plus de 100 000 habitants 2452 3252 0,9
Reims Couronnes des grands pôles urbains 6992 8383 0,6
Mulhouse Villes-centres des pôles urbains de plus de 100 000 habitants 12816 11261 -0,4
Mulhouse Banlieues des pôles urbains de plus de 100 000 habitants 15484 11140 -1,0
Mulhouse Couronnes des grands pôles urbains 1108 1824 1,6
Troyes Villes-centres des pôles urbains de plus de 100 000 habitants 12920 6051 -2,3
Troyes Banlieues des pôles urbains de plus de 100 000 habitants 7460 7539 0,0
Troyes Couronnes des grands pôles urbains 3204 3094 -0,1
Thionville Villes-centres des pôles urbains de plus de 100 000 habitants 4880 4661 -0,1
Thionville Banlieues des pôles urbains de plus de 100 000 habitants 9484 6500 -1,2
Thionville Couronnes des grands pôles urbains 52 31 -1,6
Colmar Autres grands pôles urbains 11220 11067 0,0
Colmar Couronnes des grands pôles urbains 1380 1845 0,9
Charleville-Mézières Autres grands pôles urbains 7776 7481 -0,1
Charleville-Mézières Couronnes des grands pôles urbains 2708 2167 -0,7
Sarrebruck (ALL) - Forbach (partie française) Autres grands pôles urbains 15380 6604 -2,6
Sarrebruck (ALL) - Forbach (partie française) Couronnes des grands pôles urbains 752 952 0,7
Épinal Autres grands pôles urbains 8096 7023 -0,4
Épinal Couronnes des grands pôles urbains 2744 1448 -2,0
Bâle (SUI) - Saint-Louis (partie française) Autres grands pôles urbains 4260 3982 -0,2
Bâle (SUI) - Saint-Louis (partie française) Couronnes des grands pôles urbains 1908 2930 1,3
Châlons-en-Champagne Autres grands pôles urbains 6484 5877 -0,3
Châlons-en-Champagne Couronnes des grands pôles urbains 1056 1619 1,3
Longwy (partie française) Autres grands pôles urbains 5124 3266 -1,4
Longwy (partie française) Couronnes des grands pôles urbains 1728 1095 -1,4
Haguenau Autres grands pôles urbains 7840 7803 0,0
Haguenau Couronnes des grands pôles urbains ns 25 5,9
Saint-Dizier Autres grands pôles urbains 6208 4100 -1,3
Saint-Dizier Couronnes des grands pôles urbains 1576 1017 -1,4
Saint-Dié-des-Vosges Autres grands pôles urbains 6172 4616 -0,9
Saint-Dié-des-Vosges Couronnes des grands pôles urbains 904 471 -2,0
Sarreguemines (partie française) Autres grands pôles urbains 4684 5163 0,3
Sarreguemines (partie française) Couronnes des grands pôles urbains 300 466 1,4
Chaumont Autres grands pôles urbains 2984 2654 -0,4
Chaumont Couronnes des grands pôles urbains 1508 1220 -0,7
Verdun Autres grands pôles urbains 2820 3072 0,3
Verdun Couronnes des grands pôles urbains 788 994 0,7
Sarrebourg Autres grands pôles urbains 2688 3014 0,4
Sarrebourg Couronnes des grands pôles urbains 1416 1391 -0,1
Saint-Avold (partie française) Autres grands pôles urbains 5452 4043 -0,9
Saint-Avold (partie française) Couronnes des grands pôles urbains 24 60 2,9
Épernay Autres grands pôles urbains 4960 4236 -0,5
Épernay Couronnes des grands pôles urbains 500 413 -0,6
Bar-le-Duc Autres grands pôles urbains 2748 2640 -0,1
Bar-le-Duc Couronnes des grands pôles urbains 912 696 -0,8
Sedan Autres grands pôles urbains 3100 2681 -0,5
Sedan Couronnes des grands pôles urbains 448 191 -2,6
Vitry-le-François Autres grands pôles urbains 4460 3241 -1,0
Thann - Cernay Autres grands pôles urbains 3804 3222 -0,5
Guebwiller Autres grands pôles urbains 3084 2190 -1,1
La Bresse Autres grands pôles urbains 4568 2448 -1,9
Lunéville Autres grands pôles urbains 2548 2315 -0,3
Lunéville Couronnes des grands pôles urbains 108 66 -1,5
Pont-à-Mousson Autres grands pôles urbains 2824 2385 -0,5
Pont-à-Mousson Couronnes des grands pôles urbains ns ns ns
Toul Autres grands pôles urbains 2016 2353 0,5
Remiremont Autres grands pôles urbains 3896 2480 -1,4
Saverne Autres grands pôles urbains 2928 2719 -0,2
Saverne Couronnes des grands pôles urbains ns ns ns
Sélestat Autres grands pôles urbains 2656 2797 0,2
Creutzwald Autres grands pôles urbains 3076 1920 -1,5
Le Thillot Autres grands pôles urbains 3400 1452 -2,6
Romilly-sur-Seine Autres grands pôles urbains 3328 1480 -2,5
Langres Autres grands pôles urbains 1964 1904 -0,1
Reichshoffen - Niederbronn-les-Bains Autres grands pôles urbains 1860 1979 0,2
Rethel Autres grands pôles urbains 1472 1541 0,1
Neufchâteau Autres grands pôles urbains 1648 1356 -0,6
Jarny Autres grands pôles urbains 864 1094 0,7
Gérardmer Autres grands pôles urbains 1692 1578 -0,2
Mirecourt Autres grands pôles urbains 1764 1108 -1,4
Bar-sur-Aube Autres grands pôles urbains 2176 1253 -1,7
Givet Autres grands pôles urbains 1300 778 -1,6
Wissembourg (partie française) Autres grands pôles urbains 1672 1211 -1,0
Raon-l'Étape Autres grands pôles urbains 920 649 -1,1
Commercy Autres grands pôles urbains 1092 821 -0,9
Revin Autres grands pôles urbains 1948 698 -3,2
Sainte-Marie-aux-Mines Autres grands pôles urbains 1244 678 -1,9
Sézanne Autres grands pôles urbains 1128 1090 -0,1
Briey Autres grands pôles urbains 780 1081 1,0
Sainte-Menehould Autres grands pôles urbains 1000 815 -0,6
Dieuze Autres grands pôles urbains 552 600 0,3
Vittel Autres grands pôles urbains 1296 953 -1,0
Bogny-sur-Meuse Autres grands pôles urbains 632 682 0,2
Rambervillers Autres grands pôles urbains 1020 727 -1,1
Nogent-sur-Seine Autres grands pôles urbains 1212 902 -0,9
Vouziers Autres grands pôles urbains 792 749 -0,2
Fumay Autres grands pôles urbains 768 543 -1,1
Joinville Autres grands pôles urbains 892 626 -1,1
Bitche Autres grands pôles urbains 780 643 -0,6
Neuf-Brisach Autres grands pôles urbains 328 442 0,9
Saint-Mihiel Autres grands pôles urbains 960 497 -2,0
Bruyères Autres grands pôles urbains 916 674 -1,0
Ligny-en-Barrois Autres grands pôles urbains 1296 667 -2,1
Baccarat Autres grands pôles urbains 1108 606 -1,9
Ingwiller Autres grands pôles urbains 716 657 -0,3
Mourmelon-le-Grand Autres grands pôles urbains 232 499 2,4
Morhange Autres grands pôles urbains 1016 609 -1,6
Ribeauvillé Autres grands pôles urbains 576 762 0,9
Soufflenheim Autres grands pôles urbains 944 423 -2,5
Bouzonville Autres grands pôles urbains 1056 644 -1,5
Rouffach Autres grands pôles urbains 708 945 0,9
Carignan Autres grands pôles urbains 464 431 -0,2
Brienne-le-Château Autres grands pôles urbains 708 509 -1,0
Wassy Autres grands pôles urbains 680 574 -0,5
Nogent Autres grands pôles urbains 756 632 -0,6
Marckolsheim Autres grands pôles urbains 520 494 -0,2
Stenay Autres grands pôles urbains 664 513 -0,8
Étain Autres grands pôles urbains 400 401 0,0
Suippes Autres grands pôles urbains 396 440 0,3
Montmirail Autres grands pôles urbains 548 582 0,2
Contrexéville Autres grands pôles urbains 1044 577 -1,8
Arcis-sur-Aube Autres grands pôles urbains 580 428 -0,9
Bar-sur-Seine Autres grands pôles urbains 564 460 -0,6
Sarre-Union Autres grands pôles urbains 932 745 -0,7
Fessenheim Autres grands pôles urbains 132 387 3,4
Dormans Autres grands pôles urbains 412 430 0,1
Kayl (LUX) - Ottange (partie française) Autres grands pôles urbains 72 74 0,1
Vertus Autres grands pôles urbains 324 519 1,5
Lièpvre Autres grands pôles urbains 448 336 -0,9
Biesheim Autres grands pôles urbains 564 618 0,3
  • le découpage géographique retenu diffère selon la taille de l’aire urbaine. Pour les très grandes, la ville-centre est isolée de la banlieue, qui se distingue à son tour de la couronne. La ville-centre et la banlieue sont étudiées conjointement pour les autres grandes aires ; elles forment le pôle urbain. Les petites et moyennes aires sont quant à elles considérées dans leur ensemble (pôle + couronne).
  • Lecture : entre 1982 et 2014, l’emploi non qualifié recule en moyenne de 0,3 % chaque année dans la ville de Strasbourg. Il progresse de 0,5 % dans sa banlieue et de 0,7 % dans sa couronne.
  • Source : Insee, recensements de la population.

Figure 6 – De lourdes pertes d’emplois non qualifiés dans les territoires plus industriels le long de la frontière nord de la région, dans les Vosges et dans l’AubeNombre d’emplois non qualifiés par aire urbaine en 2014 et évolution depuis trente ans

  • le découpage géographique retenu diffère selon la taille de l’aire urbaine. Pour les très grandes, la ville-centre est isolée de la banlieue, qui se distingue à son tour de la couronne. La ville-centre et la banlieue sont étudiées conjointement pour les autres grandes aires ; elles forment le pôle urbain. Les petites et moyennes aires sont quant à elles considérées dans leur ensemble (pôle + couronne).
  • Lecture : entre 1982 et 2014, l’emploi non qualifié recule en moyenne de 0,3 % chaque année dans la ville de Strasbourg. Il progresse de 0,5 % dans sa banlieue et de 0,7 % dans sa couronne.
  • Source : Insee, recensements de la population.

Définitions

Dans cette étude, les emplois sont répartis en trois niveaux de qualification à partir de la nomenclature des professions et catégories socioprofessionnelles (PCS) :

  • les emplois qualifiés correspondent à la catégorie sociale des cadres et professions intellectuelles supérieures (CS 3) ;
  • les emplois non qualifiés sont constitués des ouvriers non qualifiés (CS 67 à 69) et des employés non qualifiés, dont la définition provient des travaux d’Olivier Chardon présentés dans l’Insee Première n° 796 de juillet 2001 « Les transformations de l’emploi non qualifié depuis 20 ans » ;
  • les emplois intermédiaires rassemblent tous les autres emplois (agriculteurs, artisans, commerçants, chefs d’entreprise de 10 salariés, professions intermédiaires, employés qualifiés et ouvriers qualifiés).

Les activités économiques sont réparties en cinq groupes de « fonctions » selon les propositions du géographe Laurent Carroué (« La France – Les mutations du système productif ») à partir des quinze fonctions de l’analyse fonctionnelle des emplois de l’Insee :

  • les fonctions intellectuelles supérieures qui agrègent les métiers de la conception-recherche, des prestations intellectuelles et de la gestion ;
  • les fonctions d’intermédiation qui rassemblent les métiers du commerce inter-entreprises, du transport et de la logistique ;
  • les fonctions de productions matérielles constituées des métiers de l’agriculture, de la sylviculture, de la pêche, de la construction et de l’industrie ;
  • les commerces et services de proximité qui vont des services de proximité à la distribution, à l’entretien-réparation et à la culture-loisirs ;
  • l’administration et la santé qui regroupent les métiers de l’administration publique, de l’éducation et de la formation, ainsi que ceux de la santé et de l’action sociale.

Le zonage en aires urbaines utilisé dans cette étude est constant et date de 2010. Il permet de décliner le territoire en sept catégories :

  • les villes-centres des très grands pôles urbains (de plus de 100 000 habitants),
  • leurs banlieues,
  • les autres grands pôles urbains (de plus de 10 000 emplois),
  • les couronnes de tous les grands pôles urbains,
  • les petites et moyennes aires urbaines,
  • les communes multipolarisées,
  • les communes isolées hors influence des pôles.

Pour en savoir plus

Bisault L., « Cadres et employés non qualifiés : les deux moteurs de l'emploi des territoires », Insee Première n°1674 , novembre 2017.

Isel A., Kuhn C., « Une croissance de l’emploi localisée en périphérie des plus grands pôles urbains », Insee Analyses Grand Est n° 19, août 2016.

Challand C., Isel A., « Un tissu productif régional toujours spécialisé dans l’industrie », Insee Analyses Grand Est n° 6, mars 2016.

Reynard R., Vialette P., Gass C., « Trente ans de mutations fonctionnelles de l’emploi dans les territoires », Insee Première n° 1538, février 2015.

Carroué L., « La France - Les mutations du système productif », Armand Colin, 2014.

Chardon O., « Les transformations de l’emploi non qualifié depuis vingt ans », Insee Première n° 796, juillet 2001.