Les territoires urbains de l’axe Dijon-Mâcon résistent mieux à la crise

Annick Détroit, Christine Lecrenais (Insee)

La Bourgogne fait partie des régions les plus touchées par les difficultés liées à la crise économique amorcée en 2008. Cependant, tous les territoires ne sont pas affectés de la même manière. Les grandes aires urbaines résistent le mieux, surtout celles situées sur un axe Dijon-Mâcon, débordant vers Le Creusot . Comparée aux aires de même importance, Dijon se classe parmi les plus dynamiques pour l’évolution de l’emploi entre 2006 et 2011. En revanche, l’impact de la crise est nettement plus marqué dans les grandes aires urbaines du nord et de l’ouest de la région. De même, les aires de plus faible taille apparaissent davantage fragilisées. Les secteurs créateurs d’emploi y sont moins bien implantés et elles sont moins attractives notamment pour la population active âgée de 25 à 54 ans.

La Bourgogne a perdu 6 000 emplois entre 2006 et 2011, soit une baisse de 1 %. Durant cette période est intervenue la crise de 2008. Le secteur tertiaire s’est développé mais pas assez pour compenser les pertes de l’industrie et de l’agriculture.

Face à ces transformations, les territoires bourguignons apparaissent très inégaux. Les plus urbains résistent mieux.

Figure_1 – Des situations contrastées dans les grandes aires bourguignonnes

Des situations contrastées dans les grandes aires bourguignonnes
Aire urbaine Population en 2011 Emploi total - tous secteurs Part de l'emploi tertiaire en 2011 (%) Part de l'emploi industriel en 2011 (%)
Effectifs en 2011 Evolution 2006-2011 (%)
Grandes aires urbaines(*) 985 500 428 000 + 0,3 75,6 14,9
Dijon 376 000 169 000 + 2,1 78,8 12,3
Chalon-sur-Saône 133 500 58 000 + 1,1 73,5 17,3
Nevers 102 500 41 000 - 4,9 76,5 14,4
Mâcon 100 000 46 000 + 2,6 71,8 15,7
Auxerre 92 500 40 000 - 5,0 76,3 14,1
Sens 62 000 25 000 - 1,2 70,7 20,7
Montceau-les-Mines 45 500 16 000 - 2,9 74,1 18,4
Le Creusot 38 000 15 000 + 2,0 65,7 27,2
Beaune 35 500 18 000 + 4,5 75,0 15,7
Moyennes aires 105 500 46 000 - 4,8 72,5 18,0
Petites aires 119 500 58 500 - 3,3 68,0 23,3
Multipolarisé 279 500 70 000 - 3,1 59,2 17,2
Communes isolées hors influence des pôles 171 000 59 000 - 1,5 59,8 13,9
Bourgogne 1 643 000 655 000 - 0,9 71,8 16,0
  • (*) Grandes aires urbaines dont le pôle est localisé en Bourgogne, yc pour Dijon, Mâcon et Nevers, les parties situées en dehors de la région, De ce fait, les totaux des différents espaces sont supérieurs à la Ligne Bourgogne.
  • Source : Insee, recensement de la population 2006 et 2011, exploitation principale et complémentaire, lieu de travail et lieu de résidence

Les grandes aires urbaines à l’économie la plus dynamique en terme d’emploi se situent sur l’axe Dijon-Mâcon. Cet axe est aussi le plus dynamique d’un point de vue démographique. Parmi ces aires, celle de Dijon occupe une position particulière, de par sa taille nettement supérieure aux autres avec 169 000 emplois en 2011 et son statut de capitale régionale.

Comparée aux vingt-huit aires urbaines de province comptant entre 100 000 et 200 000 emplois, Dijon se place dans les dix premières, pour la progression à la fois de l’emploi total (+ 2,1 %) et de la part du tertiaire (+ 2,2 points). Mais sa population ne suit pas une trajectoire aussi favorable et la classe au quinzième rang. Depuis 2006, elle compte 7 200 habitants supplémentaires, soit une augmentation de 2 %.

Dans les grandes aires bourguignonnes, Dijon se distingue de Chalon-sur-Saône, Mâcon, Beaune par un développement plus prononcé du secteur tertiaire principalement non marchand.

Figure 2 – Une majorité de moyennes aires en difficulté

  • Sources : Insee, Recensements de la population 2006 et 2011 exploitations principales et complémentaires lieu de résidence (population) lieu de travail (emploi).

L’espace périurbain gagne des emplois

En Bourgogne, comme dans les autres régions de province, ce sont uniquement les couronnes périurbaines des grandes aires qui gagnent des emplois, alors que leurs pôles en perdent légèrement. Dans l’aire urbaine de Dijon, c’est l’inverse : porté par le secteur de la construction, l’emploi augmente davantage dans le pôle que dans le périurbain entre 2006 et 2011. En revanche, la croissance démographique ne concerne que les communes de la périphérie, alors que le pôle maintient à peine son niveau de 2006.

Les aires urbaines de Mâcon et de Beaune profitent de leur situation géographique, de la vitalité économique de la région lyonnaise pour l’une, de la proximité de Dijon pour l’autre. Elles bénéficient toutes deux d’un regain économique et démographique qui se traduit par l’augmentation la plus importante du nombre d’emplois et d’habitants des grandes aires bourguignonnes. Elles abritent aussi de nombreux vignobles et l’emploi agricole demeure mieux représenté qu’ailleurs. Sur Beaune, tous les secteurs gagnent des emplois, excepté le tertiaire principalement non marchand. Dans l’aire urbaine de Mâcon, c’est le tertiaire principalement non marchand et la construction qui se renforcent. Quant à l’aire de Chalon-sur-Saône, ses caractéristiques la rapprochent davantage de celle de Dijon : son secteur tertiaire se développe au cours de ces cinq années. Mais son espace reste moins dynamique, avec des gains d’emploi et de population moindres.

Un peu en retrait de l’axe rhodanien, Le Creusot, avec 15 300 emplois, relève aussi des grandes aires de la région. Elle fait exception dans cette traversée de crise où les territoires plus industriels ont décroché. Cette aire gagne des emplois et ces postes de travail supplémentaires se concentrent dans l’industrie. Pourtant, elle perd des habitants, le repli le plus élevé de la région. Le dynamisme de l’emploi n’a pas eu ici un effet démographique attractif permettant le développement des services à la population résidente.

Figure 3 – La dynamique démographique se concentre à l’est de la Bourgogne

  • Sources : Insee, Recensements de la population 2006 et 2011 exploitations principales lieu de résidence.

Figure 4 – Un recul de l’emploi très net à l’ouest et au nord

  • Sources : Insee, Recensements de la population 2006 et 2011 2011 exploitations complémentaires lieu de travail.

De grandes aires fragilisées au nord et à l’ouest

Auxerre et Sens au nord, Nevers à l’ouest et Montceau-les-Mines sont quatre grandes aires bourguignonnes fragilisées par la crise. Toutes ont en commun une diminution du nombre d’emplois. Celle-ci est particulièrement forte dans les aires d’Auxerre et de Nevers. Elle ne s’accompagne pas toujours d’un repli démographique : la population se maintient dans les aires d’Auxerre et de Sens alors que le recul est sévère, de l’ordre de 1,6 % dans celles de Nevers et de Montceau-les-Mines.

À Montceau-les-Mines et dans sa zone d’influence, l’appareil productif est en pleine mutation. L’industrie s’est effondrée et le recul de l’emploi dans ce secteur, de l’ordre de 29 %, est beaucoup plus prononcé qu’en moyenne dans les grandes aires urbaines bourguignonnes (- 12 %). Dans le même temps, le tertiaire marchand s’est fortement développé (+ 16 % contre + 2 %). Parmi ces grandes aires fragilisées, celle de Sens apparaît comme la moins touchée : les pertes d’emploi global y sont moins marquées (- 1,2 %), grâce à la progression du secteur de la construction et du tertiaire principalement non marchand.

Figure 5 – Progression du tertiaire, surtout dans les grandes aires urbaines

  • Sources : Insee, Recensements de la population 2006 et 2011 exploitations complémentaires lieu de travail

Une situation plus difficile pour les moyennes et petites aires

Les moyennes et petites aires de Bourgogne sont dans une situation plus difficile que les grandes. Elles souffrent aussi davantage que les aires de même catégorie en France métropolitaine.

L’emploi diminue plus fortement dans ces aires bourguignonnes en raison d’une faible progression du secteur tertiaire, couplée à une diminution plus marquée de l’emploi industriel et agricole. Malgré ces évolutions, l’industrie demeure encore très présente dans les petites aires où elle rassemble 23 % de l’emploi, contre 18 % pour les moyennes aires et 15 % dans les grandes aires urbaines de la région. Dans leur ensemble, les aires petites ou moyennes perdent des habitants en Bourgogne, alors qu’au plan national, elles en gagnent.

Dans la plupart des aires de cette catégorie, l’emploi se tasse fortement. Cette contraction est due aux difficultés de l’industrie comme à Gueugnon, La Clayette, Digoin, Saint-Florentin, Decize, Châtillon-sur-Seine et Cosne-Cours-sur-Loire. À Joigny, la fermeture du tribunal de commerce puis d’instance et le départ de l’armée en 2010 porte un coup dur au secteur tertiaire principalement non marchand, avec la disparition de 480 emplois.

Pourtant, cinq petites et moyennes aires se démarquent et présentent une évolution de l’emploi dynamique. Ainsi, dans les aires de Bourbon-Lancy, Semur-en-Auxois, La Charité-sur-Loire, Saint-Julien-du-Sault et Paray-le-Monial, l’emploi augmente au moins de 5 %, et l’industrie crée des postes de travail pour les trois premières d’entre elles.

La fonction résidentielle de l’espace multipolarisé se renforce

En Bourgogne, l’espace multipolarisé ou sous influence de plusieurs pôles offre moins d’emplois en 2011 qu’en 2006, alors qu’il en gagne au plan national. Le secteur tertiaire évolue moins favorablement et la construction supprime des postes de travail. Dans cet espace, seuls l’administration publique, l’enseignement, la santé et l’action sociale, secteurs dont l’activité satisfait les besoins de la population présente, sont créateurs d’emploi. En effet, tandis que l’emploi se contracte, la population s’installe et conforte la vocation résidentielle de ce territoire multipolarisé.

Le rural isolé, loin de l’influence bénéfique des grands pôles

Dans les communes isolées, celles qui échappent à l’influence des pôles, l’emploi recule de 1,5 % en Bourgogne alors qu’il progresse faiblement au plan national (+ 0,3 %). Dans cet espace rural isolé, comme dans le multipolarisé, le tertiaire ne compense pas les difficultés des autres secteurs. Cet espace est donc de moins en moins orienté vers les fonctions productives.

C’est dans ces communes rurales isolées que l’emploi agricole se contracte le plus. Ces difficultés du tissu économique s’accompagnent d’un déclin démographique qui ne s’observe pas, globalement, au plan national.

Baisse de la population active âgée de 25 à 54 ans

En 2011, la Bourgogne compte 557 000 personnes âgées de 25 à 54 ans qui se déclarent actives au recensement, c’est-à-dire soit occupant un emploi, soit au chômage. Entre 2006 et 2011, ce « noyau dur » des actifs résidant dans la région recule de 2,5 %. Cette évolution résulte de deux mécanismes opposés. En effet, sur la période, la génération des 25-54 ans qui succède à celle nettement plus nombreuse née pendant le baby boom a vu son effectif diminuer de 4 %. Dans le même temps, le taux d’activité des 25-54 ans, principalement celui des femmes, a augmenté, modérant ainsi l’effet négatif de la démographie.

Cette baisse du noyau dur des actifs est très marquée dans la population qui réside dans les moyennes et petites aires ; elle dépasse ainsi 10 % pour Cosne-Cours-sur-Loire, Gueugnon, Tonnerre et La Clayette. Elle affecte aussi la plupart des grandes aires urbaines, et plus fortement celles de Nevers et du Creusot, où le repli est de l’ordre de 7 %.

Seule la population habitant les aires de Beaune, Louhans, Mâcon et l’ensemble des communes multipolarisées gagne des actifs de 25-54 ans. Sur Dijon, le dynamisme démographique du périurbain se traduit par une progression de 3 % du noyau dur des actifs résidant en périphérie, mais ce noyau dur régresse dans les mêmes proportions dans le pôle.

Des taux d’activité élévés dans les aires les plus dynamiques

Les aires les plus dynamiques pour l’emploi - Dijon, Beaune et Mâcon - détiennent aussi les taux d’activité les plus élevés entre 25 et 54 ans. Le Creusot fait exception et affiche le taux d’activité le plus bas des grandes aires bourguignonnes. Les emplois créés entre 2006 et 2011 dans l’aire du Creusot ne profitent pas forcément aux actifs qui y résident. Les taux d’activité diminuent aussi pour les habitants de nombreuses aires petites ou moyennes, telles que Tonnerre, Cosne-Cours-sur-Loire, Joigny, Châtillon-sur-Seine, Tournus, Cluny et Charolles.

La transformation du tissu social creuse les écarts

Durant ces cinq années, la transformation du tissu social s’est poursuivie. Comme dans les autres régions, la part des ouvriers, employés et agriculteurs se réduit, celle des cadres et des professions intermédiaires progresse. Mais les écarts se creusent entre les différents territoires bourguignons.

Seule l’aire de Dijon s’inscrit dans la tendance nationale quant au rythme de transformation de son tissu social. Ses actifs résidents ont un niveau de qualification plus élevé et la part des cadres progresse davantage que dans les autres grandes aires urbaines de la région. Ces cadres, et dans une moindre mesure les professions intermédiaires, y sont ainsi nettement plus représentés. Ils sont très présents dans les communes des pôles mais s’installent désormais davantage dans les communes périurbaines et investissent l’espace multipolarisé.

À contre-courant de l’élévation du niveau de qualification à l’œuvre dans la majorité des territoires, les aires du Creusot, Louhans, Chauffailles, Saint-Florentin, Venarey-les-Laumes et Migennes comptent moins de cadres parmi leurs actifs résidents que cinq ans auparavant. Migennes perd aussi des professions intermédiaires au profit d’une progression marquée des ouvriers. Dans l’ensemble des moyennes aires bourguignonnes, la part des ouvriers reste stable tandis que celle des cadres recule légèrement.

Dans l’aire de Montceau-les-Mines, très atypique, le niveau de qualification des actifs résidents évolue peu, malgré une poussée des employés en lien avec la transformation de l’emploi devenu en cinq ans plus tertiaire. La part des cadres, bien qu’en légère augmentation, demeure la plus faible (à peine 7 %, contre 13 % en moyenne), celle des ouvriers la plus importante (31 % contre 24 % en moyenne).

Figure 6 – Les aires d’influence des villes en Bourgogne

  • Source : Insee, RP 2008 navettes domicile-travail.

Sources

Les résultats sont issus des recensements de la population de 2006 et de 2011. Depuis 2004, le recensement a lieu sous forme d’une enquête réalisée chaque début d’année. Elle concerne successivement toutes les communes au cours d’une période de cinq ans. Le recensement de la population millésimé 2006 (RP 2006) a ainsi été élaboré à partir des enquêtes réalisées de 2004 à 2008. Avec la diffusion du RP 2011, qui cumule celles de 2009 à 2013, deux millésimes peuvent pour la première fois être directement comparés puisque constitués chacun à partir de cinq enquêtes annuelles distinctes. De plus, la dernière grande crise économique ayant démarré au deuxième semestre 2008, confronter les résultats de ces deux millésimes du RP permet d’analyser à un niveau géographique relativement fin les grands changements intervenus avant et pendant crise sur la population active et l’emploi.

Définitions

L’ emploi est mesuré ici au lieu de travail et la population active ( actifs en emploi et chômeurs), au lieu de résidence.

Le secteur tertiaire se décompose en deux sous-ensembles appelés ici :

-  secteur tertiaire marchand qui regroupe le commerce, les transports et services divers ;

- secteur tertiaire principalement non marchand , recouvrant l’administration publique, l’enseignement, la santé et l’action sociale.

Le champ des actifs est limité à celui des 25 à 54 ans de France métropolitaine. À ces âges, la très grande majorité des personnes sont en emploi ou en recherche d’emploi, ce qui permet d’analyser les effets directs de la crise sur le noyau dur de la population active. En effet, dans un contexte économique difficile, les plus jeunes et les plus âgés sont davantage susceptibles de modifier leur comportement d’entrée ou de sortie du marché du travail. À titre d’illustration, la population active des 55-64 ans a progressé de 27,2 % en Bourgogne, de 27,6 % en moyenne de province, sous l’effet du maintien en activité de classes d’âge plus nombreuses.

Aire urbaine ou « grande aire urbaine » : ensemble de communes constitué par un pôle urbain (unité urbaine) de plus de 10 000 emplois, et par des communes rurales ou unités urbaines (couronne périurbaine) dont au moins 40 % de la population résidente ayant un emploi travaille dans le pôle ou dans des communes attirées par celui-ci. La notion d’aire urbaine permet ainsi de définir un concept de grande ville ou métropole à l’aide d’une approche fonctionnelle et économique.

De la même façon sont définies les moyennes aires (pôle de 5 000 à 10 000 emplois) et les petites aires (pôle de 1 500 à 5 000 emplois). Les communes multipolarisées sont des communes situées hors des aires, dont au moins 40 % de la population résidente ayant un emploi travaille dans plusieurs aires, sans atteindre ce seuil avec une seule d’entre elles. Les autres communes en dehors des aires sont les communes isolées, hors influence des pôles.

Pour en savoir plus

Pour en savoir plus

Les grandes métropoles résistent mieux à la crise , Insee Première n°1503 , juin 2014.

Vingt ans de croissance économique : profil d’activité et démographie freinent le dynamisme de la Bourgogne , Insee Bourgogne Dimensions n° 201, juin 2014.

Crise économique en Bourgogne : trois décrochements successifs entre 2008 et 2012 , Insee Bourgogne Dimensions n° 188, mai 2013.

L’étalement urbain se poursuit en Bourgogne , Insee Bourgogne Dimensions n° 173, octobre 2011.