Autant de personnes aux frontières du chômage que de chômeurs

Sylvain Adaoust, Insee

En Provence-Alpes-Côte d’Azur, 248 000 personnes se situent aux frontières du chômage. 107 000 d’entre elles sont sans emploi et souhaitent travailler, mais ne sont pas disponibles pour occuper un emploi ou n’effectuent pas de démarches pour en chercher. Ces situations, souvent transitoires, constituent le halo du chômage.
141 000 autres personnes sont en sous-emploi : il s’agit généralement de temps partiels subis. Ce sont en majorité des employés, dont une forte proportion en contrat précaire.
Les femmes, les jeunes et les moins diplômés sont particulièrement concernés par le halo du chômage et le sous-emploi.

Aux frontières du chômage, 248 000 personnes souhaitent travailler ou travailler davantage

En Provence-Alpes-Côte d’Azur, 248 000 personnes se situent aux frontières du chômage, en moyenne sur la période 2013-2015 : ne faisant pas partie des chômeurs selon les critères du Bureau International du Travail (BIT), elles sont toutefois dans une situation qui s’en approche (encadré). Deux cas de figure constituent ces marges du chômage : le halo du chômage et le sous-emploi.

À la limite entre l’inactivité et le chômage, le halo du chômage rassemble 107 000 personnes sans emploi alors qu’elles souhaitent travailler (figure 1). Faute de disponibilité ou de recherche active d’emploi, elles ne font pas partie des chômeurs au sens du BIT. À la frontière entre l’emploi et le chômage, 141 000 personnes sont en situation de sous-emploi : la quasi-totalité d’entre elles occupent un poste à temps partiel et souhaitent travailler davantage.

Le chômage, le halo du chômage et le sous-emploi réunissent les personnes sans emploi qui souhaitent travailler et celles qui, lorsqu’elles sont à temps partiel, désirent travailler davantage. Ces multiples situations concernent au total 482 000 individus en Paca, avec autant de personnes aux frontières du chômage que de chômeurs. Cela représente 11,7 % de la population régionale des 15 ans ou plus.

Figure 1 – Autant de personnes aux frontières du chômage que de chômeursNombre de personnes de 15 ans ou plus selon le statut vis-à-vis du marché du travail (moyenne 2013-2015)

Autant de personnes aux frontières du chômage que de chômeurs
Inactivité au sens du BIT 1 916 000
dont halo du chômage 107 000
Chômage au sens du BIT 234 000
Emploi au sens du BIT 1 964 000
dont sous-emploi 141 000
  • Lecture : parmi les 1 916 000 inactifs au sens du BIT en Paca en moyenne sur la période 2013-2015, 107 000 constituent le halo du chômage
  • Champ : population des 15 ans ou plus
  • Source : Insee, enquêtes Emploi 2013 à 2015

Figure 1 – Autant de personnes aux frontières du chômage que de chômeursNombre de personnes de 15 ans ou plus selon le statut vis-à-vis du marché du travail (moyenne 2013-2015)

  • Lecture : parmi les 1 916 000 inactifs au sens du BIT en Paca en moyenne sur la période 2013-2015, 107 000 constituent le halo du chômage
  • Champ : population des 15 ans ou plus
  • Source : Insee, enquêtes Emploi 2013 à 2015

Dans le halo, les chômeurs découragés

Les 107 000 personnes qui composent le halo du chômage en Paca se répartissent en trois catégories. Le cas le plus fréquent est celui des personnes qui se déclarent disponibles et souhaitent travailler mais ne recherchent pas un emploi de façon active. Il concerne 44 000 individus, soit 41 % du halo. Une partie d’entre eux sont des « chômeurs découragés » : un temps à la recherche d’un emploi, ils ont cessé les démarches en ce sens, les chances d’obtenir satisfaction leur paraissant trop faibles. Près d’un quart des personnes qui composent le halo (24 000) recherchent un emploi mais ne sont pas disponibles, par exemple parce qu’elles poursuivent des études, suivent une formation, ou bien gardent leurs enfants. Enfin, dans plus d’un tiers des cas (39 000), la personne souhaite un emploi, mais n’en recherche pas et n’est pas disponible.

Dans 53 % des cas, le souhait de travailler des personnes dans le halo du chômage s’accompagne d’une inscription à Pôle emploi.

En Paca comme au niveau national, pour dix personnes au chômage, on dénombre près de cinq personnes dans le halo. L’importance du halo relativement au chômage tend à s’accroître avec l’âge : de quatre personnes dans le halo pour dix chômeurs chez les 15-29 ans, le rapport passe à près de six pour dix parmi les 50 ans ou plus. Dans cette catégorie d’âge, le phénomène de découragement des chômeurs se développe, entraînant l’interruption des démarches de recherche d’emploi et le basculement dans le halo.

Le halo : une situation transitoire

À la différence du chômage, le halo du chômage est le plus souvent une situation transitoire : en Paca comme en moyenne nationale, moins d’une personne sur trois demeure dans le halo d’un trimestre à l’autre (figure 2). Une proportion semblable bascule dans le chômage : il s’agit de personnes qui deviennent disponibles pour travailler, ou qui ont entamé des démarches de recherche d’emploi. D’un trimestre à l’autre, 14 % des personnes du halo accèdent à un emploi. Parmi elles, une sur cinq rejoint le sous-emploi. Enfin, un quart ne renouvelle pas son souhait de travailler, et se retrouve de ce fait hors du halo.

Figure 2 – 30 % des personnes dans le halo basculent vers le chômage le trimestre suivantTransitions du halo du chômage vers les différents statuts vis-à-vis du marché du travail (moyenne 2013-2015)

  • Champ : population des 15 ans ou plus
  • Source : Insee, enquêtes Emploi 2013 à 2015

7,2 % des actifs occupés en situation de sous-emploi

Parmi les 141 000 personnes qui composent le sous-emploi en Paca, 96 % sont en situation de temps partiel subi : occupant un poste à temps partiel, elles souhaitent travailler davantage et sont disponibles pour le faire, qu’elles recherchent activement un autre emploi (31 000 personnes) ou non (104 000). La minorité restante concerne des actifs en situation d’activité partielle (anciennement chômage technique ou partiel).

Le fait d’être en sous-emploi, donc de souhaiter travailler davantage, se matérialise dans moins d’un tiers des cas (31 %) par une inscription à Pôle emploi.

En Paca, la part du sous-emploi dans l’emploi total atteint 7,2 %, soit une proportion supérieure à la moyenne nationale (6,5 % sur l’ensemble de la France métropolitaine). C’est pour les 15-29 ans que ce taux est le plus élevé : dans la région, plus d’un jeune actif en emploi sur dix (11,1 %) n’obtient pas l’emploi à temps plein qu’il souhaiterait. Cette proportion se réduit quasiment de moitié après l’âge de 30 ans, une fois passées les difficultés de première insertion dans la vie active.

Les femmes, les jeunes et les moins diplômés davantage exposés

Alors que le chômage comme l’emploi (hors sous-emploi) concernent presque autant de femmes que d’hommes, les frontières du chômage sont très majoritairement féminines (figure 3). Ainsi, les femmes représentent 70 % du sous-emploi et 58 % du halo en Paca.

Comme le chômage, ces formes de précarité affectent particulièrement les jeunes. Ainsi, les moins de 30 ans représentent seulement 16 % des actifs en emploi (hors sous-emploi) mais 31 % des personnes dans le halo du chômage et 26 % des travailleurs en sous-emploi.

Le niveau de diplôme semble également déterminant : plus de la moitié des personnes dans le halo ou en situation de sous-emploi ont mis fin à leur scolarité avant le baccalauréat, tandis que près de six actifs en emploi (hors sous-emploi) sur dix ont au moins le niveau baccalauréat.

Figure 3 – Frontières du chômage : les femmes, les jeunes et les personnes peu diplômées davantage exposésRépartition par sexe, âge et niveau de formation (en %), en moyenne 2013-2015

Frontières du chômage : les femmes, les jeunes et les personnes peu diplômées davantage exposés
Halo du chômage Chômage Sous-emploi Emploi hors sous-emploi Population totale
Ensemble 100 100 100 100 100
Sexe
Hommes 42 52 30 53 47
Femmes 58 48 70 47 53
Âge
15 à 29 ans 31 36 26 16 20
30 à 49 ans 42 42 46 53 31
50 ans ou plus 27 22 28 31 49
Niveau de formation
Inférieur au baccalauréat 58 56 51 41 55
Baccalauréat ou plus 42 44 49 59 45
  • Champ : population des 15 ans ou plus
  • Source : Insee, enquêtes Emploi 2013 à 2015

Le sous-emploi : majoritairement des employés et des contrats précaires

Au sein de la catégorie socioprofessionnelle des employés, le sous-emploi concerne plus d’une personne en emploi sur dix (12,3 %). C’est le reflet du fort recours au temps partiel pour les postes de ce niveau de qualification. En revanche, seulement 2,4 % des cadres et professions intellectuelles supérieures sont en situation de sous-emploi.

Le type de contrat proposé témoigne de la précarité des situations de sous-emploi : près de 40 % des salariés concernés sont sous le régime d’un CDD, d’une mission d’intérim, d’un contrat aidé ou d’apprentissage. Parmi les travailleurs qui ne sont pas en situation de sous-emploi, les contrats de cette nature sont trois fois moins fréquents. Le sous-emploi est plus rare dans l’industrie et la construction que dans le commerce et les services, où il concerne 8,1 % des effectifs. Les plus forts taux de sous-emploi ont cours dans les activités récréatives, culturelles et sportives, ou encore dans certains services à la personne comme la coiffure, les soins de beauté, etc. : ils atteignent un emploi sur cinq.

Encadré

Aux frontières du chômage au sens du BIT, le halo du chômage et le sous-emploi

Afin d’éclairer les situations relatives au marché du travail, l’Insee s’appuie sur le cadre conceptuel élaboré par le Bureau international du travail (BIT), qui permet les comparaisons internationales, notamment au moyen des indicateurs d’emploi et de chômage. Les personnes qui ne sont comptées ni en emploi, ni au chômage sont dites inactives au sens du BIT.

Le décompte des chômeurs est effectué sur la base de critères précis. Il ne suffit pas de souhaiter travailler, d’être inscrit à Pôle Emploi ou encore de percevoir une indemnité de chômage pour être en situation de chômage au sens du BIT. Les conditions suivantes doivent en effet être conjointement remplies : être âgé de 15 ans ou plus, être disponible pour occuper un emploi dans les deux semaines suivant l’interrogation, et avoir effectué des démarches actives de recherche d’emploi au cours des quatre semaines précédentes (ou bien avoir trouvé un emploi devant débuter dans un horizon de trois mois).

En 2008, un groupe de travail du Conseil national de l’information statistique (Cnis), chargé de mener des réflexions autour de l’emploi, du chômage et de la précarité, a proposé de mettre en place de nouveaux indicateurs, dans le but de mieux cerner la précarité de l’emploi. Pour décrire les situations qui se situent « aux frontières » du chômage au sens du BIT, deux notions complémentaires ont été mises en avant : le halo du chômage et le sous-emploi. Une personne se situe dans le halo du chômage si elle est inactive au sens du BIT et souhaite travailler. Trois cas de figure sont possibles : être à la recherche d’un emploi sans être disponible, être disponible et souhaiter travailler mais ne pas rechercher d’emploi de manière active pour autant, ou encore souhaiter travailler, mais n’être ni disponible ni en recherche active d’emploi. Le chômage au sens du BIT et son halo réunissent donc l’ensemble des personnes sans emploi et souhaitant travailler.

Un individu est en situation de sous-emploi s’il travaille à temps partiel tout en souhaitant travailler davantage (temps partiel subi), ou bien s’il est en activité partielle (anciennement chômage technique ou partiel). Depuis 2009, l’Insee calcule et publie nationalement le nombre de personnes concernées par le halo du chômage et le sous-emploi, en complément du nombre de chômeurs au sens du BIT.

Cette étude fournit pour la première fois des résultats relatifs au halo du chômage et au sous-emploi en Provence-Alpes-Côte d’Azur.

– Schéma des concepts autour du BIT en Provence-Alpes-Côte d’AzurNombre de personnes, en moyenne 2013-2015

  • Lecture : en Paca, parmi les 4 113 000 personnes de 15 ans ou plus, 1 963 000 sont en emploi, dont 141 000 en situation de sous-emploi (en moyenne sur la période 2013 à 2015).
  • Champ : population des 15 ans ou plus
  • Source : Insee, enquêtes Emploi 2013 à 2015

Pour comprendre

La méthode d’estimation retenue dans cette étude, dite méthode « par empilement », consiste à concaténer les résultats des enquêtes Emploi relatifs à trois années consécutives : 2013, 2014 et 2015. Les données présentées s’interprètent donc comme des valeurs moyennes sur cette période. L’impératif de représentativité des résultats impose certaines restrictions à l’exploitation des enquêtes Emploi au niveau régional. Il ne permet pas, en particulier, de détailler davantage les caractéristiques des populations étudiées (chômage, halo du chômage et sous-emploi) que ce qui est présenté dans cette étude. La méthode utilisée assure la cohérence entre les résultats obtenus et les résultats nationaux tels que diffusés notamment dans l’Insee Références « Emploi, chômage, revenus du travail – Édition 2016 ».

Sources

Les résultats de cette étude sont issus de l’enquête Emploi. Menée de manière continue toutes les semaines de l’année en France, cette enquête est réalisée auprès des ménages ordinaires, à savoir des habitants de logements hors communautés (foyers, hôpitaux, prisons, etc.). Elle aborde principalement les situations relatives au marché du travail (emploi, chômage, inactivité). L’enquête Emploi est la seule source existante qui permet de mesurer le chômage au sens du BIT.

Pour en savoir plus

Beck S. et Vidalenc J., « Une photographie du marché du travail en 2016 – Le chômage recule de 0,3 point sur un an », Insee Première, n°1648, mai 2017

Bessone A.-J. et al., « Halo autour du chômage : une population hétérogène et une situation transitoire », Insee Références, « Emploi, chômage, revenus du travail », juillet 2016.

Foucauld J.B., « Emploi, chômage, précarité. Mieux mesurer pour mieux débattre et mieux agir », Rapport du Cnis n° 114, septembre 2008.