Le revenu d’activité des non-salariés : plus élevé en moyenne dans les départements du nord que dans ceux du sud

Christophe Bertran, division Salaires et revenus d’activité, Insee

Auto-entrepreneurs, gérants de société, professions libérales et autres entrepreneurs individuels, une personne en emploi sur dix relève du non-salariat fin 2014, en France, hors secteur agricole. Les non-salariés perçoivent en moyenne 2 510 euros mensuels de leur activité en 2014. Leur part dans l’emploi et leur revenu moyen varient nettement selon les départements : au nord du pays, ils sont relativement moins nombreux et leurs revenus professionnels sont en moyenne plus élevés. C’est l’inverse dans les départements du sud.

Une forte proportion d’auto-entrepreneurs, dont le revenu d’activité moyen est huit fois moins élevé que celui des non-salariés classiques, ou encore la présence de non-salariés n’ayant dégagé aucun revenu, abaissent la moyenne. Ainsi, hors revenus nuls et hors auto-entrepreneurs, la moyenne nationale passe à 3 610 euros.

Les écarts de revenu moyen entre départements dépendent de la structure par catégorie et secteur d’activité des non-salariés. Ainsi, les professions libérales de la santé ou des services aux entreprises sont plus fréquentes dans la plupart des départements à revenu élevé. À l’inverse, les départements où le revenu moyen est plus modéré comptent plus souvent des non-salariés qui n’emploient aucun salarié, ou qui exercent dans des activités plus saisonnières, comme les services aux particuliers.

L’environnement économique joue aussi : une forte densité de population dans le bassin de vie, un meilleur niveau de vie des habitants ou encore un faible taux de chômage vont de pair avec des revenus plus élevés pour les non-salariés.

Pour autant, même en neutralisant l’influence de tous ces facteurs, le revenu moyen reste plus élevé dans les départements du nord de la métropole, où les non-salariés sont relativement moins nombreux, à l’inverse de ceux du sud, où les non-salariés sont plus nombreux.

En 2014 en France, un emploi sur dix est occupé par un non-salarié

Hors secteur agricole, une personne en emploi sur dix relève du non-salariat fin 2014 en France ; elle est soit auto-entrepreneur, soit entrepreneur individuel (exerçant ou non une profession libérale), ou encore gérant de société. Cette proportion varie nettement selon les départements : souvent inférieure à 9 % dans le tiers nord nord-est du pays, elle est proche de la moyenne nationale dans la bande centrale et dans les départements d’outre-mer (DOM), et plus élevée dans la moitié sud de l’Hexagone, en particulier le long du littoral méditerranéen et dans les Alpes (figure 1). Ainsi, les non-salariés représentent jusqu’à 18 % de l’emploi non agricole dans les Hautes-Alpes. Toutefois, certains départements se distinguent :  par une proportion de non-salariés supérieure à la moyenne dans le tiers nord – les Côtes d’Armor, le Morbihan, les Vosges ou encore la Haute-Saône - ; par une proportion proche de la moyenne dans le sud, notamment dans les départements où s’étend une très grande agglomération – la Haute-Garonne avec Toulouse (10 %), les Bouches-du-Rhône avec Marseille (11 %), l’Isère avec Grenoble (11 %) ou la Gironde avec Bordeaux (12 %).

Figure 1 - Part des non-salariés dans l’emploi en 2014

en %
Figure 1 - Part des non-salariés dans l’emploi en 2014
Part de non-salariés
Ain 10,9
Aisne 8,8
Allier 10,7
Alpes-de-Haute-Provence 17,0
Hautes-Alpes 18,5
Alpes-Maritimes 15,9
Ardèche 14,7
Ardennes 9,4
Ariège 14,7
Aube 9,3
Aude 14,6
Aveyron 13,4
Bouches-du-Rhône 11,0
Calvados 10,1
Cantal 12,0
Charente 11,1
Charente-Maritime 14,6
Cher 9,6
Corrèze 11,0
Côte-d'Or 9,5
Côtes-d'Armor 11,7
Creuse 12,4
Dordogne 14,8
Doubs 9,0
Drôme 11,9
Eure 10,2
Eure-et-Loir 9,0
Finistère 10,2
Corse-du-Sud 14,6
Haute-Corse 16,5
Gard 15,3
Haute-Garonne 9,8
Gers 14,8
Gironde 11,9
Hérault 14,8
Ille-et-Vilaine 9,0
Indre 9,3
Indre-et-Loire 9,5
Isère 11,1
Jura 10,9
Landes 13,6
Loir-et-Cher 9,8
Loire 10,8
Haute-Loire 13,0
Loire-Atlantique 9,5
Loiret 8,3
Lot 14,8
Lot-et-Garonne 12,7
Lozère 12,8
Maine-et-Loire 9,4
Manche 9,8
Marne 8,2
Haute-Marne 8,2
Mayenne 8,4
Meurthe-et-Moselle 9,0
Meuse 9,2
Morbihan 12,2
Moselle 8,1
Nièvre 10,1
Nord 7,6
Oise 8,7
Orne 9,9
Pas-de-Calais 8,4
Puy-de-Dôme 10,0
Pyrénées-Atlantiques 13,1
Hautes-Pyrénées 13,8
Pyrénées-Orientales 15,5
Bas-Rhin 8,8
Haut-Rhin 8,9
Rhône 9,3
Haute-Saône 11,1
Saône-et-Loire 10,5
Sarthe 8,1
Savoie 14,7
Haute-Savoie 14,4
Paris 9,2
Seine-Maritime 7,6
Seine-et-Marne 8,9
Yvelines 8,6
Deux-Sèvres 8,6
Somme 7,8
Tarn 13,5
Tarn-et-Garonne 14,0
Var 16,3
Vaucluse 14,4
Vendée 10,6
Vienne 9,1
Haute-Vienne 10,2
Vosges 11,0
Yonne 10,5
TerritoiredeBelfort 8,1
Essonne 8,0
Hauts-de-Seine 5,9
Seine-Saint-Denis 6,3
Val-de-Marne 8,0
Val-d'Oise 8,7
Martinique 12,2
Guadeloupe 10,0
Guyane 8,2
La Réunion 10,5
France entière 10,1
  • Lecture : dans le département du Pas-de-Calais, la part des non-salariés dans l’emploi total hors agriculture est inférieure à 9 %.
  • Champ : France, personnes exerçant une activité non salariée au 31 décembre 2014 et emploi total, hors agriculture.
  • Source : Insee, base non-salariés 2014 et estimations d’emploi annuelles 2014.

Figure 1 - Part des non-salariés dans l’emploi en 2014

Le revenu professionnel des non-salariés est en moyenne plus élevé dans le nord

En France, en 2014, un non-salarié dégage en moyenne 2 510 euros par mois de son activité. Ce montant recouvre de grandes disparités selon les départements : le revenu moyen est généralement plus élevé dans les départements du nord que dans ceux du sud (figure 2). À Paris, il atteint 3 700 euros par mois, soit 47 % de plus que la moyenne nationale ; dans les Hauts-de-Seine, il s’élève à 2 970 euros en moyenne (18 % de plus) et dépasse 2 800 euros dans le Nord, le Pas-de-Calais et la Seine-Maritime. Dans la partie sud du pays se concentrent les départements aux revenus moyens les plus faibles, inférieurs à 2 000 euros par mois pour neuf d’entre eux (soit 20 % de moins que la moyenne nationale). C’est le cas par exemple des Hautes-Alpes et des Alpes de Haute-Provence à l’est, de la Dordogne et du Lot à l’ouest, de l’Ariège dans les Pyrénées et de la Guadeloupe dans les DOM.

Figure 2 - Revenu d’activité mensuel moyen de l’ensemble des non-salariés (y compris auto-entrepreneurs) en 2014

en euros
Figure 2 - Revenu d’activité mensuel moyen de l’ensemble des non-salariés (y compris auto-entrepreneurs) en 2014
Départements Revenu mensuel moyen
01-Ain 2 370
02-Aisne 2 680
03-Allier 2 250
04-Alpes-de-Haute-Provence 1 810
05-Hautes-Alpes 1 710
06-Alpes-Maritimes 2 240
07-Ardèche 1 920
08-Ardennes 2 350
09-Ariège 1 750
10-Aube 2 460
11-Aude 1 960
12-Aveyron 2 200
13-Bouches-du-Rhône 2 490
14-Calvados 2 440
15-Cantal 2 350
16-Charente 2 130
17-Charente-Maritime 2 170
18-Cher 2 320
19-Corrèze 2 220
21-Côte-d'Or 2 490
22-Côtes-d'Armor 2 480
23-Creuse 2 030
24-Dordogne 1 870
25-Doubs 2 570
26-Drôme 2 020
27-Eure 2 340
28-Eure-et-Loir 2 640
29-Finistère 2 480
2A-Corse-du-Sud 2 070
2B-Haute-Corse 2 020
30-Gard 2 020
31-Haute-Garonne 2 390
32-Gers 1 910
33-Gironde 2 380
34-Hérault 2 190
35-Ille-et-Vilaine 2 660
36-Indre 2 290
37-Indre-et-Loire 2 540
38-Isère 2 260
39-Jura 2 070
40-Landes 2 090
41-Loir-et-Cher 2 420
42-Loire 2 410
43-Haute-Loire 2 200
44-Loire-Atlantique 2 530
45-Loiret 2 510
46-Lot 1 860
47-Lot-et-Garonne 2 110
48-Lozère 2 140
49-Maine-et-Loire 2 630
50-Manche 2 540
51-Marne 2 710
52-Haute-Marne 2 500
53-Mayenne 2 620
54-Meurthe-et-Moselle 2 640
55-Meuse 2 390
56-Morbihan 2 400
57-Moselle 2 660
58-Nièvre 2 380
59-Nord 2 920
60-Oise 2 590
61-Orne 2 370
62-Pas-de-Calais 2 840
63-Puy-de-Dôme 2 340
64-Pyrénées-Atlantiques 2 280
65-Hautes-Pyrénées 2 020
66-Pyrénées-Orientales 2 120
67-Bas-Rhin 2 630
68-Haut-Rhin 2 570
69-Rhône 2 750
70-Haute-Saône 2 180
71-Saône-et-Loire 2 450
72-Sarthe 2 600
73-Savoie 2 060
74-Haute-Savoie 2 230
75-Paris 3 700
76-Seine-Maritime 2 830
77-Seine-et-Marne 2 500
78-Yvelines 2 720
79-Deux-Sèvres 2 530
80-Somme 2 790
81-Tarn 2 190
82-Tarn-et-Garonne 2 060
83-Var 2 140
84-Vaucluse 2 010
85-Vendée 2 480
86-Vienne 2 360
87-Haute-Vienne 2 270
88-Vosges 2 250
89-Yonne 2 380
90-TerritoiredeBelfort 2 600
91-Essonne 2 600
92-Hauts-de-Seine 2 970
93-Seine-Saint-Denis 2 400
94-Val-de-Marne 2 510
95-Val-d'Oise 2 560
9A-Martinique 1 940
9B-Guadeloupe 2 140
9C-Guyane 2 620
9D-Réunion 2 780
France entière 2 510
  • Lecture : dans le département du Pas-de-Calais, le revenu d’activité mensuel moyen des non-salariés est supérieur à 2 800 euros en 2014.
  • Champ : France, personnes exerçant une activité non salariée au 31 décembre 2014, hors agriculture et hors taxés d’office.
  • Source : Insee, base non-salariés 2014.

Figure 2 - Revenu d’activité mensuel moyen de l’ensemble des non-salariés (y compris auto-entrepreneurs) en 2014

Une forte proportion d’auto-entrepreneurs abaisse la moyenne départementale…

En moyenne, les auto-entrepreneurs retirent de leur activité 410 euros par mois, contre 3 260 euros pour les non-salariés « classiques ». Aussi, la présence importante d’auto-entrepreneurs parmi les non-salariés tend à abaisser le revenu moyen d’un département. C’est notamment le cas en Corse, dans l’Aude, l’Ariège et le Vaucluse, où la proportion d’auto-entrepreneurs parmi les non-salariés est de 4 à 7 points supérieure à la moyenne nationale (28 %).

À l’inverse, les départements où le revenu moyen est élevé comptent souvent moins d’auto-entrepreneurs : c’est le cas de l’Ille-et-Vilaine et de la Mayenne, de la Guyane et de la Réunion. Dans les autres DOM, en revanche, la part d’auto-entrepreneurs est très faible, mais le revenu d’activité moyen des non-salariés est inférieur à la moyenne nationale.

Par ailleurs, 10 % des non-salariés classiques déclarent un revenu nul : ils n’ont dégagé aucun bénéfice ou ne se sont pas versé de rémunération. Ils sont moins de 7 % dans le Maine-et-Loire, où le revenu moyen de l’ensemble des non-salariés est relativement élevé ; mais ils sont 17 % en Guadeloupe et 21 % en Martinique, où le revenu moyen est plus faible qu’ailleurs. Cette part atteint 15 % à Paris, où le revenu moyen est cependant très élevé.

Pourtant, le poids de l’auto-entrepreneuriat et la proportion de revenus nuls n’expliquent pas les écarts de revenus moyens entre départements. Ils ont au contraire plutôt tendance à les réduire. Aussi, la suite de l’analyse exclut les auto-entrepreneurs et les non-salariés ayant déclaré un revenu nul et se concentre sur les seuls non-salariés classiques aux revenus positifs.

… une forte proportion de professions libérales de la santé la rehausse

Les écarts entre départements des revenus moyens des non-salariés classiques sont importants : ils proviennent notamment de la structure du non-salariat classique dans chaque département (encadré).

Le revenu professionnel du non-salarié classique varie en effet selon sa catégorie (gérants de société, professions libérales et autres entrepreneurs individuels) et le secteur de son activité (figure 3). Comparé à l’ensemble des secteurs (3 610 euros par mois), ce revenu est en moyenne 1,6 fois plus élevé dans la santé humaine et l’action sociale (5 640 euros) et 1,4 fois plus élevé dans les services aux entreprises et services mixtes (4 940 euros). À l’inverse, il est plus faible dans les transports (2 040 euros) et dans les services aux particuliers (1 730 euros). Dans ce dernier secteur, les activités, souvent saisonnières, ne permettent pas de générer des revenus sur l’ensemble de l’année.

En outre, les professions libérales dégagent en moyenne un revenu d’activité plus élevé que les autres entrepreneurs individuels et les gérants de société. Dans les services aux entreprises et les services mixtes, notamment, leur revenu moyen est 1,2 fois plus élevé que celui des autres non-salariés. Toutefois, dans les services aux particuliers et la santé, c’est l’inverse : les professions libérales ont un revenu plus faible. Dans la santé en particulier, les gérants et les entrepreneurs individuels sont en effet plus souvent employeurs et ont plus d’ancienneté que les professions libérales, ce qui génère des revenus en moyenne plus élevés ; ils sont notamment radiologues, dentistes et médecins, travaillant dans des laboratoires ou installés en sociétés d’exercice libéral.

Les professions libérales, généralement mieux rémunérées, et les non-salariés de la santé sont souvent relativement plus nombreux dans les départements aux revenus élevés, comme dans le département du Nord et dans ceux du nord-est de l’Hexagone (Moselle, Bas-Rhin, Meurthe-et-Moselle). En Île-de-France, Paris, les Hauts-de-Seine et, à un moindre niveau, les Yvelines se distinguent par une très forte présence de professions libérales et de gérants majoritaires du secteur des services aux entreprises.

À l’inverse, les départements dont le revenu moyen est sensiblement inférieur à la moyenne nationale comptent souvent plus de non-salariés des services aux particuliers. Dans les Hautes-Alpes et les Alpes de Haute-Provence, ce sont notamment des professions libérales, dont l’activité, souvent liée aux sports et aux loisirs, est fortement saisonnière (par exemple, les moniteurs de ski). En Dordogne et dans le Lot, la part élevée d’entrepreneurs individuels des services aux particuliers et celle moindre des professions libérales de la santé entraînent un revenu moyen plutôt bas. De même, en Ariège, le revenu moyen plus faible provient en partie de la part élevée d’entrepreneurs individuels et de professions libérales des services aux particuliers, conjuguée à la plus faible présence de professions libérales et de gérants majoritaires des services aux entreprises.

De même, la structure par secteur d’activité et par catégorie explique, en partie du moins, que la Gironde, la Haute-Garonne et les Bouches-du-Rhône aient un revenu proche de la moyenne nationale alors qu’ils sont environnés de départements avec un revenu moyen plus faible : ces trois départements comptent en particulier plus de professions libérales de la santé.

Figure 3 - Revenu d'activité mensuel moyen des non-salariés classiques à revenu non nul, selon l’activité et la catégorie de non-salarié

Figure 3 - Revenu d'activité mensuel moyen des non-salariés classiques à revenu non nul, selon l’activité et la catégorie de non-salarié
Secteur d'activité Catégorie
Entrepreneurs individuels Gérants majoritaires Professions libérales Toutes catégories confondues
Effectifs Revenu moyen (en euros) Effectifs Revenu moyen (en euros) Effectifs Revenu moyen (en euros) Effectifs Revenu moyen (en euros)
Industrie (hors artisanat commercial) 27 590 1 970 32 800 3 790 570 1 950 60 960 2 950
Construction 112 630 2 190 107 210 2 980 260 3 560 220 110 2 580
Commerce et artisanat commercial 141 760 2 310 159 260 3 210 1 160 3 520 302 180 2 790
Transports 32 420 1 630 15 610 2 890 100 2 230 48 120 2 040
Services aux entreprises et services mixtes 45 380 4 460 128 030 4 610 118 210 5 480 291 620 4 940
Services aux particuliers (hors santé) 120 590 1 530 108 550 2 110 39 900 1 310 269 040 1 730
Santé humaine et action sociale 6 550 8 830 13 780 8 080 343 380 5 480 363 710 5 640
Secteur indéterminé 8 310 2 320 86 250 3 290 710 5 360 95 270 3 220
Tous secteurs confondus 495 220 2 310 651 490 3 400 504 300 5 140 1 651 010 3 610
  • En rose, les cases où le revenu est supérieur de plus de 1 500 euros à la moyenne tous secteurs et toutes catégories confondus.
  • En bleu, les cases où le revenu est inférieur de plus de 1 500 euros à la moyenne tous secteurs et toutes catégories confondus.
  • Lecture : dans l’industrie, le revenu d’activité mensuel moyen des entrepreneurs individuels ayant déclaré un revenu positif est de 1 970 euros en 2014.
  • Champ : France, ensemble des non-salariés ayant déclaré un revenu positif en 2014 (hors agriculture, hors auto-entrepreneurs et hors taxés d’office).
  • Source : Insee, base non-salariés 2014.

Une fois neutralisées les différences départementales de structure d’activité et de catégorie de non-salariés, la dispersion des écarts de revenus non salariés entre départements diminue de 46 %. Cependant, les revenus restent plus élevés dans les départements du nord de l’Hexagone que dans ceux du sud (figure 4a).

Figure 4a- Écarts de revenu d'activité moyen entre départements non expliqués…...par le secteur d'activité et la catégorie des non-salariés

Figure 4a- Écarts de revenu d'activité moyen entre départements non expliqués…
Département
Ain Moyennement positif
Aisne Fortement positif
Allier Faiblement négatif
Alpes-de-Haute-Provence Très fortement négatif
Hautes-Alpes Très fortement négatif
Alpes-Maritimes Moyennement négatif
Ardèche Fortement négatif
Ardennes Faiblement positif
Ariège Très fortement négatif
Aube Moyennement positif
Aude Fortement négatif
Aveyron Faiblement négatif
Bouches-du-Rhône Faiblement négatif
Calvados Moyennement positif
Cantal Faiblement positif
Charente Faiblement négatif
Charente-Maritime Faiblement négatif
Cher Faiblement positif
Corrèze Faiblement négatif
Côte-d'Or Faiblement positif
Côtes-d'Armor Fortement positif
Creuse Faiblement négatif
Dordogne Fortement négatif
Doubs Faiblement positif
Drôme Fortement négatif
Eure Faiblement positif
Eure-et-Loir Fortement positif
Finistère Moyennement positif
Corse-du-Sud Faiblement négatif
Haute-Corse Moyennement négatif
Gard Très fortement négatif
Haute-Garonne Moyennement négatif
Gers Fortement négatif
Gironde Faiblement négatif
Hérault Fortement négatif
Ille-et-Vilaine Moyennement positif
Indre Faiblement positif
Indre-et-Loire Faiblement positif
Isère Faiblement négatif
Jura Faiblement négatif
Landes Fortement négatif
Loir-et-Cher Faiblement positif
Loire Faiblement négatif
Haute-Loire Faiblement négatif
Loire-Atlantique Faiblement positif
Loiret Faiblement positif
Lot Fortement négatif
Lot-et-Garonne Fortement négatif
Lozère Moyennement négatif
Maine-et-Loire Moyennement positif
Manche Fortement positif
Marne Moyennement positif
Haute-Marne Moyennement positif
Mayenne Fortement positif
Meurthe-et-Moselle Faiblement négatif
Meuse Moyennement positif
Morbihan Faiblement positif
Moselle Faiblement positif
Nièvre Faiblement positif
Nord Moyennement positif
Oise Moyennement positif
Orne Fortement positif
Pas-de-Calais Fortement positif
Puy-de-Dôme Faiblement négatif
Pyrénées-Atlantiques Moyennement négatif
Hautes-Pyrénées Fortement négatif
Pyrénées-Orientales Très fortement négatif
Bas-Rhin Faiblement négatif
Haut-Rhin Faiblement positif
Rhône Faiblement positif
Haute-Saône Faiblement positif
Saône-et-Loire Moyennement positif
Sarthe Fortement positif
Savoie Faiblement négatif
Haute-Savoie Faiblement positif
Paris Fortement positif
Seine-Maritime Fortement positif
Seine-et-Marne Moyennement positif
Yvelines Moyennement positif
Deux-Sèvres Fortement positif
Somme Fortement positif
Tarn Moyennement négatif
Tarn-et-Garonne Fortement négatif
Var Moyennement négatif
Vaucluse Fortement négatif
Vendée Moyennement positif
Vienne Faiblement positif
Haute-Vienne Faiblement négatif
Vosges Faiblement négatif
Yonne Faiblement positif
TerritoiredeBelfort Faiblement positif
Essonne Moyennement positif
Hauts-de-Seine Fortement positif
Seine-Saint-Denis Faiblement négatif
Val-de-Marne Faiblement positif
Val-d'Oise Faiblement positif
  • Lecture : une fois prise en compte la différence de structure par secteur d'activité et catégorie, le (log) revenu moyen dans le Pas-de-Calais reste supérieur à la moyenne française (encadré).
  • Champ : France métropolitaine, ensemble des non-salariés qui ont déclaré un revenu positif en 2014 (hors agriculture, hors auto-entrepreneurs et hors taxés d’office).
  • Source : Insee, base non-salariés 2014.

Figure 4a - Écarts de revenu d'activité moyen entre départements non expliqués…...par le secteur d'activité et la catégorie des non-salariés

Plus il y a d’entreprises sans salarié et d’activités saisonnières, plus le revenu moyen est modéré

D’autres facteurs interviennent dans la détermination du revenu professionnel d’un non-salarié. L’ancienneté de l’activité, qui traduit notamment l’expérience professionnelle, joue positivement sur ce revenu. À ancienneté donnée, les non-salariés de moins de 40 ans comme ceux de 60 ans ou plus ont des revenus légèrement plus faibles que les non-salariés d’âges intermédiaires, ce qui pourrait traduire des volumes d’activité moins élevés. Il en est de même pour les femmes qui, tout autre facteur égal, ont un revenu en moyenne inférieur à celui des hommes, et aussi pour les non-salariés dont l’activité est fortement saisonnière. Une partie des différences de revenus moyens par département en découle. Ainsi, dans la plupart des départements alpins ou pyrénéens, de même qu’en Corse, la forte saisonnalité des activités non salariées (quel que soit le secteur économique dont elles relèvent) contribue à abaisser le revenu moyen. A contrario, en Île-de-France, la saisonnalité peu marquée des activités influe positivement sur celui-ci.

Par ailleurs, lorsqu’un non-salarié emploie un ou des salariés, son revenu est généralement plus élevé. Les revenus non salariaux plus importants des départements les plus à l’est de la région Grand-Est proviennent entre autres de la plus forte présence d’entreprises employant des salariés. C’est aussi le cas en Seine-Maritime. Parallèlement, dans les territoires à revenu modéré du sud de la France – Hautes-Alpes, Alpes-de-Haute-Provence et Ariège –, la part des non-salariés employeurs est plus faible que la moyenne. Cette part est  faible aussi à Paris, dans les Hauts-de-Seine et les Yvelines, où la proportion de non-salariés âgés est également plutôt importante. Ces deux effets négatifs sont cependant largement compensés par les autres facteurs (saisonnalité, secteur d’activité et catégorie des non-salariés).

En neutralisant les structures départementales des caractéristiques des non-salariés et de leurs activités, en plus des effets liés au secteur d’activité et à la catégorie, la dispersion entre départements des écarts de revenus moyens diminue encore. Elle est réduite de 58 % par rapport à celle des écarts initiaux. Pourtant, ceux-ci restent souvent positifs au nord et négatifs au sud de la métropole.

L’environnement économique dans lequel s’exerce l’activité importe aussi

Un marché local plus favorable, avec par exemple un taux de chômage modéré ou un niveau de vie élevé des habitants, est associé à des revenus des non-salariés plus élevés. De même, le revenu non salarial moyen est plus haut dans les territoires plus densément peuplés. Chacune de ces caractéristiques de la demande peut en effet  favoriser l’activité des non-salariés dont la clientèle est principalement locale. La densité de population, en plus d’une structure sectorielle plutôt favorable, explique ainsi que, dans le tiers sud, le revenu moyen est un peu plus élevé dans les départements ayant une très grande agglomération. 

La prise en compte de ces caractéristiques de la demande locale réduit encore l’ampleur des écarts de revenus entre départements. Au total, en tenant aussi compte de l’ensemble des facteurs, la dispersion baisse de 74 % : elle est presque quatre fois plus faible que la dispersion des écarts initiaux (figure 4b). Cependant, les écarts restants sont toujours positifs au nord et négatifs au sud : d’autres éléments, non ou imparfaitement pris en compte ici, jouent donc. Notamment, les revenus des non-salariés peuvent dépendre de la concurrence locale à laquelle ces derniers font face et les effets propres de cette concurrence ne sont pas distingués ici de ceux de la demande.

Figure 4b - Écarts de revenu d'activité moyen entre départements non expliqués …...par le secteur d'activité et la catégorie, le sexe, l’âge l’ancienneté des non-salariés, et les caractéristiques de l’environnement économique local

Figure 4b - Écarts de revenu d'activité moyen entre départements non expliqués …
Département
Ain Faiblement positif
Aisne Fortement positif
Allier Faiblement négatif
Alpes-de-Haute-Provence Faiblement négatif
Alpes-Maritimes Faiblement négatif
Ardèche Moyennement négatif
Ardennes Faiblement positif
Ariège Moyennement négatif
Aube Moyennement positif
Aude Faiblement négatif
Aveyron Faiblement négatif
Bas-Rhin Fortement négatif
Bouches-du-Rhône Faiblement négatif
Calvados Faiblement positif
Cantal Moyennement positif
Charente Faiblement négatif
Charente-Maritime Faiblement négatif
Cher Faiblement positif
Corrèze Faiblement négatif
Corse-du-Sud Moyennement positif
Côte-d'Or Faiblement négatif
Côtes-d'Armor Fortement positif
Creuse Moyennement positif
Deux-Sèvres Moyennement positif
Dordogne Moyennement négatif
Doubs Faiblement négatif
Drôme Moyennement négatif
Essonne Faiblement positif
Eure Faiblement positif
Eure-et-Loir Moyennement positif
Finistère Moyennement positif
Gard Moyennement négatif
Gers Moyennement négatif
Gironde Moyennement négatif
Haute-Corse Faiblement négatif
Haute-Garonne Fortement négatif
Haute-Loire Faiblement négatif
Haute-Marne Faiblement positif
Hautes-Alpes Moyennement négatif
Haute-Saône Faiblement positif
Haute-Savoie Moyennement négatif
Hautes-Pyrénées Faiblement négatif
Haute-Vienne Faiblement négatif
Haut-Rhin Moyennement négatif
Hauts-de-Seine Moyennement positif
Hérault Moyennement négatif
Ille-et-Vilaine Faiblement positif
Indre Faiblement positif
Indre-et-Loire Faiblement positif
Isère Moyennement négatif
Jura Faiblement négatif
Landes Moyennement négatif
Loire Faiblement négatif
Loire-Atlantique Faiblement négatif
Loiret Faiblement positif
Loir-et-Cher Moyennement positif
Lot Moyennement négatif
Lot-et-Garonne Moyennement négatif
Lozère Faiblement négatif
Maine-et-Loire Faiblement positif
Manche Fortement positif
Marne Faiblement positif
Mayenne Moyennement positif
Meurthe-et-Moselle Moyennement négatif
Meuse Moyennement positif
Morbihan Faiblement positif
Moselle Faiblement négatif
Nièvre Moyennement positif
Nord Moyennement positif
Oise Faiblement positif
Orne Moyennement positif
Paris Fortement positif
Pas-de-Calais Fortement positif
Puy-de-Dôme Moyennement négatif
Pyrénées-Atlantiques Moyennement négatif
Pyrénées-Orientales Moyennement négatif
Rhône Faiblement négatif
Saône-et-Loire Moyennement positif
Sarthe Moyennement positif
Savoie Faiblement négatif
Seine-et-Marne Faiblement positif
Seine-Maritime Moyennement positif
Seine-Saint-Denis Moyennement négatif
Somme Moyennement positif
Tarn Faiblement négatif
Tarn-et-Garonne Moyennement négatif
TerritoiredeBelfort Faiblement positif
Val-de-Marne Faiblement négatif
Val-d'Oise Faiblement négatif
Var Faiblement positif
Vaucluse Moyennement négatif
Vendée Moyennement positif
Vienne Faiblement négatif
Vosges Faiblement négatif
Yonne Moyennement positif
Yvelines Faiblement positif
  • Lecture : une fois prise en compte la différence de structure par secteur d'activité, catégorie, âge, sexe, ancienneté et caractéristiques de l’environnement économique local, le (log) revenu dans le Pas-de-Calais reste supérieur à la moyenne française (encadré).
  • Champ : France métropolitaine, ensemble des non-salariés qui ont déclaré un revenu positif en 2014 (hors agriculture, hors auto-entrepreneurs et hors taxés d’office).
  • Source : Insee, base non-salariés 2014.

Figure 4b - Écarts de revenu d'activité moyen entre départements non expliqués…...par le secteur d'activité et la catégorie, le sexe, l’âge l’ancienneté des non-salariés, et les caractéristiques de l’environnement économique local

Concurrence ou attractivité du non-salariat différentes entre le nord et le sud de l’Hexagone ?

Même une fois neutralisés les facteurs cités précédemment, ce sont toujours dans les départements du nord, où les non-salariés sont relativement moins nombreux, que le revenu moyen est plus élevé. Ce phénomène pourrait suggérer que les revenus plus élevés proviendraient d’une moindre concurrence entre les non-salariés. Pourtant, il est difficile de tirer une conclusion générale sur un groupe aussi hétérogène. Il faut tenir compte, pour chaque situation, des options alternatives d’emploi, de l’attractivité locale et des facilités pour accéder à ce statut. L’ensemble de ces facteurs peut conduire à ce que ce ne soient pas les mêmes profils de personnes qui optent pour le non-salariat au nord qu’au sud, ni dans les mêmes proportions (effet de sélection). Ainsi, même après avoir contrôlé le sexe, l’âge et l’ancienneté du non-salarié, des caractéristiques individuelles non observées jouent sur le choix du non-salariat. Ces caractéristiques inobservées, qui traduisent notamment la motivation du non-salarié, son investissement, son réseau, mais aussi l’existence d’options alternatives d’emploi, peuvent conduire à des écarts de revenus. 

Encadré

Méthodologie

L’analyse repose sur la méthode d’Oaxaca-Blinder, qui décompose l’écart entre le revenu moyen d’un département et la moyenne nationale en une composante dite « expliquée », directement liée aux différences de structure en matière de caractéristiques, et une composante restant inexpliquée. Les caractéristiques retenues sont le secteur d’activité croisé avec la catégorie de non-salarié (profession libérale isolée des entrepreneurs individuels, autre entrepreneur individuel ou gérant majoritaire de société), auquel s’ajoutent des caractéristiques individuelles (le sexe, l’âge ou l’ancienneté de l’activité non salariée). Enfin, l’écart restant inexpliqué est analysé à l’aide de certaines caractéristiques de l’environnement dans lequel s’exerce l’activité : par exemple, le taux de chômage au niveau de la zone d’emploi, la densité de population ou la richesse des habitants au niveau du bassin de vie.

Sources

La base non-salariés est issue de deux sources administratives, gérées par l’Agence centrale des organismes de sécurité sociale (Acoss) et par la caisse centrale de la Mutualité sociale agricole (CCMSA). Ces deux organismes collectent les cotisations sociales et la CSG-CRDS assises sur les rémunérations des non-salariés. Dans cette étude, le champ est restreint aux personnes affiliées à l’Acoss, i.e. hors secteur agricole.

Définitions

Non-salariés : ensemble des personnes affiliées à un régime de protection sociale des travailleurs non salariés. Sont concernés les auto-entrepreneurs (AE) et les non-salariés ou indépendants « classiques ». Ces derniers sont pour l’essentiel des entrepreneurs individuels (dont des professions libérales) ou des gérants majoritaires de sociétés à responsabilité limitée. Tous les non-salariés sont pris en compte, y compris ceux qui exercent une activité salariée (à titre principal ou non). Les dirigeants « assimilés salariés » (gérants minoritaires de SARL, dirigeants de sociétés par actions simplifiées, de sociétés anonymes…) ne font pas partie du champ.

Revenu d’activité : rémunération issue de l’activité non salariée, déduction faite des cotisations sociales payées dans l’année, mais pas des contributions sociales (CSG, CRDS). Il est calculé à partir du revenu professionnel imposable auquel sont réintégrés certains allègements fiscaux et cotisations sociales facultatives : chiffre d’affaires des auto-entrepreneurs après abattement représentatif des frais professionnels, bénéfice net des entrepreneurs individuels classiques, rémunération des gérants majoritaires (incluant à partir de 2013 une partie des dividendes et, pour les gérants d’entreprises assujetties à l’impôt sur les sociétés, la déduction fiscale forfaitaire de 10 % pour frais professionnels). En cas d’exercice déficitaire, le bénéfice des entrepreneurs individuels est considéré comme nul. Le revenu est calculé pour les non-salariés en activité au 31 décembre et rapporté à la durée d’affiliation dans l’année. Il peut correspondre à une activité à temps complet ou à temps partiel. Les indépendants classiques n’ayant pas déclaré leur revenu font l’objet d’une taxation d’office par l’Acoss pour le recouvrement des cotisations. Ils sont pris en compte dans les effectifs, mais pas dans les indicateurs de revenus.

Pour en savoir plus

Salembier L., Théron G., « Revenus d’activité des non-salariés en 2014 – Hausse pour les indépendants « classiques », baisse pour les auto-entrepreneurs », Insee Première n° 1627, décembre 2016.

Évain F., « De l’influence du territoire sur les revenus des non-salariés », Insee Première n° 1185, avril 2008.