Rhône hors Métropole : les zones d’activités économiques affichent leur diversité

Thierry Geay, Henri Lavergne, Insee

En 2011, 315 zones d’activités économiques actives ont été recensées dans le département du Rhône (hors Métropole de Lyon). Elles rassemblent plus de la moitié de l’emploi salarié du département. Les plus petites d’entre elles ont un fort caractère industriel, et les plus importantes sont de grandes zones aux activités multiples. Ces dernières sont souvent situées aux abords des principales voies de communication et des plus grandes villes du département, comme Villefranche–sur–Saône. Les activités y sont majoritairement non présentielles et les postes offerts sont principalement des postes d’ouvriers largement masculins. Plus nombreux que dans l’ensemble du Rhône, les transferts d’établissements vers les zones d’activités économiques concernent en priorité de petits établissements, moins souvent dans l’industrie.

Par définition, une zone d’activités économiques (ZAE) est un site aménagé et géré par une collectivité territoriale ou un opérateur délégué, destiné à accueillir exclusivement et de façon collective des entreprises. Une ZAE est formalisée à partir d’un ou plusieurs zonages réglementaires, inscrits dans un document d’urbanisme approuvé, ayant vocation unique d’économie (industrie, commerce, services, artisanat). Les zonages dédiés aux activités touristiques et agricoles en sont exclus. Une ZAE peut être située sur plusieurs communes. Les appellations peuvent varier et reflètent ainsi les évolutions de la vocation des ZAE : parcs d’activités, écoparcs, éco–zones, pôles d’activités économiques et technologiques.

En 2011, le département du Rhône (hors Métropole de Lyon) compte 315 zones d’activités économiques ayant au moins un établissement en activité. Elles sont réparties sur l’ensemble du territoire. Sur les 226 communes du département, 143 hébergent au moins un établissement en ZAE. Mais elles sont parfois très concentrées : par exemple, les communes de Brignais et de Villefranche–sur–Saône totalisent chacune près de 500 établissements en ZAE, répartis au sein de plusieurs zones d’activités.

Figure_1 – Les ZAE implantées principalement le long des axes de communication - Spécificité de chaque ZAE par rapport à l’ensemble des ZAE du Rhône

  • Sources : Insee, Clap 2011 établissements – OZAR 2011.

Un parc de ZAE à dimension variable…

Les ZAE du Rhône couvrent globalement près de 4 000 hectares. Celle de l’aéroport de Saint–Exupéry (hors superficie des pistes de l’aéroport) est de très loin la plus étendue avec 326 hectares. Cinq autres ZAE dépassent 100 hectares (soit 1 km2) : la zone industrielle (ZI) de Genas, le Parc d’affaires de la vallée de l’Ozon à Chaponnay, la ZI du Bois–rond à Saint–Bonnet– de–Mure, la zone industrialo-portuaire de Saint–Romain–en–Gal et la ZI nord à Arnas. Ces six zones représentent près du quart des superficies consacrées aux ZAE dans le département. À l’inverse, 165 ZAE ont une superficie inférieure à 5 hectares. Elles comptent pour moins de 10 % de la surface totale occupée. Cette grande disparité tient à l’histoire et aux caractéristiques propres à chaque territoire (passé industriel, moyens de production ou d’organisation). Ainsi, si les zones d’activités économiques sont des lieux de concentration et de création d’emplois, elles correspondent à la réalité du tissu économique local.

… qui représente un emploi salarié sur deux du département

Au sein du département du Rhône, les ZAE représentent 5 000 établissements pour un effectif total de 70 000 emplois salariés. Ainsi, elles représentent 11 % des établissements présents dans le département et concentrent plus de la moitié de l’emploi salarié. La proximité de la Métropole pour les plus importantes et la nature des activités exercées expliquent ce phénomène.

Signe de leur grande diversité, la plus petite d’entre elles ne compte qu’une seule entreprise quand la plus importante en totalise 282 (ZI de Genas). En termes d’emploi salarié, la plus importante des ZAE atteint 5 300 emplois (ZAE de l’aéroport de Saint–Exupéry). Toutefois, une majorité des établissements sont de petite taille : 70 % des établissements ont moins de 10 salariés.

À l’intérieur du département, on peut identifier 14 pôles d’activités majeurs, regroupements de ZAE. Plus particulièrement présents le long des principaux axes de communication qui maillent le territoire, ces pôles représentent 67 % des établissements en ZAE et 71 % des emplois salariés. Validant une certaine indépendance de la cité caladoise vis–à–vis de la Métropole, le pôle de Villefranche–sur–Saône est de loin le plus important : à lui seul, il représente 20 % des établissements et des emplois salariés des ZAE du Rhône.

Figure_2 – 80 % des emplois salariés de l'industrie du Rhône sont en ZAE

Nombre d'établissements et effectif salarié en ZAE et dans le département du Rhône (hors Métropole de Lyon), par secteur d'activité
80 % des emplois salariés de l'industrie du Rhône sont en ZAE
ZAE du Rhône (hors Métropole de Lyon) Rhône (hors Métropole de Lyon) Part des ZAE dans l'ensemble du Rhône, en %
Nombre d'établissements Effectif salarié Nombre d'établissements Effectif salarié Nombre d'établissements Effectif salarié
Agriculture 18 92 8 515 1 755 < 1 5
Industrie, énergie, environnement 1 085 24 179 3 040 30 050 36 80
Construction 751 8 092 4 742 13 548 16 60
Commerce de gros 707 7 273 2 288 9 470 31 77
Commerce de détail 441 4 327 3 764 8 272 12 52
Commerce automobile 308 2 139 892 3 088 35 69
Transports et entreposage 384 10 947 1 145 14 133 34 77
Services aux entreprises, finances, immobilier 896 7 779 9 793 15 622 9 50
Autres services 374 4 929 9 770 39 351 4 13
Ensemble 4 964 69 757 43 949 135 289 11 52
  • Source : Insee, Clap 2011 établissements.

De nombreuses ZAE sont avant tout des zones industrielles

Dans les ZAE du Rhône, l’industrie est le secteur d’activité qui compte le plus grand nombre d’établissements et l’effectif d’emplois salariés le plus élevé : 1 085 établissements et 24 200 emplois salariés (soit respectivement 22 % et 35 % de l’ensemble). C’est beaucoup plus que le transport et entreposage, activité de main d’œuvre (16 % des salariés), ou les activités constituées de plus petites structures comme la construction, les services aux entreprises ou le commerce de gros (entre 10 % et 12 % des emplois).

Dans le Rhône, quatre activités sont nettement plus présentes en ZAE qu’en dehors de celles–ci. L’industrie représente à elle seule 36 % des établissements du Rhône et 8 salariés sur 10 du secteur. 28 ZAE sont exclusivement industrielles et 98 comptent au moins 50 % de leur effectif dans le secteur. Le secteur du transport et entreposage comme celui du commerce de gros pèsent pour un tiers des établissements du Rhône mais, étant donné la taille de leurs établissements, pour les trois quarts des emplois de ces secteurs. Ces activités, consommatrices d’espace, ont pu profiter du développement des ZAE pour s’installer à l’extérieur de la Métropole. L’emploi dans le commerce automobile est également très présent dans les ZAE avec 69 % des emplois pour 35 % des établissements de ce secteur.

De même, dans 12 des 14 pôles constitués, l’industrie est le secteur d’activité le plus présent en termes d’effectifs salariés ou de nombre d’établissements. Trois pôles importants font cependant exception : Villefranche–sur–Saône et Vallée du Garon, avec davantage d’établissements liés aux services aux entreprises, et Genas – Mi–Plaine–Est où le commerce de gros est prépondérant.

En revanche, en comparant entre elles la répartition des emplois par activité des ZAE, certaines spécificités apparaissent. Au niveau des pôles, l’industrie est l’activité spécifique des pôles ayant moins de 2 000 emplois salariés. Pour les plus grands pôles, la spécificité est ailleurs : commerce automobile pour Chaponnay, Mornant, Genas – Mi–Plaine–Est et Villefranche–sur–Saône, construction pour la Vallée du Garon, commerce de détail pour Lozanne–Civrieux–d’Azergues et transport/entreposage pour Saint–Exupéry et Saint–Laurent – Saint–Bonnet–de–Mure, localisés à proximité de l’aéroport et facilement accessibles par un réseau autoroutier important à l’est du département.

Figure_3 – Commerce automobile et industrie sont globalement plus présents

Secteurs d'activité les plus spécifiques au sens des effectifs, par pôle
Commerce automobile et industrie sont globalement plus présents
Pôles 1ère spécificité 2e spécificité
Villefranche-sur-Saône Commerce automobile Commerce de détail
Vallée du Garon Construction Commerce de gros
Saint-Exupéry Transport et entreposage Services aux entreprises, finances, immobilier
Genas - Mi-Plaine-Est Commerce automobile Commerce de gros
Saint-Laurent - Saint-Bonnet-de-Mure Transport et entreposage Commerce de gros
L'Arbresle Industrie, énergie, environnement Commerce de détail
Lozanne-Civrieux-d'Azergues Commerce de détail Commerce de gros
Tarare Industrie, énergie, environnement Commerce de détail
Mornant Commerce automobile Construction
Chaponnay Commerce automobile Commerce de gros
Belleville-sur-Saône Industrie, énergie, environnement Commerce de gros
Thizy-les-Bourgs Industrie, énergie, environnement -
L'Argentière Industrie, énergie, environnement Autres services
Saint-Symphorien-sur-Coise Industrie, énergie, environnement Commerce de gros
Ensemble des pôles Commerce automobile Transports et entreposage
  • Note : l’indice de spécificité est le rapport entre la part d’un secteur dans l’emploi salarié d'un territoire (ici une ZAE) et la part de ce même secteur dans la structure de l’emploi salarié d'un territoire de référence (ici l'ensemble des ZAE du Rhône).
  • Source : Insee, Clap 2011 établissements.

Les activités non présentielles dominent

L’emploi salarié se concentre à 64 % dans des ZAE affichant la présence de la quasi–totalité des grands secteurs d’activité. Ces ZAE « mixtes » sont relativement peu nombreuses (19 % du parc), mais elles sont de grande taille et comptent de nombreux emplois (38 ha et 772 emplois salariés en moyenne). À l’opposé, les ZAE « mono–activité » sont plus nombreuses (24 %) mais ne totalisent que 2 % des établissements et 5 % des emplois. Elles sont de petite taille (3 ha en moyenne), pour un effectif moyen de 43 emplois salariés.

Du fait de l’importance de l’industrie dans les ZAE, les activités productives (définitions) dominent. Les deux tiers des effectifs salariés sont concernés, contrairement à l’ensemble du département, plus équilibré et favorable aux activités de type présentiel (54 %).

90 % des établissements en ZAE choisissent comme statut juridique celui de société commerciale, contre 36 % pour le département. Les entrepreneurs individuels s’installent plus massivement hors ZAE.

Le Rhône compte 11 250 établissements artisanaux, dont seulement 16 % sont installés dans le périmètre d’une ZAE. En revanche, les artisans des ZAE sont beaucoup plus « employeurs » : ils représentent la moitié des emplois artisanaux du département. Le nombre moyen d’emplois salariés par établissement passe alors de 1,2 hors ZAE à 6,6 lorsque l’établissement artisanal est en ZAE. Dans les communautés de communes de la Région de Condrieu et de Saône Beaujolais, la part de l’effectif salarié dans les établissements artisanaux implantés en ZAE est très largement inférieur à la moyenne (moins de 30 %) ; cette part dépasse en revanche 60 % dans l’Est Lyonnais et dans la Vallée du Garon. Les secteurs de l’industrie et de la construction regroupent 68 % des établissements artisanaux en ZAE et les trois quarts des effectifs salariés. Si la fabrication de constructions spécialisées regroupe 32 % de ces effectifs, l’industrie est très diversifiée. Les principaux secteurs sont la fabrication de produits métalliques, la fabrication de produits en caoutchouc, la fabrication de machines et équipements et les industries alimentaires.

Un établissement transféré sur quatre provient de la Métropole

Parmi les 5 000 établissements présents en ZAE fin 2011, 524 ont fait l’objet d’un emménagement durant les quatre années observées (de 2008 à 2011), soit 11 % de l’ensemble. Cela représente le double des mouvements repérés pour l’ensemble du département (5 % de transfert, à structure d’activité égale). 4 060 emplois salariés sont concernés par ces arrivées en ZAE. Sur la période d’observation, le mouvement de transfert semble s’accélérer sous l’effet conjoint de la création et de l’extension des ZAE.

Figure_4 – Plus de transferts dans les secteurs du commerce

Plus de transferts dans les secteurs du commerce
Transferts d'établissements au cours de la période 2008-2011, par année et par secteur d'activité
Année du transfert 2008 2009 2010 2011 Total
Nombre d'établissements 24 134 169 197 524
Effectif salarié 217 1 323 1 073 1 447 4 060
Secteur d'activité (2008-2011) Industrie Construction Commerces Services aux entreprises Total
Nombre d'établissements 94 98 193 79 524
Effectif salarié 1 058 980 1 476 283 4 060
  • Source : Insee, Répertoire des Entreprises et des Établissements (REE/Sirene).

Géographiquement, la quasi–totalité des transferts enregistrés ne proviennent pas d’une autre ZAE. Plus de six sur dix arrivent du département du Rhône (hors Métropole). Un quart des établissements transférés comme des emplois associés sont issus de la Métropole (dont 26 % de Lyon intra–muros) dans le cadre de son desserrement. Un quart des mouvements sont enregistrés au sein d’une même commune.

De manière plus marginale, ces arrivées proviennent de la Loire ou de l’Isère. Dans ce cas, la proximité prime encore. Près de la moitié des établissements et trois emplois sur quatre en provenance du département de la Loire se sont installés sur le territoire du Pays Mornantais. De même, 65 % des établissements et 80 % des emplois transférés depuis l’Isère ont eu lieu vers le Pays Viennois et l’Est Lyonnais. Les entreprises ayant quitté Lyon intra–muros ont principalement rejoint deux communautés de communes localisées aux franges de la Métropole : l’Est Lyonnais et la Vallée du Garon.

Les unités transférées sont plutôt de petits établissements, plus jeunes que la moyenne. 96 % des transferts dans les ZAE s’opèrent sans changement d’activité. Ils interviennent plus dans le secteur de la construction ou le commerce et beaucoup moins dans l’industrie, où les établissements restent plus gros, plus anciens donc moins mobiles.

Le choix de transférer un établissement tient à plusieurs paramètres. Il peut arriver que les établissements bénéficient d’une réduction d’impôt non négligeable au titre de la fiscalité professionnelle. Des différences de niveau fiscal existent parfois au sein d’un même EPCI, notamment lorsque cette fiscalité professionnelle est propre à une ZAE. On parle alors de fiscalité professionnelle de zone. On peut y voir aussi le souhait de se libérer des contraintes et nuisances liés au maintien de l’activité sur le site originel ou, enfin, le besoin de se développer en facilitant son accessibilité. Ces transferts sont aussi souvent liés à un développement de l’emploi. Sur les quatre années étudiées, les effectifs salariés consécutifs aux mouvements de transfert augmentent de 1 000 personnes pour l’ensemble des établissements. Si certains perdent des salariés, un sur trois en gagnent au total plus de 1 200. La moitié des établissements ont toutefois des effectifs stables.

Près de la moitié des emplois salariés en ZAE sont des emplois d’ouvriers, tenus par des hommes

Conséquence des spécialisations sectorielles observées, l’emploi salarié dans les ZAE est très majoritairement masculin. Ce sont, pour près de la moitié, des emplois d’ouvriers. Les employés arrivent ensuite avec 23 % des effectifs ; parmi eux, plus de deux emplois sur trois sont tenus par des femmes. Au niveau infra–départemental, trois EPCI regroupent plus de 60 % d’emplois ouvriers : l’Ouest Rhodanien, Saône Beaujolais et les Hauts du Lyonnais. Les ZAE de la Vallée du Garon se distinguent par une forte proportion de cadres et de professions intermédiaires (respectivement 15 % et 25 % contre une moyenne départementale de 12 % et 19 %). Dans un seul territoire, l’EPCI de Chamousset en Lyonnais, l’emploi féminin est un peu plus important que l’emploi masculin. À l’inverse, dans le Pays de l’Ozon, l’emploi salarié en ZAE est à près de 80 % masculin.

Figure 5 – Dans les ZAE du Rhône, près de sept salariés sur dix sont des hommes

Dans les ZAE du Rhône, près de sept salariés sur dix sont des hommes
Hommes Femmes
Ouvriers 26 451 5 002
Employés 5 249 10 542
Professions| Intermédiaires 9 489 3 788
Cadres et| professions| intellectuelles| supérieures 6 068 2 238
Artisans,| commerçants| et chefs| d'entreprise 799 130
  • Source : Insee, Clap 2011 postes.

Figure 5 – Dans les ZAE du Rhône, près de sept salariés sur dix sont des hommesRépartition de l’emploi dans les ZAE selon la catégorie socioprofessionnelle et le sexe

Les déplacements domicile–travail sont, dans l’ensemble, semblables à ce qu’ils sont sur l’ensemble du département. Moins de la moitié des salariés en emploi résident dans l’EPCI de la ZAE où ils travaillent ; 13 % résident dans une autre commune du Rhône et 22 % dans la Métropole. Un dernier quart réside dans d’autres départements, principalement dans l’Isère, l’Ain ou la Loire. Parmi les résidents de la Métropole lyonnaise qui travaillent en ZAE du Rhône, deux sur trois exercent dans la Vallée du Garon et dans l’Est Lyonnais. En toute logique, la part des individus résidant et travaillant dans le même EPCI croît avec l’éloignement de la Métropole ; elle dépasse 60 % dans les EPCI de l’Ouest Rhodanien, de Saône Beaujolais, des Hauts du Lyonnais et de Chamousset en Lyonnais.

Définitions

Le champ de l’étude est celui des établissements du département du Rhône (hors Métropole de Lyon) appartenant aux ZAE. La liste des établissements, fournie par la DDT, s’appuie sur un recensement effectué par la DDT en 2011.

La nomenclature détaillée d’activité économique est la Naf–rév2 en 88 postes. La nomenclature agrégée utilisée est le regroupement en 9 postes utilisé par la DDT.

L’économie présentielle regroupe les activités mises en œuvre localement pour la production de biens et de services visant la satisfaction des besoins des personnes présentes dans la zone, qu’elles soient résidentes ou touristes.

Les activités non présentielles (ou sphère productive) regroupent les activités de production de biens majoritairement consommés hors de la zone et des activités de services tournées principalement vers les entreprises de cette sphère.

Pour en savoir plus