Actifs en début de carrière : la variété des métiers exercés dépend de la formation reçue

Mélanie Chassard, Pierre-Stéphane Lèbre, Insee

En Bourgogne-Franche-Comté, près d’un actif sur cinq occupant un emploi est sorti du système éducatif depuis moins de 11 ans. Le profil de formation de ces jeunes actifs reflète la structure du tissu productif régional. Ils sont ainsi plus fréquemment diplômés de la mécanique qu’au niveau national.

L’intensité du lien entre la spécialité suivie en formation initiale et l’emploi occupé varie selon les métiers. Lorsque ce lien est direct, il débouche sur un nombre restreint de métiers : c’est le cas des professions réglementées de la santé et du droit mais aussi des métiers qui exigent un niveau de technicité élevé comme ceux de l’informatique.

En revanche, les formations généralistes de l’enseignement supérieur donnent accès à une plus large variété de métiers, à haut niveau de qualification le plus souvent.

Insee Analyses Bourgogne-Franche-Comté
No 13
Paru le : 24/01/2017

Parmi les actifs occupant un emploi en Bourgogne-Franche-Comté, près d’un sur cinq, soit 244 500 en 2009, sont sortis du système éducatif depuis moins de 11 ans.

Leur part dans les effectifs en emploi est variable d’un domaine professionnel à l’autre. Ils sont plus présents dans l’informatique et les télécommunications (37 % des emplois) ou dans les études et la recherche (31 %) que dans les services aux particuliers et aux collectivités (12 %) ou dans l’agriculture. Les domaines professionnels les plus employeurs comptent aussi le plus d’actifs en début de carrière (figure 2). Ils sont ainsi 32 000 dans le domaine de la santé et de l’action sociale, culturelle et sportive, 31 000 dans celui du commerce, 21 000 dans le bâtiment (figure 1).

En matière de recrutement, les domaines professionnels les plus dynamiques dans l’embauche de jeunes actifs sont ceux qui offrent les emplois les plus qualifiés.

Figure 1 – Des embauches de jeunes actifs plus fréquentes dans le domaine de l’informatiqueRépartition des actifs en début de carrière par domaine professionnel en Bourgogne-Franche-Comté

Nombre de jeunes actifs
Des embauches de jeunes actifs plus fréquentes dans le domaine de l’informatique
Nombre de jeunes* actifs taux d'embauche des jeunes*
Informatique et télécommunications 3378,6 73,1
Études et recherche 2935,9 65,9
Banque et assurances 5487,6 65,6
Enseignement, formation 11533,2 61,3
Santé, action sociale, culturelle et sportive 32019,5 60,1
Ingénieurs et cadres de l'industrie 2902,2 58,4
Électricité, électronique 1673,8 55,3
Administration publique, professions juridiques, armée et police 16731,5 53,9
Commerce 31049,5 51,4
Gestion, administration des entreprises 20709,8 50,4
Communication, information, art et spectacle 3546,7 50,2
Mécanique, travail des métaux 17218,5 48,9
Agriculture, marine, pêche 8713,2 48,0
Industries de process 9986,2 47,1
Hôtellerie, restauration, alimentation 12318,0 45,0
Matériaux souples, bois, industries graphiques 1573,6 42,2
Bâtiment, travaux publics 21483,5 42,1
Transports, logistique et tourisme 15561,8 41,9
Maintenance 10105,6 39,5
Services aux particuliers et aux collectivités 14515,1 32,1
  • Jeunes * : actifs en emploi ayant terminé leur formation initiale depuis moins de 11 ans.
  • Source : Insee, enquête emploi en continu (EEC) 2006-2012

Figure 1 – Des embauches de jeunes actifs plus fréquentes dans le domaine de l’informatiqueRépartition des actifs en début de carrière par domaine professionnel en Bourgogne-Franche-Comté

Figure 2 – 13% des actifs en début de carrière en emploi dans le domaine du commerceLes actifs en début de carrière par domaine professionnel en Bourgogne-Franche-Comté

13% des actifs en début de carrière en emploi dans le domaine du commerce
Domaine professionnel Nombre d'actifs en début de carrière Répartition des actifs en début de carrière (%) Part des actifs en début de carrière dans l'emploi du domaine (%) Part des actifs en début de carrière dans les embauches (%)
Santé, action sociale, culturelle et sportive 32 000 13 27 60
Commerce 31 100 13 26 51
Bâtiment, travaux publics 21 500 9 23 42
Gestion, administration des entreprises 20 700 8 19 50
Mécanique, travail des métaux 17 200 7 22 49
Administration publique, professions juridiques, armée et police 16 700 7 18 54
Transports, logistique et tourisme 15 600 6 17 42
Services aux particuliers et aux collectivités 14 500 6 12 32
Hôtellerie, restauration, alimentation 12 300 5 25 45
Enseignement, formation 11 500 5 23 61
Maintenance 10 100 4 17 40
Industries de process 10 000 4 23 47
Agriculture, marine, pêche 8 700 4 18 48
Banque et assurances 5 500 2 26 66
Communication, information, art et spectacle 3 500 1 31 50
Informatique et télécommunications 3 400 1 38 73
Études et recherche 2 900 1 22 66
Ingénieurs et cadres de l'industrie 2 900 1 28 58
Électricité, électronique 1 700 1 25 55
Matériaux souples, bois, industries graphiques 1 600 1 17 42
Artisanat 1 100 1 17 36
Ensemble 244 500 100 21 47
  • Sources : Insee, recensement de la population 2009, enquête emploi en continu (EEC) 2006-2012

Informatique, banque et assurances : des taux d’embauche élevés

Dans le domaine de l’informatique, dans celui des études et de la recherche, celui de la banque et assurances ou celui de l’enseignement, le taux d’embauche des jeunes (définitions) dépasse 60 % en 2012. Ces recrutements participent au renouvellement de la main-d’oeuvre, en particulier dans l’informatique où près de 40 % des actifs en emploi ont moins de 11 ans d’ancienneté. Pour d’autres domaines, ce renouvellement de la main-d’oeuvre est en cours ou à venir. Avec l’arrivée en fin de carrière des générations issues du baby-boom, de nombreux départs à la retraite sont attendus dans la région. Ils seraient massifs dans trois domaines en expansion qui bénéficient d’un contexte favorable : la banque qui recrute déjà de nombreux actifs en début de carrière, la maintenance où de nombreux métiers sont en évolution mais aussi les services à la personne, domaine qui séduit aujourd’hui peu ces jeunes actifs. Ces départs sont susceptibles de favoriser leur recrutement, ce qui pourrait à terme conduire à faire évoluer dans la région la structure des emplois occupés en début de carrière.

Pour les actifs en début de carrière, le métier exercé est largement conditionné par la formation initiale suivie. Le lien entre métier et formation est en effet d’autant plus fort que la sortie du système éducatif est récente. Il tend à s’affaiblir avec l’expérience acquise, les phénomènes de reclassement, de promotion interne et de reconversion professionnelle.

Le profil de formation des actifs, reflet de la structure régionale des emplois

En Bourgogne-Franche-Comté, les actifs en début de carrière sont issus de formations dont les spécialités reflètent la structure du tissu productif. Dans la région la plus industrielle de France, près d’un emploi sur cinq relève de l’industrie. Les actifs en début de carrière sont ainsi plus fréquemment diplômés de la mécanique qu’au niveau national. Ils sont 17 600 issus d’une formation relevant de cette spécialité : les titulaires d’un CAP (7 200) sont presqu’aussi nombreux que les bacheliers (7 300). Et parmi les 3 000 diplômés du supérieur, les deux tiers ont un brevet de technicien supérieur. Ce profil de formation leur donne accès aux emplois, qualifiés ou non, de la mécanique mais aussi de la métallurgie, du bâtiment, de la maintenance et des industries de process, autant d’emplois caractéristiques du tissu productif régional.

Dans ces domaines, l’éventail des métiers est varié et les niveaux de qualification requis divers : 79 % des titulaires d’un brevet de technicien supérieur occupent des fonctions de techniciens ou d’agents de maîtrise, 72 % des actifs en début de carrière ayant suivi des études dans l’enseignement supérieur long sont ingénieurs dans l’industrie ou travaillent dans le domaine de la recherche.

Toutefois, le diplôme ne permet pas toujours d’occuper un poste correspondant au niveau de qualification : plus de la moitié des actifs titulaires d’un CAP de la mécanique et près d’un quart des bacheliers de la mécanique occupent ainsi des emplois d’ouvriers non qualifiés. Tous ces emplois sont amenés à évoluer. Les innovations technologiques et les normes environnementales vont se traduire par une élévation du niveau de qualification requis et le besoin de nouvelles compétences en informatique, robotique de production mais aussi contrôle qualité. Ces évolutions constituent un défi pour le renouvellement de la main-d’oeuvre qualifiée et non qualifiée des métiers de l’industrie. Région agricole tournée vers la viticulture et l’élevage, 4 % des actifs en début de carrière ont suivi un cursus de formation relevant de la spécialité agriculture, soit 2 points de plus qu’au niveau national. Le domaine emploie ainsi 8 700 jeunes actifs. La plupart ont reçu une formation agricole. Pour gérer une exploitation, un diplôme de l’enseignement agricole de niveau baccalauréat reste conseillé : en Bourgogne-Franche-Comté, plus d’un tiers de ces jeunes actifs sont ainsi titulaires d’un baccalauréat et un quart sont diplômés du supérieur, soit respectivement 6 points et 2 points de plus qu’en France métropolitaine.

Des débouchés très concentrés pour certaines formations

L’intensité du lien entre la spécialité suivie en formation initiale et l’emploi occupé varie selon les métiers (figure 3). Lorsque ce lien est direct, comme en agriculture, la formation débouche sur un nombre restreint de métiers. Il en va de même pour les professions réglementées de la santé ou du droit requièrent un diplôme spécifique.

La relation entre formation initiale et emploi est également forte pour les métiers exigeant soit des compétences très particulières soit un niveau de technicité élevé comme ceux de techniciens ou d’ingénieurs informatiques, les métiers qualifiés du bâtiment ou encore de ceux de la coiffure et de l’esthétique. Un coiffeur par exemple, ne peut s’installer à son compte sans brevet professionnel. Dans la région, 2 700 actifs en début de carrière ont été formés en « coiffure, esthétique ».

Ils sont autant à être titulaires d’un CAP que d’un baccalauréat. Dans ce domaine, le lien avec la formation s’affaiblit peu dans le temps : au-delà de 10 ans d’expérience, plus des deux tiers des formés exercent encore ces métiers ce qui reste élevé au regard des parcours professionnels observés dans d’autres domaines. Les formations en agroalimentaire, alimentation et cuisine entretiennent un lien fort avec les métiers de bouche, en particulier ceux de bouchers, charcutiers et boulangers. Mais dans ce cas, le lien se distend avec le temps et l’expérience professionnelle acquise : nombreux sont ceux qui dix ans après leur entrée sur le marché du travail, exercent un autre métier.

Pour tous ces métiers où la relation entre la formation et l’emploi est étroite, la question des débouchés est essentielle. Dans un contexte économique favorable, l’insertion sur le marché du travail des jeunes formés peut être très rapide. Dans le cas contraire, les possibilités de trouver un emploi différent sont d’autant plus limitées.

Figure 3 – Le lien emploi-formation en début de carrièreRépartition des actifs en début de carrière par domaine professionnel en Bourgogne-Franche-Comté

  • Note de lecture : Parmi les jeunes* ayant suivi une formation « Travail social », représentée en jaune, et ayant trouvé un emploi, la plus grande partie occupe un poste dans le domaine de la Santé, action sociale, culturelle et sportive. Une autre partie occupe un travail dans le domaine des Services aux particuliers et aux collectivités. Enfin, une minorité d’entre eux travaille dans d’autres domaines tels que le Commerce.
  • Note : la taille des liens est proportionnelle aux flux. Ne sont représentés que les flux principaux.
  • jeunes* : actifs en emploi ayant terminé leur formation initiale depuis moins de onze ans.
  • Sources : Insee, recensement de la population 2009, enquête emploi en continu (EEC) 2006-2012.

Des formations en électricité, électronique variées et très présentes

Pour d’autres formations, le lien plus lâche avec le métier permet d’accéder à des emplois plus diversifiés. Les compétences acquises peuvent être dans ce cas adaptées à différents métiers ou être exercées dans différents domaines professionnels. Ainsi, les quelque 7 300 actifs en emploi issus d’une formation en électricité, électronique sont employés dans le bâtiment, la maintenance, les transports, la mécanique ou encore les industries de process, autant de domaines caractéristiques de l’économie régionale. Les plus diplômés accèdent aux emplois qualifiés de la recherche ou de l’ingénierie industrielle. Parallèlement les formations en électricité et en électronique sont nombreuses et très présentes sur tout le territoire régional : 3 800 jeunes de Bourgogne-Franche-Comté sont scolarisés dans ces spécialités à la rentrée 2015. Le large éventail de diplômes – du CAP en préparation et réalisation d’ouvrages électriques au diplôme d’ingénieur en génie électrique dispensé à Belfort – associés à ces formations, donne accès à une plus grande variété d’emplois, même si le métier exercé ne correspond pas toujours au niveau de qualification attendu. Ainsi les deux tiers des jeunes actifs titulaires d’un CAP dans cette spécialité occupent des postes d’ouvriers non qualifiés du bâtiment, des industries de process ou de la manutention. Un tiers des bacheliers exercent en tant qu’ouvriers qualifiés du bâtiment ou de la maintenance, 21 % sont techniciens ou agents de maîtrise.

Ces emplois très qualifiés sont toutefois plus souvent occupés par les jeunes actifs titulaires d’un brevet de technicien supérieur. Les deux tiers d’entre eux occupent ainsi ce type de fonction.

Une grande variété d’emplois pour les formations généralistes

Les formations généralistes de l’enseignement supérieur en mathématiques et sciences, sciences humaines et droit, ou encore celles en lettres et sciences sociales conduisent à exercer des emplois variés, à haut niveau de qualification le plus souvent, et ce dans la plupart des domaines professionnels. Pour autant, en raison de l’élévation générale du niveau de diplôme et faute de débouchés, ces diplômés du supérieur se trouvent eux aussi confrontés au phénomène de déclassement et occupent pour certains des emplois peu qualifiés comme ceux du commerce ou des services à la personne. L’enseignement et la fonction publique restent toutefois des débouchés privilégiés. Parmi les 7 400 diplômés de l’enseignement supérieur long issus de ces formations, plus de 40 % exercent leur profession dans l’enseignement et la formation ou dans la recherche, 14 % dans l’administration, autant dans la santé et l’action culturelle et sociale et 10 % dans la gestion d’entreprise. Ils sont principalement techniciens ou cadres des services administratifs, comptables et financiers. Dans une moindre mesure, ils sont aussi employés dans l’industrie, l’agriculture et la maintenance sur des postes de techniciens, agents de maîtrise ou de cadres de l’industrie.

Encadré

Les métiers occupés par les non ou peu diplômés 

Parmi les actifs en début de carrière de Bourgogne-Franche-Comté, 25 500 n’étaient pas ou peu diplômés, soit environ 10 % d’entre eux, un point de plus qu’au niveau national. Dans un contexte d’élévation générale du niveau de diplôme requis, en lien avec les évolutions technologiques et les difficultés d’insertion sur le marché du travail, les opportunités de trouver un emploi sont faibles pour ces jeunes actifs. En concurrence avec des diplômés en début de carrière parfois en situation de déclassement, ils ont accès à des métiers moins variés et peu qualifiés. Ils sont embauchés en priorité sur des emplois pour lesquels le besoin de main-d’oeuvre est important. Le bâtiment constitue le premier domaine employeur pour ces jeunes actifs. Il attire 16 % d’entre eux, positionnés sur des emplois non qualifiés. Ces jeunes exercent également fréquemment un métier relevant du domaine de la mécanique et du travail des métaux (12 %) ou de celui de la manutention et des transports (12 %). Ici encore, ils accèdent aux emplois les moins qualifiés. Dans le secteur des services, certains sont employés comme vendeurs ou caissiers dans le commerce (10 %), agents d’entretien (6 %) ou exercent des fonctions d’employés dans l’hôtellerie-restauration (5 %). Une fois insérés au sein de l’entreprise, ces jeunes peuvent évoluer et acquérir une qualification par le biais de la formation continue ou de la formation interne à l’entreprise.

Pour comprendre

Les principales sources mobilisées pour cette étude sont le recensement de la population (RP) de 2009 et l’empilement des enquêtes emploi en continu (EEC) de 2006 à 2012. Le RP permet de connaître la répartition à l’échelle régionale des actifs ayant un emploi selon le niveau de diplôme et le métier exercé. Ces données sont ensuite ventilées par spécialité de formation et par ancienneté sur le marché du travail à l’aide d’une clé de répartition calculée sur les EEC au niveau national. Cette ventilation fait l’hypothèse d’une similitude entre répartitions nationale et régionale des spécialités de formation, à métier et niveau de diplôme fixés. Les chiffres présentés dans cette étude sont donc à prendre comme des ordres de grandeur et non comme des estimations absolues.

Le champ étudié correspond à l’ensemble des individus de plus de quinze ans, ayant terminé leur formation initiale et étant en emploi. Ils sont caractérisés selon leur ancienneté sur le marché du travail. Ainsi, les « jeunes actifs » mentionnés dans l’étude sont les individus ayant moins de 11 ans d’ancienneté sur le marché du travail, approchée comme la différence entre l’année d’enquête dans l’EEC et l’année d’obtention du dernier diplôme. Ont été également mobilisées la nomenclature des spécialités de formation de 1994 (NSF) selon un regroupement ad hoc et la nomenclature des familles professionnelles (FAP 2009) en 22 ou 87 postes. Les actifs peu ou pas diplômés sont sans diplôme ou titulaires du diplôme national du brevet ou du certificat d’études primaires.

Définitions

La part des jeunes dans les embauches correspond au nombre de jeunes occupant leur emploi actuel depuis moins d’un an, rapporté au nombre total de personnes en emploi (jeunes et expérimentés), dans leur emploi actuel depuis moins d’un an. Le terme « embauche » est un raccourci de langage.

Pour en savoir plus

M. Chassard, P-S Lèbre, Un actif sur trois en fin de carrière en dix ans, Insee Analyses Bourgogne-Franche-Comté n° 10, septembre 2016

D. Martellini, C. Prost, Le domaine d’études est déterminant pour les débuts de carrière, Insee Première n° 1313, octobre 2010