La filière Image dans les départements, une variété de paysages

Grégory Durier et Jérôme Borély (Insee), Nathalie Benhamou (DRAC)

À l’heure de la révolution numérique, la filière Image picto-charentaise se conceptualise autour de huit domaines distincts et son profil diffère d’un département à un autre. En phase de transition, la Charente présente un profil marqué par une imprimerie soumise aux évolutions technologiques. Les écoles de l’Image présentes dans ce département sont un levier pour les emplois notamment de l’audiovisuel et du multimédia. Dans le sillage du Futuroscope, la filière de la Vienne est déjà orientée vers le numérique. En Charente-Maritime, la filière se structure autour d’un réseau de petits établissements, fertile pour l’essor de l’entrepreneuriat, avec une spécialisation notable dans la publicité. Enfin, dans les Deux-Sèvres, la filière Image est moins présente car elle est davantage une filière numérique, de par la forte implantation des services informatiques liés aux assurances et aux mutuelles.

La filière Image a la réputation de constituer un vecteur de développement économique en Poitou-Charentes. Identifiée comme une filière d’avenir dans le contrat de plan État-Région, elle est soutenue par de nombreux acteurs publics (encadré un enjeu : mieux comprendre la filière image). Elle est constituée d’entreprises faisant appel à différents savoir-faire (graphisme, imprimerie, presse, audiovisuel…). Une sélection des établissements à dire d’experts (méthodologie les deux approches de la filière Image) permet de repérer les enjeux spécifiques à chaque département. C’est le département de la Charente qui présente le plus d’emplois salariés dédiés à cette filière (3 200 salariés). Dans la Vienne, ils sont près de 3 000, 2 000 en Charente-Maritime et 1 100 dans les Deux-Sèvres.

Charente : une filière marquée par l’imprimerie

La filière Image est bien développée en Charente. En effet, elle représente 3,3 % de l’emploi salarié du département en terme d’ETP (1,9 % en moyenne régionale). Ces emplois sont surtout tournés vers l’activité traditionnelle qu’est l’imprimerie (et activités assimilées) qui représente 53 % de la filière (figure 1) . L’imprimerie étant peu féminisée, il en résulte que les femmes sont moins présentes dans la filière départementale : 43 % des salariés en 2012 en Charente contre 48 % en moyenne dans les trois autres départements. Cette spécialisation pour l’imprimerie influe également sur la structure des catégories socioprofessionnelles : les ouvriers représentent 47 % des salariés de l’Image, un chiffre nettement plus élevé que dans les trois autres départements (28 %).

Figure_1 – Part des domaines de la filière Image dans l’emploi salarié de Poitou-Charentes et contribution des départements (en %)

  • Lecture : 0,6 % des ETP salariés de Poitou-Charentes travaillent dans le domaine de l’imprimerie et assimilées, dont plus de la moitié de ces salariés travaillent en Charente. Dans l’ensemble de l’économie, plus de la moitié des salariés en ETP travaillent dans les départements de la Charente et de la Charente-Maritime.
  • Remarque : sur les deux établissements du Futuroscope, un établissement a été classé dans le commerce & support et l’autre dans le domaine du numérique.
  • Source : Insee, Clap 2012

Néanmoins, l’imprimerie est un domaine d’activités en perte de vitesse (Pour en savoir plus) . Avec notamment l’essor du «tout-numérique» et du «cross-média», l’avènement des TIC (Technologies de l’Information et de la Communication) a ouvert de nouvelles pistes en matière d’Image. La reconversion des emplois est donc un enjeu important dans les années à venir au travers des mobilités professionnelles inter-domaines ou de la formation afin d’acquérir de nouveaux savoir-faire (Pour en savoir plus) . L’âge avancé des salariés de la filière dessine parallèlement des enjeux en termes de renouvellement de la main d’œuvre : un salarié sur deux est âgé de plus de 45 ans, ce qui place le département comme celui dont la filière est la plus âgée. Les domaines de l’éducation (et activités transverses), de l’imprimerie et plus particulièrement de la publicité sont les plus concernés par cette problématique, avec des âges médians proches de 46 ans. Le domaine du numérique présente un profil différent avec des salariés plutôt jeunes : un salarié sur deux a moins de 32 ans en Charente.

Pour favoriser la diversification de la filière et le renouvellement de ses actifs, la formation constitue un levier d’adaptation important. Le département présente un terrain fertile au travers des écoles de l’Image, fruits d’une volonté des acteurs locaux. En effet, fin 2013, près de 800 étudiants sont scolarisés dans les établissements d’enseignement de la filière en Charente. Au travers du pôle Image Magelis et des sept écoles dédiées à la bande dessinée, à l’animation, aux tournages et au jeu vidéo, le Département place la filière au centre de sa stratégie de développement économique. La formation d’actifs qualifiés vise à répondre à une exigence croissante en matière de qualification due aux avancées technologiques des outils numériques. Néanmoins, si le choix des formations proposées tend à attirer les étudiants, le maintien de ces derniers sur le territoire reste un enjeu de taille.

La présence de ce pôle de formation favorise la présence de cadres dans la filière charentaise. Les cadres et professions intellectuelles supérieures représentent 19,4 % des salariés de l’Image en Charente contre 17,6 % dans le reste de la région. Ils sont nombreux dans les domaines de l’éducation et activités transverses, également de l’audiovisuel et multimédia ou du livre et presse. Les salariés charentais de la filière disposent en conséquence de revenus en moyenne plus élevés qu’ailleurs : 24 700 € par ETP contre 23 200 € au niveau régional. Les salariés de l’imprimerie, pourtant souvent ouvriers, perçoivent en moyenne des salaires similaires (24 800 €), grâce à la présence d‘établissements de taille importante, habituellement plus rémunérateurs.

Vienne : le Futuroscope et le réseau Canopé chefs de filière

Avec 16 % des salariés de la filière départementale, l’imprimerie et assimilée est moins présente dans la Vienne que dans les autres départements picto-charentais. Toutefois, le département présente une filière Image plutôt développée (2,4 % de l’emploi salarié du département en 2012). Comme en Charente, les emplois salariés de la filière se répartissent dans de gros établissements. Ils sont plus d’une vingtaine à dépasser les 40 salariés à la fin 2012 (figure 2) .

Figure_2 – Localisation des établissements de plus de 40 salariés au 31 décembre 2012

  • Source : Insee, Clap 2012

Parmi eux, le Futuroscope et la tête du réseau Canopé (réseau de création et d’accompagnement pédagogiques, anciennement Centre National de Documentation Pédagogique) concentrent la moitié des salariés : principalement des agents d’accueil pour l’un et des auteurs et agents administratifs pour l’autre.

Effet du Futuroscope et de Canopé essentiellement, les employés et les femmes sont très présents dans la filière. Les employés pèsent 39 % de l’ensemble des salariés de la filière alors qu’ils ne représentent que 18 % de la filière régionale. Représentant 48 % des salariés dans le département, les femmes sont un peu plus nombreuses que dans les autres départements (46 %). En lien avec le Futuroscope et son activité saisonnière, la filière Image de la Vienne se caractérise par une moindre part de CDI que celles des autres départements (Pour en savoir plus) . Ainsi, dans la filière viennoise, près d’un salarié sur deux est en CDI alors qu’ils sont près de trois sur quatre en moyenne régionale.

Charente-Maritime : un maillage de petits établissements

La filière Image est moins présente dans l’emploi de Charente-Maritime, avec 1,3 % des salariés contre 1,9 % en moyenne dans la région. Pourtant, les établissements y sont plus nombreux (figure 3) . Ces établissements sont plus petits qu’en Vienne et Charente.

Figure_3 – Répartition des salariés et des établissements employeurs de la filière Image par département

  • Lecture : la couronne centrale représente le poids des établissements employeurs dans la région par département. La couronne extérieure représente le poids des salariés (en ETP) des départements en Poitou-Charentes. À titre d’exemple, en Charente-Maritime, les salariés de la filière représentent 22 % des salariés picto-charentais de la filière alors que, dans ce même département, les établissements liés à la filière pèsent 39 % dans l’ensemble des établissements de la filière régionale.
  • Source : Insee, Clap 2012

Leur taille moyenne est de 1,7 salariés contre 3,6 dans les trois autres départements, et moins d’une dizaine d’entre eux dépassent les 40 salariés fin 2012. Ainsi, constitué d’un réseau de petits établissements, le département présente un socle propice au développement de jeunes pousses. La publicité concentre deux établissements sur trois et un salarié de la filière sur quatre. Ce domaine se caractérise par des salaires faibles, en Charente-Maritime comme en province. Cet effet, renforcé par la fragmentation de la filière en petits établissements, tend à générer des salaires plus modestes : 22 000 € net par ETP en Charente-Maritime contre 23 000 € en moyenne régionale (figure 4) .

Figure_4 – Les salaires moyens par ETP dans et hors de la filière Image par département

(en euros)
Les salaires moyens par ETP dans et hors de la filière Image par département
Filière image Hors filière image
Charente 24679 23161
Charente-Maritime 22130 22817
Deux-Sèvres 21518 23571
Vienne 22886 23699
Poitou-Charentes 23166 23287
  • Source : Insee, Clap 2012

Figure_4 – Les salaires moyens par ETP dans et hors de la filière Image par département

Les domaines de l’audiovisuel et multimédia (20 % de salariés), et du commerce et support (15 %) sont aussi plus présents en Charente-Maritime que dans les autres départements. Ce dernier domaine, fortement féminisé, permet à la filière d’être la plus féminine de Poitou-Charentes : 49 % des salariés sont des femmes en Charente-Maritime. Par ailleurs, le non-salariat, caractéristique du département, est encore plus marqué dans l’Image : en effet, selon l’approche via les secteurs de l’Image (méthodologie) , les non-salariés représentent près de 28 % des emplois contre 16 % dans l’ensemble de l’économie. En Charente-Maritime, comme ailleurs, le non-salariat ne se limite pas au commerce et support, les non-salariés sont même majoritaires dans la photographie et le design. Parmi ces non-salariés, les femmes sont proportionnellement plus nombreuses dans les secteurs de l’Image que dans les autres secteurs de l’économie. La forte implantation de la filière Image peut ainsi constituer une opportunité pour le développement de l’entrepreneuriat féminin.

Deux-Sèvres : un continuum Image - Numérique

Avec 1 % des effectifs salariés du département, la filière Image des Deux-Sèvres est moins développée qu’ailleurs. Les domaines qui concentrent le plus de salariés sont ceux des imprimeries et assimilées (29 %) et ceux de la publicité (25 %).

Toutefois, le département concentre d’autres emplois, indirectement liés à la filière Image, dans des secteurs proches de l’informatique même s’ils ne sont pas intégrés stricto sensu dans la filière. Il en est ainsi des secteurs du conseil informatique, du traitement et de l’hébergement de données, qui sont très présents dans l’emploi des Deux-Sèvres. Ces entreprises du numérique fournissent des services aux mutuelles, spécificités économiques du Niortais (Pour en savoir plus) . Le département des Deux-Sèvres est ainsi moins positionné sur la partie « Image » de la filière que sur le domaine du numérique. Or, dans un contexte d’élargissement de la filière, des liens peuvent se développer entre ces entreprises du numérique et celles de l’Image.

Ainsi, au-delà du périmètre de l’Image, la filière « Design et Numérique » fait partie des cibles prioritaires de la Région. Dans le cadre de la programmation 2014-2020, l’État et la Région se sont engagés à soutenir le développement de projets structurants dans ce domaine. Le plan régional soutient notamment la structuration d’un pôle de compétitivité régional, l’accompagnement et le développement de l’innovation, le renforcement de la compétitivité des entreprises et de l’attractivité de la filière.

Encadrés

Méthodologie : les deux approches de la filière Image

Le périmètre de la filière Image, au travers les établissements qui la composent, peut d’abord se définir comme un agrégat de secteurs. Ces derniers sont identifiés par leur code d’activités issus de la Nomenclature d’Activités Françaises (NAF). La liste des activités retenues a été établie à partir d’échanges avec les acteurs locaux de la filière : Conseil Régional, Direction Régionale des Affaires Culturelles (DRAC), … Cette première approche permet d’une part de positionner la filière régionale dans le contexte national et d’autre part de comparer la région à d’autres territoires (Pour en savoir plus).

Toutefois, cette première approche ne permet pas de capter de façon précise toutes les forces économiques intervenant dans les secteurs de l’image. Un travail d’analyse plus fin a été mené en seconde approche pour appréhender plus précisément le périmètre. En effet, d’une part, selon les spécialistes, certains établissements, a priori inclus dans les secteurs de l’Image, n’en font pas réellement partie, comme par exemple ceux éditant des logiciels de gestion. Ces établissements ont donc été retirés dans l’approche «à dires d’experts». D’autre part, certains établissements sont a priori exclus des secteurs de l’Image alors que leurs activités peuvent en relever. Il en est ainsi des écoles de l’Image qui relèvent en première approche de l’enseignement. Ces établissements ont ainsi été logiquement réintégrés dans l’approche «à dires d’experts».

Dans cette publication, sauf mention explicite, les données font référence à cette seconde approche « à dires d’experts », qui exclut donc toutes comparaisons extrarégionales. Elle se base sur une liste d’établissements fournie par les acteurs publics ayant participé à l’étude (DRAC, Conseil Régional, l’Agence culturelle du Poitou-Charentes, des communautés d’agglomération, …). Au final, près de 1 300 établissements employeurs ont ainsi été sélectionnés (figure 5).

Figure_5 – Approche de la filière Image

  • Source : Insee, Clap 2012

Le mot du partenaire - un enjeu : mieux comprendre la filière Image

Cette étude régionale s’inscrit dans la continuité des études nationales initiées par le Ministère de la Culture et de la Communication, visant à mettre en perspective l’économie de la culture au sein de l’ensemble de l’économie. L'Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) et la Direction régionale des affaires culturelles de Poitou-Charentes (DRAC) appréhendent la filière Image régionale sous l'angle des industries culturelles et créatives au travers de deux publications. Il s’agit de montrer l'impact de cette filière sur l'emploi régional et de certains territoires fortement impliqués («La filière Image dans les départements, une variété de paysages»). Il s'agit ensuite de positionner cette filière picto-charentaise par rapport aux autres régions françaises («Secteurs de l’Image en Poitou- Charentes : une filière à multiples facettes»). À la lumière des éléments d’emploi et de performance économique, les principales forces et faiblesses mises en avant alimentent les réflexions sur les actions en cours et à venir dans ce domaine en constante évolution.

Pierre Lungheretti, Directeur régional des affaires culturelles de Poitou-Charentes

Pour en savoir plus

Benhamou N., Borély J., «Secteurs de l’Image en Poitou-Charentes : une filière à multiples facettes», Insee Analyses Poitou-Charentes n° 18, juin 2015.

Gouyon M., «Les non-salariés dans les activités culturelles», Insee Références - Emploi et revenus des indépendants Édition 2015

Pradines N., «L’aire urbaine de Niort, une réelle attractivité à cultiver, Insee Décimal n°331», octobre 2013.

Bigot J.F., Diaz L., «Technopôle du Futuroscope : plus de 10 600 emplois directs et induits», Insee Décimal n°328, septembre 2013.

Les cahiers des GFE 12 et 19, arFtlv, argos, éditions 2009.