Rhône hors Métropole : un département dynamique mais aux territoires contrastés

Serge Maury, Henri Lavergne (Insee)

Le département du Rhône (hors Métropole de Lyon) se caractérise par un poids relativement fort de l’industrie et de l’agriculture avec des disparités importantes d’un territoire à l’autre. Les relations entre la Métropole de Lyon et les intercommunalités proches sont marquées par d’importantes migrations domicile-travail, tandis que le nord du département fonctionne de manière plus autonome, autour de Villefranche-sur-Saône. Le Rhône est un territoire relativement aisé, notamment le pourtour de la Métropole de Lyon, tandis que l’ouest et le nord du département sont nettement moins favorisés.

Insee Analyses Auvergne-Rhône-Alpes
No 4
Paru le : 03/02/2016

Le département du Rhône hors Métropole de Lyon bénéficie d’activités économiques diversifiées, tout en gardant une vocation plus marquée pour la sphère productive (définitions) que la zone de référence (définitions). La part de l’industrie en 2011 y est en effet plus présente (20 % contre 16 %), contrairement à celle du tertiaire (66 % contre 70 %). L’emploi présentiel (définitions) regroupe toutes les activités orientées vers la satisfaction des besoins des personnes présentes sur le territoire. Cela représente la majorité des emplois dans le Rhône, mais nettement moins que dans la zone de référence (56 % contre 63 %).

Les secteurs d’activité caractérisant l’emploi du Rhône sont pratiquement tous situés dans l’industrie.

Un département marqué par le poids de l’industrie

On trouve à la fois des activités traditionnelles et en difficulté comme le textile, d’autres activités industrielles durement affectées par la crise de 2008-2009 (installation et réparation de machines et équipements, fabrication de caoutchouc et plastiques, fabrication d’équipements électriques) et des secteurs manufacturiers qui ont créé des emplois entre 2006 et 2011 (métallurgie et fabrication de produits métalliques). Les établissements de plus de 250 salariés sont au nombre de 35, dont 13 dans l’industrie manufacturière. Inversement, les activités relevant du social (hébergement médico-social), de la santé et de la fonction publique ont une part moindre dans l’emploi total du département du Rhône que dans celui de la zone de référence.

Le département du Rhône présente toutefois des profils économiques assez différents selon le territoire considéré.

Figure 1 – Un poids de l'industrie inégal selon les territoires du Rhône

  • Source : Insee, Recensement de la population 2011

L’est et le sud, un ensemble à forte vocation productive

Situées à l’est et au sud de la Métropole de Lyon, les trois intercommunalités de l’Est Lyonnais, du Pays de l’Ozon et de la Vallée du Garon ont des caractéristiques proches. La part de l’agriculture y est faible (moins de 1 % de l’emploi total), contrairement à celle de l’industrie (autour de 22 %). La sphère présentielle représente moins de la moitié de l’emploi dans ces trois territoires. De même, la part des postes dans le domaine public est deux fois plus faible que la moyenne du département du Rhône.

Chacun de ces territoires a son point fort dans le domaine manufacturier, comparé à la zone de référence. L’Est Lyonnais est particulièrement bien positionné sur la fabrication d’équipements électriques. La même industrie caractérise également le Pays de l’Ozon, mais elle perd localement des emplois entre 2006 et 2011. Enfin, la fabrication de machines et équipements est une spécialité du territoire de la Vallée du Garon, même si elle est également en perte de vitesse.

Industrie manufacturière et agriculture à l’ouest et au nord

Le territoire qui s’étend des Hauts du Lyonnais à l’ouest jusqu’au Haut Beaujolais, en passant par Chamousset en Lyonnais et l’Ouest Rhodanien, a la particularité de combiner une forte présence agricole (entre 12 % et 15 % des emplois) et un poids de l’industrie manufacturière important (20 % des emplois pour les Hauts du Lyonnais, et autour de 25 % pour les trois autres territoires).

Dans cet ensemble, l’industrie est présente sous diverses formes. Le secteur conserve un caractère traditionnel dans l’Ouest Rhodanien autour de Tarare, où le textile représente encore une part importante de l’emploi malgré la perte de plus de la moitié de ses effectifs entre 2006 et 2011. C’est le cas aussi dans le Haut Beaujolais et les Hauts du Lyonnais, avec un poids prépondérant des industries alimentaires. Sur le territoire de Chamousset en Lyonnais, la fabrication d’équipements électriques est le gros employeur local avec près de 300 postes pour 4 établissements et une augmentation des effectifs de 20 % entre 2006 et 2011.

Figure 2 – Des spécificités économiques contrastées entre les territoires du Rhône

Secteurs les plus spécifiques, par EPCI
Des spécificités économiques contrastées entre les territoires du Rhône
EPCI du département du Rhône 1ère spécificité 2e spécificité
CA Villefranche Beaujolais Saône (1) Industrie chimique Immobilier
CC Ouest Rhodanien Textile, habillement Caoutchouc,plastiques
CC Beaujolais Pierres Dorées Agriculture Construction
CC Est Lyonnais Transport et entreposage Fabrication d'équipements électriques
CC Pays de l'Arbresle Recherche-développement Électricité, gaz
CC Saône Beaujolais Agriculture Métallurgie
CC Vallée du Garon Édition, audiovisuel Machines et équipements
CC Pays Mornantais Hébergement médico-sociaux Construction
CC Vallons du Lyonnais Industrie pharmaceutique Agriculture
CC Pays de l'Ozon Fabrication d'équipements électriques Autres industries manufacturières
CC Région de Condrieu Production, distribution électricité Électricité, gaz
CC Hauts du Lyonnais Industrie aliments, boissons Télécommunication
CC Chamousset en Lyonnais produits informatiques, électroniques Industries extractives
CC Haut Beaujolais Industrie aliments, boissons Bois, papier
Département du Rhône Textile, habillement Transport et entreposage
  • Note : L'indice de spécificité rapporte la part d'emplois dans l'EPCI à la part d'emplois dans le Rhône par activité économique (NA38).
  • Ici sont données les deux activités les plus spécifiques par EPCI (le département du Rhône est comparé à la zone de référence).
  • (1) Ne comprend pas la commune de Jassans-Riottier (située dans l'Ain).
  • Source : Insee, Clap 2012

Une forte présence agricole et présentielle au centre

Le centre du Rhône (Beaujolais Pierres Dorées, Vallons du Lyonnais et Pays Mornantais, Région de Condrieu plus au sud) ainsi que le territoire de Saône Beaujolais au nord sont caractérisés par un faible poids de l’industrie. Seuls 10 % des emplois appartiennent à ce secteur dans la Région de Condrieu, et cette part ne dépasse pas 15 % de l’emploi total dans les autres territoires. L’emploi agricole est très présent dans certains de ces territoires (excepté les Vallons du Lyonnais), jusqu’à 15 % sur Saône Beaujolais, et autour de 9 % pour Condrieu et le Pays Mornantais. L’emploi présentiel est nettement plus développé que la moyenne rhodanienne : il représente entre 64 % et 67 % des effectifs.

Sur le plan industriel, la présence de l’entreprise Boiron à Messimy (plus de 500 salariés) apporte une spécificité pharmaceutique aux Vallons du Lyonnais. La communauté de communes de Beaujolais Pierres Dorées se distingue par une spécialisation dans la métallurgie et la fabrication de produits en caoutchouc, secteurs qui gagnent localement des emplois entre 2006 et 2011. La métallurgie fait plus que doubler ses effectifs dans le territoire de Condrieu, et augmente aussi très fortement dans le Pays Mornantais.

Le pays de l’Arbresle se rattache géographiquement à cet ensemble, mais les parts de l’emploi industriel et agricole y sont comparables à la moyenne rhodanienne. Ce territoire a perdu près de 30 % d’emplois industriels dans la fabrication de machines et équipements et dans le matériel de transport, mais les effectifs augmentent de 27 % dans la pharmacie.

Enfin, la communauté d’agglomération de Villefranche Beaujolais Saône a les caractéristiques d’une ville moyenne. Les services marchands et non marchands représentent 73 % de l’emploi (contre 66 % dans l’ensemble du Rhône). Les industries existantes sur le territoire sont dominées par l’industrie chimique, les industries alimentaires et la fabrication de produits en caoutchouc et en plastique.

Figure 3 – Une forte attraction de la Métropole sur sa périphérie proche

  • Source : Insee, Recensement de la population 2011

Un département sous influence lyonnaise, inégale selon les territoires

Le département du Rhône est attractif au regard de sa géographie et de son cadre de vie. De nombreux habitants ont choisi de dissocier lieu de vie et lieu de travail. Il y a ainsi bien plus d’actifs résidents (192 000) que d’emplois présents sur le territoire (160 000). 40 % des actifs du département vont ainsi travailler dans la Métropole de Lyon à proximité, tandis que 8 % d’entre eux font la navette vers les départements limitrophes (Ain, Isère, Loire, Saône–et–Loire). Mais des échanges ont lieu aussi dans l’autre sens : en effet, les postes disponibles localement sont occupés à hauteur de 60 % par des actifs du département, mais 17 % de ces emplois sont exercés par des habitants de la Métropole de Lyon, et près de 20 % par des actifs en provenance des départements limitrophes.

Une première demi-couronne au sud de la Métropole de Lyon (Est Lyonnais, Pays de l’Ozon, Vallée du Garon et Vallons du Lyonnais) constitue l’ensemble le plus périurbain. 60 % des actifs de ces territoires rejoignent la Métropole de Lyon pour y travailler, et guère plus d’un quart occupent un emploi dans leur territoire d’origine. Par ailleurs, seuls 25 % à 30 % des emplois locaux sont exercés par des habitants de ces territoires, tandis qu’une part importante (entre 25 % et 40 %) est occupée par des actifs originaires de la Métropole de Lyon.

Une deuxième zone moins périurbaine regroupe les intercommunalités correspondant à la frontière ouest et sud de la Métropole lyonnaise (Beaujolais Pierres Dorées, Pays de l’Arbresle, Pays Mornantais et Région de Condrieu). La moitié des actifs résidents du Pays de l’Arbresle vont travailler à Lyon. C’est aussi le cas, dans une moindre mesure, pour les autres communautés de communes, tandis qu’au moins la moitié des emplois sont occupés par des actifs « locaux », à l’exception de Condrieu.

Enfin, Villefranche-sur-Saône et les franges ouest et nord du département (depuis les Hauts du Lyonnais jusqu’au territoire de Saône Beaujolais) ne présentent pas les caractéristiques de territoires périurbains. En effet, peu d’actifs de ces territoires vont travailler dans la Métropole de Lyon (entre 9 % et 20 %), tandis qu’au moins la moitié des actifs résidents restent travailler « localement ». Les emplois locaux sont occupés à plus de 60 % par des habitants de ce territoire, tandis que la part de « Lyonnais » y est faible. Cette communauté d’agglomération accueille le plus gros établissement du département (centre hospitalier).

Figure 4 – Un département sous influence lyonnaise

Caractéristiques de l'emploi, par EPCI
Un département sous influence lyonnaise
Population Nombre d'emplois Population active occupée Part de l'emploi industriel en % Part de l'emploi présentiel en % Revenu annuel net moyen par foyer fiscal (en euros) Part des résidents travaillant dans la Métropole en % Part des emplois occupés par des "locaux" en % Part des emplois occupés par des résidents de la Métropole en % Part des actifs n'ayant pas le baccalauréat en %
CA Villefranche Beaujolais Saône (1) 70 549 31 364 29 173 18 60 23 802 22 52 8 49
CC Ouest Rhodanien 50 162 18 971 20 021 26 57 21 603 14 67 4 59
CC Beaujolais Pierres Dorées 46 432 12 981 20 542 14 64 33 420 42 50 12 38
CC Est Lyonnais 38 787 21 386 18 398 22 44 33 326 59 25 38 43
CC Pays de l'Arbresle 36 286 10 959 16 887 20 57 30 914 49 53 14 42
CC Saône Beaujolais 33 460 11 452 14 972 15 55 24 291 13 65 3 53
CC Vallée du Garon 28 698 13 466 12 551 23 49 36 846 61 25 41 36
CC Pays Mornantais 27 262 7 251 13 048 13 63 31 175 46 55 16 39
CC Vallons du Lyonnais 27 142 7 178 12 431 17 63 35 318 57 50 26 37
CC Pays de l'Ozon 24 308 8 382 11 036 21 45 32 866 59 33 34 40
CC Région de Condrieu 17 121 4 588 7 705 11 67 27 712 38 44 6 44
CC Hauts du Lyonnais 14 890 5 357 6 651 20 60 23 454 22 61 3 53
CC Chamousset en Lyonnais 13 496 4 823 6 147 26 53 21 978 22 60 3 54
CC Haut Beaujolais 3 870 1 344 1 572 24 57 22 218 9 59 0 59
CC Pays Viennois (2) 1 691 874 741 8 64 26 914 nc nc nc nc
Département du Rhône 434 154 160 375 191 874 20 56 28 549 38 63 17 45
Territoire de référence 4 949 127 1 617 621 2 068 024 16 63 24 731 /// /// /// 50
  • (1) Ne comprend pas la commune de Jassans-Riottier (située dans l'Ain).
  • (2) Ne comprend que Saint-Romain-en-Gal, seule commune de l'EPCI située dans le Rhône ; les chiffres sont donc non comparables (nc) avec ceux du département.
  • Sources : Insee, Recensement de la population 2011 - DGFIP, Impôts sur le revenu des personnes physiques 2011

Une population aisée et qualifiée à la base du dynamisme rhodanien

Dynamisme économique, revenus et situation face à l’emploi vont de pair dans le Rhône. Comme tout territoire périurbain, les populations plus précaires y sont structurellement moins nombreuses, et la part des couples avec enfants y est plus importante (35 % contre 32 %). Par ailleurs, le revenu annuel moyen par foyer est sensiblement supérieur dans le Rhône (28 500 euros) à celui dans la zone de référence (25 000 euros, et 25 400 euros en France métropolitaine). La proportion de personnes à bas revenus y est nettement plus faible (11 % contre 16 %). Les actifs vivant sur le territoire ont un niveau de formation plus élevé et sont moins concernés par le chômage que ceux habitant dans la zone de comparaison.

À l’ouest et au nord du département (depuis les Hauts du Lyonnais et Chamousset en Lyonnais jusqu’au Haut Beaujolais et Saône Beaujolais) se trouvent des territoires moins favorisés socio-économiquement. Les revenus annuels sont particulièrement faibles à certains endroits : 22 000 euros en moyenne dans le Haut Beaujolais et l’Ouest Rhodanien (autour de Tarare). Plus de la moitié des actifs n’y ont pas le baccalauréat. Certains de ces territoires (Haut Beaujolais, Hauts du Lyonnais) peuvent paradoxalement cumuler faibles revenus et bas niveau de chômage. Cependant, dans les territoires où habitent de nombreux agriculteurs et retraités, qualité de l’environnement et plus grande facilité d’accès à la propriété sont d’autres dimensions de la qualité de vie. Par son poids démographique et urbain dans l’ensemble du département, Villefranche-sur-Saône est une communauté d’agglomération à part. C’est la seule ville de moyenne envergure du département entourée de zones rurales ou périurbaines. Elle concentre les phénomènes de précarité : 21 % de la population avec de bas revenus (contre 11 % dans l’ensemble du département) et un revenu annuel moyen de 24 000 euros. Un quart des jeunes de 18 à 24 ans sont au chômage.

Le pourtour de la Métropole de Lyon, depuis l’Est Lyonnais jusqu’au territoire de Beaujolais Pierres Dorées, présente un caractère périurbain aisé. Les revenus y sont élevés par rapport à la moyenne rhodanienne : ils atteignent 36 800 euros annuels dans la Vallée du Garon et 35 000 euros dans les Vallons du Lyonnais. La part des populations à bas revenus y est particulièrement faible, et le chômage peu élevé. Par ailleurs, les couples avec enfants sont fortement représentés dans ces territoires, notamment dans l’Est Lyonnais, où ils représentent 45 % des ménages (soit dix points de plus que la moyenne rhodanienne). Ils sont autour de 40 % dans la Vallée de l’Ozon et le Pays Mornantais. La population active est qualifiée et diplômée. La part des actifs n’ayant pas le baccalauréat se situe autour de 37 % dans les communautés de communes de la Vallée du Garon, de Beaujolais Pierres Dorées et des Vallons du Lyonnais (contre 45 % dans l’ensemble du Rhône).

Figure 5 – Une forte spécialisation dans le domaine industriel

  • Lecture : la part de l’emploi dans le textile est deux fois plus importante dans le Rhône que dans la zone de référence.
  • Sources : Insee, Clap 2012

Définitions

Le périmètre de cette étude est celui du département du Rhône hors Métropole de Lyon.

L’économie présentielle regroupe les activités mises en œuvre localement pour la production de biens et de services visant la satisfaction des besoins des personnes présentes dans la zone, qu’elles soient résidentes ou touristes.

La sphère productive regroupe les activités de production de biens majoritairement consommés hors de la zone et des activités de services tournées principalement vers les entreprises de cette sphère.

La zone de référence est constituée de territoires présentant un profil similaire au Rhône : des départements comportant au moins une communauté urbaine (ou une métropole) de plus de 500 000 habitants, auxquels on a ôté leurs principaux EPCI.

Pour en savoir plus

« Nouveau Rhône : un territoire contrasté en interaction avec les territoires voisins », Insee Analyses Rhône–Alpes n° 7, octobre 2014

« Le Beaujolais : un territoire rural marqué par les restructurations industrielles », Insee Analyses Rhône–Alpes n° 34, juillet 2015

« L’Ouest Lyonnais : une périurbanisation douce », Insee Analyses Rhône–Alpes n° 32, juin 2015

« Les Monts du Lyonnais, un territoire rural en équilibre entre Lyon et Saint–Étienne », La Lettre Analyses n° 202, juillet 2013