Dans les Pays de la Loire, périurbanisation et projet de famille vont de pair

Amandine RODRIGUES (Insee)

Avec plus de deux enfants par femme, les Pays de la Loire sont une des régions françaises les plus fécondes. Toutefois, son taux de natalité se situe dans la moyenne nationale en raison d'une plus faible proportion de femmes en âge d'avoir des enfants.

Si les grandes aires urbaines concentrent toujours sept naissances sur dix, la répartition entre le grand pôle urbain et sa couronne a fluctué au gré des vagues de périurbanisation. Plus on s'éloigne du cœur des agglomérations, moins la proportion de femmes en âge d'avoir des enfants est élevée. Mais la périurbanisation étant très liée au projet de famille, plus on s'éloigne des pôles et plus le nombre d'enfants par femme augmente.

Faits et Chiffres
No 477
Paru le : 15/07/2013

Les Pays de la Loire font partie des régions les plus fécondes de France, avec plus de deux enfants par femme alors que le taux de natalité est proche de la moyenne française (12,9 naissances pour 1 000 habitants en 2009 pour les Pays de la Loire contre 12,7 pour la France). C'est la structure par âge de la population féminine qui permet d'expliquer ce paradoxe. En effet, la proportion de femmes en âge d'avoir des enfants (15 à 49 ans) est de 22 % dans les Pays de la Loire contre 23 % en France métropolitaine. Dans les Pays de la Loire, la fécondité est supérieure à celle des autres régions dans les tranches d'âge les plus fécondes (25-34 ans). Au contraire, la région se situe en fin de classement pour les moins de 25 ans et les plus de 40 ans.

Sept naissances sur dix dans les grandes aires urbaines

Les grandes aires urbaines restent les pouponnières de la région. Elles hébergent 70 % de la population de la région et concentrent la même proportion de naissances en 2009, une proportion stable dans le temps. La répartition des naissances, à l'image de celle de la population, a surtout fluctué au sein des grandes aires urbaines, entre les pôles et leurs couronnes.

Figure 1 – Les grandes aires urbaines sont les pouponnières de la région

Naissances selon le zonage en aires urbaines
Les grandes aires urbaines sont les pouponnières de la région
Grand pôle (Grande aire urbaine) Couronne d'un grand pôle (Grande aire urbaine) Multipolarisée des grandes aires urbaines Moyennes et petites aires Autre commune multipolarisée Commune isolée hors influence des pôles Pays de la Loire
1968 22407 8530 3211 5462 5491 1535 46636
1975 23554 8030 2717 5468 4303 1272 45344
1982 22033 9712 2905 5290 4549 1252 45741
1990 19357 8642 2401 4412 3864 1083 39759
1999 18524 10230 2588 4319 4123 960 40744
2009 17767 13065 3777 4265 5524 1105 45503
  • Source : Insee, État civil, naissances enregistrées de 1968 à 2009.

Figure 1 – Les grandes aires urbaines sont les pouponnières de la régionRépartition des naissances de 1968 à 2009 selon le zonage en aires urbaines

Les Pays de la Loire ont connu comme le reste de la France un exode rural (1850-1975) : les villes-centres étaient alors les espaces les plus attractifs au détriment des campagnes. Aujourd'hui, la donne a changé : les territoires éloignés gagnent en attractivité relativement aux territoires centraux, qui peinent à offrir des logements à des prix abordables pour certaines catégories de population. Ainsi, comme dans la majorité des régions françaises, les Pays de la Loire connaissent depuis 1999 un second pic de croissance de la population dans l'espace périurbain, après celui de la période 1975-1982.

Quand la périurbanisation change le visage de la natalité

La région a donc connu un phénomène de déversements successifs de la population des grandes agglomérations vers le périurbain : proche d'abord, puis plus lointain, voire vers certaines zones rurales qui bénéficient depuis peu d'un regain d'intérêt autour des aires urbaines les plus tendues du point de vue du marché foncier.

La répartition des naissances sur le territoire suit le même mouvement. Partant de taux de natalité relativement homogènes sur le territoire en 1968, on observe une baisse de ces mêmes taux dans le cœur des grandes agglomérations, faisant suite à la première vague de périurbanisation de la période 1975-1982, puis une baisse des taux de natalité en première couronne de ces mêmes agglomérations après la deuxième vague de périurbanisation qui a débuté au début des années 2000.

Figure 2 – 1968 : une natalité élevée sur tout le territoire

  • Sources : Insee, Recensement de la population (RP) 1968 ; État civil, naissance de 1968.

Figure 3 – 1982, fin de la 1re vague de périurbanisation : baisse de la natalité au coeur des grands pôles urbains

  • Sources : Insee, Recensement de la population (RP) 1982 ; État civil, naissance de 1982.

Figure 4 – 2009, 2e vague de périurbanisation : baisse de la natalité dans la 1re couronne des grands pôles

  • Sources : Insee, Recensement de la population (RP) 1982 ; État civil, naissance de 1982.

Avec la périurbanisation, les couronnes des grands pôles accueillent une part toujours plus importante des naissances de la région. Ainsi, la proportion de naissances dans ces couronnes est passée de 18 % en 1968 à 28 % en 2009. Ce gain de dix points s'est fait entièrement au détriment des grands pôles urbains.

Plus on s'éloigne du cœur des grandes agglomérations plus la fécondité est élevée

Le lien entre projet de famille et périurbanisation est manifeste : plus on s'éloigne du cœur des grandes agglomérations et plus la fécondité augmente. Ainsi, le nombre d'enfants par femme est à 1,8 pour les grands pôles de la région quand il s'élève à 2,4 pour les couronnes de ces grands pôles et à 2,5 dans les communes multipolarisées des grandes aires urbaines. Cela ne signifie pas nécessairement que les femmes résidant dans les couronnes auront au terme de leur vie féconde plus d'enfants que celles des pôles. L'augmentation de cet indicateur à mesure qu'on s'éloigne des grands pôles témoigne de la concordance entre installation en périphérie des pôles urbains et désir d'agrandir la famille. Au cours du cycle de vie les couples ont tendance à déménager du pôle urbain vers sa couronne, attirés par des logements plus grands et moins chers plus adaptés à la vie de famille. Natalité et fécondité sont donc localement impactés par la chronologie entre naissance et migration résidentielle.

Par ailleurs, même si le taux de natalité des grands pôles est inférieur à la moyenne régionale (11,7 %) c'est encore en leur sein que se localisent près de 40 % des naissances. Même si la fécondité y est plus faible, les pôles urbains concentrent une forte proportion de femmes en âge d'avoir des enfants (24 %).

Encadré

Bilan démographique

Avec 3 630 000 habitants au 1er janvier 2012, la région des Pays de la Loire est la cinquième région la plus peuplée de France. À parts égales, les soldes naturel et migratoire expliquent la croissance de la population régionale. Les naissances (45 052) et les décès (29 859) sont restés stables en 2011. Phénomène récent, le nombre de mariages a beaucoup diminué ces dernières années et passe de 16 895 en 1999 à 13 112 en 2011. Cela n'entame cependant pas la fécondité : 209 enfants pour 100 femmes en 2011, le 3e meilleur indice conjoncturel de fécondité de France métropolitaine.

Définitions

Le taux de natalité : Le taux de natalité est le rapport du nombre de naissances vivantes de l'année à la population totale moyenne de l'année.

Le grand pôle urbain : Le grand pôle urbain est une unité urbaine de plus de 10 000 emplois.

La couronne du grand pôle urbain : La couronne du grand pôle urbain est constituée de l'ensemble des communes rurales ou unités urbaines dont au moins 40 % des actifs résidents travaillent dans le pôle et les communes attirées par celui-ci par un processus itératif.

La périurbanisation : La périurbanisation a trait au comportement des populations ayant quitté les centres urbains pour aller vivre dans les zones périphériques.

La grande aire urbaine : La grande aire urbaine est un ensemble constitué par un grand pôle urbain et sa couronne.

Les communes multipolarisées des grandes aires : Les communes multipolarisées des grandes aires sont les communes rurales ou unités urbaines dont au moins 40 % des actifs résidents travaillent dans plusieurs grandes aires urbaines, sans atteindre ce seuil avec aucune d'entre elles.

Les moyennes aires urbaines : Les moyennes aires urbaines, ensemble de communes, d'un seul tenant et sans enclave, constitué par un pôle (unité urbaine) de 5 000 à 10 000 emplois, et par des communes rurales ou unités urbaines dont au moins 40 % de la population résidente ayant un emploi travaille dans le pôle ou dans des communes attirées par celui-ci.

Les petites aires urbaines : Les petites aires urbaines sont un ensemble de communes, d'un seul tenant et sans enclave, constitué par un pôle (unité urbaine) de 1 500 à 5 000 emplois, et par des communes rurales ou unités urbaines dont au moins 40 % de la population résidente ayant un emploi travaille dans le pôle ou dans des communes attirées par celui-ci.

Parmi les communes rurales non présentes dans les grandes, moyennes et petites aires et qui ne sont pas multipolarisées des grandes aires, on détermine les autres communes multipolarisées dont au moins 40 % des actifs résidents travaillent dans au moins deux aires. Les communes restantes sont nommées communes isolées hors influence des pôles.

Le solde naturel : Le solde naturel est la différence entre le nombre de naissances et le nombre de décès enregistrés au cours d'une période.

Le solde migratoire : Le solde migratoire est la différence entre le nombre de personnes qui sont entrées sur le territoire et le nombre de personnes qui en sont sorties au cours de l'année. Ce concept est indépendant de la nationalité.

Pour en savoir plus

Julien-Levantidis M., Retour sur quarante ans de forte fécondité en Pays de la Loire - Insee Pays de la Loire, Informations statistiques n°464, janvier 2013

Rodrigues A. et Al, En Pays de la Loire, la ville déborde de plus en plus sur la campagne - Insee Pays de la Loire, Dossier n°38, octobre 2010

Rodrigues A. et Rortais C., En Pays de la Loire, les femmes concilient famille et vie professionnelle - Insee Pays de la Loire, Informations statistiques n°320, mars 2009

Bouchet M. et Walraet E., La région la plus féconde de France métropolitaine - Insee Pays de la Loire, Études n°48, septembre 2006