Les non-salariés auvergnats : un profil particulier

Geneviève Burel

En Auvergne, les non-salariés dans la population active occupée sont plus présents que sur le reste du territoire régional ou national. Près d’un tiers travaille dans l’agriculture. Les non-salariés jouent un rôle essentiel dans l’économie des bassins de vie ruraux où ils représentent une plus grande part de l’emploi total. Les auto-entrepreneurs sont moins présents en Auvergne, leur profil entraîne toutefois le rajeunissement et la féminisation de la population non-salariée.

Fin 2011, 74 000 personnes résidant dans un département auvergnat exercent une activité non salariée, que ce soit à titre principal ou en complément d’une activité salariée (définitions). Les non-salariés auvergnats représentent 14 % des actifs ayant un emploi. Cette part est plus importante que sur l’ensemble de la région Auvergne - Rhône-Alpes (12 %) ainsi qu’en France métropolitaine (11 %).

Plus de non-salariés dans l’agriculture

Les non-salariés sont présents dans tous les secteurs économiques. Toutefois, ils occupent une place plus importante dans les activités où les petites et moyennes entreprises sont nombreuses, comme dans l’agriculture, le bâtiment ou le commerce de détail. En Auvergne, la surreprésentation des non-salariés s’explique essentiellement par le poids du secteur agricole. L’agriculture auvergnate représente en effet 6 % des emplois totaux contre 3 % en métropole et en Auvergne - Rhône-Alpes. Elle est spécialisée dans l’élevage et s’appuie sur un tissu de petites et moyennes exploitations. Sa main-d’œuvre est composée à 80 % de non-salariés, soit respectivement 5 et 20 points de plus que dans la région et en France métropolitaine. Près de 24 000 indépendants auvergnats travaillent ainsi dans une exploitation agricole. Ils représentent un tiers des non-salariés, deux fois plus qu’au niveau national et régional (Figure 1).

Tous les autres secteurs sont sous-représentés. La sous représentation des non-salariés est la plus marquée dans les services aux entreprises. Elle reflète en partie la faiblesse de ce secteur d’activité dans l’économie auvergnate.

Figure 1 – Un tiers des salariés auvergnats dans l'agriculture

en %
Un tiers des salariés auvergnats dans l'agriculture
Auvergne Auvergne – Rhône-Alpes France métropolitaine
Agriculture 33,0 15,8 16,4
Industrie hors artisanat commercial 3,8 4,4 3,8
Construction 11,5 12,7 12,0
Commerce et artisanat commercial 16,1 17,3 17,2
Transport 1,5 1,8 2,1
Services aux entreprises et services mixtes 9,1 16,0 18,1
Services aux particuliers hors santé 14,8 19,7 17,1
Santé et action sociale 10,2 12,3 13,2
  • Source : Insee, Base non-salariés 2011.

Figure 1 – Un tiers des salariés auvergnats dans l'agricultureRépartition des non-salariés par secteur d'activité

Les auto-entrepreneurs moins présents en Auvergne

En Auvergne, fin 2011, 8 580 personnes ont choisi le statut d’auto-entrepreneur. Ils représentent au total 17% des non-salariés (hors agriculture). Ce statut est ainsi moins développé en Auvergne que dans la région (19 %) et en France métropolitaine (20 %). Il est présent dans la plupart des secteurs d’activité, et en particulier les arts, spectacles et activités récréatives, l’enseignement, les services et soins personnels, ou encore le conseil de gestion ou l’information et la communication (regroupant notamment les activités de conseil et programmation informatiques, l’édition et l’audiovisuel) (Figure 2). Dans ces secteurs qui ne requièrent pas un fort investissement à l’installation, plus du tiers des non-salariés sont auto-entrepreneurs. Ils sont en revanche quasiment absents dans les transports, les activités juridiques ou la santé, secteurs composés essentiellement de professions réglementées n’ouvrant pas droit à ce statut.

Les auto-entrepreneurs concourent au rajeunissement et à la féminisation des non-salariés. En effet, ce statut attire particulièrement les jeunes. Ainsi, 18 % ont moins de 30 ans contre moins de 7 % des indépendants « classiques ». De même, les femmes optent plus souvent que les hommes pour le statut d’auto-entrepreneur. Par exemple, dans l’industrie, 40 % d’entre elles ont choisi ce statut contre 12 % des hommes ; elles y exercent des activités telles que la fabrication de bijoux ou de vêtements.

Figure 2 – Près de 74 000 non-salariés en Auvergne - Structure de la population des non-salariés en Auvergne au 31/12/2011

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Près de 74 000 non-salariés en Auvergne - Structure de la population des non-salariés en Auvergne au 31/12/2011
Secteur d'activité * Effectifs Part des auto-entrepreneurs Part des pluriactifs Part des femmes
Agriculture 23 665 0,1 10,0 23,9
Industrie hors artisanat commercial 2 752 20,2 11,3 20,6
Construction 8 281 18,3 7,7 2,5
Commerce et artisanat commercial 11 558 18,0 9,0 32,5
Transport 1 054 2,0 7,7 16,5
Services aux entreprises et services mixtes 6 842 25,1 17,6 26,1
Services aux particuliers hors santé 10 600 22,9 15,4 49,1
Santé et action sociale 7 296 3,1 19,2 53,5
Ensemble des non-salariés 73 887 11,6 12,2 29,3
  • * voir définitions
  • Source : Insee, Base non-salariés 2011.

12 % des non-salariés disposent aussi d’une activité salariée

Une autre facette des non-salariés est la pluriactivité définie comme le cumul d'une activité salariée et non-salariée. Fin 2011, dans l’ensemble des secteurs d’activité, 9 000 non-salariés (soit 12 %) sont pluriactifs. La pluriactivité est moins courante en Auvergne qu'en région (15 %) ou en métropole (14 %). Alors que les cadres représentent 12 % des salariés, ils regroupent 24 % des non-salariés pluriactifs. Cette proportion atteint 32 % dans les services aux entreprises et mixtes et même 61 % dans la santé et l’action sociale. Ceci s’explique par le cas des médecins libéraux qui exercent une activité salariée à l’hôpital ou en centre de santé à côté de leur activité en cabinet. Ainsi, c’est dans les métiers de la santé que les pluriactifs exerçant sous les deux statuts dans le même secteur sont les plus nombreux.

Les auto-entrepreneurs sont plus souvent pluriactifs que les indépendants « classiques ». Ainsi, 32 % d’entre eux sont pluriactifs contre seulement 9 % des indépendants « classiques ». L'auto-entreprise étant parfois une activité d'appoint apportant un complément de revenu, les auto-entrepreneurs pluriactifs sont plus souvent des employés ou ouvriers que les indépendants « classiques ». La pluriactivité est plus courante dans les services aux entreprises et services mixtes et dans les services aux particuliers. Dans chacun de ces secteurs, la pluriactivité concerne environ 10 % des indépendants « classiques » et 40 % des auto-entrepreneurs. Mais c’est dans la santé et l’action sociale que la part de pluriactifs est la plus importante. Près d’un auto-entrepreneur sur deux dans ce secteur est pluriactif et un sur cinq chez les indépendants « classiques ».

Encadré

Les non-salariés : une composante majeure de l’économie des bassins de vie ruraux

En Auvergne - Rhône-Alpes, comme sur le reste du territoire national, les non-salariés sont une composante essentielle dans l’économie des bassins de vie ruraux. En effet, les agriculteurs, commerçants, artisans et indépendants dans les activités sportives, récréatives et de loisirs représentent souvent plus du quart des emplois totaux dans les bassins de vie très peu denses ou touristiques (Figure 3). Cette part est la plus importante dans les bassins de vie de montagne où l'agriculture est très présente et l'industrie peu développée : notamment le Cantal, l'ouest du Puy-de-Dôme, le Diois dans la Drôme et le sud Isère. Ainsi, en Auvergne, plus de trois actifs occupés sur dix sont non-salariés dans les bassins ruraux de Maurs, Pontaumur, Saugues, Massiac, Riom-ès-Montagnes, Pontgibaud, Saint-Gervais-d'Auvergne et Le Mayet-de-Montagne. Il en est de même dans les bassins de vie de Besse-et-Saint-Anastaise et La Bourboule où les activités de services liées aux stations de ski ou thermales constituent un élément important de l’emploi.

À l’inverse, plus les bassins de vie sont urbanisés ou industrialisés, plus la proportion de non-salariés dans la population active occupée est faible. Ainsi, en Auvergne, les non-salariés représentent moins de 10 % des emplois dans les bassins de vie des grands pôles urbains de Clermont-Ferrand, Moulins et Montluçon. C’est le cas également dans les bassins de vie industriels de Thiers, Sainte-Sigolène et Saint-Georges-de-Mons.

Figure 3 – Une présence des non-salariés plus marquée aux franges de la région - Part des non-salariés dans la population active occupée des bassins de vie

  • Sources : Insee, Recensement de la population 2012, Base non-salariés 2011.

Définitions

La base « non-salariés » est issue de deux sources administratives, gérées par l’Agence centrale des organismes de sécurité sociale (Acoss) et par la caisse centrale de la Mutualité sociale agricole (CCMSA). Ces deux organismes collectent les cotisations sociales et la CSG/CRDS assises sur les rémunérations des non-salariés.

Non-salariés : les non-salariés sont ici l’ensemble des cotisants à un régime social non-salarié, qu’ils soient entrepreneurs individuels ou gérants majoritaires de SARL, et y compris auto-entrepreneurs. Les dirigeants « assimilés salariés » ne font donc pas partie du champ. Les pluriactifs (percevant à la fois des revenus d’activité salariaux et non salariaux) sont pris en compte, y compris ceux qui exercent à titre principal une activité salariée.

En raison de la répartition spécifique des non-salariés dans les différentes activités, les regroupements sectoriels effectués diffèrent quelques fois de ceux de la nomenclature d’activités agrégée (NA) – voir annexe Regroupements sectoriels dans « Emploi et revenus des indépendants » - Insee Références - Édition 2015

Pour en savoir plus

Perrin S., Gilbert A., « Non-salariés : de grandes disparités de revenus », Insee, Insee Analyses Rhône-Alpes n°44, novembre 2015 ;

Ulrich A., Mirault A., « Les non-salariés en Bourgogne Franche-Comté : une population aux profils très variés », Insee, Insee Analyses Bourgogne n°16, novembre 2015 ;

« Emploi et revenus des indépendants » - Insee Références - Édition 2015, février 2015.