Des territoires spécialisés au sein d’une économie diversifiée

Medhy Martin, Axel Gilbert

Tous les secteurs économiques sont représentés en Auvergne - Rhône-Alpes. Toutefois, il existe de fortes spécialisations locales aux origines historiques parfois anciennes.

Insee Flash Auvergne-Rhône-Alpes
No 2
Paru le : 25/02/2016

Deuxième région de France par son PIB et son volume d’emploi, Auvergne - Rhône-Alpes dispose d’un tissu productif diversifié. Cependant, à un niveau géographique fin, celui des zones d’emploi (définitions) , de fortes spécialisations apparaissent. Un territoire est spécialisé dans une activité donnée si le poids de cette activité dépasse son poids dans l’économie régionale (définitions) . Ce n'est pas forcément l'activité la plus importante en volume d'emploi.

Des activités très localisées

La construction de matériel de transport, très présente dans la région (27 000 emplois), est concentrée sur quelques zones d’emploi. Ainsi, outre Issoire et ses entreprises dans l’aéronautique et l’équipement automobile, les zones de Bourg-en-Bresse, Mâcon, Annonay et Vienne-Roussillon s’orientent vers la construction de camions, de pièces pour poids lourds et de véhicules frigorifiques. La fabrication de pneumatiques est par ailleurs une activité caractéristique de Clermont-Ferrand.

Par la présence de centrales électriques, deux zones sont spécialisées dans la production électrique. Ambérieu-en-Bugey bénéficie de la centrale nucléaire de Saint-Vulbas, Montélimar de celles du Tricastin et de Cruas ainsi que d’une centrale hydroélectrique sur le Rhône (soit 3 500 emplois).

Des spécificités industrielles historiques

Certaines spécialisations actuelles résultent de l’histoire industrielle.

C'est le cas à Issoire, où la construction de matériel aéronautique et d’accessoires pour l’automobile existe depuis le début du 20e siècle. Actuellement, quelques grosses entreprises y sont spécialisées dans le développement et la fabrication de matériaux composites ou métalliques et de pièces pour l’aéronautique, ainsi que dans la fabrication de systèmes d’essuyage pour l’automobile.

La ville de Thiers est réputée pour sa coutellerie depuis sept siècles. Les activités se sont diversifiées dans tous les domaines de la métallurgie et de la fabrication de produits métalliques.

L’industrie pharmaceutique est présente depuis 1939 sur la zone d’Ambert avec l’installation des Usines Chimiques des Laboratoires Français, reprises récemment par Sanofi. Ce secteur reste le plus gros pourvoyeur d’emplois à Vertolaye.

Oyonnax est spécialisée depuis le Moyen-Âge dans la fabrication de peignes en bois, puis en corne. Avec l’arrivée du celluloïd à la fin du 19e siècle, Oyonnax devient au cours du 20e siècle le cœur de la « Plastics Vallée » qui contient la plus forte concentration d’entreprises spécialisées dans le plastique en Europe avec plus de 600 établissements.

La Vallée de l’Arve, quant à elle, doit sa réputation à son savoir-faire dans le décolletage depuis deux siècles. Cette activité représente 6 000 emplois, notamment dans la fabrication de pièces de précision et de sous-ensembles complexes pour l’industrie automobile.

Les espaces de montagne

Les deux grands massifs présents dans la région ont des orientations assez différentes. Les activités d’hébergement liées au tourisme des stations de ski ressortent dans les Alpes. Au cœur des vallées, le « Sillon alpin », comprenant Annecy, Chambéry et Grenoble, se distingue dans la fabrication d’équipements électriques et électroniques avec la réalisation de robots, de matériel thermique et de transport d’électricité, de matériel informatique et de semi-conducteurs.

Dans le massif central, la forte présence des activités agricoles caractérise le croissant formé par Aubenas, Brioude et Aurillac. Ce sont des zones peu denses dépourvues de grande ville, qui offrent entre 10 000 et 30 000 emplois chacune.

Des zones équilibrées

Certaines zones n'ont pas de spécificité particulière : c'est le cas de Clermont-Ferrand, Montluçon, Valence et du Genevois français. En effet, la répartition des secteurs d'activité y est proche de celle de la région Auvergne - Rhône-Alpes.

Ainsi, la vaste zone d'emploi de Clermont-Ferrand regroupe à la fois les activités de services propres aux métropoles et des emplois agricoles dès que l'on s'éloigne de la ville, de sorte que la spécialisation industrielle incarnée par l'industrie du pneumatique n'apparaît pas comme unique.

Figure 1 – Des territoires portés par l'industrie, l'agriculture ou le tourisme

  • Lecture : la couleur du cercle indique le secteur le plus spécifique. Le diamètre du cercle est proportionnel à l’indice de spécificité (cf. définitions). Le chiffre indique la part de l'emploi du secteur spécifique dans la zone concernée. Quatre zones sont équilibrées (sans secteur spécifique).
  • Source : Insee, Recensement de la population 2012

Définitions

Une zone d'emploi (ZE) est un espace géographique à l'intérieur duquel la plupart des actifs résident et travaillent, et dans lequel les établissements peuvent trouver l'essentiel de la main-d'œuvre nécessaire pour occuper les emplois offerts.

Le principal indicateur utilisé ici est l'indice de spécificité économique. Pour chaque activité et chaque zone d'emploi, il s'exprime ainsi :

% des emplois de la ZE dans l'activité / % des emplois de la région dans l’activité

Quand cet indice dépasse 1, l'activité est surreprésentée dans la zone d'emploi. Les activités qui occupent peu d'emplois ont été exclues de l'analyse, même si elles apparaissent comme spécifiques.

L'emploi considéré est l'emploi au sens du recensement de la population 2012, il inclut les salariés et les non-salariés,

Pour en savoir plus

« Auvergne Rhône-Alpes : un tissu industriel varié », Insee Flash Auvergne n° 15 et Insee Flash Rhône-Alpes n°19, octobre 2015

« Auvergne Rhône-Alpes : géographie physique, humaine et urbaine », Atlas tome 1, octobre 2015