13 % de la population francilienne vit dans un quartier de la politique de la ville

Sylvaine Drieux et Corinne Martinez

En 2012, les habitants des quartiers de la politique de la ville sont parmi les plus précaires d’Ile-de-France. Ces quartiers sont en rupture avec les unités urbaines englobantes : populations plus pauvres, moins qualifiées et moins bien insérées sur le marché du travail.

Se concentrent dans ces quartiers des populations caractéristiques de la région : jeunes, familles nombreuses ou monoparentales et étrangers.

Insee Flash Ile-de-France
No 10
Paru le : 03/05/2016

La loi de programmation pour la ville et la cohésion urbaine du 21 février 2014 a introduit une nouvelle géographie prioritaire de la politique de la ville. Celle-ci a pour objectif de recentrer l’action publique sur les quartiers les plus en difficulté. Les quartiers ont été définis au sein des unités urbaines de 10 000 habitants ou plus sur la base de deux critères : un quartier de la politique de la ville (QPV) doit avoir au moins 1 000 habitants et un revenu médian en « décrochage » par rapport à celui de son unité urbaine englobante (Définitions). En Ile-de-France, 272 quartiers de la politique de la ville ont ainsi été définis dans 160 communes.

En 2012, 1,6 million de Franciliens vivent dans un QPV, soit 13 % de la population régionale contre 8 % pour la France métropolitaine. Les QPV franciliens sont fortement concentrés au nord de la métropole parisienne. Ainsi, 63 d’entre eux se situent en Seine-Saint-Denis, département où les revenus des ménages sont les plus bas de France métropolitaine. Considérant sa densité surfacique, la population en QPV est également très présente dans les arrondissements du nord de Paris (figure 1).

Figure_1 – Population en QPV : dense dans le nord de la métropole parisienne

  • Sources : Insee-DGFiP-Cnaf-Cnav-CCMSA, fichier localisé social et fiscal (Filosofi) 2012

Une forte proportion de familles nombreuses et d’étrangers dans les QPV franciliens

Les populations des quartiers de la politique de la ville sont à l’image de la population francilienne : plus jeunes, plus actives, composées davantage de familles monoparentales ou d’étrangers. Plus souvent touchées par les difficultés économiques et la précarité, ces populations sont plus représentées dans les QPV que dans les unités urbaines englobantes.

La population vivant dans les QPV franciliens est très jeune : un habitant sur quatre y a moins de 15 ans alors que cette part est de un sur cinq dans les unités urbaines dans lesquelles ils sont situés.

Les familles nombreuses sont plus fréquentes dans ces quartiers : les ménages composés de cinq personnes ou plus représentent 19 % de la population francilienne des QPV, le double comparé aux unités urbaines d’appartenance. Dans ces quartiers, 17 % des ménages sont des familles monoparentales, plus fragiles économiquement, car les revenus du ménage et la garde des enfants ne reposent, le plus souvent, que sur un seul parent.

Les résidents de nationalité étrangère sont également surreprésentés : ils constituent le quart de la population habitant dans les QPV franciliens contre 13 % dans les unités urbaines englobantes.

En apparence, des QPV franciliens moins désavantagés que ceux de province

Les habitants des QPV franciliens peuvent paraître mieux lotis que ceux de province : leur niveau de vie est le plus élevé des QPV de France métropolitaine. Avec un niveau de vie médian de 13 663 euros par an, les ménages franciliens de ces quartiers disposent de 790 euros de plus (soit 6 %) que ceux de France métropolitaine (figure 2). Ils doivent cependant faire face à un coût de la vie plus élevé : en effet, les prix des biens et services consommés en région parisienne dépassent de 9 % ceux de la province (hors Corse), notamment les loyers qui sont supérieurs de 50 % en Ile-de-France à ceux pratiqués dans le reste de la France (avant déduction des aides au logement).

Le niveau de vie des habitants des QPV d’Ile-de-France est inférieur d’un tiers à celui des populations résidant dans les unités urbaines englobantes. Par conséquent, 37 % des ménages de ces quartiers vivent sous le seuil de pauvreté contre 16 % dans les unités urbaines où ils sont situés : ces quartiers sont bien en rupture avec leur environnement proche.

Figure_2 – Davantage de travail féminin, de diplômés et d'étrangers dans les QPV franciliens que dans ceux de province (Principales caractéristiques des populations des QPV en comparaison avec celles des unités urbaines englobantes (en %))

Davantage de travail féminin, de diplômés et d'étrangers dans les QPV franciliens que dans ceux de province (Principales caractéristiques des populations des QPV en comparaison avec celles des unités urbaines englobantes (en %))
Ile-de-France France métropolitaine
Indicateurs Quartiers politique de la ville Unités urbaines englobantes Quartiers politique de la ville Unités urbaines englobantes
Niveau de vie médian (en €) (1) 13 663 21 905 12 873 19 786
Taux de pauvreté (1) 37 16 42 12
Part de la population de 0 à 14 ans dans la population (2) 25 20 24 18
Part des ménages de 5 personnes ou plus dans l'ensemble des ménages (1) 19 8 14 8
Part des étrangers dans la population (2) 25 13 19 8
Part des familles monoparentales dans l'ensemble des ménages (1) 17 11 18 11
Part des ménages percevant des allocations chômage (1) 24 16 25 17
Part de la population non scolarisée de 15 ans ou plus sans dîplôme ou avec un diplôme inférieur au bac (2) 69 46 75 55
Part de la population en emploi précaire (CDD, apprentissage, intérim, stages) parmi les actifs occupés de 15 à 64 ans (2) 17 5 21 14
Part des femmes n'ayant pas d'emploi parmi les femmes de 15 à 64 ans (2) 49 35 58 41
Part des élèves en retard scolaire à l'entrée en 6ème (3) 20 12 22 12
Nombre de logements sociaux pour 100 ménages (4) 75 27 76 24
  • Sources :
  • (1) Insee-DGFiP-Cnaf-Cnav-CCMSA, fichier localisé social et fiscal (Filosofi) 2012
  • (2) Insee, recensement de la population 2010 (Pour les QPV : estimations démographiques, septembre 2015 ; pour les UU : bases de données infracommunales)
  • (3) MENESR-DEPP, Système d’information Scolarité ; enquête n° 16 sur les établissements privés hors contrat. Champ : primo-entrants en 6ème à la rentrée scolaire 2011
  • (4) SOeS RPLS 2013 ; Insee-DGFiP-Cnaf-Cnav-CCMSA, fichier localisé social et fiscal (Filosofi) 2012

Des populations des QPV franciliens en situation de grande précarité

Au-delà de la pauvreté monétaire, les populations des QPV présentent d’autres signes de précarité. Elles sont moins diplômées et s’insèrent plus difficilement sur le marché du travail que le reste de la population francilienne. Sept habitants sur dix de ces quartiers n’ont pas le baccalauréat contre la moitié dans les unités urbaines englobantes. À l’entrée en 6ème, les élèves des QPV franciliens sont 20 % à accuser un retard scolaire (12 % dans les unités urbaines englobantes).

Les populations des QPV sont plus souvent confrontées au chômage : la part des ménages recevant une allocation chômage est supérieure de huit points (24 %) à celle des ménages des unités urbaines englobantes. Elles sont aussi moins souvent en activité : la moitié seulement des femmes a un emploi. Sur ce dernier point cependant, l’écart avec les unités urbaines englobantes est moins marqué qu’en France métropolitaine. Enfin, dans les QPV franciliens, 17 % de la population active occupe un emploi précaire contre 5,3 % seulement dans les unités urbaines englobantes.

Définitions

Le taux de pauvreté correspond à la proportion de ménages dont le niveau de vie est inférieur pour une année donnée à un seuil, dénommé seuil de pauvreté (987 euros par mois en 2012). L’Insee mesure la pauvreté monétaire de manière relative. Le seuil de pauvreté est déterminé par rapport à la distribution des niveaux de vie de l’ensemble de la population. On privilégie le seuil de 60 % du niveau de vie médian.

Le niveau de vie est égal au revenu disponible du ménage divisé par le nombre d’unités de consommation (UC). Le niveau de vie est donc le même pour tous les individus d’un même ménage. Les unités de consommation sont généralement calculées selon l’échelle d’équivalence qui attribue 1 UC au premier adulte du ménage, 0,5 UC aux autres personnes de 14 ans ou plus et 0,3 UC aux enfants de moins de 14 ans.

La notion d’unité urbaine repose sur la continuité du bâti et le nombre d’habitants. On appelle unité urbaine une commune ou un ensemble de communes présentant une zone de bâti continu (pas de coupure de plus de 200 mètres entre deux constructions) qui compte au moins 2 000 habitants.

Une unité urbaine englobante est une unité urbaine comprenant au moins un quartier de la politique de la ville.

Pour en savoir plus

• Décret n° 2014-1750 du 30 décembre 2014 fixant la liste des quartiers de la politique de la ville dans les départements métropolitains.

• « Les habitants des quartiers de la politique de la ville - la pauvreté côtoie d’autres fragilités », Insee Première n° 1593, mai 2016.

• « En 2015, les prix de la région parisienne dépassent de 9 % ceux de la province », Insee Première n° 1590, avril 2016.