Tourisme francilien en 2014 : encore un léger repli de la fréquentation hôtelière

Denis Rabadeux, Insee Ile-de-France

En 2014, le parc hôtelier francilien regroupe le quart des chambres d’hôtel de France métropolitaine mais représente le tiers des nuitées hôtelières métropolitaines du fait de taux d’occupation élevés des hôtels. L’hôtellerie de chaîne est plus présente en Ile-de-France que dans les autres régions, à l’exception de Paris où huit hôtels sur dix sont indépendants. En un an, la fréquentation hôtelière a légèrement diminué dans la région et c’est essentiellement à Paris que la baisse est concentrée. Ce repli de la fréquentation hôtelière est un peu moins sensible dans l’hôtellerie de chaîne que dans les établissements indépendants. Il est dû, pour les trois quarts, à la baisse de la clientèle étrangère, majoritaire dans la région, qui a réduit sa durée moyenne de séjour. La clientèle étrangère a moins fréquenté les hôtels indépendants à l’inverse de la clientèle française. Les autres hébergements collectifs touristiques ont fait l’objet d’une plus forte fréquentation.

Insee Analyses Ile-de-France
No 22
Paru le : 24/07/2015

En 2014, l’Ile-de-France compte 2 450 hôtels de tourisme d’au moins cinq chambres ouverts tout ou partie de l’année, soit l’équivalent de 2 350 hôtels ouverts à temps plein (figure 1). Les hôtels implantés dans la région sont plus fréquemment ouverts toute l’année (96 % contre 90 % en France métropolitaine). L’Ile-de-France a la particularité d’accueillir des touristes tout au long de l’année alors que l’activité touristique est plus concentrée en été dans les autres régions. Ces hôtels représentent 15 % du parc hôtelier de France métropolitaine. Ils mettent à disposition des touristes 54,4 millions de chambres, soit un quart de l’offre nationale en raison de leur taille élevée. Ils comportent en moyenne 64 chambres contre 36 au niveau métropolitain. Cet écart s’explique par la présence de grands établissements hôteliers de plus de 750 chambres, principalement en Seine-et-Marne à proximité de Disneyland Paris, et par le poids plus important des hôtels de chaîne, structurellement plus grands que les hôtels indépendants. Les capacités d’accueil des hôtels franciliens reflètent l’importance des flux touristiques dans la région, tant pour le tourisme d’agrément que le tourisme d’affaires. En 2014, l’offre en chambres d’hôtel s’est resserrée dans la région par rapport à 2013 (- 0,3 %) alors qu’en France métropolitaine elle s’est légèrement étendue (+ 0,2 %).

Figure_1 – Des hôtels plus petits à Paris, mais davantage remplis

Des hôtels plus petits à Paris, mais davantage remplis
Nombre d'hôtels Nombre moyen de chambres par hôtel Nombre de chambres offertes sur l'année (en milliers) Taux d'occupation annuel (en %)
Paris 1 488 52 28 236 79,3
Hauts-de-Seine 171 83 5 148 72,3
Seine-Saint-Denis 95 112 3 899 73,7
Val-de-Marne 100 80 2 896 71,7
Seine-et-Marne 155 96 5 418 73,1
Yvelines 135 59 2 918 61,4
Essonne 97 65 2 298 65,8
Val d'Oise 105 94 3 615 70,1
Ile-de-France 2 346 64 54 428 75,1
France métropolitaine 16 415 36 213 253 59,2
  • Source : Insee en partenariat avec la DGE et le CRT, enquête de fréquentation hôtelière 2014

L’hôtellerie de chaîne plus présente en Ile-de-France qu’en province, sauf à Paris

L’hôtellerie de chaîne est davantage implantée en Ile-de-France qu’en province, à l’exception de Paris (figure 2) : elle concerne le tiers des hôtels et 57 % des chambres (contre 22 % et 47 % en France métropolitaine). Les 750 hôtels de chaîne franciliens proposent en moyenne 112 chambres et sont presque trois fois plus grands que les 1 600 hôtels indépendants de la région (41 chambres). Ce constat se vérifie également dans les autres régions : le nombre moyen de chambres varie de 25 pour les hôtels indépendants à 80 pour les hôtels de chaîne. À Paris, huit hôtels sur dix sont indépendants, mais les chambres des hôtels de chaîne représentent 40 % de l’offre. Quel que soit le type d’hôtel, les hôtels parisiens sont en moyenne de plus petite taille que dans l’ensemble de la région (52 chambres). Ils offrent cependant 28 millions de chambres, soit plus de la moitié du parc régional.

Figure_2 – Les chambres d'hôtel parisiennes relèvent moins souvent de l'hôtellerie de chaîne et représentent plus de la moitié du parc régional

  • Source : Insee en partenariat avec la DGE et le CRT, enquête de fréquentation hôtelière 2014

Des hôtels franciliens plus souvent occupés

En Ile-de-France, le taux d’occupation annuel moyen des hôtels franciliens s’élève à 75 % et dépasse sensiblement celui observé au niveau national (59 %). En Ile-de-France, il a la particularité d’être équivalent dans les deux types d’hôtel, ce qui n’est pas le cas en province où les hôtels de chaîne sont plus souvent occupés. Les taux départementaux varient dans une fourchette de 61 % dans les Yvelines à 79 % pour Paris.

En 2014, les taux d’occupation mensuels moyens dans les hôtels sont pour la plupart supérieurs à ceux de 2013, à l’exception des mois de février, novembre et juin. Les progressions les plus importantes ont été enregistrées aux mois d’août (+ 3,3 points), avril et octobre (+ 2,8 points chacun). Comparés aux valeurs moyennes de la période 2010-2013, les taux d’occupation mensuels 2014 sont également en progression sauf en mars et novembre. Les évolutions sont très disparates selon les départements. Le Val-de-Marne est le seul département francilien où les taux d’occupation des hôtels sont inférieurs à ceux de 2013 au cours de huit des douze mois de l’année.

Une fréquentation hôtelière en légère baisse, en particulier à Paris

En 2014, la fréquentation hôtelière en Ilede-France s’élève à 32,3 millions d’arrivées et 66,7 millions de nuitées. Ces chiffres sont en baisse de respectivement 0,7 % et 1,2 % par rapport à 2013. Paris et la petite couronne à l’exception des Hauts-de-Seine ont perdu plus de 2 % de leur clientèle en termes de nuitées (figure 3). Ailleurs, la conjoncture est plus favorable, en particulier dans l’Essonne (+ 2,6 %). Dans la région, le repli des nuitées concerne aussi bien l’hôtellerie de chaîne que l’hôtellerie indépendante (respectivement - 1,0 % et - 1,4 %) (figure 4).

Figure_3 – Une clientèle étrangère en baisse à Paris et en Seine-Saint-Denis en 2014

Une clientèle étrangère en baisse à Paris et en Seine-Saint-Denis en 2014
Nombre de nuitées en 2014 (en milliers) Évolution par rapport à 2013 (en %)
Françaises Étrangères Total Françaises Étrangères Total
Paris 11 672 24 393 36 065 1,3 -3,6 -2,1
Hauts-de-Seine 2 980 2 460 5 440 -0,7 2,0 0,5
Seine-Saint-Denis 2 767 1 646 4 413 0,7 -6,3 -2,1
Val-de-Marne 1 821 1 276 3 097 -4,5 0,4 -2,5
Seine-et-Marne 3 967 5 356 9 323 0,9 -0,3 0,2
Yvelines 1 686 906 2 592 -5,8 14,6 0,4
Essonne 1 421 769 2 190 -6,1 23,7 2,6
Val-d'Oise 2 112 1 507 3 619 -5,0 11,0 1,1
Ile-de-France 28 426 38 313 66 739 -0,7 -1,5 -1,2
France métropolitaine 125 568 72 941 198 509 -2,1 -0,3 -1,4
  • Source : Insee en partenariat avec la DGE et le CRT, enquêtes de fréquentation hôtelière 2013 et 2014

Figure_4 – Baisse des nuitées à Paris, notamment de la clientèle étrangère dans les hôtels indépendants

Baisse des nuitées à Paris, notamment de la clientèle étrangère dans les hôtels indépendants
Nombre de nuitées (en milliers) Évolution globale par rapport à 2013 (en %)
Chaîne Indépendant Total Chaîne Indépendant Total
Paris 14 670 21 396 36 066 -2,2 -2,0 -2,1
dont nuitées françaises 5 143 6 529 11 672 -4,6 6,5 1,3
dont nuitées étrangères 9 527 14 867 24 394 -0,9 -5,3 -3,6
Ile-de-France 35 980 30 759 66 739 -1,0 -1,4 -1,2
dont nuitées françaises 17 474 10 951 28 425 -2,9 3,0 -0,7
dont nuitées étrangères 18 506 19 808 38 314 0,9 -3,6 -1,5
  • Source : Insee en partenariat avec la DGE et le CRT, enquêtes de fréquentation hôtelière 2013 et 2014

Une clientèle étrangère moins présente, surtout dans les hôtels indépendants

Les touristes étrangers représentent 49 % des arrivées, mais 57 % des nuitées car ils séjournent plus longtemps dans la région que les touristes français (respectivement 2,4 jours contre 1,7 jour). C’est en Ile-de-France que la part de la clientèle étrangère est la plus élevée : elle dépasse de 15 points celle des régions Alsace et Provence-Alpes-Côte d’Azur qui se positionnent parmi les régions les plus visitées par les touristes étrangers. Les nuitées étrangères passées en Ile-de-France en 2014 constituent ainsi plus de la moitié des nuitées étrangères de la métropole. La baisse des arrivées est surtout le fait de la clientèle française (- 1,2 %) alors que les étrangers sont venus presque aussi nombreux qu’en 2013 (- 0,2 %). Toutefois, la clientèle étrangère a réduit sa durée de séjour contribuant ainsi aux trois quarts de la baisse des nuitées dans la région. Le repli des nuitées de la clientèle étrangère est plus marqué que celui de la clientèle française (- 1,5 % contre - 0,7 %).

La clientèle française s’est davantage tournée vers les hôtels indépendants et a délaissé les hôtels de chaîne de la région (respectivement + 3,0 % et - 2,9 % pour les nuitées). A contrario, la clientèle étrangère a privilégié les hôtels de chaîne (+ 0,9 % en termes de nuitées). Les quelque 220 000 arrivées de moins de touristes étrangers dans les hôtels indépendants ont ainsi généré un manque dans ce type d’hôtels de presque 750 000 nuitées par rapport à 2013. Cela correspond pratiquement à la totalité de la perte des nuitées, tant françaises qu’étrangères et tous types d’hôtels confondus, entre 2013 et 2014 dans la région capitale.

Une fréquentation accrue des Espagnols, mais plus discrète des Russes et des Allemands

La clientèle étrangère séjournant en Ile-de-France est composée pour moitié de touristes européens. Ces derniers ont été un peu moins nombreux en 2014, avec une diminution des nuitées de 1,6 %. Comme au cours des années précédentes, les évolutions sont contrastées au sein de l’Europe. Les Britanniques, plus importante clientèle en provenance de l’Europe, sont venus un peu moins nombreux qu’en 2013 (- 1,8 %) malgré l’accélération de l’activité au Royaume-Uni et l’amélioration constante de leur marché du travail (figure 5). L’affluence des Espagnols, dont le pays est engagé dans une phase de reprise économique s’accompagnant d’une amélioration du marché de l’emploi, s’est accrue avec des nuitées en hausse de 6,7 %. Ils devancent désormais les Allemands qui ont quelque peu boudé cette destination (- 9,6 %) et les Italiens. Ces derniers ont été plus présents dans la région capitale (+ 2,4 %) et ce, malgré une troisième année de récession consécutive. La chute des prix du pétrole et les tensions géopolitiques en Ukraine, responsables des difficultés économiques sur le marché russe, ont probablement eu une influence sur la désaffection de cette dernière clientèle (- 15,1 %). C’est la plus forte baisse constatée pour la clientèle européenne.

Figure_5 – Plus de 10 millions de nuitées pour les touristes britanniques et américains en Ile-de-France (Top 10 des principales clientèles étrangères séjournant en Ile-de-France en 2013 et 2014 (en milliers de nuitées))

  • Source : Insee en partenariat avec la DGE et le CRT, enquêtes de fréquentation hôtelière 2013 et 2014

La clientèle américaine soutient le tourisme long courrier

En Ile-de-France, l’afflux de touristes étrangers hors Europe s’est contracté de 1,3 % en 2014. La baisse est de 2,2 % pour le continent américain dans son ensemble. Les Américains, eux, sont restés fidèles à la région (+ 0,2 %) et deviennent la première nationalité étrangère parmi les touristes franciliens devant les Britanniques. La franche amélioration du marché de l’emploi aux États-Unis et le relatif dynamisme des salaires ont probablement aidé à cette constance. La dépréciation de l’euro, qui a perdu plus de 10 % en moyenne sur l’année par rapport au dollar américain, a sans doute aussi été un facteur favorable. Les Canadiens, en revanche, sont venus moins nombreux que l’année précédente (- 4,2 %). La clientèle asiatique a été plus discrète, notamment celle en provenance de Chine et du Japon. La hausse de la TVA au Japon en avril 2014 a plongé le pays dans la récession à compter du printemps, et n’est sans doute pas étrangère à cette désaffection. Du côté de l’Océanie, les Australiens ont boudé la région francilienne en 2014 (- 17,7 %). Les Africains continuent, pour leur part, de venir plus nombreux d’année en année : 1,1 million en 2014, soit une hausse de 4,7 %.

Les hébergements collectifs franciliens ont accueilli 2,5 millions de touristes en 2014

En 2014, 2,5 millions de touristes ont résidé dans des hébergements collectifs franciliens (résidences hôtelières et de tourisme, villages vacances, auberges de jeunesse, etc.). Ils y ont séjourné 3,7 jours en moyenne - sensiblement plus qu’en 2013 - soit 9,2 millions de nuitées au total. Cela représente à peine plus de 10 % des nuitées métropolitaines dans ce type d’hébergement. La fréquentation dans les hébergements collectifs est en hausse par rapport à 2013 (+ 6 % de nuitées), quasiment du seul fait de la clientèle étrangère (+ 10,7 %). Cette dernière représente désormais 57,4 % des nuitées franciliennes (presque 3 points de plus qu’en 2013). Le taux d’occupation de ce type d’hébergement est de 45,2 % en moyenne sur l’année : il atteint son plus haut niveau pendant la période estivale (49,8 % en juin, 52,3 % en juillet, 48,0 % en août).

Encadré

En France métropolitaine, 30 % des hôtels indépendants font partie d’un réseau

Une enseigne peut être partagée par plusieurs hébergements, constituant ainsi un réseau. Dans cette étude, on distingue les chaînes hôtelières des réseaux d’hôteliers indépendants. Dans les chaînes, la tête de réseau possède tout ou partie des entreprises exploitant l’enseigne (en propre ou en franchise). En revanche, une tête de réseau d’indépendants ne possède que l’enseigne, autour de laquelle elle fédère des entreprises indépendantes (franchisés de réseau) ; ces derniers gardent en partie leur identité propre.

La forme de gouvernance des chaînes s’est élargie : elles peuvent n’inclure que des filiales mais également accueillir des franchisés de chaîne. Les contrats de franchise de chaîne portent notamment sur l’aspect de l’hôtel, l’équipement des chambres et des parties communes, la charte qualité, la politique tarifaire, etc.

Du côté des indépendants, un certain nombre de réseaux ont émergé pour mettre en valeur des caractéristiques communes (niveau de la restauration, normes de confort, charte de qualité, etc.). Les hébergements y sont alors assez proches de ceux des chaînes, mais davantage situés en centre ville et de taille moindre ; certains réseaux ressemblent fort, aux yeux des clients, aux hôtels de chaîne.

En France, les hôtels en réseau, désormais près de 30 % des indépendants, sont plus souvent classés et situés en province.

La notion d’indépendance ne donne pas d’information sur l’appartenance à un groupe. Ainsi, par exemple, certains palaces n’affichant pas une enseigne commune avec d’autres hôtels sont classés comme indépendants, alors qu’ils appartiennent à un groupe non hôtelier. En effet, l’appartenance à une chaîne ou un réseau suppose d’abord le partage d’une même enseigne.

(Source : « En 2014, une chambre d’hôtel sur deux appartient à une chaîne », Insee Première n° 1553, juin 2015).

Sources

L’enquête de fréquentation dans l’hôtellerie est réalisée mensuellement auprès des hôtels de France métropolitaine classés tourisme, possédant au moins 5 chambres, et des hôtels de chaîne non classés.

La Direction générale des entreprises et le Comité régional du tourisme Paris ile-de-France participent au financement de cette enquête.

Au 1er janvier 2014, le parc hôtelier d’Ile-de-France était constitué de l’équivalent de 2 346 hôtels ouverts à temps plein, dont 1 488 hôtels à Paris. Il s’agit d’une enquête par sondage et chaque mois un échantillon de 55 % des hôtels franciliens est interrogé.

Des changements de méthode à partir de l’enquête de janvier 2013 ont nécessité une rétropolation des données des années 2010 à 2014. Les évolutions présentées dans cette étude sont issues des résultats ainsi révisés et sont donc en cohérence avec le bilan économique publié en mai 2015.

L’enquête de fréquentation dans les autres hébergements collectifs touristiques est réalisée mensuellement auprès d’établissements d’hébergement tels que les résidences hôtelières et de tourisme, les villages vacances ou les auberges de jeunesse (210 en Ile-de-France en 2014). Elle est réalisée par échantillonnage.

Définitions

Les arrivées correspondent au nombre de clients qui séjournent une ou plusieurs nuits consécutives dans un même hôtel.

Les nuitées (ou fréquentation) correspondent au nombre total de nuits passées par les clients. Un couple séjournant trois nuits consécutives dans un hôtel compte pour six nuitées, de même que six personnes ne séjournant qu’une nuit.

Le taux d’occupation est le rapport du nombre de chambres occupées au nombre de chambres effectivement offertes sur une période donnée (c’est-à-dire en excluant les fermetures saisonnières).

La durée moyenne de séjour est le rapport du nombre de nuitées au nombre d’arrivées.

Le nombre moyen de chambres par hôtel, pour une zone donnée, est le rapport du nombre total de chambres offertes tout au long de l’année au nombre d’hôtels, le tout ramené à une seule journée.

Pour en savoir plus

Favre F., « En 2014, une chambre d’hôtel sur deux appartient à une chaîne », Insee Première n° 1553, juin 2015.

Catana A., « Une fréquentation touristique en légère baisse en Ile-de- France », Insee Conjoncture Ile-de-France n° 5 - Bilan économique, mai 2015.