L’imprimerie domine l’économie du livre

Audrey Eichwald, Christiane Kuhn, Insee

Fin 2014, le livre mobilise 4 040 salariés dans le Grand Est. L’imprimerie occupe une place privilégiée dans cette économie : elle concentre les trois quarts des emplois. De par son caractère très industriel, la chaîne du livre emploie majoritairement des ouvriers, avant tout qualifiés, et offre des contrats de travail plus stables. Avec beaucoup d’entreprises indépendantes, les non-salariés y sont plus nombreux que dans l’ensemble de l’économie.

Dans la région, l’économie du livre ne compte que 425 établissements employeurs, dont seize seulement emploient plus de cinquante salariés à la fin de l’année 2014. Les activités tertiaires, qui rassemblent le commerce de détail de livres en magasin spécialisé et l’édition, s’appuient sur de plus petites structures et sont plutôt localisées à proximité de la demande, près des grands centres urbains.

En 2014, la chaîne du livre a généré 202 millions d’euros dans le Grand Est, réalisés à 80 % par l’imprimerie. Les performances économiques de ce secteur sont toutefois relativement modestes, mais la part de richesse consacrée à l’investissement est particulièrement élevée.

Objet culturel aux multiples facettes, le livre est aussi un produit manufacturé, nécessitant des structures de production et de commercialisation. Il génère ainsi toute une économie, qui s’articule autour de quatre grandes activités : l’imprimerie de labeur, la reliure et autres activités connexes, le commerce de détail de livres en magasin spécialisé, et l’édition de livres (Champ et sources). Cette économie est avant tout francilienne : au 31 décembre 2014, près d’un tiers de ses 64 890 emplois salariés de France métropolitaine sont en effet implantés en Île-de-France. L’édition de livres y apparaît très concentrée (82,5 % du total national), contrairement à l’imprimerie (15,8 %). Dans le Grand Est, la « chaîne du livre » rassemble 4 040 salariés fin 2014. Le poids de la région dans l’économie du livre de France métropolitaine est sensiblement inférieure à son poids dans l’ensemble de l’économie (6,2 % contre 8,2 %).

Un modèle de production très industriel

Avec ses 3 000 emplois salariés, l’imprimerie réunit à elle seule les trois quarts des salariés de l’économie régionale du livre fin 2014 (figure 1). La prépondérance de ce secteur industriel est partagée par toutes les régions de province, en moyenne dans les mêmes proportions. Le Grand Est se distingue par l’importance de l’autre secteur industriel de cette économie, que constituent les activités de reliure. Ce domaine est toutefois nettement plus réduit et concerne 320 salariés dans la région fin 2014 ; ces derniers représentent 7,9 % des salariés de la chaîne du livre du Grand Est, contre 4,4 % en moyenne en France de province. Cette photographie de 2014 a été profondément modifiée depuis : en novembre 2015, l’entreprise Sirc, qui comptait une centaine de salariés, a été déclarée en liquidation judiciaire par le tribunal de commerce de Troyes.

En amont de ces activités industrielles, le secteur de l’édition apparaît à l’inverse très en retrait dans la région. Il n’emploie que 120 salariés fin 2014, soit 3,0 % de l’ensemble des travailleurs de l’économie régionale du livre, contre 4,7 % au niveau national hors Île-de-France. À l’autre bout de la chaîne, les librairies comptent 590 salariés dans le Grand Est, soit proportionnellement autant qu’en France de province (15 % des salariés du livre environ).

Figure 1 – L’imprimerie domine l’économie du livre dans toutes les régions de provinceRépartition des effectifs salariés de l’économie du livre par secteur d’activité, selon la région

L’imprimerie domine l’économie du livre dans toutes les régions de province
Régions en effectifs en %
Imprimerie Librairies Reliure Édition Imprimerie Librairies Reliure Édition
Bourgogne-Franche-Comté 1 840 270 20 70 84 12 1 3
Provence-Alpes-Côte d'Azur 1 470 590 60 390 59 24 2 16
Bretagne 2 230 430 20 110 80 15 1 4
Centre-Val de Loire 2 990 320 110 90 85 9 3 3
Normandie 2 850 420 130 110 81 12 4 3
Occitanie 2 690 830 80 370 68 21 2 9
Grand Est 3 000 590 320 120 74 15 8 3
Pays de la Loire 3 000 520 480 240 71 12 11 6
Nouvelle Aquitaine 3 600 840 220 150 75 17 5 3
Hauts-de-France 3 840 790 220 90 78 16 4 2
Auvergne-Rhône-Alpes 5 980 1 340 300 350 75 17 4 4
  • Note : en raison des arrondis, les totaux peuvent ne pas correspondre exactement à la somme des composantes.
  • Note : l’Île-de-France et la Corse ne sont pas prises en compte dans ce graphique, car le livre y comprend dans le premier cas une économie trop importante par rapport aux autres régions métropolitaines (20 340 salariés) et trop marginale dans le deuxième cas (moins de 100 salariés).
  • Champ : emploi salarié (postes principaux, non annexes) au 31/12/2014.
  • Source : Insee, DADS 2014.

Figure 1 – L’imprimerie domine l’économie du livre dans toutes les régions de provinceRépartition des effectifs salariés de l’économie du livre par secteur d’activité, selon la région

Des salariés plus âgés et majoritairement ouvriers

Les activités industrielles pèsent fortement sur les caractéristiques des emplois dans l’économie du livre. En particulier, dans le Grand Est, 55,5 % des postes salariés sont occupés par des ouvriers, soit 20 points de plus que la moyenne régionale tous secteurs, hors fonction publique (figure 2). La chaîne du livre emploie avant tout des ouvriers qualifiés : 82,4 % des ouvriers y sont qualifiés, contre 66,2 % dans l’ensemble de l’économie régionale. Les hommes et les salariés de plus de 50 ans sont également plus présents dans ces activités liées au livre. Les conditions d’emploi y sont plus stables que dans l’ensemble de l’économie, avec davantage de contrats à durée indéterminée et un moindre recours au temps partiel.

Dans les seules activités industrielles de l’imprimerie et de la reliure, ces résultats globaux sont encore plus prononcés. Se pose d’ailleurs le problème du renouvellement des générations de salariés dans les activités de reliure, qui sont essentiellement assurées par des ouvriers, presque tous qualifiés. Dans celles de l’édition et du commerce de détail de livres, les ouvriers sont très peu nombreux, les salariés plus jeunes et les femmes largement majoritaires. Les contrats à durée indéterminée sont moins répandus que dans les activités industrielles du livre, mais néanmoins toujours plus fréquents que dans l’ensemble de l’économie régionale. Le recours au temps partiel est en revanche plus commun. Dans l’édition, le salaire net moyen reste comparable à celui de l’ensemble de l’économie du livre (12,70 € de l’heure), comme de l’économie régionale, grâce à une forte proportion de cadres. Dans les librairies, le salaire net moyen est par contre relativement faible (10,00 € de l’heure), neuf salariés sur dix étant des employés.

Figure 2 – Des conditions d'emploi plus stables, notamment dans l’imprimerieCaractéristiques des postes salariés dans le Grand Est (en %)

Des conditions d'emploi plus stables, notamment dans l’imprimerie
Part de Économie du livre Ensemble de l'économie
Imprimerie Ensemble
Femmes 33,4 40,7 45,3
Moins de 30 ans 13,9 15,0 21,2
50 ans ou plus 34,6 33,5 28,7
CDI 95,0 93,1 82,2
Temps complet 92,7 88,8 77,6
Cadres 9,1 8,8 10,2
Ouvriers 64,6 55,5 35,8
Salaire horaire net moyen (en euros) 13,2 12,7 12,8
  • Champ : emploi salarié (postes principaux, non annexes) au 31/12/2014, hors fonction publique.
  • Source : Insee, DADS 2014.

Des plus petites structures dans les activités tertiaires

L’économie du livre du Grand Est repose sur 1 029 établissements au 31 décembre 2014, dont 41 % sont employeurs, soit 10 points de plus que dans l’ensemble de l’économie. Ces 425 établissements ne représentent qu’une très faible part de l’ensemble des établissements employeurs de la région (2,9 ‰, pour 2,3 ‰ de l’emploi salarié). L’imprimerie en concentre 60 %, soit sensiblement moins que son poids en matière d’emplois. À l’inverse, la part de l’édition et du commerce de détail parmi les établissements employeurs est deux fois plus élevée que celle observée parmi les emplois salariés. Ces secteurs s’appuient davantage sur des petites structures : 90 % de leurs établissements employeurs ont moins de dix salariés, contre 70 % au sein des activités industrielles du livre. Dans cette chaîne, un établissement industriel emploie en moyenne treize salariés, contre cinq dans une structure relevant des activités tertiaires.

Fin 2014, le Grand Est compte seize établissements de plus de 50 salariés dans l’économie du livre, soit proportionnellement autant que dans l’ensemble de l’économie (4 %). Treize relèvent de l’imprimerie, deux (dont l’entreprise Sirc qui a été déclarée en liquidation judiciaire en 2015) ont trait aux activités de reliure et un appartient au commerce de détail.

La reliure apparaît comme un secteur fragile dans le Grand Est : cette activité ne repose que sur quatorze établissements employeurs et les quatre plus grosses structures concentrent à elles seules les trois quarts des effectifs salariés fin 2014. Dans l’édition, les quatre premiers établissements réunissent la moitié des effectifs, tandis que dans le commerce de détail, ils n’en regroupent qu’un quart et seulement 18 % dans l’imprimerie.

En matière d’autonomie décisionnelle, 14 % des établissements employeurs de l’économie du livre sont administrés par des sièges sociaux ou des têtes de groupe qui ne sont pas localisés dans le Grand Est ; trois salariés du livre sur dix sont ainsi concernés. Ces 1 230 travailleurs dépendent à 59 % d’un centre de décision français, très majoritairement francilien. Parmi les salariés qui appartiennent à une structure étrangère, 70 % dépendent d’une entreprise européenne. Seuls 4 % des salariés de l’économie du livre travaillent dans un établissement dont le siège est situé hors des frontières de l’Union européenne.

Concentration près des grands centres urbains

Les acteurs du livre se trouvent davantage près des grands pôles urbains (figure 3), en particulier dans le commerce de détail de livres en magasin spécialisé. Les cinq zones d’emploi du Grand Est qui abritent un pôle urbain de plus de 200 000 habitants - Strasbourg, Metz, Nancy, Reims et Mulhouse - rassemblent 53 % des salariés de l’économie régionale du livre, pour 49 % de l’emploi salarié total et 43 % de la population. Ces territoires regroupent jusqu’à 61 % des salariés travaillant dans les librairies. Les activités de commerce se situent en effet préférentiellement à proximité de la demande, dans les territoires à forte densité de population.

Du fait de l’implantation de quelques gros établissements employeurs, certaines zones d’emploi moins densément peuplées se démarquent et présentent une spécialisation dans l’économie du livre. Sont concernés les territoires d’Épernay, de Chaumont-Langres, de Saint-Dié-des-Vosges et de Vitry-le-François - Saint-Dizier, qui bénéficient d’une surreprésentation du secteur de l’imprimerie, ainsi que celui de Molsheim-Obernai, qui se distingue par l’édition et la reliure. La zone d’emploi de Troyes apparaît encore spécialisée dans l’économie du livre fin 2014, à cause du poids de l’entreprise Sirc qui a disparu l’année suivante.

Figure 3 – Une spécialisation dans l’économie du livre pour quelques zones d’emploi moins densément peupléesEffectifs salariés de la chaîne du livre et poids dans l’emploi salarié total, selon la zone d’emploi

  • Champ : emploi salarié (postes principaux, non annexes) au 31/12/2014).
  • Source : Insee, DADS 2014.

L’imprimerie est essentielle dans la richesse créée par la chaîne du livre

Dans le Grand Est, la valeur ajoutée des entreprises régionales de l’économie du livre (Champ et sources) s’élève à 202 millions d’euros en 2014. Elle mesure la richesse générée par l’activité et est réalisée à près de 80 %par le secteur de l’imprimerie. Le taux de valeur ajoutée, qui rapporte la valeur ajoutée au chiffre d’affaires, est plus élevé dans les activités industrielles du livre (figure 4), ce qui est généralement le cas, relativement au commerce de détail de livres en magasin spécialisé, pour lequel la valeur ajoutée n’est composée que de marges commerciales. Cet écart dans les taux de valeur ajoutée de l’outil de production entre les secteurs industriels et les secteurs tertiaires du livre est encore plus marqué au niveau national.

Au sein des entreprises employeuses du livre, la part de la valeur ajoutée qui leur revient (taux de marge) est plus faible dans les entreprises industrielles : 6 % en moyenne dans l’imprimerie et la reliure dans le Grand Est, contre 15 % dans les librairies et l’édition. Les salaires et cotisations sociales pèsent en effet plus dans la valeur ajoutée des entreprises industrielles que dans celle des autres structures.

Le poids de la masse salariale dans la richesse produite est d’ailleurs globalement plus important dans la région qu’en moyenne nationale, alors que les frais de personnel par salarié y sont inférieurs. Cet écart s’explique par une moindre richesse dégagée par salarié dans le Grand Est, comparée à la moyenne nationale. La productivité apparente du travail est en effet de 53 000 € par salarié dans l’économie du livre régionale, soit 10 000 € de moins qu’à l’échelle nationale, en raison notamment du niveau élevé de l’Île-de-France qui s’explique par une plus forte proportion de cadres et de professions intellectuelles supérieures, signalant un positionnement sur des activités à plus forte valeur ajoutée sur des fonctions à forte spécificité métropolitaine. Au niveau France de province, la productivité apparente du travail reste tout de même supérieure, à 55 000 € en moyenne par salarié.

Les capitaux nécessaires à la production diffèrent selon les activités. Ainsi, les activités de production les plus industrielles nécessitent plus d’investissements que les autres. Dans le Grand Est, l’écart d’intensité capitalistique entre les entreprises employeuses industrielles et tertiaires (95 000 € et 36 000 € par salarié) est particulièrement marqué.

De tous les secteurs du livre, l’imprimerie est celui qui consacre à l’investissement la part de valeur ajoutée la plus importante : 12 % dans le Grand Est, le double des autres secteurs. En matière d’exportation, les entreprises régionales du Grand Est sont mieux placées qu’en moyenne nationale. Les entreprises industrielles, notamment dans la reliure, réalisent davantage de chiffre d’affaires à l’étranger.

Globalement, la chaîne du livre dans le Grand Est affiche des performances économiques relativement plus modestes, en particulier dans ses activités industrielles. La reliure apparaît comme le secteur le moins rentable, dans le Grand Est comme à l’échelle nationale.

Figure 4 – Plus d’investissements dans l’imprimeriePrincipaux indicateurs financiers de l’économie du livre (en %)

Plus d’investissements dans l’imprimerie
Grand Est France métropolitaine
Imprimerie Reliure Librairies Édition Ensemble Imprimerie Reliure Librairies Édition Ensemble
Taux de valeur ajoutée1 33 38 23 30 32 35 51 22 25 30
Ratios sur le partage de la valeur ajoutée des entreprises employeuses
Part des frais de personnel des entreprises employeuses 93 99 89 74 93 87 96 84 78 84
Taux de marge2 des entreprises employeuses 7 1 11 26 7 13 4 16 22 16
Ratios d'activité
Productivité apparente du travail3 des entreprises employeuses (en milliers d'€ par ETP) 56 47 42 58 53 60 48 46 90 63
Intensité capitalistique4 des entreprises employeuses (en milliers d'€ par ETP) 97 73 37 32 86 82 65 44 41 67
Taux d'investissement5 12 5 5 6 11 11 6 8 4 8
Taux d'exportation6 14 33 0 9 13 8 7 1 9 7
Ratios de rentabilité
Taux de rentabilité économique7 3 1 6 16 4 6 2 9 7 7
  • 1 Part de la valeur ajoutée dans le chiffre d’affaires.
  • 2 Part de l’excédent brut d’exploitation dans la valeur ajoutée.
  • 3 Rapport entre la valeur ajoutée et les effectifs salariés en équivalent temps plein.
  • 4 Rapport entre les immobilisations corporelles et les effectifs salariés en équivalent temps plein.
  • 5 Part des investissements dans la valeur ajoutée.
  • 6 Part du chiffre d’affaires à l’export dans le chiffre d’affaires total.
  • 7 Part de l’excédent brut d’exploitation dans le capital d’exploitation.
  • Champ : entreprises mono et quasi monorégionales de l’économie du livre.
  • Source : Insee, Fare et Clap 2014.

Encadrés

Davantage de non-salariés que dans le reste de l’économie

En 2014, la chaîne du livre du Grand Est compte 12,3 % d’emplois non salariés d’après les résultats du recensement de la population. Ces indépendants et employeurs ne représentent que 10,2 % du tissu productif régional total. À l’échelle nationale hors Île-de-France, la part de non-salariés dans l’économie du livre est plus élevée, mais aussi supérieure de deux points à celle observée dans l’ensemble de l’économie (respectivement 14,0 % et 12,4 %).

L’imprimerie est l’activité qui rassemble proportionnellement le moins d’emplois non salariés dans la chaîne du livre : 8,2 % dans le Grand Est. Dans les secteurs de l’édition et du commerce de détail, les emplois non salariés représentent à l’inverse près du quart des emplois.

2 150 salariés de moins en cinq ans

L’économie du livre connaît de profondes mutations ces dernières années. Tous les maillons de la chaîne sont concernés. La crise de l’emploi industriel, le développement des technologies numériques et l’essor des librairies en ligne, conduisent notamment à de fortes réductions d’effectifs. Le Grand Est est particulièrement touché : 2 150 salariés de moins entre 2009 et 2014, soit une baisse de 35 % des effectifs, contre 22 % en moyenne en France de province. L’imprimerie régionale a perdu 1 520 emplois salariés en cinq ans, le secteur de la reliure 360 (plus de la moitié de ses effectifs) et le commerce de livres 290. Seule l’édition se maintient.

Cette réduction particulièrement marquée des effectifs ne se fait pas à tissu productif constant. Entre 2009 et 2014, le nombre d’établissements employeurs de la chaîne régionale du livre a diminué de 15 %, passant de 502 à 425. L’imprimerie est spécialement concernée par ce recul (- 21 %).

Le repli du nombre d’employeurs, qui découle de cette érosion de l’appareil productif, est plus que compensé par la forte progression du nombre d’indépendants, qui sont désormais largement majoritaires au sein de l’ensemble des non-salariés. Entre 2009 et 2014, la part de non-salariés dans l’emploi total du livre a gagné quatre points dans le Grand Est (+ 2 points en France de province).

Figure 5 – Importantes suppressions de postes dans les activités industrielles du livre en cinq ansEffectifs salariés par activité dans le Grand Est en 2009 et 2014

en nombre
Importantes suppressions de postes dans les activités industrielles du livre en cinq ans
2009 2014
Imprimerie 4 520 3 000
Librairies 880 590
Reliure 680 320
Édition 110 120
  • Champ : emploi salarié (postes principaux, non annexes) au 31/12/2009 et au 31/12/2014.
  • Source : Insee, DADS 2009 et 2014.

Figure 5 – Importantes suppressions de postes dans les activités industrielles du livre en cinq ansEffectifs salariés par activité dans le Grand Est en 2009 et 2014

Un impact des politiques publiques aussi décisif que difficile à mesurer

Pour des raisons méthodologiques, la présente étude ne prend pas en compte la contribution de la puissance publique à l’économie du livre, dont les "dépenses fiscales" de l’État représentent l’élément le plus connu et le plus facile à mesurer (TVA réduite sur le prix du livre, à 5,5 % au lieu de 20 %).

De nombreux acteurs publics participent au financement du secteur du livre. Pour le Grand Est, le poids des budgets publics qui correspondent à la part non marchande de l’économie du livre a fait l’objet en 2017 d’une analyse du département des études et de la statistique du ministère de la culture : les budgets des seules communes et groupements de communes du Grand Est se sont élevés dans le secteur de la lecture publique à 102,5 millions d’euros en 2014, alors que les secteurs des musées, du théâtre, du cinéma, des arts plastiques mobilisaient des budgets publics moins importants (respectivement 70,4 M€, 46,4 M€, 43,1 M€, 13,4 M€).

De fait, les bibliothèques des communes et groupements de communes du Grand Est comptaient 2 200 emplois. L’impact des budgets des collectivités territoriales du Grand Est sur la chaîne du livre n’est pas négligeable, même s’il n’est pas circonscrit au seul territoire régional : les achats de livres en librairies dépassent 5 M€ par an, et les animations en bibliothèques impliquant des interventions d’auteurs et d’illustrateurs, 1,3 M€. Enfin, les aides du Centre national du livre ont représenté 0,72 M€ dans la région. Il est difficile d’évaluer le poids économique des éditeurs structurés non pas en sociétés commerciales mais en associations (lesquelles, d’après les premières études sur l’édition en région, représentent un bon tiers de l’ensemble et jouent de facto un rôle culturel majeur pour l’émergence des talents - comme l’atteste la bibliographie d’auteurs comme Philippe Claudel ou Antoine Mouton, lauréats de prix nationaux après avoir été édités en région).

Les contributions économiques de la collectivité publique au secteur de l’imprimerie dans le Grand Est se limitent essentiellement aux deux plus grandes écoles françaises de formation à la typographie et au design de livres : la Haute école des arts du Rhin (HEAR) à Strasbourg, et l’Atelier national de recherche typographique (ANRT) créé au sein de l’École nationale supérieure d’arts et de design, implantée au cœur du nouveau campus ARTEM de Nancy. Certains projets de recherche de l’ANRT développent des partenariats avec des entreprises de l’imprimerie et de l’industrie papetière, secteurs dont le poids est historiquement important dans l’économie du Grand Est. Toutefois, en l’absence de stratégie régionale à ce sujet, la quasi-totalité des professionnels issus de ces écoles aura été recrutée non pas dans le Grand Est mais à l’échelon national ou international (c’est le cas notamment des six jeunes professionnels issus chaque année des formations post-master de l’ANRT).

Rédaction Drac

Atlas régional de la culture / Ministère de la culture (DEPS), 2017.

Les éditeurs en Alsace / CIL, Strasbourg, 2016.

L’édition en Lorraine / Conseil régional de Lorraine (centre régional du livre), Metz, 2013.

9 090 emplois spécifiques au livre dans l’ensemble de l’économie

Le périmètre de l’économie du livre est défini dans cette étude selon une approche sectorielle, utilisant la nomenclature d’activités des établissements. Il ne couvre pas l’ensemble des emplois relatifs au livre. Il est en effet possible d’exercer une profession spécifique au livre dans un établissement dont l’activité principale ne relève pas de la chaîne du livre, comme les artisans du papier, de l’imprimerie et de la reproduction qui travaillent dans le domaine de la presse écrite. Selon une approche par métiers, l’économie du livre repose sur 9 090 emplois salariés dans le Grand Est.

Ces deux approches se recoupent partiellement. Parmi les 4 040 emplois salariés que comptent les établissements dont l’activité principale relève du livre, 2 460 correspondent à des professions spécifiques au livre. Dans ces structures de la chaîne du livre, quatre emplois sur dix sont ainsi des emplois support, comme les employés administratifs ou les technico-commerciaux.

Figure 6 – 2 460 emplois au cœur du livre

  • Champ : emploi salarié (postes principaux, non annexes) au 31/12/2014.
  • Source : Insee, DADS 2014.

Encadré partenariat

L’étude a été réalisée dans le cadre d’un partenariat entre la Direction régionale de l’Insee du Grand Est et la Direction régionale des affaires culturelles (Drac) du Grand Est.

Sources

À partir de la nomenclature d’activités des établissements et en cohérence avec les conventions collectives du secteur, l’économie du livre est définie par quatre sous-secteurs d’activité :

l’imprimerie de labeur (1812Z), qui se définit par opposition à l’imprimerie de journaux et qui comprend l’impression de livres, de brochures, de catalogues, de périodiques, de prospectus… ;

la reliure et autres activités connexes (1814Z), qui concerne, en plus des activités de reliure, les services de finition de papiers ou de cartons imprimés, les services de finition pour publipostage, la gravure ou encore la copie en braille ;

le commerce de détail de livres en magasin spécialisé (4761Z), qui exclut le commerce de détail de livres d’occasion ou de livres anciens ;

- l’édition de livres (5811Z), qui regroupe les activités d’édition de livres sous forme imprimée, électronique (CD, écrans...), audio ou encore sur Internet.

Douze catégories de métiers, propres au livre, peuvent être identifiées à partir de la nomenclature des professions et catégories socioprofessionnelles :

- les artisans du papier, de l’imprimerie et de la reproduction (214c)

- les détaillants en biens culturels (de 0 à 9 salariés) (223f)

- les auteurs littéraires, scénaristes, dialoguistes (352b)

- les directeurs de journaux, administrateurs de presse, directeurs d’éditions (353a)

- les ingénieurs et cadres d’étude, recherche et développement des autres industries (qui incluent l’imprimerie) (386a)

- les ingénieurs et cadres de fabrication des autres industries (386e), dont les secrétaires d’édition

- les concepteurs et assistants techniques des arts graphiques (465a), dont les maquettistes

- les assistants techniques, techniciens de l’imprimerie et de l’édition (476a)

- les agents de maîtrise en fabrication des autres industries (qui incluent l’imprimerie) (485b)

- les vendeurs de biens culturels (554g)

- les ouvriers qualifiés de l’impression, de la brochure, de la reliure et du façonnage (627f)

- les ouvriers non-qualifiés de l’imprimerie, presse, édition (675c).

Le dénombrement des emplois salariés de l’économie du livre et leur caractérisation se font à partir des déclarations annuelles de données sociales (DADS). Chaque salarié est associé aux données de son poste principal, non annexe, exercé au 31 décembre.

Le recensement de la population (exploitation complémentaire au lieu de travail) est utilisé en structure pour estimer la part d’emplois non salariés.

Les données sur les établissements employeurs et leur localisation sont issues de la source CLAP (Connaissance locale de l’appareil productif).

Les données financières des entreprises de la chaîne du livre proviennent du fichier approché des résultats d’Ésane (Fare). Elles ne concernent que les entreprises régionales, c’est-à-dire les entreprises monorégionales, qui ont tous leurs établissements dans la région, et les entreprises quasi monorégionales, qui ont au moins 80 % de leurs effectifs localisés dans la région. Dans le Grand Est, 92 % des salariés de l’économie du livre travaillent dans des entreprises à l’implantation régionale : 96 % dans l’imprimerie, 74 % dans les librairies, 100 % dans la reliure et 65 % dans l’édition.

Pour en savoir plus

Bisault L., Picard T., « La culture : une activité capitale », Insee Première n° 1644, avril 2017.

Berrard P. Y., Préau J. , « Le livre en Lorraine : un secteur fragile dominé par l’imprimerie », Insee Analyses Lorraine n° 7, septembre 2014.

James N., Perrel C., Pottier P., Moscovitz C., Roux MC. , Gamors C., Guéry P., Soulard O., « L’Île-de-France, territoire stratégique pour le livre », Île-de-France à la page n° 404, mars 2013.