L’Ile-de-France, capitale des étudiants et des diplômés du supérieur

Céline Calvier, Lynda Pichard, Insee Ile-de-France

L’Ile-de-France est la région la plus diplômée de France : en 2012, 35 % de sa population adulte est diplômée du supérieur et 47 % des jeunes de 18 à 24 ans sont étudiants, contre respectivement 23 % et 36 % en province. Plus de la moitié de cette population est née dans une autre région française ou à l’étranger. C’est la part plus importante des natifs de l’étranger dans cette population qui distingue l’Ile-de-France des autres régions. La région attire les étudiants grâce à la richesse de son offre de formations supérieures. Elle est également attractive pour les actifs diplômés du supérieur, notamment les jeunes, du fait des nombreux emplois qualifiés offerts. Au-delà de 65 ans, les retraités diplômés du supérieur sont encore présents dans la région : plus de la moitié de ceux nés en Ile-de-France y résident encore.

Insee Analyses Ile-de-France
No 19
Paru le : 25/06/2015

En 2012, selon le recensement de la population, l’Ile-de-France compte 686 000 adultes inscrits dans un établissement de l’enseignement supérieur (Champ, définition et méthode) et 3,2 millions de titulaires d’un diplôme du supérieur ayant terminé leurs études (figure 1). La région capitale a la particularité de comporter plus de résidents que de natifs, aussi bien pour les étudiants que pour les diplômés du supérieur, ce qui traduit l’attractivité de l’Ile-de-France pour ces populations. Les motifs de mobilités résidentielles des diplômés du supérieur évoluent au cours du cycle de vie, plus particulièrement à trois périodes spécifiques : au moment des études, lors de la vie professionnelle et lors de la retraite.

Figure_1 – Plus de résidents que de natifs pour les étudiants et les diplômés du supérieur en Ile-de-France

Nombre et part des diplômés du supérieur et des étudiants selon la région de naissance ou de résidence en 2012
Plus de résidents que de natifs pour les étudiants et les diplômés du supérieur en Ile-de-France
Adultes diplômés du supérieur… Etudiants…
Nombre Part (en %) Nombre Part (en %)
… résidant en Ile-de-France, dont : 3 156 500 100,0 686 000 100,0
nés dans la région 1 398 200 44,3 416 500 60,7
nés dans une autre région 1 104 200 35,0 140 400 20,5
nés à l'étranger 654 100 20,7 129 100 18,8
… nés en Ile-de-France, dont : 2 230 400 100,0 567 900 100,0
habitant dans la région 1 398 200 62,7 416 500 73,3
habitant dans une autre région 832 200 37,3 151 400 26,7
habitant à l'étranger nd nd nd nd
… résidant en France métropolitaine, dont : 12 186 400 100,0 2 534 500 100,0
nés dans leurs régions 6 472 200 53,1 1 541 200 60,8
nés dans les autres régions 4 145 700 34,0 664 600 26,2
nés à l'étranger 1 568 500 12,9 328 700 13,0
… nés en France métropolitaine, dont : 10 614 600 100,0 2 184 400 100,0
habitant dans leurs régions 6 472 200 61,0 1 541 200 70,6
habitant dans une autre région 4 142 400 39,0 643 200 29,4
habitant à l'étranger nd nd nd nd
  • Source : Insee, recensement de la population 2012

Un étudiant francilien sur cinq est natif de l’étranger

L’Ile-de-France est attractive pour les étudiants, qu’ils soient nés dans la région, en province ou à l’étranger. En effet, les trois académies d’Ile-de-France (Créteil, Paris et Versailles) proposent une offre de formation supérieure très diversifiée, faisant de la région le principal pôle d’enseignement supérieur en France, avec notamment 17 universités et également des grandes écoles parmi les plus prestigieuses (École Polytechnique, École Centrale Paris, École des Ponts-et-Chaussées, HEC...).

Ainsi, parmi l’ensemble de la population âgée de 18 à 24 ans résidant dans la région, 47 % sont actuellement étudiants, contre 36 % en province. L’Ile-de-France compte davantage d’étudiants résidents (686 000) que d’étudiants natifs de la région (568 000). Ainsi, 27 % des étudiants de France résident en Ile-de-France, quand seulement 22 % y sont nés (figure 2).

Parmi les étudiants vivant en Ile-de-France, un sur cinq est né dans une autre région française et un sur cinq à l’étranger. Ces derniers proviennent pour près de la moitié des pays d’Afrique, loin devant les pays asiatiques (23 %) et les pays de l’UE à 27 (17 %). La région concentre ainsi 39 % des étudiants nés à l’étranger résidant en France contre 26 % de la population adulte née à l'étranger. Sans prendre en compte les natifs de l’étranger, le poids de l’Ile-de-France est atténué : les étudiants résidant dans la région ne représentent alors plus que 25 % de l’ensemble national.

Figure_2 – Un étudiant francilien sur cinq est natif de l'étranger (Répartition des étudiants, selon leur région de naissance et de résidence)

  • Lecture : le cercle interne représente la décomposition en fonction de la région de naissance, et le cercle externe en fonction de la région actuelle de résidence. Les arcs traduisent les mobilités des étudiants, nés dans des régions de province ou à l'étranger et résidant aujourd'hui en Ile-de-France. Par exemple, 129 100 étudiants nés à l'étranger résident aujourd'hui en Ile-de-France.
  • Source : Insee, recensement de la population 2012

Sept étudiants sur dix natifs d’Ile-de-France sont inscrits dans un établissement de l’enseignement supérieur francilien

Si on exclut les étudiants nés en Ile-de-France partis à l’étranger, trois étudiants natifs sur dix ne sont plus en Ile-de-France lors de leurs études supérieures. Cette part est assez proche de celle de province ; en revanche, elle est de un sur deux pour les natifs de la région Centre-Val de Loire. Ceux qui ont quitté la région francilienne sont étudiants dans d’autres régions françaises, principalement en Languedoc-Roussillon Midi-Pyrénées, Auvergne Rhône-Alpes ou encore en Aquitaine Limousin Poitou-Charentes (environ 20 000 arrivées dans chaque région). Leur mobilité résidentielle a pu avoir lieu au moment de leur entrée dans l’enseignement supérieur ou bien avant.

Davantage de diplômés du supérieur en Ile-de-France à tous les âges de la vie

L’Ile-de-France est la région française la plus diplômée, loin devant les régions Auvergne Rhône-Alpes et Provence-Alpes-Côte d’Azur (figure 3). Les 3,2 millions de diplômés du supérieur résidant en Ile-de-France ayant terminé leurs études représentent 35 % de la population adulte, contre 23 % en province. Depuis 1990, l’écart avec la province s’est accentué, passant de 9 points à 12 points. En province, comme en Ile-de-France, la part des diplômés du supérieur a très fortement augmenté sur cette période (multipliée par 2,5 en province et par 2 en Ile-de-France), illustrant ainsi l’allongement progressif des parcours de formation au fil des générations. À tous les âges de la vie, la proportion de diplômés du supérieur dans la population est plus importante en Ile-de-France que dans les autres régions. En effet, parmi les personnes âgées de 25 à 34 ans vivant dans la région, la moitié sont titulaires d’un diplôme du supérieur, soit 8 points de plus qu’en Auvergne Rhône-Alpes, deuxième région la plus diplômée. L’écart est de 9 points avec la même région en ce qui concerne les personnes âgées de 45 à 54 ans (36 % contre 27 %). L’Ile-de-France se démarque aussi pour la tranche des 65-74 ans (souvent de jeunes retraités) : un quart d’entre eux sont titulaires d’un diplôme du supérieur, contre 18 % en Provence-Alpes-Côte d’Azur ou encore loin devant la région Nord-Pas-de-Calais Picardie (9 %).

Figure_3 – L'Ile-de-France, la région française la plus diplômée

  • Source : Insee, recensement de la population 2012

L’Ile-de-France concentre un quart des diplômés français du supérieur

Parmi l’ensemble des diplômés du supérieur résidant aujourd’hui en France, 26 % vivent en Ile-de-France alors qu’ils ne sont que 18 % à y être nés (contre respectivement 18 % et 14 % dans la population totale adulte) (figure 4). Au jeu des migrations interrégionales et internationales, la région a donc « gagné » des adultes diplômés du supérieur. Mais c’est aussi le cas dans d’autres régions comme Languedoc-Roussillon Midi-Pyrénées, Auvergne Rhône-Alpes ou encore Provence-Alpes-Côte d’Azur. À l’inverse, les régions Nord-Pas-Calais Picardie, Normandie, Alsace Champagne-Ardenne Lorraine ou encore Bourgogne Franche-Comté sont moins attractives pour les diplômés du supérieur : leur poids relatif dans la population des diplômés du supérieur est diminué par les migrations.

Le poids de l’Ile-de-France parmi les diplômés du supérieur s’accroît grâce aux natifs des autres régions françaises, mais surtout par l’arrivée des populations nées à l’étranger. En effet, sans prendre en compte les natifs de l’étranger, l’écart entre région de naissance et région de résidence est proportionnellement moindre : 23 % des diplômés du supérieur de France vivent en Ile-de-France quand ils sont 21 % à y être nés.

Parmi les diplômés du supérieur qui résident en Ile-de-France, 44 %, soit 1,4 million, y sont nés (contre 46,5 % pour l’ensemble des adultes résidant en Ile-de-France). Un diplômé du supérieur sur cinq est né à l’étranger ; cette part est de un sur quatre pour l’ensemble des adultes résidant en Ile-de-France. L’Ile-de-France exerce une attractivité auprès des diplômés du supérieur des régions limitrophes, mais les flux les plus importants sont constitués par les natifs de Nord-Pas-de-Calais Picardie et d’Auvergne Rhône-Alpes (environ 130 000 dans chaque région).

Figure_4 – Un quart des diplômés du supérieur réside en Ile-de-France (Répartition des adultes diplômés du supérieur, selon leur région de naissance et de résidence)

  • Lecture : le cercle interne représente la décomposition en fonction de la région de naissance, et le cercle externe en fonction de la région actuelle de résidence. Les arcs traduisent les mobilités des diplômés du supérieur, nés dans des régions de province ou à l'étranger et résidant aujourd'hui en Ile-de-France. Par exemple, 654 100 diplômés du supérieur nés à l'étranger résident aujourd'hui en Ile-de-France.
  • Source : Insee, recensement de la population 2012

Un tiers des natifs franciliens diplômés du supérieur vit dans une autre région française

Près de 2,2 millions d’adultes diplômés de l’enseignement supérieur sont nés en Ile-de-France. Parmi eux, en ne tenant compte que des migrations entre régions françaises, deux tiers résident actuellement dans la région francilienne, et l’autre tiers, soit 832 200, vivent dans une autre région française. Languedoc-Roussillon Midi-Pyrénées, Auvergne Rhône-Alpes et Aquitaine Limousin Poitou-Charentes sont les trois premières destinations, avec plus de 100 000 flux entrants dans ces régions. Le volume des départs des diplômés du supérieur vers un pays étranger n’est pas connu dans cette approche, qui est limitée aux seules personnes résidant actuellement en France.

Pour toutes les régions françaises, les diplômés natifs de l’Ile-de-France constituent le troisième groupe le plus important des diplômés du supérieur, derrière les natifs de la région considérée et les natifs de l’étranger.

Un marché du travail attractif pour les jeunes actifs diplômés du supérieur

Les choix de lieu de résidence des diplômés de l’enseignement supérieur sont étroitement liés aux conditions offertes par le marché du travail. L’Ile-de-France attire les actifs occupés diplômés du supérieur, en raison de la taille, de la variété de son marché du travail et de ses emplois qualifiés. La part des cadres dans l’emploi est de 29 % contre 17 % en France métropolitaine. L’Ile-de-France concentre 26 % de l’ensemble des actifs occupés diplômés du supérieur résidant en France, alors que seulement 18 % y sont nés (à comparer respectivement aux 20 % et 15 % pour l’ensemble des actifs occupés quel que soit leur niveau de diplôme). Ce constat est accentué pour les jeunes actifs diplômés du supérieur : 28 % des diplômés du supérieur en emploi âgés de 25 à 29 ans résident en Ile-de-France, quand 19 % y sont nés.

Parmi les diplômés du supérieur en emploi en Ile-de-France, 54 % sont nés en dehors de l’Ile-de-France, dont 19 % à l’étranger. Comme pour l’ensemble des diplômés du supérieur, l’Ile-de-France attire principalement des actifs diplômés en provenance de Nord-Pas-de-Calais Picardie et d’Auvergne Rhône-Alpes.

Par ailleurs, la région retient ses natifs diplômés du supérieur à l’entrée dans la vie active. En effet, seul un quart des jeunes (25-29 ans) actifs en emploi, diplômés, natifs d’Ile-de-France réside en dehors de la région, contre un tiers pour l’ensemble des actifs diplômés du supérieur en emploi. À partir de 30 ans, les diplômés du supérieur en emploi auraient ainsi plus tendance à partir de la région.

Plus d’un retraité sur deux diplômé du supérieur natif de la région vit en Ile-de-France

Parmi les retraités (inactifs de 65 ans ou plus) diplômés du supérieur résidant en France, 24 % résident en Ile-de-France alors que seuls 17 % y sont nés.

La situation résidentielle des personnes retraitées peut résulter de choix de mobilité à la fin de la vie active ou lors de parcours résidentiels antérieurs. Parmi les 302 000 retraités diplômés du supérieur résidant en Ile-de-France, 37 % sont nés dans la région et 20 % sont natifs de l’étranger. Parmi les originaires d’autres régions, 6 % sont nés en Auvergne Rhône-Alpes et 5 % en Aquitaine Limousin Poitou-Charentes.

En ne tenant pas compte des départs vers l’étranger (non connus), 112 000 retraités diplômés du supérieur natifs d’Ile-de-France résident actuellement dans la région, soit 55 % contre 51 % de l’ensemble des retraités natifs d’Ile-de-France (quel que soit le niveau de diplôme). Ces parts sont plus élevées en province. En outre, à l'inverse de l'Ile-de-France, les retraités diplômés natifs vivent moins fréquemment dans leur région de naissance que l'ensemble des retraités natifs : 65 % contre 80 % par exemple en Provence-Alpes-Côte d’Azur. Certains retraités franciliens, plutôt aisés, font le choix de rester dans la région tout en partageant leur temps avec un autre logement situé en province. Les retraités natifs d’Ile-de-France diplômés du supérieur résidant en dehors de l’Ile-de-France s’orientent principalement vers les régions Provence-Alpes-Côte d’Azur et Aquitaine Limousin Poitou-Charentes.

Définitions

Champ

L’étude porte sur les adultes âgés de 18 ans ou plus et résidant en France. Les natifs d’une région française résidant aujourd’hui à l’étranger ne sont donc pas pris en compte. Or, d’après l’enquête sur l’expatriation des Français conduite par le ministère des Affaires étrangères, on estime à 85 % la part des titulaires d’un niveau de formation supérieur au baccalauréat parmi les natifs de France résidant aujourd’hui à l’étranger. De même, les natifs de France étudiant à l’étranger ne sont pas dans le champ de l’étude. D’après l’enquête Unesco-OCDE-Eurostat 2007-2008, au moins 60 000 étudiants français poursuivent un cursus dans un pays de l’OCDE.

Définition

Les diplômes de l’enseignement supérieur correspondent aux diplômes de niveau post-baccalauréat, délivrés par les universités, les instituts universitaires de technologie, les instituts universitaires de formation des maîtres, les sections de techniciens supérieurs, les écoles d’ingénieurs, les écoles de commerce, gestion, vente et comptabilité, les écoles paramédicales et sociales, etc.

L’étude prend en compte toutes les personnes disposant d’un diplôme du supérieur et ayant terminé leurs études (les « diplômés du supérieur »), ainsi que les adultes actuellement inscrits dans un établissement de l’enseignement supérieur et titulaires d’au moins un diplôme de niveau baccalauréat (les « étudiants »).

Méthode

Les mobilités interrégionales sont mesurées à partir du recensement de la population. Les régions prises en compte dans cette étude sont les nouvelles régions en vigueur à compter du 1er janvier 2016. L’approche ici retenue s’appuie sur la comparaison entre les régions de naissance et les régions de résidence déclarées par les personnes enquêtées : une personne résidant dans une région différente de sa région de naissance sera comptabilisée comme ayant connu une migration interrégionale. Il s’agit donc d’une mesure en stock, à distinguer d’une approche en flux, qui mesure sur une période donnée le nombre de mobilités résidentielles. La méthode retenue ne permet pas de reconstituer les étapes d’un parcours de mobilité : ainsi, une personne ayant vécu une partie de sa vie en dehors de sa région de naissance, et revenue depuis, ne sera pas considérée comme migrante. Réciproquement, une personne ayant connu plusieurs mobilités l’amenant à vivre dans différentes régions ne sera comptabilisée qu’une seule fois, du point de vue de sa région de naissance et de son actuelle région de résidence.

Pour en savoir plus

Degorre A., « Région de naissance, région de résidence : les mobilités des diplômés du supérieur », Insee Première n° 1557, juin 2015.

Couleaud N., Decondé C., Roger S., Sagot M., Virot P., « La double résidence concerne surtout des jeunes et des retraités parisiens », Insee Analyses Ile-de-France n° 12, février 2015.

Degorre A., « Les diplômés du supérieur en Nord-Pas-de-Calais : le rôle des mobilités interrégionales », Insee Analyses Nord-Pas-de-Calais n° 10, janvier 2015.