Les revenus des ménages entre 2002 et 2007 en Poitou-Charentes

Jean-Pierre Ferret
e.décim@l
No 008
Paru le : 26/08/2010

Entre 2002 et 2007, les écarts de revenus entre les différentes zones du Poitou-Charentes se réduisent. Ce phénomène est général au niveau de la France métropolitaine. C’est cependant encore plus flagrant dans notre région où les différences entre ville et campagne s’atténuent plus sensiblement.

Le Poitou-Charentes, même s’il reste une des régions françaises aux revenus les plus bas, se démarque par des écarts de revenus parmi les plus faibles, par une forte augmentation des revenus dans le rural et par un niveau élevé de la part des pensions de retraites.

En Poitou-Charentes, des revenus plus bas mais moins d’inégalité entre les ménages

En 2007, le revenu médian par unité de consommation s’établit à 16 543 € en Poitou-Charentes, soit près de 1 000 € de moins que sur l’ensemble de la France métropolitaine (figure 1). Ce qui place la région au 17e rang sur 22 (figure 2). Le revenu médian y est de 15 138 € en zone rurale contre 17 459 € dans l’urbain. La part importante des ménages vivant dans l’espace rural dans notre région (38,1 % contre 18,5 % en France métropolitaine) explique en partie la position de la région.

Figure 1 – Les revenus et leur évolution en Poitou-Charentes

Les revenus et leur évolution en Poitou-Charentes
Charente Charente-Maritime Deux Sèvres Vienne Poitou-Charentes France métrop.
Nombre de ménages en 2007 146 882 260 771 149 261 162 552 728 964 24 916 512
Revenu médian en 2007 (en €) 16 401 16 612 16 229 16 884 16 543 17 493
Premier décile en 2007 (en €) 6 690 7 098 7 616 7 114 7 132 6 605
Dernier décile en 2007 (en €) 30 791 32 411 30 314 31 867 31 539 35 503
Rapport interdécile 4,6 4,6 4,0 4,5 4,4 5,4
Évolution médiane entre 2002 et 2007 (en %) 18,3 19,5 18,6 16,3 18,3 15,8
Part des ménages imposés (en %) 57,3 58,4 57,6 59,2 58,2 62,8
  • Source : Insee-DGFiP (Revenus fiscaux localisés des ménages).

Figure 2 – Revenu médian en 2007 par région

  • Source : Insee-DGFiP, (Revenus fiscaux localisés des ménages).

Concernant le revenu médian, sur 96 départements, la Vienne se situe au 42e rang, la Charente-Maritime au 51e, la Charente au 57e et les Deux-Sèvres au 63e (figure 3).

Figure3 – Évolution du revenu médian par unité de consommation entre 2002 et 2007

  • Source : Insee-DGFiP, (Revenus fiscaux localisés des ménages).

Des revenus médians plutôt bas donc dans notre région mais une inégalité moins forte qu’en moyenne nationale. La mesure se fait par le rapport entre le plafond de revenus des 10 % des ménages les moins aisés et le plancher des revenus des 10 % des ménages les plus aisés. Ce rapport interdécile qui mesure l’écart entre bas et hauts revenus est parmi les plus faibles de France (4,4 contre 5,4 au niveau France métropolitaine). En Poitou-Charentes, les 10 % de ménages les moins aisés disposent de moins de 7 132 € par unité de consommation et par an (1er décile) contre seulement 6 605€ au niveau national, ce qui place la région en 6e position selon ce critère. À l’opposé, les 10 % de ménages les plus aisés disposent de plus de 31 539 € contre plus de 35 503 € (9e décile) au niveau national.

L’évolution du revenu médian entre 2002 et 2007 est également plus forte dans la région qu’en moyenne nationale (18,3 % contre 15,8 %). Cette hausse est aussi très largement supérieure à l’inflation constatée sur la période (10 %).

En Poitou-Charentes, encore plus qu’en moyenne nationale, la part des salaires dans les revenus tend à baisser au profit de la part des pensions de retraites. C’est une conséquence de l’effet papy-boom, c’est-à-dire de l’arrivée à la retraite des classes d’âge nées après-guerre. Ces nouveaux retraités sont proportionnellement plus nombreux en Poitou-Charentes qu’en moyenne nationale.

Moins d’inégalité de revenus dans le rural que dans les pôles urbains

Le revenu médian est le plus fort en couronne périurbaine (17 959 €) et le plus faible en milieu rural (15 138 €) (figure 4). Cependant l’évolution de ce revenu médian est plus forte en zone rurale, ce qui démontre une réduction des différences entre territoires depuis 2002.

Figure 4 – Les revenus et leur évolution par type d'espace en Poitou-Charentes

Les revenus et leur évolution par type d'espace en Poitou-Charentes
Nombre de ménages en 2007 Revenu médian en 2007 (en €) Premier décile en 2007 (en €) Dernier décile en 2007 (en €) Évolution du revenu médian entre 2002 et 2007 (en %)
Espace rural 277 775 15 138 6 793 28 597 20,4
Espace urbain, dont : 451 189 17 459 7 174 33 207 16,6
Pôle urbain 278 979 17 256 6 075 34 014 15
Couronne périurbaine 156 529 17 959 9 100 32 134 18,8
Communes multipolarisées 15 681 16 069 7 514 29 558 22,4
Ensemble Poitou-Charentes 728 964 16 543 7 132 31 539 18,3
France métropolitaine 24 916 512 17 493 6 605 35 503 15,8
  • Source : Insee-DGFiP (Revenus fiscaux localisés des ménages).

La part des ménages imposés augmente aussi davantage en zone rurale (+ 6 points contre + 3 points en zone urbaine) mais reste inférieure (51 % des ménages imposés dans le rural contre 62 % en urbain).

Comme dans le reste de la France, en Poitou-Charentes, les écarts entre bas et hauts revenus sont plus forts dans l’espace urbain que dans le rural. Mais c’est surtout dans les pôles urbains que les inégalités dominent avec un rapport interdécile de 5,6, ce qui veut dire que les 10 % les plus aisés ont des revenus 5,6 fois supérieurs aux 10 % les moins aisés. Ce rapport est seulement de 4,2 en zone rurale et tombe même à 3,5 dans les communes périurbaines.

La situation se dégrade pour les jeunes les moins aisés

En termes de classe d’âge, les revenus médians par unité de consommation observés en Poitou-Charentes suivent la même structure qu’au niveau national. Les plus bas concernent les plus jeunes (moins de 30 ans) avec 14 365 € et les plus élevés bénéficient aux 50-59 ans avec 19 982 € (figure 5).

Figure 5 – Les revenus et leur évolution selon l'âge en Poitou-Charentes

Les revenus et leur évolution selon l'âge en Poitou-Charentes
Âge du référent fiscal du ménage
Moins de 30 ans De 30 à 39 ans De 40 à 49 ans De 50 à 59 ans De 60 à 75 ans Plus de 75 ans
Nombre de ménages en 2007 64 445 107 641 130 562 139 436 159 773 127 107
Médiane en 2007 (en €) 14 365 15 568 15 988 19 982 17 934 14 485
1er décile en 2007 (en €) 3 843 5 774 6 356 7 861 9 515 8 529
9e décile en 2007 (en €) 23 291 27 146 29 894 38 539 34 655 28 496
Évolution médiane entre 2002 et 2007 (en %) 15,5 20 13,6 14,4 25,2 19,7
Évolution du premier décile entre 2002 et 2007 (en %) -2,2 15,4 15,5 18,5 22,9 23
Évolution du dernier décile entre 2002 et 2007 (en %) 13,4 15,3 12,5 12,9 26,7 17,5
  • Source : Insee-DGFiP (Revenus fiscaux localisés des ménages).

La tranche des 60-75 ans bénéficie d’un revenu médian élevé (17 934 €), juste en dessous de celui des 50-59 ans, mais elle se singularise surtout par un 1er décile (9 515 €) le plus haut de toutes les classes d’âge, 2,5 fois supérieur à celui des moins de 30 ans. L’évolution du dernier décile sur 5 ans est aussi la plus forte (27 % contre 13 % pour les plus jeunes). Ce phénomène est dû à l’arrivée à la retraite des classes d’âge nées après-guerre qui bénéficient de retraites plus élevées que leurs aînés.

Le partage de la population en deux (les moins de 60 ans et les 60 et plus) permet de constater que la situation des ménages âgés s’améliore entre 2002 et 2007 : les revenus des plus de 60 ans rattrapent et dépassent ceux des ménages de moins de 60 ans. Cela ne signifie pas pour autant que les retraités déclarent un revenu supérieur à celui de leur période d’activité, mais que ce revenu est supérieur à celui des nouveaux actifs.

Les moins de 30 ans qui font leur propre déclaration de revenus, disposent des salaires médians les plus bas mais sont aussi les seuls à voir une baisse de leur 1er décile entre 2002 et 2007. Autrement dit : les 10 % les moins aisés des moins de 30 ans en 2007 ont des revenus moindre que les 10 % les moins aisés des moins de 30 ans en 2002. Cette situation est due à l’allongement des périodes d’études, à la précarité toujours plus forte des premiers emplois et au chômage plus important qui touche les plus jeunes.

Figure 6 – Évolution des revenus par canton entre 2002 et 2007 en Poitou-Charentes

  • Source : Insee-DGFiP, (Revenus fiscaux localisés des ménages).

Sources

La source Revenus fiscaux localisés des ménages (RFL) est le résultat du rapprochement des fichiers de la taxe d’habitation et des déclarations de revenus. Leur appariement permet de reconstituer des ménages fiscaux et de calculer des revenus par ménage, par personne et par unité de consommation. Il s’agit des revenus avant abattements, impôts et prestations sociales.

Définitions

Dans cette étude, le revenu correspond au revenu fiscal déclaré par unité de consommation. Il s'agit d'un revenu avant redistribution qui comprend les salaires, les pensions, les retraites, les indemnités de chômage, les bénéfices et les revenus du patrimoine. À la différence du revenu disponible des ménages, il ne prend en compte ni les prestations sociales (prestations familiales, allocations logements, minimum vieillesse), ni les impôts directs qui permettent de réduire les inégalités entre les ménages.

Les unités de consommations (UC) d’un ménage permettent de tenir compte des économies d’échelle résultant de la vie en groupe. L’évaluation est faite comme suit : le 1er adulte compte pour 1 UC, les autres personnes de plus de 14 ans pour 0,5 UC chacune et les enfants de moins de 14 ans pour 0,3 UC chacun.

Un ménage fiscal au sens de l’Insee, est un ménage constitué par le regroupement des foyers fiscaux répertoriés dans un même logement. Est considéré comme référent fiscal du ménage le contribuable identifié en tant que payeur de la taxe d'habitation au sein du ménage fiscal reconstitué.

Parmi les jeunes de moins de 30 ans, ne sont pris en compte que ceux qui font leur propre déclaration et sont alors considérés comme la personne référente du ménage fiscal, les autres qui déclarent leurs revenus avec leurs parents, sont comptés dans le foyer fiscal des parents.

Le revenu médian est la valeur telle que la moitié de la population considérée gagne moins que la valeur et l’autre moitié gagne plus que cette valeur.

Les déciles sont les valeurs qui partagent la population en dix parties de même effectif. Le 1 er décile du revenu correspond au plafond des 10 % de ménages les moins aisés. Le dernier décile correspond au revenu plancher des 10 % des ménages les plus aisés. Le rapport interdécile est le rapport entre le 1er et le dernier décile : il permet de mesurer les disparités (ou écarts) entre les ménages les plus riches et les plus pauvres