Auto-entrepreneurs en Île-de-FranceUn régime devenu moins attractif, mais prisé par les jeunes et les femmes

Céline Calvier, Insee Île-de-France ; Yves Burfin, Isabelle Savelli-Thiault, Crocis de la CCI Paris Île-de-France

En Île-de-France, comme au niveau national, le régime de l’auto-entrepreneur a perdu un peu de son succès par rapport à 2010, année de son apogée. Les créateurs d’entreprises franciliens qui choisissent ce régime sont aussi diplômés que ceux qui optent pour les autres formes de créations, mais sont plus souvent des jeunes et des femmes. Un sur quatre choisit une activité spécialisée, scientifique et technique, loin devant le commerce. Les deux tiers d’entre eux montent seuls leur projet et 59 % démarrent sans moyens financiers.

En 2014, 72 200 auto-entrepreneurs ont été immatriculés en Île-de-France, soit 51 % des entreprises  créées dans la région. Cependant, le régime de l’auto-entrepreneur est devenu moins attractif qu’en 2010, année de son apogée au cours de laquelle il avait été choisi par 56 % des créateurs d’entreprises franciliens. Plus récemment, depuis la requalification du régime d’auto-entrepreneur en micro-entrepreneur en décembre 2014, la part des micro-entrepreneurs a encore diminué, jusqu’à devenir minoritaire en 2016 (47 % en Île-de-France et 40 % au niveau national). Néanmoins, ce régime continue d’attirer certains profils particuliers de créateurs d’entreprises.

Une population plus jeune, plus féminine, mais aussi diplômée que les créateurs d’entreprises classiques

En Île-de-France, en 2014, un tiers des créateurs sous le régime de l’auto-entrepreneur a moins de 30 ans, contre seulement 18 % des créateurs d’entreprises dites « classiques ». Ils sont même plus jeunes qu’en 2010 où cette proportion atteignait 29 %. Ce statut entrepreneurial est aussi davantage prisé par les femmes qui représentent 37 % de ses nouveaux adeptes contre 26 % pour les créateurs d’entreprises classiques. En revanche, en Île-de-France, ces nouveaux auto-entrepreneurs sont aussi diplômés que les autres créateurs et plus diplômés qu’au niveau national : 43 % sont titulaires d’un diplôme de niveau bac+3 ou plus, contre seulement 29 % de l’ensemble des auto-entrepreneurs français.

Avant de créer leur entreprise, 45 % de cette nouvelle génération d’auto-entrepreneurs franciliens étaient salariés et 26 % étaient chômeurs. Quatre auto-entrepreneurs sur dix conservent une activité rémunérée dans une autre entreprise en plus de leur activité d’auto-entrepreneur, essentiellement en tant que salarié, du privé (77 %) ou du public (17 %).

Pour les auto-entrepreneurs, créer une entreprise semble consister le plus souvent à déclarer une activité d’appoint, voire occasionnelle ou même seulement éventuelle. En effet, seuls 55 % des auto-entrepreneurs franciliens immatriculés au premier semestre 2014 démarrent véritablement une activité économique avant la fin de l’année, soit un peu moins qu’au niveau national (60 %). Et parmi ceux-ci, seuls 52 % en font leur activité principale, soit une proportion équivalente à la moyenne nationale, tandis que pour les autres il s’agit d’une activité de complément.

Un moindre attrait pour le régime de l’auto-entrepreneur

En 2014, 58 % des nouveaux auto-entrepreneurs franciliens affirment qu’ils n’auraient pas créé leur entreprise sans ce régime. Cette proportion est en forte baisse par rapport à 2010 (- 17 points). Ce constat montre que les avantages du régime sont moins souvent décisifs que juste après sa mise en place. Pour les auto-entrepreneurs franciliens, deux raisons principales ont motivé le choix du régime de l’auto-entrepreneur : assurer leur propre emploi (35 %) et développer une activité de complément (30 %). Si 88 % des auto-entrepreneurs estiment que ce régime présente des avantages (simplicité de l’inscription notamment), 80 % y trouvent également des inconvénients, tels que la non-déductibilité du chiffre d’affaires des charges, de la TVA et des investissements, ou les plafonds de chiffres d’affaires jugés trop bas (figure 1).

Figure 1 - De nombreux avantages au régime de l'auto-entrepreneur, mais aussi des inconvénientsPrincipaux avantages et inconvénients au régime de l'auto-entrepreneur selon les auto-entrepreneurs franciliens (en %)

Figure 1 - De nombreux avantages au régime de l'auto-entrepreneur, mais aussi des inconvénients
Part
Avantages
Inscription simple, facile, rapide 68,9
Paiement des charges simplifié 49,6
Gestion comptable simplifiée 47,9
Formalités de déclaration gratuites 40,9
Taux d'imposition attractifs 30,7
Inconvénients
Investissements, TVA et charges non déductibles du CA 37,8
Les seuils de chiffres d'affaires sont trop bas 36,9
Manque d'informations précises sur ce régime, de référent 33,6
Cotisations sociales calculées sur le CA, 24,7
Régime peu compatible avec l'embauche de salariés 13,6
  • Les auto-entrepreneurs pouvaient indiquer plusieurs avantages et inconvénients ; les pourcentages cumulés dépassent donc 100 %.
  • Source : Insee, enquête Auto-entrepreneurs 2014.

Figure 1 - De nombreux avantages au régime de l'auto-entrepreneur, mais aussi des inconvénientsPrincipaux avantages et inconvénients au régime de l'auto-entrepreneur selon les auto-entrepreneurs franciliens (en %)

Un auto-entrepreneur sur quatre crée son entreprise dans une activité spécialisée, scientifique et technique

Par rapport au régime classique, les auto-entrepreneurs franciliens créent plus souvent dans le secteur des activités spécialisées, scientifiques et techniques (juristes, comptables, architectes, conseils...), dans les activités d’enseignement, de santé humaine et d’action sociale, ou encore dans les autres activités de services aux ménages (figure 2). Ils s’orientent en revanche moins fréquemment vers le commerce et la construction.

En Île-de-France, les activités spécialisées, scientifiques et techniques sont largement en tête des activités choisies en 2014 par les auto-entrepreneurs (26 %), devant le commerce (15 %). Les créations ont cependant légèrement reculé dans ces deux secteurs par rapport à 2010, tandis qu’elles ont fortement augmenté dans le secteur des transports. Dans ce dernier secteur, cette tendance s’est poursuivie depuis : le nombre d’auto-entrepreneurs a été multiplié par trois entre 2014 et 2016, en lien avec le développement des activités de livraison en deux-roues ou de transport de voyageurs.

Figure 2 - Les activités spécialisées, scientifiques et techniques, largement en tête pour les auto-entrepreneurs franciliensRépartition des créateurs d'entreprises franciliens selon le secteur d'activité à la création (en %)

Figure 2 - Les activités spécialisées, scientifiques et techniques, largement en tête pour les auto-entrepreneurs franciliens
Créateurs d'entreprises classiques** 2014 Auto-entrepreneurs 2014 Auto-entrepreneurs 2010
Activités spécialisées, scientifiques et techniques 20,7 25,7 28,6
Commerce 17,0 15,0 19,3
Construction 16,9 9,8 9,3
Information et communication 8,7 8,8 9,5
Activités de services administratifs et de soutien 6,2 6,8 7,0
Hébergement et restauration 5,8 1,4 1,0
Enseignement, santé humaine et action sociale 5,7 10,5 9,3
Transports 4,7 5,0 0,9
Activités financières et d'assurance et activités immobilières 4,0 2,3 1,2
Industrie 3,1 4,1 2,9
Autres activités de services aux ménages* 5,1 10,6 13,3
  • * Dont arts, spectacles et activités récréatives.
  • ** Hors auto-entrepreneurs.
  • Source : Insee, enquête Auto-entrepreneurs 2010 et 2014 et enquête Sine 2014.

Figure 2 - Les activités spécialisées, scientifiques et techniques, largement en tête pour les auto-entrepreneurs franciliensRépartition des créateurs d'entreprises franciliens selon le secteur d'activité à la création (en %)

Malgré les difficultés rencontrées, les auto-entrepreneurs font peu appel à des aides

Comme les créateurs d’entreprises classiques, les auto-entrepreneurs franciliens bénéficient de peu d’appui extérieur. Ils sont ainsi 66 % à avoir monté seuls leurs projets.

Les moyens financiers engagés lors de la création sont très faibles, voire nuls pour la majorité des auto-entrepreneurs franciliens : 59 % n’ont rien investi pour monter leur projet, contre 50 % au niveau national, tandis que 21 % ont engagé moins de 1 000 euros. En Île-de-France, moins d’un sur dix a investi 4 000 euros ou plus dans son projet. De plus, comme les créateurs d’entreprises classiques, ils sont seulement 31 % à avoir fait appel à un dispositif d’aide publique, le plus souvent au dispositif ACCRE (Aide aux chômeurs créateurs ou repreneurs d’entreprises).

Cependant, 68 % des nouveaux auto-entrepreneurs déclarent avoir rencontré des difficultés lors de leur création. Les trois principales difficultés citées sont : effectuer seul les démarches (32 %), obtenir des renseignements, des conseils ou des formations (27 %) et régler des formalités administratives (26 %).

Une présence toujours faible sur le web

Comme ceux de 2010, les nouveaux auto-entrepreneurs n’ont pas encore pris le virage du numérique. En effet, si 74 % déclarent utiliser internet dans le cadre de leur activité, les usages sont souvent limités à l’utilisation de boîtes mails ou à la recherche d’informations. Ils sont peu nombreux à utiliser le web pour passer des commandes ou rechercher des marchés. Ils sont seulement 26 % à avoir un site internet (ouvert ou en construction). Lorsqu’ils en ont un, ce sont presque uniquement des sites vitrines ; seuls 4 % permettent de vendre en ligne. Les auto-entrepreneurs sont également relativement absents des réseaux sociaux : ils sont seulement 27 % à utiliser ce canal pour leur communication.

Sources

Le système d’information sur les nouvelles entreprises (Sine) est un dispositif permanent d’observation d’une génération de nouvelles entreprises tous les quatre ans. Depuis 2010, les entreprises créées sous le régime de l’auto-entrepreneur font l’objet d’une enquête spécifique : enquête Auto-entrepreneurs. Le champ de l’étude prend en compte les 34 200 auto-entrepreneurs du champ Sine immatriculés en Île-de-France au cours du premier semestre 2014.

Pour en savoir plus

D’ « auto-entrepreneur » à « micro-entrepreneur » :

Burfin Y., Calvier C., Savelli-Thiault I., « Moins de chômeurs et plus de diplômés chez les créateurs d’entreprises franciliens », Insee Analyses Île-de-France n° 64, juillet 2017.

 « Les auto-entrepreneurs de 2014 : situation initiale », Insee Résultats, mai 2017.

Beziau J., Mariotte H., Rousseau S., « Auto-entrepreneurs immatriculés en 2014 : 54 % de ceux qui démarrent en font leur activité principale », Insee Première n° 1615, septembre 2016.