Région de naissance, région de résidence : les mobilités des diplômés du supérieur

Arnaud Degorre, Direction régionale Picardie, Insee

En 2012, en France, 15 millions de résidents sont titulaires d'un diplôme du supérieur ou en cours d'études supérieures. Les personnes disposant des niveaux de formation les plus élevés sont également les plus nombreuses à quitter, au cours de leur vie, leur région de naissance. Parmi les étudiants et diplômés du supérieur résidant en France, près d'un sur trois vit dans une région différente de celle où il est né, et près d'un sur huit est né à l'étranger. Leur répartition géographique est très variable : entre 25 et 34 ans, plus de la moitié des résidents franciliens est diplômée ou étudiante du supérieur contre moins d'un tiers des résidents corses.

L'Île-de-France se caractérise par des arrivées et des départs nombreux ; elle attire particulièrement les natifs des régions alentour et de l'étranger. Elle concentre ainsi plus du quart des diplômés du supérieur, quand moins d'un cinquième des diplômés résidant aujourd'hui en France y sont nés. Les régions du quart sud-est attirent de nouveaux arrivants tout en enregistrant peu de départs de leurs natifs. Celles du quart nord-est n'ont que peu de départs et encore moins d'arrivées. Sur la façade atlantique, les flux sont plus équilibrés et relativement intenses pour la partie méridionale.

Publications grand public
Insee Première – No 1557
Paru le : 25/06/2015

Le niveau de formation s'élève au fil des générations

En 2012, en France, 12,4 millions d'habitants âgés de 18 ans ou plus sont titulaires d'un diplôme supérieur au baccalauréat et 2,6 millions sont inscrits dans un établissement de l'enseignement supérieur.

L'élévation des niveaux de formation a été considérable au cours des dernières décennies : entre 1990 et 2012, le nombre d'adultes diplômés du supérieur ou en cours d'études supérieures a été multiplié par 2,5. De génération en génération, l'allongement progressif des parcours de formation a conduit à une place accrue des diplômés et étudiants du supérieur dans la population. En 2012, parmi les personnes résidant en France, ils représentent près de 45 % des personnes âgées de 25 à 34 ans contre un peu plus de 25 % des personnes âgées de 45 à 54 ans.

Près d'un adulte francilien sur deux est diplômé du supérieur

Le poids de cette population est toutefois hétérogène à l'échelle régionale : parmi les personnes de 25 à 34 ans, la part des diplômés et étudiants du supérieur varie de moins de 36 % dans les départements d'outre-mer et en Corse à plus de 56 % en Île-de-France (figure 1a et 1b). En se fondant sur les contours des régions qui entreront en vigueur au 1er janvier 2016, cette part n'atteint pas 40 % dans les régions de Normandie, de Bourgogne Franche-Comté, de Nord - Pas-de-Calais Picardie et Centre-Val de Loire. Elle avoisine 45 % dans les régions Auvergne Rhône-Alpes, Languedoc-Roussillon Midi-Pyrénées et Bretagne.

Les contrastes territoriaux s'observent dans toutes les classes d'âge. Pour les résidents âgés de 65 à 74 ans, par exemple, les écarts sont déjà très marqués : les titulaires d'un diplôme du supérieur comptent pour 26 % en Île-de-France, 18 % en Provence - Alpes - Côte d'Azur et 9 % en Nord - Pas-de-Calais Picardie.

Au fil des décennies, les spécificités des régions évoluent peu, en dépit de l'élévation générale des niveaux de diplôme pour les plus jeunes. Ainsi, si l'on considère la population âgée de 25 à 34 ans, les régions où les diplômés et étudiants du supérieur pèsent le moins parmi leurs résidents en 1990 sont également celles où ils pèsent le moins en 2012 parmi les natifs de la région (figure 2). La persistance des écarts régionaux est à relier aux différences de parcours éducatifs selon les milieux sociaux, susceptibles de se reproduire de génération en génération (bibliographie). Elle découle aussi d'une géographie du capital humain liée à l'implantation des établissements d'enseignement supérieur, ainsi qu'à celle des entreprises au besoin de main d'œuvre qualifiée plus ou moins important. Ces implantations peuvent générer des flux de mobilité, à la fois internationale et interrégionale.

Figure 1a – Des contrastes plus marqués entre régions de résidence qu'entre régions de naissance

Des contrastes plus marqués entre régions de résidence qu'entre régions de naissance
Régions selon les périmètres entrant en vigueur au 1er janvier 2016 Titulaires d'un diplôme du supérieur ou personnes en cours d'études supérieures parmi...
... l'ensemble des adultes ... les personnes âgées de 25 à 34 ans
Nombre selon la région de résidence Nombre selon la région de naissance Part selon la région de résidence (en %) Part selon la région de naissance (en %) Part selon la région de résidence (en %) Part selon la région de naissance (en %)
Île-de-France 3 842 500 2 798 200 42,1 39,5 56,7 51,9
Auvergne, Rhône-Alpes 1 833 400 1 522 700 30,6 31,6 46,9 48,6
Nord - Pas-de-Calais, Picardie 1 122 000 1 299 500 24,7 25,8 39,1 40,4
Aquitaine, Limousin, Poitou-Charentes 1 210 500 1 040 200 26,0 26,8 41,5 44,9
Languedoc-Roussillon, Midi-Pyrénées 1 337 000 914 300 29,9 30,4 45,1 47,5
Alsace, Champagne-Ardenne, Lorraine 1 104 600 1 246 000 25,3 28,0 40,0 44,1
Provence - Alpes - Côte d'Azur 1 150 700 773 500 29,4 32,9 42,3 45,0
Pays de la Loire 738 000 698 100 26,4 26,8 43,1 46,2
Normandie 594 400 673 800 23,0 24,8 37,3 41,9
Bretagne 719 400 713 200 28,4 30,0 44,9 50,9
Bourgogne, Franche-Comté 528 400 609 100 23,8 27,6 38,9 44,3
Centre-Val de Loire 481 000 464 300 24,0 26,8 39,4 45,3
Corse 59 000 45 900 22,9 25,5 31,9 39,1
Guadeloupe 60 200 74 300 20,1 20,8 32,0 34,4
Martinique 64 100 80 900 21,5 21,4 35,9 36,8
Guyane 25 100 17 600 17,4 22,5 20,0 26,7
La Réunion 113 700 95 900 19,3 16,5 27,6 25,9
France entière 14 984 000 13 067 700 29,5 29,8 45,0 45,9
  • (*) l'identification des natifs d'une région et de leur mobilité résidentielle dépend du périmètre géographique retenu. Les éléments ici établis s'appuient sur les contours des régions qui entreront en vigueur au 1er janvier 2016.
  • Note : du fait des arrondis effectués à la centaine, la valeur pour la France entière peut très légèrement différer de la somme des valeurs pour les régions.
  • Source : Insee, recensement de la population 2012.

Figure 1b – Des contrastes plus marqués entre régions de résidence qu'entre régions de naissance

Des contrastes plus marqués entre régions de résidence qu'entre régions de naissance
Régions selon les périmètres entrant en vigueur au 1er janvier 2016 Titulaires d'un diplôme du supérieur ou personnes en cours d'études supérieures parmi...
... les natifs de l'étranger ... les natifs d'une autre région française (*) ... les natifs de la région n'y résidant plus (*)
Nombre selon la région de résidence Part dans l'ensemble des diplômés résidant dans la région (en %) Nombre selon la région de résidence Part dans l'ensemble des diplômés résidant dans la région (en %) Nombre selon la région de naissance Part dans l'ensemble des diplômés nés dans la région (en %)
Île-de-France 783 200 20,4 1 244 700 32,4 983 700 35,2
Auvergne, Rhône-Alpes 203 300 11,1 564 800 30,8 457 400 30,0
Nord - Pas-de-Calais, Picardie 82 700 7,4 209 200 18,6 469 400 36,1
Aquitaine, Limousin, Poitou-Charentes 121 300 10,0 447 000 36,9 398 000 38,3
Languedoc-Roussillon, Midi-Pyrénées 175 800 13,1 540 500 40,4 293 600 32,1
Alsace, Champagne-Ardenne, Lorraine 117 600 10,6 206 900 18,7 465 900 37,4
Provence - Alpes - Côte d'Azur 183 600 16,0 463 800 40,3 270 300 34,9
Pays de la Loire 47 900 6,5 287 100 38,9 295 000 42,3
Normandie 43 600 7,3 183 900 30,9 306 900 45,5
Bretagne 44 100 6,1 245 200 34,1 283 100 39,7
Bourgogne, Franche-Comté 43 900 8,3 170 600 32,3 295 200 48,5
Centre-Val de Loire 43 600 9,1 222 900 46,3 249 900 53,8
Corse 6 700 11,4 23 800 40,3 17 400 37,9
Guadeloupe 2 900 4,8 17 400 28,9 34 400 46,3
Martinique 2 900 4,5 16 500 25,7 36 100 44,6
Guyane 4 000 15,9 11 500 45,8 8 000 45,5
La Réunion 9 200 8,1 38 000 33,4 29 500 30,8
France entière 1 916 300 12,8 4 893 800 32,7 4 893 800 37,4
  • (*) l'identification des natifs d'une région et de leur mobilité résidentielle dépend du périmètre géographique retenu. Les éléments ici établis s'appuient sur les contours des régions qui entreront en vigueur au 1er janvier 2016.
  • Note : du fait des arrondis effectués à la centaine, la valeur pour la France entière peut très légèrement différer de la somme des valeurs pour les régions.
  • Source : Insee, recensement de la population 2012.

Figure 2 – Part des diplômés du supérieur et étudiants en 1990 et 2012 dans les régions de France métropolitaine hors Île-de-France, au sein de la population âgée de 25 à 34 ans

  • Lecture : la taille des bulles est proportionnelle au nombre de natifs de chaque région, âgés de 25 à 34 ans en 2012 et titulaires d'un diplôme du supérieur ou étudiants. Avec une part atteignant 29 % de résidents diplômés du supérieur en 1990 et 52 % de ses natifs en 2012 aux tranches d'âge ici retenues, l'Île-de-France se positionne en dehors de l'échelle de l'illustration.
  • Source : Insee, recensements de la population 1990 et 2012.

En France, un diplômé ou étudiant du supérieur sur huit est né à l'étranger

27 % de la population adulte née à l'étranger et résidant en France est diplômée ou étudiante du supérieur. Cette proportion est proche de celle prévalant parmi la population adulte née et résidant en France (30 %). Ainsi, 1,6 million de personnes nées à l'étranger et résidant en France sont diplômées du supérieur et plus de 330 000 sont aujourd'hui étudiantes en France. Au total, elles représentent un huitième des diplômés et étudiants du supérieur.

L'importance des populations nées à l'étranger parmi les diplômés et étudiants du supérieur diffère d'une région à l'autre : seulement 6 % de la population disposant de ce niveau de formation et résidant en Bretagne est née à l'étranger, 13 % en Languedoc-Roussillon Midi-Pyrénées, 16 % en Provence - Alpes - Côte d'Azur et jusqu'à 20 % en Île-de-France (figure 1a et 1b).

Plus du tiers des diplômés du supérieur vivent dans une région différente de leur région de naissance

Parmi les diplômés ou étudiants du supérieur nés en France, 4,9 millions résident dans une région différente de celle où ils sont nés (encadré). Ainsi, 37 % d'entre eux vivent dans une région où ils ne sont pas nés contre 25 % des personnes disposant au plus d'un niveau de formation équivalent au baccalauréat. Les mobilités interrégionales plus fortes des diplômés du supérieur contribuent aux contrastes observés entre les territoires.

Certaines régions proches de l'Île-de-France ne disposent pas d'une aire métropolitaine de taille suffisante pour concentrer les opportunités professionnelles adaptées à ce niveau de formation. Les départs des natifs y sont les plus importants : 54 % pour Centre-Val de Loire, 49 % pour la Bourgogne Franche-Comté, 46 % pour la Normandie (figure 1a et 1b). Ces mobilités se font majoritairement vers la région capitale.

Dans le quart nord-est, les départs des natifs sont moins nombreux mais ces régions peinent à attirer les plus qualifiés : en Nord - Pas-de-Calais Picardie comme en Alsace Champagne-Ardenne Lorraine, les natifs d'autres régions comptent pour un cinquième environ des résidents diplômés ou étudiants du supérieur. La Guadeloupe et la Martinique présentent une situation similaire. Cela tient cette fois au caractère insulaire et à la relative rareté des opportunités professionnelles pour les plus qualifiés.

Dans le quart sud-est également, peu de natifs diplômés ou étudiants du supérieur ont quitté leur région : seulement 30 % pour la région Auvergne Rhône-Alpes et 35 % pour la Provence - Alpes - Côte d'Azur. Les arrivées de natifs d'autres régions y sont, en revanche, relativement nombreuses : parmi les diplômés et étudiants du supérieur, les personnes nées dans une autre région représentent 40 % des résidents en Languedoc-Roussillon Midi-Pyrénées et en Provence - Alpes - Côte d'Azur. Dans une moindre mesure, la Réunion présente également un solde positif avec des arrivées excédant les départs ; cela provient en partie d'un moindre niveau de formation des natifs de la région et des besoins à pourvoir du marché du travail.

Les régions du quart sud-ouest s'inscrivent dans des flux de mobilité assez soutenus et relativement équilibrés : le nombre d'arrivées de diplômés ou étudiants du supérieur natifs d'une autre région est équivalent au nombre de départs des natifs dans les Pays de la Loire et légèrement excédentaire en Aquitaine, Limousin, Poitou-Charente.

D'une région à l'autre, les mobilités jouent différemment selon l'âge

L'importance des migrations interrégionales évolue au fil du cycle de vie, avec trois périodes spécifiques : au moment des études, en fonction de la géographie des établissements universitaires et des écoles supérieures ; lors de la vie professionnelle, selon l'attractivité économique des territoires et les opportunités d'emploi ; lors de la retraite, avec le choix de lieux de vie apportant les aménités recherchées ou liés à des attaches familiales. Selon les régions, ces mécanismes se compensent ou se renforcent (figure 3). Ainsi, la région Provence - Alpes - Côte d'Azur est relativement moins attractive pour les étudiants ou les jeunes actifs. Par contre, elle accueille davantage des populations diplômées plus âgées, principalement pour des motifs résidentiels. La région Nord - Pas-de-Calais Picardie présente un profil inverse : elle attire des étudiants, en lien avec les universités de Lille et d'Amiens, mais enregistre un déficit migratoire des diplômés du supérieur pendant la vie active, doublé de départs lors de la retraite. La région Île-de-France a la particularité de compter plus de résidents que de natifs diplômés et étudiants du supérieur à tout âge de la vie : tout particulièrement parmi les étudiants - et notamment du fait des étudiants étrangers - mais aussi pendant la vie active, en lien avec la forte présence d'emplois qualifiés, et jusqu'aux âges de la retraite.

Figure 3 – Part de la population titulaire d'un diplôme supérieur ou étudiante par âge détaillé, pour des régions prises comme lieu de naissance et de résidence

en %
Part de la population titulaire d'un diplôme supérieur ou étudiante par âge détaillé, pour des régions prises comme lieu de naissance et de résidence
Âge Proportion selon la région de résidence Île-de-France Proportion selon la région de naissance Île-de-France Proportion selon la région de résidence Provence - Alpes - Côte d'Azur Proportion selon la région de naissance Provence - Alpes - Côte d'Azur Proportion selon la région de résidence Nord - Pas-de-Calais, Picardie Proportion selon la région de naissance Nord - Pas-de-Calais, Picardie
20 ans 62 61 50 52 49 47
21 ans 62 60 49 50 47 45
22 ans 62 58 47 49 45 44
23 ans 60 55 44 46 42 41
24 ans 60 54 43 45 40 40
25 ans 59 53 42 45 40 40
26 ans 58 52 42 45 39 40
27 ans 58 51 41 44 39 40
28 ans 57 51 41 44 38 40
29 ans 57 51 42 45 39 40
30 ans 56 51 43 45 39 40
31 ans 56 51 42 45 39 41
32 ans 55 52 43 46 39 41
33 ans 55 53 43 46 39 41
34 ans 55 53 43 46 39 41
35 ans 54 53 44 47 39 41
36 ans 54 52 42 46 37 39
37 ans 52 51 42 44 37 39
38 ans 51 50 41 43 35 37
39 ans 50 48 39 42 34 36
40 ans 48 46 38 40 32 34
41 ans 46 44 37 39 31 33
42 ans 45 43 35 37 29 31
43 ans 43 42 33 34 27 29
44 ans 42 40 32 34 26 27
45 ans 40 38 30 32 24 25
46 ans 39 37 30 31 22 24
47 ans 38 36 29 31 21 23
48 ans 37 35 28 30 20 22
49 ans 36 35 27 29 19 21
50 ans 36 34 27 28 19 20
51 ans 35 33 26 28 18 20
52 ans 34 33 26 28 18 20
53 ans 34 33 26 27 17 19
54 ans 33 32 26 28 16 18
55 ans 33 32 25 27 16 18
56 ans 32 31 25 26 16 18
57 ans 32 31 25 26 15 18
58 ans 32 30 24 26 15 17
59 31 30 24 25 15 17
60 ans 31 30 24 25 15 17
61 ans 31 30 24 26 15 17
62 ans 32 30 24 25 14 17
63 ans 31 30 24 24 14 16
64 ans 31 29 24 24 13 16
65 ans 29 28 22 23 12 15
66 ans 29 27 21 23 11 14
67 ans 28 26 20 20 11 14
68 ans 27 24 19 19 10 12
69 ans 27 22 19 20 10 12
70 ans 25 21 18 18 9 11
71 ans 23 19 17 17 8 10
72 ans 23 19 16 16 7 9
73 ans 21 17 15 14 7 9
74 ans 21 17 13 13 6 8
75 ans 19 16 13 12 5 8
76 ans 19 16 12 11 6 7
77 ans 18 14 12 11 5 7
78 ans 17 14 11 11 5 7
79 ans 18 14 11 10 4 6
80 ans 17 13 11 10 5 6
  • Lecture : la comparaison entre les deux courbes d'une même couleur représente l'écart entre la part des natifs et la part de la population résidente disposant du niveau de formation ici retenu. La différence entre les deux courbes tient aux comportements de mobilité, internationale ou interrégionale, au fil du cyle de vie.
  • Source : Insee, recensement de la population 2012.

Figure 3 – Part de la population titulaire d'un diplôme supérieur ou étudiante par âge détaillé, pour des régions prises comme lieu de naissance et de résidencePart des personnes diplômées du supérieur ou en cours d'études supérieures

Les mobilités redessinent la carte du capital humain

Les mobilités interrégionales, couplées à la localisation des populations nées à l'étranger, dessinent une carte de l'attractivité régionale pour les diplômés et étudiants du supérieur (figures 4a et 4b). 7,5 % des diplômés et étudiants du supérieur résidant aujourd'hui en France vivent en Nord - Pas-de-Calais Picardie, alors qu'ils sont près de 8,5 % à y être nés - une situation également constatée en Alsace Champagne-Ardenne Lorraine. Sans prendre en compte les natifs de l'étranger, l'écart entre régions de résidence et de naissance est proportionnellement plus soutenu : environ 8 % contre 10 %.

À l'inverse, le poids démographique des régions s'accroît lorsqu'elles accueillent à la fois des natifs d'autres régions et des populations nées à l'étranger. C'est le cas d'Auvergne Rhône-Alpes, qui regroupe 12 % des diplômés et étudiants du supérieur résidant en France quand 10 % y sont nés, de Languedoc-Roussillon Midi-Pyrénées (respectivement, 9 % et 6 %) et Provence - Alpes - Côte d'Azur (8 % et 5 %).

Forte de son attractivité économique à l'échelle nationale et internationale, la région Île-de-France bénéficie pleinement de ces effets migratoires, plus particulièrement avec l'arrivée de populations nées à l'étranger : elle concentre ainsi 26 % des diplômés et étudiants du supérieur vivant aujourd'hui en France, quand près de 19 % y sont nés (respectivement, 23 % et 21 % en se limitant aux seules personnes nées en France). Toutefois, la région se présente également comme une terre de brassage, à la fois point d'arrivée et de départ : si près d'un tiers des résidents franciliens diplômés et étudiants du supérieur sont nés dans une autre région, près d'un tiers de ses natifs ont également quitté cette région pour vivre ailleurs en France. Ainsi, dans la plupart des régions françaises, les natifs de l'Île-de-France constituent le principal groupe de provenance des adultes les plus formés, derrière les personnes nées dans la région considérée et celles nées à l'étranger (figure 5).

Figure 4 – Répartition des adultes diplômés du supérieur en France, selon leur région de naissance et de résidence

en %
Répartition des adultes diplômés du supérieur en France, selon leur région de naissance et de résidence
Au lieu de naissance Au lieu de résidence
Étranger 12,8 0
Île-de-France 18,7 25,6
Languedoc-Roussillon, Midi-Pyrénées 6,1 8,9
Auvergne, Rhône-Alpes 10,2 12,2
Aquitaine, Limousin, Poitou-Charentes 6,9 8,1
Provence - Alpes - Côte d'Azur 5,2 7,7
Nord - Pas-de-Calais, Picardie 8,7 7,5
Centre-Val de Loire 3,1 3,2
Bretagne 4,8 4,8
Pays de la Loire 4,7 4,9
Normandie 4,5 4
Alsace, Champagne-Ardenne, Lorraine 8,3 7,4
Bourgogne, Franche-Comté 4,1 3,5
Antilles-Guyane * 1,2 1
La Réunion 0,6 0,8
Corse 0,3 0,4
  • * Pour assurer la lisibilité de l'illustration, les régions de Guadeloupe, Martinique et Guyane ont été regroupées sous l'appellation « Antilles - Guyane ».
  • Source : Insee, recensement de la population 2012.

Figure 4 – Répartition des adultes diplômés du supérieur en France, selon leur région de naissance et de résidence(a) avec les natifs de l'étranger

en %
Au lieu de naissance Au lieu de résidence
Étranger 0 0
Île-de-France 21,4 23,4
Languedoc-Roussillon, Midi-Pyrénées 7 8,9
Auvergne, Rhône-Alpes 11,7 12,5
Aquitaine, Limousin, Poitou-Charentes 8 8,3
Provence - Alpes - Côte d'Azur 5,9 7,4
Nord - Pas-de-Calais, Picardie 9,9 8
Centre-Val de Loire 3,6 3,3
Bretagne 5,5 5,2
Pays de la Loire 5,3 5,3
Normandie 5,2 4,2
Alsace, Champagne-Ardenne, Lorraine 9,5 7,6
Bourgogne, Franche-Comté 4,7 3,7
Antilles-Guyane * 1,3 1,1
La Réunion 0,7 0,8
Corse 0,4 0,4
  • * Pour assurer la lisibilité de l'illustration, les régions de Guadeloupe, Martinique et Guyane ont été regroupées sous l'appellation « Antilles - Guyane ».
  • Source : Insee, recensement de la population 2012.

Figure 5 – Les quatre principales régions de naissance des diplômés du supérieur et des étudiants, par région de résidence

  • Lecture : chaque barre de l'histogramme retrace la décomposition par région de naissance pour une région de résidence donnée. À chaque région, de naissance ou de résidence, correspond une couleur spécifique. Seules les quatre principales régions de naissance figurent pour chaque région de résidence. Par exemple, l'Île-de-France, en violet, est la deuxième région d'origine des résidents en Bretagne.
  • * Pour assurer la lisibilité de l'illustration, les régions de Guadeloupe, Martinique et Guyane ont été regroupées sous l'appellation « Antilles - Guyane ».
  • Source : Insee, recensements de la population 1990 et 2012.

Encadré

Mesurer les mobilités interrégionales

Les mobilités interrégionales sont mesurées à partir du recensement de la population. L'approche retenue ici consiste à comparer les régions de naissance et de résidence : une personne résidant dans une région différente de celle où elle est née sera comptabilisée comme ayant connu une migration interrégionale. Il s'agit donc d'une approche en « stock », à distinguer d'une approche en « flux » qui mesure sur une période donnée le nombre de mobilités résidentielles.

La méthode retenue ne permet donc pas de reconstituer les étapes d'un parcours de mobilité : une personne ayant vécu une partie de sa vie en dehors de sa région de naissance et revenue depuis ne sera pas considérée comme migrante. De même, quel que soit le nombre de régions successives dans lesquelles aura vécu une personne, seule sera considérée sa mobilité finale entre sa région de naissance et sa région actuelle de résidence.

La méthode retenue, de nature cumulative, permet néanmoins d'appréhender l'ampleur du phénomène sur l'ensemble d'une population. Ainsi, au fil du cycle de vie, la proportion de personnes ne résidant plus dans leur région de naissance dépend de la combinaison des mobilités de trois périodes charnières : études, vie professionnelle et retraite.

Sources

Fondée sur les résultats du recensement de la population, l'étude porte sur les personnes âgées de 18 ans ou plus résidant en France.

Les adultes nés en France qui résident aujourd'hui à l'étranger ne sont donc pas pris en compte. En 2012, 1,2 million d'adultes de nationalité française étaient inscrits au registre mondial des Français établis hors de France. Ce chiffrage présente quelques fragilités : d'une part, l'immatriculation au registre est facultative, d'autre part, elle est valable cinq ans et la mise à jour du registre présente également des imperfections.

L'enquête du ministère des Affaires étrangères sur l'expatriation des Français estime quant à elle que 85 % des personnes nées en France et résidant aujourd'hui à l'étranger sont titulaires d'un niveau de formation supérieur au baccalauréat.

Enfin, d'après l'enquête Unesco-OCDE- Eurostat (UOE) 2007-2008 sur les systèmes d'éducation formelle, au moins 60 000 étudiants français poursuivaient ces années-là un cursus dans un pays de l'OCDE.

Définitions

Les diplômes de l'enseignement supérieur correspondent aux diplômes de niveau post-baccalauréat délivrés par les universités, instituts universitaires de technologie, instituts universitaires de formation des maîtres, sections de techniciens supérieurs, écoles d'ingénieurs, écoles de commerce, gestion, vente et comptabilité, écoles paramédicales et sociales, etc. L'étude prend en compte toutes les personnes disposant d'un diplôme du supérieur, ainsi que les adultes inscrits dans un établissement de l'enseignement supérieur et titulaires au moins d'un diplôme de niveau baccalauréat.

Pour en savoir plus

Baccaïni B., « Les flux migratoires interrégionaux en France depuis cinquante ans », Population Vol. 62, Ined, 2007.

Pumain D.,« Les migrations interrégionales de 1954 à 1982 : directions préférentielles et effets de barrière », Population Vol. 42, Ined, 1986.

Robert-Bobée I., « Le niveau d'études selon le milieu social » in L'état de l'enseignement supérieur et de la recherche en France, MESR, avril 2014.

Liogier V.,« Flux internationaux d'étudiants : quatre fois plus nombreux qu'en 1975 », Note d'information du ministère de l'Enseignement supérieur et de la Recherche n° 11, juillet 2011.