Amélioration sur le front de l’illettrisme

Philippe Clarenc

En 2014, l’illettrisme touche 13 % des personnes de 16 à 65 ans résidant en Martinique. L’illettrisme baisse en Martinique de deux points entre 2006 et 2014 malgré un vieillissement de la population.

Les hommes sont plus souvent que les femmes en situation préoccupante face à l’écrit. Les conditions de vie durant l’enfance, et plus particulièrement la réussite scolaire et l’environnement familial, seraient les principaux facteurs explicatifs de l’illettrisme.

Les performances des Martiniquais sont moins bonnes en calcul et en compréhension orale qu’à l’écrit. Finalement, en 2014, 6 % des personnes ont en Martinique des difficultés dans ces trois domaines de compétence contre 59 % n’ayant aucune difficulté.

En 2014, 13 % des personnes de 16 à 65 ans résidant en Martinique éprouvent des difficultés graves ou fortes dans les domaines fondamentaux de l’écrit et sont ainsi en situation d’illettrisme ; elles sont 19 % à rencontrer des difficultés dans ces mêmes domaines (figure 1). En France hexagonale, le taux d’illettrisme est moins élevé qu’en Martinique. À l’inverse, on compte moins de personnes en situation d’illettrisme en Martinique qu’en Guyane, qu’à La Réunion ou qu’à Mayotte.

Figure 1 – Les Martiniquais plus à l’aise à l’écrit que les autres DomiensLes performances à l’écrit, en compréhension orale et en calcul selon les zones géographiques (en %)

Les Martiniquais plus à l’aise à l’écrit que les autres Domiens
Martinique 2014 Hexagone 2011 Guyane 2011 La Réunion 2011 Mayotte 2012
En difficulté à l'écrit 19 12 27 30 44
En situation d'illettrisme 13 7 20 23 33
dont lecture de mot 3 1 3 4 9
dont production de mot 11 5 16 19 26
dont compréhension d'un texte simple 9 6 15 15 22
En faible difficulté à l'écrit 6 5 7 7 11
Sans difficulté à l'écrit 81 88 73 70 56
Performances médiocres en compréhension orale 24 12 23 21 28
Performances médiocres en numératie 29 14 32 34 37
  • Lecture : en France hexagonale, en 2011, on compte 12 % des personnes âgées de 18 à 65 ans en difficulté à l’écrit contre 19 % en Martinique (2014), 27 % en Guyane (2011), 30 % à La Réunion (2011) et 44 % à Mayotte (2012).
  • Champ : Personnes primo-scolarisées en France de 16 à 65 ans.
  • Source : Insee, enquêtes Information et vie quotidienne, 2011, 2012 et 2014.

L’illettrisme en baisse de deux points depuis 2006

En Martinique, le taux d’illettrisme baisse de deux points entre 2006 et 2014, alors que la part des personnes en difficulté à l’écrit reste stable sur la même période. En France hexagonale, sur un champ plus restreint (les 18 à 65 ans), la part des personnes en situation d’illettrisme recule aussi de deux points sur une période équivalente, contre quatre points pour les personnes en difficulté à l’écrit.

La baisse du taux d’illettrisme est effective en Martinique, malgré le vieillissement de la population sur la période. L’âge moyen des Martiniquais de 16 à 65 ans est passé de 39 ans en 2006 à 43 ans en 2016.

Meilleur score en lecture qu’en écriture ou compréhension

La mesure du niveau de compétence des 16 à 65 ans à l’écrit, à l’oral et en calcul est l’objectif de l’enquête Information et Vie Quotidienne (IVQ) réalisée en 2014. Les enquêtés passent des exercices permettant d’évaluer leur capacité à se servir de ces outils dans leur vie quotidienne. Seuls 2 % des 16 à 65 ans n’ont pu faire les exercices du fait de trop grandes difficultés à l’écrit ou en français. Les compétences des autres enquêtés sont évaluées dans les trois domaines de l’écrit, à savoir : la lecture des mots (savoir déchiffrer un mot), la production de mots (savoir écrire un mot) et la compréhension d’un texte simple (savoir comprendre un texte lu). Parmi les 16 à 65 ans, 5 % éprouvent au moins des difficultés partielles (moins de 80 % de bonnes réponses) en lecture de mots, 14 % en production de mots et 15 % en compréhension écrite (figure 2). Au contraire, 81 % n’ont aucune difficulté dans les trois domaines fondamentaux de l’écrit. Ces personnes réalisent les exercices complexes et d’après leur score, ils sont répartis en quatre groupes de niveau (figure 5). En 2014, seuls 14 % des 16 à 25 ans obtiennent un bon score au test (plus de 80 % des questions réussies), 37 % ont un niveau faible ou très faible (moins de 60 % des questions réussies).

Figure 2 – Une partie des illettrés lisent sans comprendre le texteLes performances à l’écrit par domaine en Martinique (en %)

Une partie des illettrés lisent sans comprendre le texte
Lecture de mots Production de mots écrits Compréhension de texte simple Difficultés dans au moins un des trois domaines fondamentaux de l’écrit
Personnes n'ayant pu faire les exercices du fait de trop grandes difficultés 2 2 2 2
Graves difficultés, moins de 40 % de réussite 1 3 3 5
Difficultés fortes, entre 40 et 60 % de réussite 1 6 4 6
Difficultés partielles, entre 60 et 80 % de réussite 3 5 8 6
Pas ou peu de difficultés, plus de 80 % de réussite 13 3 2 0
Pas de difficulté dans les trois domaines fondamentaux de l'écrit 81 81 81 81
  • Au total, 5 % des enquêtés ont obtenu moins de 40 % de bonnes réponses dans au moins un de ces trois domaines.
  • On compte 5 % de personnes ayant obtenu moins de 80 % de bonnes réponses en lecture de mot (somme sur la 1ère colonne : 1+1+3),
  • Lecture : 1 % des enquêtés ont réussi moins de 40 % des questions en lecture de mots, 3 % en production de mots et 3 % en compréhension écrite.
  • Champ : personnes primo-scolarisées en France de 16 à 65 ans vivant en Martinique en 2014;
  • Source : Insee, enquête Information et vie quotidienne Martinique, 2014.

Plus de difficultés en calcul et à l’oral qu’à l’écrit

Près de 29 % des 16 à 65 ans ont réussi moins de 60 % des exercices de calcul. Ce taux correspond aux enquêtés ayant des performances médiocres (figure 3). Les performances des Martiniquais en calcul sont moins bonnes que celles des Français de l’Hexagone. En revanche, les performances martiniquaises sont proches de celles de Guyane ou de La Réunion. L’écart est plus conséquent avec Mayotte.

En Martinique, les résultats aux tests sont moins bons qu’en 2006 avec une hausse du taux de dix points. La dégradation des performances en calcul est aussi constatée en Hexagone sur une période équivalente mais dans une moindre mesure (hausse du taux de deux points). En compréhension orale, 23 % des 16 à 65 ans ont des performances médiocres (figure 3). Ces enquêtés ont réussi moins de 60 % de bonnes réponses aux exercices. Ce taux est proche de ceux de Guyane et de La Réunion et meilleur que celui de Mayotte. En revanche, il est bien plus élevé en Hexagone.

Par rapport à 2006, les performances en compréhension orale des Martiniquais se dégradent en 2014 de cinq points. Sur une période équivalente, les performances en compréhension orale en France hexagonale restent stable. Finalement, 6 % des personnes ont des difficultés dans les trois domaines, contre 59 % n’en ayant aucune.

Figure 3 – Meilleurs résultats à l’écrit qu'en calcul ou à l'oralDifficultés à l’écrit, en calcul et en compréhension orale selon les caractéristiques individuelles en Martinique (en %)

Meilleurs résultats à l’écrit qu'en calcul ou à l'oral
En difficulté à l’écrit dont difficultés graves ou fortes Performances médiocres en calcul Performances médiocres en compréhension orale
Genre
Homme 24 17 32 28
Femme 15 10 26 21
Âge
16 à 25 ans 8 5 14 12
26 à 34 ans 11 7 21 15
35 à 44 ans 16 11 25 19
45 à 54 ans 25 18 35 28
55 ans et plus 26 19 40 37
Zone géographique
Zone Centre 16 10 29 24
Zone Sud 14 10 25 22
Zone Nord-Caraïbes 25 20 36 32
Zone Nord-Atlantique 30 23 32 24
Ensemble 19 13 29 24
  • Lecture : 19 % des personnes de 55 à 65 ans sont en situation d’illettrisme ; 37 % ont des performances médiocres en compréhension orale et 40 % en calcul.
  • Champ : personnes de 16 à 65 ans primo-scolarisées en France vivant en Martinique en 2014.
  • Source : Insee, enquête Information et vie quotidienne Martinique, 2014.

Les personnes âgées et les hommes davantage concernés

Les jeunes sont proportionnellement moins en difficulté à l’écrit que les personnes plus âgées : 5 % des 16 à 26 ans sont en situation d’illettrisme, contre 19 % des 55 à 65 ans (figure 3). En outre, les performances médiocres en calcul et en compréhension orale sont plus souvent le fait des générations plus âgées. L’écart constaté entre les résultats des jeunes générations et ceux de leurs aînés pourrait s’expliquer par la généralisation et l’allongement de la scolarité. Une autre explication pourrait être l’altération des compétences dans les trois domaines étudiés aux âges les plus élevés.

Pour les compétences à l’écrit, les différences selon l’âge sont globalement moins marquées en 2014 qu’en 2006. Les taux d’illettrisme par classe d’âge sont plus faibles en 2014 qu’en 2006, sauf pour les 45 à 54 ans (figure 4).

Figure 4 – La baisse de l’illettrisme concerne presque toutes les classes d’âgeProportion de personnes en situation d’illettrisme selon l’âge au moment de l’enquête en Martinique (en %)

La baisse de l’illettrisme concerne presque toutes les classes d’âge
2006 2014
16 à 25 ans 9 5
26 à 34 ans 9 7
35 à 44 ans 15 11
45 à 54 ans 15 18
55 ans et plus 27 19
  • Lecture : en 2014, 19 % des personnes de 55 ans et plus est en situation d’illettrisme (i.e. avoir difficultés graves ou fortes à l’écrit) contre 27 % en 2006.
  • Champ : personnes de 16 à 65 en 2014 et en 2006 en Martinique.
  • Source : Insee, enquêtes Information et vie quotidienne Martinique, 2006 et 2014.

Figure 4 – La baisse de l’illettrisme concerne presque toutes les classes d’âgeProportion de personnes en situation d’illettrisme selon l’âge au moment de l’enquête en Martinique (en %)

Les hommes âgés de 16 à 65 ans sont plus souvent en difficulté face à l’écrit que les femmes. Ainsi, 17 % des hommes sont en situation d’illettrisme, contre 10 % des femmes. Toutes choses égales par ailleurs, les hommes ont deux fois plus de risque d’être en situation d’illettrisme que les femmes (figure 6).

Même si les moyennes d’âge des hommes et des femmes sont proches en Martinique en 2014 (42 ans pour les hommes et 43 ans pour les femmes), la répartition des hommes selon les classes d’âges est très différente. La proportion des hommes de 26 à 44 ans est bien moins élevée que celle des femmes. Elle est égale à 30 % pour les hommes, contre 35 % pour les femmes en 2014. Cet écart est la conséquence de plus fortes émigrations des hommes pour cette génération. Elle concerne plus particulièrement les diplômés de l’enseignement supérieur, ce qui aurait un impact négatif sur le taux d’illettrisme plus fort pour les hommes que pour les femmes.

En Martinique, en 2014, on compte, chez les hommes, davantage de performances médiocres en calcul et en compréhension orale que chez les femmes (figure 3). Les écarts sont proches dans les deux domaines : + 7 points en compréhension orale et + 6 points en calcul. À l’inverse de la France hexagonale, les femmes sont plus fortes en calcul que les hommes. En outre, l’écart entre hommes et femmes est plus marqué qu’en France hexagonale en ce qui concerne la compréhension orale.

Figure 5 – Autant d’hommes que de femmes ont au moins 80 % de réussite aux testsRépartition des personnes selon la réussite aux exercices complexes et le sexe en Martinique (en %)

Autant d’hommes que de femmes ont au moins 80 % de réussite aux tests
Homme Femme Ensemble
Personnes n'ayant pu faire les exercices du fait de trop grande difficulté 21 15 19
Moins de 40 % de réussite 9 9 9
Entre 40 et 60 % de réussite 27 29 28
Entre 60 et 80 % de réussite 29 34 31
Plus de 80 % de réussite 15 14 14
  • Lecture : en 2014, 19 % des 16 à 65 ans ont en Martinique moins de 40 % de réussite aux exercices complexes.
  • Champ : personnes de 16 à 65 en 2014 primo-scolarisées en France vivant en Martinique en 2014.
  • Source : Insee, enquêtes Information et vie quotidienne Martinique, 2006 et 2014.

Figure 6 – Le degré de scolarisation joue un rôle clé dans l’apparition de l’illettrismeLes principaux déterminants de l’illettrisme en Martinique

Le degré de scolarisation joue un rôle clé dans l’apparition de l’illettrisme
Variable Odds ratio
Genre
Homme 1,8
Femme Réf
Apparition des difficultés scolaires
En cours préparatoire (CP) 4,5
Dans une autre classe du primaire 3,4
Dans autre classe au-delà du primaire ns
Absence de difficultés scolaires Réf
Langue privilégiée à l’âge de 5 ans
Autres langues 1,7
Français Réf
Niveau d’études atteint
Enseignement primaire 9,1
Enseignement secondaire 4,3
Bac ou enseignement supérieur Réf
Niveau de vie des parents quand l’enquêté avait entre 8 et 12 ans
Juste ns
Ne s'en sortaient pas 2,3
Riche ou l’aise Réf
Pratique de la lecture à 8-12 ans
De temps en temps 1,8
Jamais 2,4
Tous les jours ou régulièrement Réf
  • ns : non significativement différent de 1 au seuil de 5 %.
  • Champ: personnes primo-scolarisées en France de 16 à 65 ans vivant en Martinique en 2014.
  • Lecture : l’odds ratio d’un homme par rapport à une femme est égal à 1,8. Cela indique que, toutes choses égales par ailleurs, le risque (r) d’être en situation d’illettrisme pour un homme est 1,8 fois supérieure à celui d’une femme. Le risque d’un événement est égal au rapport de sa probabilité (p) sur la probabilité de l’événement opposé : r  = p / (1 – p). Ce calcul permet de mesurer les effets propres de chaque caractéristique par rapport aux caractéristiques de référence (Réf).
  • Source : Insee, enquête Information et vie quotidienne Martinique, 2014.

Les chômeurs et les inactifs particulièrement en difficulté

La proportion de chômeurs en difficulté forte ou grave est particulièrement élevée en 2014 en Martinique : 22 % sont en difficulté face à l’écrit contre 10 % pour ceux qui ont un emploi. Le niveau de compétence en calcul ou en compréhension orale est aussi bien plus faible pour les chômeurs que pour les actifs occupés. L’existence de lacunes dans les trois domaines étudiés est un frein à la recherche d’un emploi.

Il en est de même pour les inactifs (retraités, retirés des affaires, personnes à la maison, …) hormis les étudiants. Cette population éprouve de fortes difficultés quel que soit le domaine. Elle comprend une forte part de personnes âgées qui ont peut-être plus de mal à réussir les tests par manque de pratique et de sollicitation.

À l’inverse, les étudiants n’ont pas perdu leurs bases à l’écrit du fait de leur scolarisation en cours. Leur taux d’illettrisme est très faible. Les étudiants sont proportionnellement plus en forte difficulté en calcul ou en compréhension orale qu’à l’écrit. En Martinique, le vieillissement de la population entraîne entre 2006 et 2014, une forte baisse de la proportion d’étudiants (– 5 points) au profit des actifs occupés (+ 6 points).

Par rapport à 2006, les compétences à l’écrit se sont améliorées en 2014 pour les étudiants et les inactifs, alors que ce taux reste stable pour les actifs occupés. Le taux d’illettrisme baisse sur la période de trois points pour les étudiants et de quatre points pour les inactifs.

Risque d’illettrisme et réussite scolaire

Les personnes sans difficulté scolaire représentent 60 % des 16 à 65 ans en Martinique. Le taux d’illettrisme est faible (7 % en 2014). L’apparition précoce de difficulté scolaire accroît fortement le risque d’illettrisme. Lorsque les difficultés apparaissent en cours préparatoire, le risque est, toutes choses égales par ailleurs, 4,5 fois plus élevé qu’une personne sans difficulté scolaire (figure 6). Les difficultés rencontrées en cours préparatoire sont le fait de 6 % de la population des 16 à 65 ans et la moitié de ces personnes a de graves ou forts problèmes à l’écrit.

Le risque est 3,4 fois plus élevé lorsque les difficultés scolaires apparaissent dans une autre classe de l’enseignement primaire. On compte 15 % des 16 à 65 ans dans ce cas. Le taux d’illettrisme s’élève pour cette catégorie de personnes à 31 %.

Si les difficultés apparaissent au-delà de l’enseignement primaire, l’écart de risque avec les personnes sans difficulté scolaire n’est pas statistiquement significatif. Leur part relative est de 20 % et on compte 8 % d’illettrés.

Le niveau scolaire atteint est un facteur explicatif de l’illettrisme : le fait d’avoir le bac ou suivi des cours de l’enseignement supérieur réduit fortement le risque d’être en situation d’illettrisme. Le taux d’illettrisme est très faible pour cette population (4 %). On compte 54 % des personnes de 16 à 65 ans ayant atteint ce niveau en 2014 en Martinique. Le risque est beaucoup plus fort si la personne arrête son parcours scolaire durant l’enseignement primaire. Toutes choses égales par ailleurs, cette personne a un risque neuf fois plus élevé d’être en situation d’illettrisme qu’une personne ayant le bac ou plus. L’ensemble de ces personnes représente 7 % de Martiniquais de 16 à 65 ans.

Si la personne a suivi des cours de l’enseignement secondaire, elle a 4,3 fois plus de risque d’être en situation d’illettrisme qu’une personne ayant le bac ou plus.

Allant de pair avec la scolarité, la pratique assidue de lecture à cette période de l’enfance réduit fortement le risque d’être en situation d’illettrisme. Toutes choses égales par ailleurs, un enfant lisant de temps en temps a deux fois plus de risque d’être en situation d’illettrisme plus tard que celui assidu à la lecture. Le risque est 2,4 fois plus élevé lorsque la personne ne pratique jamais la lecture jeune.

Importance du cadre familial

Le niveau de vie des parents est très discriminant pour les personnes dont l’enfance a été marquée par de fortes difficultés financières au sein du ménage. Toutes choses égales par ailleurs, le risque d’être en situation d’illettrisme est 2,3 fois plus fort pour ces personnes par rapport à ceux dont les parents sont riches ou aisés. De même, le risque est presque aussi élevé entre ces personnes et celles dont les parents arrivaient juste à boucler les fins de mois.

En Martinique, à l’inverse de la France hexagonale, la langue régionale, le créole, reste couramment employée : 62 % des Martiniquais la parle en 2014 à la maison. Cependant, durant la petite enfance, la moitié des Martiniquais ne parle que le français comme langue maternelle. Pour ces personnes, le taux d’illettrisme est très faible (5 %).

Dans le cadre familial, privilégier une autre langue que le français dans la petite enfance multiplie par 1,7 le risque d’être en situation d’illettrisme par rapport à celui qui privilégie le français. Ainsi, 17 % des 16 à 25 ans privilégient une autre langue que le français et la plupart de ces personnes parlent le créole. Un tiers de ces personnes sont en situation d’illettrisme. Parmi elles, une forte part (14 %) n’utilise pas le français comme langue maternelle.

En outre, le créole est couramment employé en seconde langue maternelle en Martinique. En effet, 30 % des Martiniquais parlent le créole en privilégiant le français dans la petite enfance. Le taux d’illettrisme est 16 % pour cette population.

Encadrés

Illettrisme et analphabétisme

Selon l’Agence Nationale de Lutte Contre l’Illettrisme, l’illettrisme qualifie la situation des personnes de 16 ans et plus qui, bien qu’ayant été primo-scolarisées en France, ne parviennent pas à lire et comprendre un texte portant sur des situations de leur vie quotidienne et/ou ne parviennent pas à écrire pour transmettre des informations simples.

En 2014, 96 % des 16 à 65 ans vivant en Martinique ont été primo-scolarisés en France. Sur l’ensemble de ces personnes, 13 % sont en difficulté forte ou grave à l’écrit.

Les personnes en situation d’illettrisme se différencient de celles en situation d’analphabétisme. La personne analphabète se définit comme celle en situation préoccupante à l’écrit, tout en n’ayant jamais été scolarisée. L’enquête Information et Vie Quotidienne permet de mesurer l’analphabétisme qui correspond aux personnes de 16 à 65 ans n’ayant jamais été scolarisées. On compte très peu d’analphabètes en Martinique en 2014.

Odds ratio et régression logistique

La méthode utilisée pour calculer les déterminants d’illettrisme est la régression logistique. Cet outil statistique permet de calculer la probabilité qu’un événement survienne, connaissant certaines variables. Selon le profil de la personne, connu grâce aux données de l’enquête IVQ, on calcule le rapport de risques (ou odds ratio) d’être en situation d’illettrisme.

Seules les variables significatives ont été retenues à l’aide d’une sélection par variable (méthode stepwise). Sur les neuf variables du modèle, six ont été sélectionnées : la classe de début des difficultés scolaires, le niveau d’études atteint, le genre, l’aisance financière des parents durant l’enfance, la fréquence de lecture durant l’enfance et la langue privilégiée à 5 ans.

Sources

L’enquête Information et Vie Quotidienne (IVQ) a pour objectifs non seulement de mesurer la compétence de français à l’écrit, en compréhension orale et en calcul, mais aussi de décrire certains aspects de la vie quotidienne des français (loisirs, pauvreté en condition de vie, …). L’enquête IVQ Martinique 2014 a été réalisée du 7 avril au 31 décembre 2014 en une seule vague de 2 501 « Fiches adresses ».

Ailleurs en France, L’enquête IVQ a été réalisée en 2011 (France hexagone et Corse, Guyane et La Réunion). Malgré un décalage temporel, les résultats martiniquais peuvent être comparés à ceux des autres enquêtes. En effet, les indicateurs évoluent peu sur trois ans sur le champ des personnes primo-scolarisées en France.

Chaque personne réalise un exercice d’orientation portant sur une page d’un programme de télévision. Il permet d’évaluer la capacité à lire des mots isolés et à comprendre un texte simple. Si l’enquêté commet peu d’erreurs, il est orienté vers des exercices plus complexes pour évaluer des compétences élaborées, comme la capacité à produire des inférences. Selon la proportion de bonnes réponses à l’issue de ces exercices, les enquêtés sont répartis en quatre groupes.

Si les résultats à l’exercice d’orientation sont faibles, l’enquêté passe un test assez simple pour affiner le diagnostic sur ses difficultés. Les exercices de ce test, outre des questions sur la lecture de mots et la compréhension de textes courts, portent sur les capacités à produire des mots écrits.

Les groupes de compétence sont élaborés en fonction de la performance minimale des enquêtés dans ces trois domaines fondamentaux et répartissent les personnes selon leur degré de difficulté à l’écrit. Les personnes qui obtiennent des résultats moyens au test d’orientation passent une épreuve « intermédiaire » pour déterminer laquelle des deux voies précédentes est la plus adaptée.