La population bretonne progresse moins vite depuis 2008

Isabelle Baudequin et Fatima Le Strat, Insee

Depuis 1975, la population bretonne a augmenté de 27 % pour s’établir en 2015 à 3 294 300 habitants. Sur ces quarante dernières années, la croissance démographique a connu des accélérations et des ralentissements notables. À l’image de la majorité des autres régions françaises, la population bretonne croit plus faiblement depuis 2008. Le ralentissement de la croissance bretonne résulte de l’affaiblissement des moteurs interne et externe.

Contrairement aux périodes précédentes, seule la catégorie des personnes en âge d’être retraitées voit son effectif progresser. La population des 30-59 ans n'augmente plus. Un tiers des Bretons habite maintenant en Ille-et-Vilaine.

Au 1er janvier 2015 la Bretagne compte 3 294 300 habitants. Depuis 1975, sa population a augmenté de 27 %, soit une progression annuelle moyenne de 17 500 personnes. La Bretagne se situe ainsi au 6e rang des 13 régions métropolitaines pour sa croissance démographique. Cette progression sur les 40 dernières années s’est réalisée à des rythmes différents. L’augmentation annuelle moyenne s’est établie à 0,6 % entre 1975 à 1982 puis est tombée à 0,4 % jusqu’en 1999. La croissance reprend de la vigueur entre 1999 et 2008 (+ 0,9 %) correspondant à un gain annuel moyen de 27 000 personnes. Depuis 2008, la population augmente moins vite avec en moyenne près de 21 000 personnes supplémentaires chaque année. Entre 2014 et 2015, la population bretonne ne s’est accrue que de 18 000 habitants. Ces niveaux restent cependant bien supérieurs à ceux observés au début des années 90 (+ 9 000 en moyenne par an) mais posent question sur les raisons de cet essoufflement (figure 1).

Figure 1 – Le dynamisme démographique s'essoufle

Le dynamisme démographique s'essoufle
Bretagne France métropolitaine Bretagne* France métropolitaine*
1999 100 100 100 100
2000 100,810482 100,61813 100,94 100,72
2001 101,730293 101,316245 101,88 101,44
2002 102,675206 102,033085 102,82 102,16
2003 103,621601 102,744138 103,76 102,88
2004 104,57984 103,434059 104,7 103,6
2005 105,59593 104,216742 105,64 104,32
2006 106,558336 104,962886 106,58 105,04
2007 107,445159 105,639002 107,52 105,76
2008 108,457977 106,219596 108,46 106,48
2009 109,331336 106,785172 109,4 107,2
2010 110,15783 107,297212 110,34 107,92
2011 110,801787 107,818796 111,28 108,64
2012 111,467404 108,341266 112,22 109,36
2013 112,21153 108,891544 113,16 110,08
2014 112,820606 109,377406 114,1 110,8
2015 113,437222 109,881989 115,04 111,52
  • * : Évolution de la population si augmentation de la population au rythme observé entre 1999 et 2008
  • Source : Insee, recensements de la population et estimations localisées de population

Figure 1 – Le dynamisme démographique s'essoufleEvolution de la population (indice base 100 en 1999)

Le ralentissement démographique ne touche pas que la Bretagne

Ce ralentissement depuis 2008 n’est pas spécifique à la Bretagne (figure 2) mais il est plus marqué dans la région. Ainsi, la croissance annuelle de la population de l’ensemble de la France métropolitaine sur la période est passée de 0,7 % à 0,5 % contre une évolution de 0,9 % à 0,6 % pour la Bretagne.

Figure_2 – La croissance démographique décélère dans 12 régions sur 13

  • Source : Insee, recensements de la population et estimations localisées de population

Depuis 2008 aucune région n’échappe au tassement de la progression démographique, mis à part le Nord – Pas-de-Calais – Picardie. Les régions ayant eu une forte croissance démographique au début des années 2000 sont plus spécifiquement touchées mais à des degrés divers : un ralentissement relativement faible dans les Pays de la Loire, notable en Bretagne et, par exemple, beaucoup plus prononcé en Paca.

La Bretagne se positionne aujourd’hui au 9e rang des régions métropolitaines les plus peuplées devant la Bourgogne - Franche-Comté, le Centre-Val-de-Loire et la Corse et au 5e rang des régions quant au dynamisme démographique entre 2008 et 2015.

Un recul important du solde migratoire global

En Bretagne, la croissance démographique annuelle moyenne observée ces sept dernières années (+ 0,64 %) est toujours portée majoritairement par le solde des entrées-sorties (+ 0,49 %), le solde naturel, différence entre le nombre de naissances et celui des décès, ne contribuant qu’à hauteur de 0,16 % (figure 3). Par rapport à la période 1999-2008, le ralentissement de la croissance résulte d’un affaiblissement des moteurs interne et externe. En moyenne, le gain annuel de population qui était de 27 000 entre 1999 et 2008 est tombé depuis à environ 21 000. Le solde naturel est passé de + 6 000 à + 5 000 et celui des entrées-sorties de + 21 000 à + 16 000. La dégradation du solde naturel entre les deux périodes est imputable à la baisse des naissances et à l’augmentation des décès. La diminution des naissances s’explique à la fois par un tassement du nombre de femmes en âge de procréer et par un fléchissement des taux de fécondité. La progression des décès découle d’un vieillissement de la population encore plus marqué avec l’arrivée aux grands âges des générations du baby-boom. Le recul du solde apparent des entrées-sorties peut s’expliquer par des moindres arrivées en Bretagne et/ou des départs plus importants.

Figure 3 – En Ille-et-Vilaine, un solde naturel toujours dynamique

Évolution annuelle de population et sa décomposition suivant les soldes naturel et migratoire (en %)
En Ille-et-Vilaine, un solde naturel toujours dynamique
Côtes-d'Armor Finistère Ille-et-Vilaine Morbihan Bretagne
en effectif en % en effectif en % en effectif en % en effectif en % en effectif en %
Évolution annuelle de la population 1999-2008 totale 4 352 0,78 4 248 0,49 11 275 1,24 7 416 1,10 27 292 0,91
due au solde naturel -113 – 0,02 524 0,06 5 024 0,57 961 0,15 6 396 0,22
due au solde migratoire 4 465 0,80 3 724 0,43 6 251 0,67 6 455 0,95 20 896 0,69
2008-2015 totale 2 553 0,43 2 416 0,27 10 342 1,04 5 346 0,74 20 657 0,64
due au solde naturel – 573 – 0,10 – 119 – 0,01 5 253 0,53 384 0,05 4 945 0,16
due au solde migratoire 3 126 0,53 2 535 0,28 5 089 0,50 4 962 0,68 15 712 0,49
  • Source : Insee, recensements de la population et estimations localisées de population

Un solde migratoire plus faible avec la Métropole

Au cours de l’année 2012, 59 800 personnes âgées d’au moins 5 ans sont arrivées en Bretagne en provenance des autres régions de France métropolitaine. À l’inverse, seules 45 500 personnes ont quitté la Bretagne pour une autre région française, générant un solde migratoire de 14 300 personnes en faveur de la région. Sur la période 2004-2008, cet excédent migratoire annuel avec les autres régions de France métropolitaine était légèrement plus élevé : 15 200.

Il n’est pas possible de connaître précisément les mobilités vers l’étranger depuis la Bretagne. Cependant, au niveau national, les départs vers l’étranger des personnes nées en France se sont amplifiés entre 2006 et 2013, le solde migratoire passant de + 112 000 à + 33 000 sur la période. Sous l’hypothèse d’un comportement régional proche de celui observé au niveau national, ces départs plus nombreux sur la période récente peuvent contribuer à expliquer la moindre croissance de la population bretonne.

Des échanges presque équilibrés pour la tranche d'âge 20-29 ans

Au 1er janvier 2015, 350 000 jeunes de 20 à 29 ans vivent en Bretagne. Leur effectif diminue d’année en année, aussi bien sur la période 2008-2015 qu’entre 1999 et 2008 (figure 4). Cette catégorie de population est la plus mobile en raison des poursuites d’études et de l’entrée dans la vie active. Au jeu des migrations avec la France métropolitaine, la Bretagne perd 1 900 jeunes chaque année entre 2004 et 2008. Au cours de l’année 2012, environ 22 000 jeunes Bretons ont quitté la région contre 21 500 arrivées. Le solde, bien qu’encore légèrement déficitaire (– 500) semble tendre vers l’équilibre.

Figure 4 – Une population bretonne de plus en plus âgée

Une population bretonne de plus en plus âgée
1999 Hommes 2008 Hommes 2015 Hommes 1999 Femmes 2008 Femmes 2015 Femmes
0 à 4 ans 87,174 96,875 93,736 82,644 92,117 90,123
5 à 9 ans 89,987 100,984 103,281 85,592 95,638 99,055
10 à 14 ans 95,942 95,961 106,372 91,231 91,188 101,521
15 à 19 ans 102,673 100,163 102,18 97,734 94,746 95,677
20 à 24 ans 95,267 94,712 90,782 88,745 88,559 84,689
25 à 29 ans 100,932 92,18 88,499 95,368 88,48 85,4
30 à 34 ans 100,464 96,251 95,359 97,679 93,508 95,305
35 à 39 ans 104,695 109,685 96,598 102,404 107,131 95,029
40 à 44 ans 105,165 109,425 113,529 102,035 108,2 110,902
45 à 49 ans 103,307 109,154 109,314 101,58 108,539 109,151
50 à 54 ans 87,996 104,944 110,046 89,281 105,951 110,663
55 à 59 ans 62,552 105,378 106,88 66,705 109,931 110,16
60 à 64 ans 71,083 83,007 103,386 80,004 90,308 111,021
65 à 69 ans 68,534 62,268 96,59 83,727 72,199 106,828
70 à 74 ans 58,611 62,133 58,307 80,448 79,616 69,034
75 à 79 ans 43,428 51,164 54,084 68,827 76,534 73,445
80 à 84 ans 16,673 34,306 41,117 34,052 63,769 66,859
85 à 89 ans 11,94 16,345 23,124 31,502 37,348 47,594
90 à 94 ans 3,117 3,614 8,406 11,725 11,972 24,391
95 ans ou plus 0,473 0,919 1,1 2,779 4,499 4,765
  • Source : Insee, recensements de la population et estimations localisées de la population

Figure 4 – Une population bretonne de plus en plus âgéeÉvolution de la pyramide des âges de la Bretagne (en milliers d'habitants)

La population des 30-59 ans n'augmente plus

L’effectif des 30-59 ans stagne entre 2008 et 2015 alors qu’il augmentait en moyenne de 15 000 personnes par an entre 1999 et 2008 (+ 1,3 % en moyenne annuelle). En 2012, par le biais des migrations liées principalement aux changements d’emploi, près de 19 500 personnes appartenant à cette tranche d’âge sont arrivées en provenance des autres régions françaises en Bretagne et 11 800 ont quitté la région. Le solde avec les autres régions de Métropole s’établit donc à + 7 700 personnes (figure 5). Ce solde s’est détérioré par rapport à la période 2004-2008 (+ 8 900 personnes en moyenne annuelle). Il reste stable pour les personnes de 45 à 59 ans mais est nettement moins positif qu’auparavant pour les 30-44 ans. Commencée en 2008, la crise économique a pu freiner les mobilités liées à l’emploi. Au-delà des effets de la crise, les mobilités diminuent également car les dernières générations de baby-boomers sont remplacées par celles, moins nombreuses, nées à partir des années 70. Par ailleurs, les mobilités entre 30 et 45 ans concernaient souvent des familles, ce qui réduit d’autant le solde positif concernant les jeunes enfants.

Figure 5 – Un solde 2012 en baisse pour les 30 à 44 ans

Un solde 2012 en baisse pour les 30 à 44 ans
2012 Moyenne 2004-2008
5 à 19 ans 2248,368 3720,86579
20 à 29 ans -457,075 -1889,62243
30 à 44 ans 3958,6626 5302,11245
45 à 49 ans 3765,7758 3621,07731
60 ans ou plus 4727,8368 4429,94153
  • Source : Insee, recensements de la population et estimations localisées de la population

Figure 5 – Un solde 2012 en baisse pour les 30 à 44 ansSolde migratoire annuel avec les autres régions de métropole (en nombre)

Les retraités : seul moteur de la croissance démographique

Sur la période 2008-2015, la population des 60 ans ou plus augmente en moyenne annuelle de 20 000 personnes, soit + 2,4 % par an. Cette progression est bien supérieure à celle observée entre 1999 et 2008 (+ 10 000 personnes en moyenne annuelle, soit + 1,4 % par an). Elle s’explique à la fois par un vieillissement de la population et un accroissement du solde migratoire. Sans phénomène migratoire, la population aurait augmenté d’environ 15 000 personnes du simple fait de l’arrivée au 3e âge des générations du baby-boom. Région littorale à forte identité culturelle, la Bretagne continue d’être attractive pour de nombreux retraités. En témoigne un excédent migratoire de 5 000 personnes en 2012. Au cours de la période 2004-2008, cet excédent était légèrement inférieur. En 2012, les personnes en âge d'être retraitées représentent 14 % des arrivants alors que leur poids démographique dans la région s’élève à 28 % (figure 6).

Figure 6 – Près de la moitié des partants ont entre 20 et 29 ans

Structure par âge des arrivants et des partants de 2012 et de l'ensemble de la population au 1er janvier 2013 (en %)
Près de la moitié des partants ont entre 20 et 29 ans
Arrivants Partants Population 2013
5 à 19 ans 17,7 18,3 19,5
20 à 29 ans 35,9 48,2 11,4
30 à 44 ans 20,9 18,7 19,9
45 à 59 ans 11,9 7,3 21,2
60 ans ou plus 13,6 7,5 28,0
Total 100,0 100,0 100,0
  • Source : Insee, recensements de la population

L'Ille-et-Vilaine moins touchée par le ralentissement

Entre 2008 et 2015, la population a augmenté dans les 4 départements bretons mais plus fortement en Ille-et-Vilaine (+ 1,0 % par an en moyenne) et dans le Morbihan (+ 0,7 %) que dans les Côtes-d’Armor (+ 0,4 %) et le Finistère (+ 0,3 %). Comparée à la période 1999-2008, la dégradation des soldes naturel et migratoire dans chacun des départements provoque un ralentissement général de la croissance démographique (baisse de 0,3 point dans le Morbihan et les Côtes-d’Armor et de 0,2 point dans le Finistère et l’Ille-et-Vilaine). Avec un gain annuel de 10 300 habitants, la contribution de l’Ille-et-Vilaine à la croissance de la population bretonne est de plus en plus élevée : 50 % contre 41 % sur la période 1999-2008. L’attractivité de l’Ille-et- Vilaine est liée à son dynamisme économique, propice au brassage des populations, ainsi qu’à la présence de la métropole rennaise. Aujourd’hui, ce département abrite près d’un tiers de la population bretonne contre 29 % en 1999.

Encadré

Plus de la moitié des entrées sont des retours d'expatriés

Au cours de l’année 2012, 9 200 personnes sont arrivées en Bretagne en provenance de l’étranger. Parmi ceux-ci, plus de la moitié sont âgés de 20 à 34 ans alors que cette tranche d’âge ne représente que 16 % de la population bretonne.

Plus de la moitié de ces arrivées correspondent à des retours de personnes de nationalité française (français de naissance ou par acquisition), principalement des jeunes de 20 à 29 ans partis à l’étranger pour leurs études ou le début de leur vie active.

Les autres arrivées sont des installations de personnes de l’Union européenne (environ 2 000, plus fréquemment des Britanniques et des Portugais), d’Afrique (1 100) ou d’Asie (700).

Définitions

Le recensement de la population sert de base aux estimations annuelles de population, qu’il s’agisse de la population totale ou de la population selon le lieu de naissance ou la nationalité. Le recensement en fixe les niveaux de référence pour les années où il est disponible (1975, 1982, 1990, 1999). Depuis 2004, le recensement s’effectue par enquête annuelle et pour l’ensemble de la population résidant en France. En agrégeant l’information fournie par cinq enquêtes annuelles de recensement successives, il permet de connaître les populations au 1er janvier de chaque année. Ses résultats sont aujourd’hui disponibles pour sept millésimes, du 1er janvier 2006 au 1er janvier 2013. Par ailleurs, les données issues de l’état civil permettent de dénombrer les naissances et les décès survenus sur le territoire français.

On part de l’équation démographique suivante : Pop_N+1 = Pop_N + Naissances_N – Décès_N + SM_N, où SM_N est le solde migratoire de l’année N et Pop_N la population au 1er janvier N. Il est ainsi possible de calculer le niveau du solde migratoire de la Bretagne. Ce solde migratoire de la Bretagne (arrivées moins les départs) peut être décomposé comme la somme du solde avec la Métropole, avec les DOM, avec l’étranger et les COM. Celui avec les autres régions françaises et les DOM est estimé à partir à des enquêtes annuelles de recensement. Celui avec les COM et l’étranger est déduit comme la différence entre le solde global et celui avec les autres régions françaises et les DOM. Les entrées de l’étranger et des COM étant connues, on en déduit le nombre de sorties comme différence entre le solde migratoire et les entrées. En revanche, l’absence de source statistique ne nous permet pas de connaître le profil des partants à l’étranger.

À noter que jusqu’à l’enquête annuelle de 2010, les migrations résidentielles étaient estimées grâce à la question « Où habitiez-vous il y a 5 ans ? ». Les migrations résidentielles n’étaient ainsi prises en compte que si le lieu de résidence d’un individu au moment du recensement et celui qu’il avait 5 ans auparavant étaient différents. Ainsi, s’il avait changé plusieurs fois de domicile au cours de cette période, seule la résultante de ses migrations était prise en compte. Depuis 2011, la question porte sur le lieu d’habitation au 1er janvier de l’année précédente, les migrations résidentielles sont donc mieux comptabilisées, la probabilité de changer de logement plus d’une fois en un an étant assez faible. La comparaison des phénomènes migratoires entre périodes est ainsi assez délicate mais permet néanmoins de dégager certaines évolutions.

Pour en savoir plus

Bilan démographique 2015 : le solde naturel breton est négatif / Michel Rouxel. - Dans : Insee Analyses Bretagne ; n° 43 (2016, juin.). - 4 p.

L'analyse des flux migratoires entre la France et l'étranger entre 2006 et 2013 / un accroissement des mobilités / Chantal Brutel – Dans : Insee Analyses ; n° 22 (2015, octobre.). - 4 p.