Nantes, Angers, Le Mans, Saint-Nazaire : des habitants aux profils de revenus différents

Hélène Chesnel, Aurélie Goin, Insee

Dans les plus grandes villes des Pays de la Loire, les contrastes sociaux sont marqués, notamment en leur cœur. Comme dans la plupart des métropoles françaises, Nantes concentre à la fois les populations les plus pauvres et les plus aisées dans sa ville-centre. Dans sa banlieue, seuls les ménages aisés sont surreprésentés. À Angers, au Mans et à Saint-Nazaire, les populations plus aisées sont moins présentes dans la ville-centre, à l’inverse des banlieues où elles habitent plus fréquemment.

Des populations aux statuts sociaux et aux revenus très différents se côtoient dans les plus grandes villes. Les grands pôles urbains concentrent des activités à forte valeur ajoutée et des centres décisionnels. Le niveau de vie médian y est plus élevé que dans les autres territoires : les ménages aisés sont très présents, notamment des cadres. Les populations pauvres y habitent également fréquemment, en particulier dans les villes-centres où l'offre de logement social est plus développée. Au-delà de ce profil moyen, la distribution des revenus des habitants des villes-centres et de leur banlieue fait apparaître quatre groupes d'aires urbaines en France métropolitaine, dont deux dans les Pays de la Loire (méthodologie).

Nantes : les plus aisés et les plus pauvres se côtoient dans la ville-centre...

À Nantes, la répartition des habitants selon leur revenu est semblable à celle observée dans d'autres métropoles. Ce groupe rassemble 9 grands pôles urbains pour la plupart situés dans des régions à fort dynamisme démographique et économique : Lyon, Rennes, Bordeaux, Toulouse, Grenoble, etc. La ville-centre concentre à la fois les habitants les plus riches et les plus pauvres (figure 1). Si 10 % des habitants de l'ensemble des communes de France métropolitaine disposent de plus de 37 240 euros par unité de consommation en 2012 (dernier décile), 12,8 % des Nantais résidant dans la ville-centre sont dans cette situation. De même, 10,8 % des habitants ont un niveau de vie (définition) inférieur à 10 500 euros (1er décile), soit près de 1 point de plus qu'en moyenne nationale. La distribution par décile de niveaux de vie a une forme en U : les deux extrémités sont surreprésentées. Dans la région, Nantes est la seule ville-centre ayant ce profil. Les plus aisés sont cependant moins présents que dans d'autres villes du groupe : Lyon, Bordeaux et Annecy comptent plus de 15 % de leurs habitants dans le dernier décile de revenus.

Si les populations les plus pauvres et les plus aisées sont surreprésentées dans la ville-centre, la concentration spatiale et la ségrégation peuvent être plus ou moins fortes selon la localisation des personnes. La situation peut être différente selon les villes. Les politiques publiques, notamment celles liées au logement, sont un levier pour favoriser la mixité.

Figure 1 – Nantes : des contrastes entre la ville-centre et sa banlieue

%
Nantes : des contrastes entre la ville-centre et sa banlieue
Ville-centre Banlieue
D1 10,8 4,6
D2 9,9 6,6
D3 9,2 8,2
D4 9,0 9,6
D5 8,7 10,9
D6 8,8 11,8
D7 9,3 12,5
D8 10,2 13,1
D9 11,4 13,0
D10 12,8 9,7
  • Lecture : les seuils déterminant chaque décile sont calculés sur l’ensemble des habitants de France métropolitaine. Si la part de Nantais appartenant à un décile de niveau de vie est supérieure à 10 %, alors la population de ce décile est surreprésentée à Nantes.
  • Source : Insee, Fichier localisé social et fiscal (Filosofi) 2012.

Figure 1 – Nantes : des contrastes entre la ville-centre et sa banlieueRépartition de la population selon les déciles de niveaux de vie (en %)

… des habitants relativement aisés en banlieue

Comme les autres villes-centres de son groupe, Nantes est entourée de communes où une forte part de la population est plutôt aisée : 61 % des habitants de sa banlieue ont un niveau de vie compris entre le 5e et le 9e décile de revenus contre seulement 50 % au niveau national. En revanche, les plus aisés ne sont pas particulièrement présents dans la banlieue nantaise : comme à Dijon, à peine 10 % des habitants appartiennent au dernier décile. Les populations les plus pauvres y habitent moins souvent : les banlieues de Nantes et de Rennes en comptent la plus faible part (4,6 %), tandis que Lyon abrite 9,5 % de personnes appartenant au 1er décile.

Angers, Le Mans, Saint-Nazaire : des villes-centres qui concentrent moins les plus aisés…

Si les populations à bas revenus sont systématiquement surreprésentées dans les villes-centres, ce n'est pas le cas des plus aisées. À Angers, au Mans et à Saint-Nazaire, le profil des revenus est intermédiaire et non en forme de U. Brest, Clermont-Ferrand, Limoges, Orléans, Tours ont notamment un profil semblable. La plupart des 23 villes de ce groupe sont capitales de région, anciennes ou nouvelles, ou de département ; certaines sont des métropoles, comme Marseille-Aix-en-Provence ou Nice.

Les populations les plus aisées sont particulièrement sous-représentées dans les villes-centres du Mans et de Saint-Nazaire. Cette situation contraste avec le profil moyen du groupe, la distribution y étant relativement homogène à partir du 5e décile (chacun rassemblant environ 8 % des habitants).

Dans ces villes-centres, les personnes ayant des revenus faibles ou modestes sont plus présentes que sur l'ensemble du territoire (figure 2a), notamment au Mans et à Angers (13 % environ appartiennent au 1er décile). Cependant, cette présence est nettement moins marquée que dans d'autres villes : la part d'habitants appartenant au 1er décile atteint 19 % à Marseille-Aix-en-Provence et à Montpellier ; elle est supérieure à 15 % également à Amiens, Strasbourg, Poitiers, Limoges et Toulon.

… entourées de banlieues plutôt aisées

Comme à Nantes, les banlieues d'Angers, du Mans et de Saint-Nazaire concentrent une population plutôt aisée (figure 2b). Les personnes appartenant aux déciles 5 à 9 sont surreprésentées tandis que les populations pauvres sont peu présentes. La situation est plus variable pour les plus aisés : près de 10 % des habitants de la banlieue d'Angers appartiennent au dernier décile de niveau de vie tandis qu'ils sont peu présents au Mans (7,3 % des habitants, soit la plus faible part des villes qui lui ressemblent). Angers et Le Mans se détachent quelque peu des villes de leur groupe : presque toutes les autres ont une banlieue où les habitants les plus aisés sont sous-représentés.

Saint-Nazaire : un profil singulier

Saint-Nazaire se distingue un peu de son groupe. Les plus aisés sont nettement plus présents dans la banlieue : 11,7 % de ses habitants appartiennent au dernier décile. À l’inverse, ils sont sous-représentés dans la ville-centre : la part y est la plus faible du groupe avec Le Havre. Au final, Saint-Nazaire détient l'écart le plus important avec Le Havre et Montpellier, notamment du fait de leur proximité de stations balnéaires : sa ville-centre rassemble 5,8 % d’habitants appartenant au dernier décile, soit près de 6 points de moins que dans sa banlieue. Il s'agit en outre du seul pôle urbain de son groupe dans lequel les habitants les plus pauvres ne sont pas surreprésentés dans la ville-centre.

Figure 2 – Angers, Le Mans, Saint-Nazaire : une pauvreté concentrée dans les villes-centres et des banlieues relativement aisées

en %
Angers, Le Mans, Saint-Nazaire : une pauvreté concentrée dans les villes-centres et des banlieues relativement aisées
Angers Le Mans Saint-Nazaire
D1 13,2 13,6 9,7
D2 11,4 10,9 11,4
D3 11,3 10,3 11,5
D4 10,8 10,4 11,5
D5 9,7 10,1 11,4
D6 9,1 9,8 10,7
D7 8,6 9,6 9,9
D8 8,8 9,5 9,3
D9 8,6 8,8 8,9
D10 8,6 7,1 5,8
  • Source : Insee, Filosofi 2012.

Figure 2 – Angers, Le Mans, Saint-Nazaire : une pauvreté concentrée dans les villes-centres et des banlieues relativement aiséesFigure 2a : Répartition de la population selon les déciles de niveaux de vie dans les villes-centres

en %
Angers Le Mans Saint-Nazaire
D1 5,5 7,1 5,7
D2 7,8 8,2 7,3
D3 9,4 9,3 9,1
D4 10,2 9,9 10,6
D5 11 11,6 11,4
D6 11,5 12 11,2
D7 12 12,1 11,1
D8 11,5 11,6 11
D9 11,1 10,8 10,8
D10 9,7 7,3 11,7
  • Source : Insee, Filosofi 2012.

Sources

L'étude porte sur les 53 unités urbaines de plus de 100 000 habitants de France métropolitaine, dont 4 sont situées dans les Pays de la Loire (Nantes, Angers, Le Mans, Saint-Nazaire).

Au niveau national, la distribution des niveaux de vie dans les villes-centres fait apparaître trois configurations : à bas-revenus (profil plus rare non présent dans la région), à profil en U et intermédiaires. De même, deux types de banlieues se distinguent : plutôt aisées et plutôt à bas revenus (profil plus rare non présent dans la région). En croisant ces deux analyses, quatre groupes principaux d'unités urbaines se dégagent.

Définitions

Niveau de vie : revenu disponible du ménage (y compris prestations sociales, net des impôts) par unité de consommation. Le niveau de vie est le même pour toutes les personnes d’un ménage.

Décile de niveau de vie : valeurs qui partagent la population en 10 sous-groupes de taille égale, lorsque les individus sont ordonnés par niveau de vie croissant. Ceux-ci sont calculés sur l'ensemble des habitants de France métropolitaine.

Pour en savoir plus

Floch J-M., Disparités de revenus et ségrégation dans les grands pôles urbains, in Les revenus et le patrimoine des ménages - édition 2016, Insee Références, juin 2016.

Chesnel H., Legendre D., Au-delà de la pauvreté, des fragilités multiples dans les quartiers de la politique de la ville, Insee Flash Pays de la Loire, n°42, mai 2016.

Borzic M., Clausse A, Un taux de pauvreté régional relativement faible, des disparités territoriales, Insee Analyses Pays de la Loire, n°14, juin 2015.