Ports, pêche, tourisme, énergie ou activités navales : 46 500 emplois maritimes façonnent le littoral normand

Vinciane Bayardin et Jean-Philippe Caritg (Insee Normandie)

Avec ses 640 kilomètres de côtes, la Normandie bénéficie d'un littoral varié, favorable au développement d'activités spécifiques. En 2012, 46 500 personnes travaillent dans l'économie maritime, soit 3,6 % de l'emploi total normand. Le tourisme littoral génère le plus d'emplois « maritimes » et représente un tiers des effectifs. La présence de nombreux ports et leur localisation sont propices au développement des activités dans le transport maritime, les produits de la mer ou les activités navales qui concentrent près de la moitié des emplois. La Normandie tire aussi profit des eaux de la Manche, utilisées comme source de refroidissement des centrales électriques installées sur le littoral.

Hors tourisme littoral, les salariés de l'économie maritime sont plus souvent des hommes et des ouvriers. Dans le tourisme, les salariés sont plutôt des employés.

Les activités traditionnelles de l'économie maritime ont été touchées par la crise économique ; la pêche, les ports ou la réparation navale ont, depuis 2007, subi des pertes d'emploi. À l'inverse, le tourisme littoral se maintient et la production d'énergie gagne des emplois.

Insee Analyses Normandie
No 12
Paru le : 29/06/2016

Avec ses trois départements littoraux, la Normandie dispose d’une façade maritime longue de 640 kilomètres et bénéficie d’atouts favorisant le développement d’une économie maritime sur son territoire. La région est bordée par la Manche, l’une des zones maritimes les plus fréquentées au monde. De nombreux ports aux activités diverses telles la pêche, la plaisance, le transport de marchandises ou celui de passagers sont implantés le long de son littoral. La Normandie profite aussi de l’axe Seine qui facilite les échanges et le ravitaillement d’un arrière-pays densément peuplé. La diversité de ses côtes, la proximité de la région parisienne et des liaisons transmanches avec les îles Britanniques attirent de nombreux touristes sur le littoral de la région.

46 500 emplois maritimes en Normandie

L’économie maritime génère 46 500 emplois en Normandie en 2012. Cela place la région loin derrière celle de PACA (126 000 emplois) et de Bretagne (80 000 emplois) mais juste derrière la région Aquitaine-Limousin-Poitou-Charentes (49 000 emplois). L’emploi maritime normand représente 3,6 % de l’emploi total de la région, soit une proportion deux fois plus élevée qu’au niveau France. Pour cet indicateur, la Normandie occupe le 3e rang des 7 régions littorales continentales métropolitaines.

L’emploi maritime est logiquement concentré sur le littoral et, dans une moindre mesure, le long de la Seine jusqu’à Rouen (figure 1). Il est particulièrement important dans les bassins du Havre (10 500 emplois), de Cherbourg-Octeville (6 700 emplois) et le long de la côte Fleurie (5 700 emplois). Le Havre bénéficie de la présence de son grand port maritime, deuxième port de France pour les trafics de marchandises. Cherbourg-Octeville profite de la présence de son port militaire, la côte Fleurie tire avantage de stations balnéaires réputées telles Deauville ou Cabourg. L’intérieur des terres normandes accueille également des activités liées à la mer, principalement des commerces de poissons.

Figure 1 – L'emploi maritime naturellement présent le long du littoral normand

  • Note : la commune de Cherbourg-Octeville est devenue au premier janvier 2016 une commune associée de la commune nouvelle de Cherbourg-en-Cotentin.
  • Source : Insee, Clap 2012, RP 2012, DADS 2011.

Une palette d’activités maritimes variées

Quelle que soit la région, le tourisme littoral est le premier gisement d’emplois maritimes. En Normandie, ce secteur emploie 17 400 personnes, soit 37 % de l’ensemble des emplois maritimes de la région (figure 2). Au deuxième rang, le transport maritime et fluvial, de marchandises ou de passagers, compte 10 550 emplois, dont 450 pour le seul trafic fluvial.

Les produits de la mer attirent 5 450 personnes réparties entre la pêche, l’aquaculture, le commerce et la transformation de poissons, de crustacés ou de mollusques. Puis viennent les activités de construction et de réparation navales avec 4 400 personnes occupées. Presque aussi importante, la production d’énergie offre 4 150 emplois. L’intervention publique (telles les douanes ou la marine nationale) constitue le dernier grand gisement d’emplois maritimes. Ce domaine procure du travail à 3 900 personnes dont 60 % situées à Cherbourg-Octeville.

Les autres activités maritimes génèrent peu d’emplois en Normandie et sont de poids équivalents. Il s’agit de l’extraction de matériaux marins, des travaux publics maritimes et fluviaux, des services parapétroliers et paragaziers offshore et des assurances et banques maritimes.

Figure 2 – 37,5% des emplois de l'économie maritime dans le tourisme littoral

Emploi maritime par domaine (effectifs, %)
37,5% des emplois de l'économie maritime dans le tourisme littoral
Domaine Normandie France
Effectifs Part (%) Part (%)
Tourisme littoral 17 400 37,5 50,4
Transport maritime et fluvial 10 550 22,7 10,0
Produits de la mer  5 450 11,7 11,2
Construction et réparation navales 4 400 9,5 8,5
Production d’énergie  4 150 8,9 2,0
Intervention publique 3 900 8,4 15,3
Assurances et banques maritimes 150 0,3 0,2
Travaux publics maritimes et fluviaux 150 0,3 1,1
Extraction de matériaux marins 150 0,3 0,2
Services parapétroliers et paragaziers offshore 150 0,3 0,7
Fabrication, pose et maintenance de câbles sous-marins 0 0,0 0,2
Ensemble de l'économie maritime 46 450 100,0 100,0
  • Source : Insee, Clap 2012, RP 2012, DADS 2011.

Production d’énergie et transports maritimes : des spécificités normandes

Le poids de l’emploi maritime dans la production d’énergie constitue la spécificité normande : cette activité y est cinq fois plus développée que dans les régions littorales continentales de la France métropolitaine. Pour ce secteur, la Normandie concentre ainsi la moitié des emplois de ces sept régions. La mer, utilisée pour refroidir les centrales électriques implantées sur le littoral, la stabilité des sols littoraux normands et la proximité de la région parisienne, où la demande en électricité est importante, ont favorisé l’implantation de quatre centrales électriques. Deux centrales nucléaires sont situées sur la côte seino-marine, Penly et Paluel, une troisième à Flamanville dans le nord-ouest du Cotentin. La centrale thermique du Havre complète le dispositif.

La Normandie se distingue également par l’importance de son transport maritime : cette activité est trois fois plus représentée que dans les autres régions littorales. Ce secteur bénéficie de l’activité des grands ports maritimes du Havre et de Rouen (figure 3), où transitent 85 millions de tonnes de marchandises en 2012. D’autres ports moins importants sont également implantés dans la région, mais les trafics de marchandises approchent ou dépassent toutefois deux millions de tonnes chacun : Caen-Ouistreham, Cherbourg-Octeville et Dieppe. Ces derniers, tout comme celui du Havre, entretiennent des liaisons transmanches avec les îles Britanniques, générant un trafic global de 2,4 millions de passagers en 2012. D’autres ports aux trafics plus modestes (Fécamp, Granville ou Le Tréport) complètent le maillage des ports de commerce implantés dans la région.

Figure 3 – Des spécialités maritimes différentes selon la localisation géographique

  • Champ : la typologie a été faite uniquement sur les bassins de vie dont les effectifs sont supérieurs à 100 emplois.
  • Note de lecture : L'économie maritime du bassin de vie du Havre est principalement orientée vers le transport maritime et fluvial. Celle des bassins de vie de Beaumont-Hague, de Cherbourg-Octeville, de Caen et de Dieppe ont des profils maritimes diversifiés.
  • Pour Beaumont-Hague, il s'agit de la construction et réparation navales ainsi que du tourisme littoral, pour Cherbourg-Octeville de la construction et réparation navales, ainsi que de l'intervention publique, pour Caen des produits de la mer, du transport maritime et fluvial et de l'intervention publique, pour Dieppe de la production d'énergie, du tourisme littoral et du transport maritime et fluvial.
  • Source : Insee, Clap 2012, RP 2012, DADS 2011.

Produits de la mer et activités navales bien représentés

La Normandie est la deuxième région derrière la Bretagne pour la capture de poissons, de crustacés et de mollusques. La présence de nombreux ports de pêche (Granville ou Le Tréport par exemple) permettent le développement de ces activités sur tout le littoral. Les eaux normandes favorisent par ailleurs le développement des naissains, tels les huîtres ou les moules. Ainsi, la pêche et l’aquaculture sont fortement représentées en Normandie et regroupent la moitié des effectifs du secteur des produits de la mer de la région (figure 4). À l’inverse, la transformation des produits de la mer est moins présente en Normandie que dans l’ensemble des régions littorales. En effet, une bonne partie de la pêche normande est transformée à Boulogne.

L’importance des activités militaires mais aussi des activités de commerce, de pêche ou de plaisance dans les ports de Normandie favorise le développement de structures de construction et de réparation de navires. Ces établissements sont particulièrement présents sur la pointe du Cotentin (figure 5). Le port militaire de Cherbourg-Octeville abrite notamment l’établissement DCNS spécialisé dans la construction navale militaire, qui concentre les deux tiers des effectifs normands du domaine.

L’extraction de matériaux marins offre peu d’emplois (150) mais est deux fois et demie plus représentée en Normandie que dans les régions littorales. L’activité se concentre principalement le long de la Seine, où des granulats marins ont été transportés puis déposés par les courants du fleuve.

Figure 4 – Les produits de la mer sont présents sur tout le littoral

  • Source : Insee, Clap 2012, RP 2012, DADS 2011.

Figure 5 – La construction et la réparation navales localisées près des ports

  • Source : Insee, Clap 2012, RP 2012, DADS 2011.

Le tourisme est surtout présent le long de la côte Fleurie

Bien que le tourisme soit le premier pourvoyeur d’emplois maritimes en Normandie, il est nettement moins présent dans la région que dans les autres régions littorales. La côte du Calvados, et plus particulièrement la côte Fleurie, en sont l’exception, avec un tourisme très développé (figure 6). La côte Fleurie, par exemple, regroupe le tiers des emplois touristiques littoraux de la région. Pour certaines zones très touristiques, comme la Baie du Mont Saint-Michel, Deauville, Honfleur ou encore Étretat, le tourisme littoral constitue l’essentiel de l’économie maritime locale.

Figure 6 – L'ensemble du littoral normand génère de l'emploi touristique

  • Source : Insee, Clap 2012, RP 2012, DADS 2011.

Plutôt des employés dans le tourisme et des ouvriers ailleurs

Hors tourisme littoral, les salariés de l’économie maritime sont principalement des ouvriers. Ils représentent 41 % des salariés, soit sept points de plus que dans le reste de l’économie normande. L’importance des métiers manuels dans les activités maritimes explique cet écart. Les cadres sont également plus représentés dans l’économie maritime que dans l’économie normande, du fait d’une forte part de cadres dans la production d’énergie (29 %). Les métiers d’ouvriers et les métiers de cadres étant en moyenne plus souvent occupés par des hommes que par des femmes, les salariés de l’économie maritime, hors tourisme littoral, sont majoritairement masculins (sept salariés sur dix, figure 7).

Les salariés du tourisme littoral présentent un profil différent du reste de l’économie maritime. En effet, 71 % d’entre eux sont des employés. Les métiers exercés relèvent davantage des secteurs du commerce ou des services (hôtellerie, restauration, vente, etc.) et moins de métiers manuels. Cependant, que ce soit dans le tourisme littoral ou dans le reste de l’économie maritime, les profils des salariés en Normandie sont globalement les mêmes que ceux observés à l’échelle nationale.

Figure 7 – Deux salariés de l'économie maritime sur trois sont des hommes

Répartition des effectifs salariés par domaine d'activité maritime (en %)
Deux salariés de l'économie maritime sur trois sont des hommes
Domaine Catégorie socioprofessionnelle Genre
Ouvriers Employés Professions inermédiaires Cadres Hommes Femmes
Tourisme littoral 14 71 9 6 47 53
Transport maritime et fluvial 36 32 17 15 63 37
Produits de la mer  75 15 5 4 65 35
Construction et réparation navales 55 9 19 16 87 13
Production d’énergie  7 1 62 29 83 17
Intervention publique * 22 25 35 18 74 26
Assurances et banques maritimes 3 11 22 64 39 61
Travaux publics maritimes et fluviaux 61 6 19 14 89 11
Extraction de matériaux marins 60 6 27 7 82 18
Services parapétroliers et paragaziers offshore 55 7 24 15 88 12
Ensemble de l'économie maritime 33 35 19 13 64 36
  • Champ : salariés de l'économie maritime, (*) hors marine nationale.
  • Source : Insee, Clap 2012, RP 2012, DADS 2011.

Transports maritimes, produits de la mer et activités navales perdent de nombreux emplois...

Les difficultés économiques que connaît la Normandie, et plus largement la France depuis quelques années, pèsent sur le développement de l’économie maritime. De nombreux domaines maritimes subissent des baisses importantes d’emplois. Elles sont les plus prégnantes dans le transport maritime. En effet, 1 000 emplois y ont été perdus entre 2007 et 2012, principalement dans les grands ports maritimes du Havre et de Rouen. Ces ports ont connu une réorganisation et un transfert d’une partie de leurs effectifs dans le cadre de la réforme portuaire de 2008. Cette réforme vise notamment à moderniser les grands ports maritimes et à les rendre plus compétitifs par rapport à leurs homologues européens.

Les effectifs de pêcheurs sont également en baisse, en Normandie comme en France : 350 emplois ont été perdus dans la région entre 2007 et 2012. La baisse des ressources halieutiques dans la Manche, l’augmentation des prix du pétrole ou encore le vieillissement de la flottille de pêche expliquent en partie ces pertes d’emploi. En lien avec la baisse des captures de pêche, les emplois dans les commerces de poissons ont fortement chuté (- 500 emplois sur la période). L’aquaculture a quant à elle mieux résisté, avec une quasi-stabilité des effectifs entre 2007 et 2012 (- 40 emplois, soit - 3 %).

Alors que les activités de construction et de réparation navales connaissent une hausse de leurs effectifs en France, la Normandie a perdu 250 emplois dans ce secteur entre 2007 et 2012. La réparation navale a été plus touchée que la construction, en partie du fait d’une baisse de son activité dans les ports du Havre et de Rouen.

… tandis que le tourisme se maintient et la production d’énergie crée des emplois

Le tourisme littoral en Normandie a mieux résisté à la crise économique que les activités maritimes traditionnelles : l’hôtellerie a perdu des emplois entre 2007 et 2012 mais la restauration en a gagné davantage. L’essor des croisières maritimes et fluviales en Normandie pourrait favoriser davantage l’emploi dans le tourisme littoral.

Le domaine de la production d’énergie crée quant à lui de nombreux emplois, avec 850 emplois supplémentaires dans les trois centrales nucléaires littorales sur la période. La création d’un troisième réacteur à la centrale de Flamanville ou les opérations de maintenance sur les centrales expliquent en partie cette hausse d’emplois.

Par ailleurs, la façade maritime normande est propice au développement des énergies marines. Avec trois projets de parcs éoliens en mer à Dieppe-Le Tréport, à Fécamp et à Courseulles-sur-Mer, ainsi que le projet d’installation d’une hydrolienne au Raz Blanchard dans le nord-ouest du Cotentin, l’économie maritime normande devrait connaître une nouvelle dynamique de création d’emplois.

Sources

L’économie maritime rassemble les activités économiques liées à la mer. L’Ifremer a classé ses activités dans 11 domaines (voir domaines en figure 2).

Hors tourisme littoral, la mesure de l’emploi maritime (données 2012) est issue d’une sélection d’activités économiques considérées comme maritimes. Dans les activités 100 % maritimes (pêche en mer, construction de bateaux de plaisance, transports maritimes et côtiers de passagers par exemple), tout l’emploi est compté comme maritime. Dans les autres activités maritimes (fabrication de plats préparés, fabrication de ficelles, cordes et filets, ou production d'électricité par exemple), une partie des établissements a été sélectionnée à partir d’une expertise de l'Insee, du SOeS et de l'Ifremer notamment.

Le calcul du nombre d’emplois dans le tourisme littoral utilise l’estimation 2011 du nombre d’emplois liés à la présence de touristes (bibliographie) limitée à l’espace littoral, soit 33 bassins de vie littoraux en Normandie.

Les bassins de vie sont des découpages géographiques pour faciliter la compréhension de la structuration de la France métropolitaine. Ce sont les plus petits territoires sur lequels les habitants ont accès aux équipements et services les plus courants.

Les études déjà publiées sur les emplois des ports du Havre, de Rouen et de Dieppe utilisent des concepts qui vont au-delà de l’économie maritime (cf. bibliographie). Ces études prennent en compte les emplois maritimes de ces ports mais aussi les emplois des industries installées à proximité immédiate des ports, car elles tirent profit de la présence de ces derniers. Les emplois du domaine du transport maritime et fluvial, dans cette étude, ne sont donc pas comparables aux emplois des complexes industrialo-portuaires de Rouen, du Havre ou de Dieppe.

Pour en savoir plus

« L'économie maritime : des activités diverses et localisées » / Insee ;Sébastien Colas, ludivine Neveu-Cheramy, Michel Rouxel - In : Insee Première n°1573 (2015, novembre)

« Les retombées économiques du tourisme en Normandie - près de 5 milliards d'euros de consommation touristique » / Insee Haute-Normandie ;Vinciane Bayardin, Laurent Brunet, Jean-Philippe Caritg - In : Aval Haute-Normandie n°148 (2014, juin)

« Quasi-stabilité de l’emploi industrialo-portuaire en 2013 » / Insee Haute-Normandie ; Vinciane Bayardin, Jean-Philippe Caritg - In : Insee Flash Haute-Normandie n°30 (2015, novembre)