Démographie des établissementsEn Martinique, 30 % des établissements se renouvellent chaque année

Emmanuel Thioux, Insee

Entre 2008 et 2013, le nombre d’établissements martiniquais a augmenté de 2,4 % par an en moyenne, soit moins qu’en moyenne nationale (+ 3,5 %). Derrière cette évolution martiniquaise modeste, une part importante du parc des établissements (30 %) s’est renouvelée chaque année. Cette part est plus faible qu’en France métropolitaine (38 %). En effet, le renouvellement des établissements est moindre dans les secteurs importants du système productif comme la construction ou le commerce. Dans le même temps, 33 % des emplois régionaux sont créés, supprimés ou transférés. Durant cette période marquée par la crise, l’emploi évolue finalement peu avec un repli de 0,8 % par an en moyenne.

Usines, magasins, bureaux, boulangeries, etc. : les établissements (Définitions) sont autant de lieux qui constituent le tissu productif d’un territoire. En Martinique, entre 2008 et 2013 leur nombre est passé de 32 800 à 36 800 dans les activités marchandes hors agriculture, soit une hausse moyenne de 2,4 % par an. Cette croissance s’accompagne d’un important renouvellement des établissements : chaque année, pendant cette période, l’ensemble des mouvements, sous forme de créations, cessations, transferts, reprises, cessions représente 30 % des établissements présents en début d’année. 16 % des établissements sont nouveaux, alors que 14 % disparaissent.

Une augmentation modérée du stock d’établissements qui masque un fort renouvellement

L’augmentation du nombre d’établissements martiniquais (+ 2,4 % par an en moyenne) cache une forte dynamique de créations/destructions d’établissements. Les créations-reprises-entrées augmentent de 16,2 % alors que les destructions-cessations-sorties diminuent de 13,8 %. Ces dynamiques globalement fortes varient selon les secteurs. Le plus grand nombre d’établissements est créé dans les services. Les activités scientifiques et techniques, services administratifs et de soutien, mais aussi la santé humaine, l’action sociale et les autres activités de service participent pour plus de la moitié à l’augmentation des établissements.

Le secteur de l’industrie extractive, énergie, eau, gestion des déchets et dépollution est le plus dynamique en proportion avec + 17 % d’établissements par an en moyenne entre 2008 et 2013. Le secteur de la construction participe significativement à la hausse avec + 1,9 % en moyenne par an.

Figure 1 – Le renouvellement résulte surtout des créations et cessations - Renouvellement des établissements entre le 1er janvier 2008 et 2013

Le renouvellement résulte surtout des créations et cessations - Renouvellement des établissements entre le 1er janvier 2008 et 2013
Nombre d’établissements par an Part dans le total des établissements en début d’année (en %)
Créations 4 870 14
Réactivations 5 0
Reprises 50 0
Transferts (emménagements) 800 2
Total des entrées (1) 5 725 16
Cessations 4 150 12
Cessions 50 0
Transferts (déménagements) 740 2
Total des sorties (2) 4 940 14
Renouvellement total (1)+(2) 10 665 30
  • Note : Les transferts entrants et sortants ne sont pas égaux. Cela provient essentiellement des entrées-sorties de champ (avec le non marchand ou l'agriculture) et d'établissements qui sont transférés et cessés dans la même année.
  • Champ : établissements ayant une activité marchande, hors agriculture.
  • Source : Insee, REE et Clap.

Les secteurs où le renouvellement est le plus important sont ceux de l’administration publique, enseignement, santé humaine et action sociale, puis des autres activités de services et celui de l’information et de la communication. Les secteurs au faible renouvellement sont globalement ceux de l’industrie manufacturière, ainsi que ceux des transports et entreposage et des activités immobilières, financières et d’assurance.

Le renouvellement est moins élevé qu’en France métropolitaine

Par rapport à la France métropolitaine, le dynamisme de renouvellement des établissements est plus conséquent en Martinique dans les secteurs de l’enseignement, de la santé humaine et de l’action sociale. En revanche, le dynamisme est moins élevé dans les secteurs où le nombre d’établissements est important dans le système productif local. C’est le cas des activités scientifiques et techniques, services administratifs et de soutien, et des autres activités de services. D’autres secteurs importants comme le commerce et la construction se renouvellent également moins qu’en France métropolitaine. Au total, le renouvellement du tissu productif est donc moins important en Martinique qu’en moyenne nationale.

Sur le territoire martiniquais, le dynamisme des établissements est plus fort dans la zone d’emploi Sud-Caraïbe avec une augmentation annuelle moyenne des établissements de 3,3 %. Ce dynamisme est également plus élevé dans la zone d’emploi Sud (+ 2,7 %). Les zones d’emploi Nord-Caraïbe (+ 1,9 %) et Nord-Atlantique (+ 0,7 %) sont moins dynamiques.

Une quasi-stabilité de l’emploi qui cache aussi des forts mouvements

Les réallocations d’emplois salariés (Définitions) sont plus fréquentes au niveau de la région qu’au plan national. Elles représentent chaque année 33 % du volume total d’emplois régionaux contre 28 % en France métropolitaine. Cela constitue un volume annuel moyen de prés de 19 800 emplois. Comme au niveau national les réallocations sont plus importantes dans les établissements pérennes : 6 530 emplois sont créés dans les établissements en croissance et 6 790 sont détruits dans les établissements « en déclin ». Les mouvements relatifs à des créations d’établissements représentent 2 000 emplois, ceux liés à des cessations en concernent 2 160. Les transferts entrants et sortants touchent chacun près de 1 000 emplois. Enfin, 140 mouvements d’emplois sont le fait des reprises et, de manière symétrique, le même volume est généré par les cessions. Les secteurs de la construction et des services ont les réallocations d’emploi les plus fortes.

Malgré un renouvellement important des établissements et une rotation forte des emplois, l’effectif salarié global varie peu. Entre 2008 et 2013, l’emploi diminue de 470 salariés par an dans les établissements, soit une baisse annuelle moyenne de 0,8 %. Le nombre d’emplois diminue dans presque tous les secteurs. Seul les secteurs de l’enseignement, de la santé humaine et de l’action sociale bénéficient d’un gain important (+ 15 % en moyenne chaque année sur la période).

Figure 2 – 33 % des emplois salariés sont réalloués chaque année en Guadeloupe - Réallocation des emplois salariés entre le 1er janvier 2008 et 2013

33 % des emplois salariés sont réalloués chaque année en Guadeloupe - Réallocation des emplois salariés entre le 1er janvier 2008 et 2013
Nombre d’emplois salariés par an Part dans le total des emplois salariés en début d’année (en %)
Créations, réactivations 2 000 3
Reprises 140 0
Transferts (emménagements) 1 000 2
Total des entrées (1) 3 140 5
Cessations 2 160 4
Cessions 140 0
Transferts (déménagements) 1 040 2
Total des sorties (2) 3 340 6
Augmentation dans les établissements en croissance 6 530 11
Diminution dans les établissements perdant des emplois 6 790 11
Total des évolutions dans les établissements pérennes (3) 13 320 22
Réallocation totale (1)+(2)+(3) 19 800 33
  • Champ : établissements ayant une activité marchande, hors agriculture.
  • Source : Insee, REE et Clap.

Sources

L’étude porte sur les établissements, c’est-à-dire les unités de production géographiquement localisées. Un établissement produit des biens ou des services : ce peut être une usine, une boulangerie, un magasin de vêtements, un des hôtels d'une chaîne hôtelière, la « boutique » d'un réparateur de matériel informatique.

Dans le cadre de cette publication, l’emploi étudié est l’emploi salarié des établissements, au 31 décembre ou au 1er janvier selon les cas. Il se mesure en « personnes physiques » au sens où un salarié compte pour un emploi, même s’il est à temps partiel.

Définitions

Le renouvellement des établissements mesure l’ensemble des mouvements sur le territoire, en sommant l’ensemble des entrées et sorties (créations, disparitions, transferts, cessions, reprises).

La réallocation des emplois somme l’ensemble des effectifs des établissements entrants ou sortants sur le territoire. Sont également ajoutées les augmentations d’effectifs dans les établissements pérennes en croissance et les diminutions d’effectifs dans les établissements pérennes en déclin. Seules les variations d’emplois sont prises en compte, et non les mouvements des salariés (retraites, embauches remplaçant un départ…).

Pour en savoir plus

Doisneau L., « Un tiers du tissu productif local se renouvelle chaque année », Insee Première n°1551, mai 2015.

Batto V., Rousseau S., « Hausse des créations d’entreprises en 2014, notamment des sociétés », Insee Première n°1534, janvier 2015.