Forte croissance de la population active dans tous les territoires

Stéphanie BALZER

En Corse, la population des 15-64 ans augmente de 6 % entre 2006 et 2011, dans le même temps, sa population active croît de 11 %, soit une hausse deux fois plus importante. L’attractivité démographique et l’augmentation de l’activité féminine expliquent ce dynamisme. La croissance est généralisée à toutes les aires et non pas seulement restreinte aux deux grandes aires urbaines d’Ajaccio et de Bastia. Même l’espace rural insulaire suit cette tendance contrairement à celui de la France métropolitaine. Grâce aux spécificités de son tissu économique local, la Corse est l’une des régions françaises qui a le mieux résisté à la récession. Ainsi les emplois des secteurs du tertiaire et de la construction sont en hausse au détriment de l’industrie et de l'agriculture dont les parts stagnent sur la période.

La population active croît deux fois plus vite que le nombre d’habitants

Entre 2006 et 2011, la population de la Corse âgée de 15 à 64 ans augmente de 11 300 habitants, en hausse de 6 %, sa part dans la population totale reste stable sur la période (64 %). Cette progression est trois fois plus rapide dans la région qu’en France métropolitaine. Elle concerne particulièrement la population active qui augmente de 11 %, en croissant presque deux fois plus vite que le nombre d’habitants. En métropole, la dynamique est plus faible : l’écart de croissance entre population et population active est beaucoup plus réduit avec des hausses respectives de 1,7 % et 3,3 %.

Sur ces cinq années, est intervenue la crise économique de 2008. La Corse est l’une des régions françaises qui a le mieux résisté à la récession. Dynamique démographiquement car attractive, sa population active s’accroit ainsi nettement du fait de l’apport migratoire.

Figure_1 – Les aires corses parmi les plus dynamiques de France sur ces cinq dernières années

  • Source : Insee, Recensements de la population.

Forte hausse de l’activité féminine

Cette forte évolution de la population active est essentiellement due à la population féminine. En effet, le nombre de femmes actives augmente de 13 % sur la période tandis que les femmes au foyer ont tendance à diminuer fortement (- 14 %).

Elle se répercute logiquement sur le taux d’activité des 15-64 ans qui progresse de 2,9 points pour atteindre 69 % en 2011, entrainant ainsi une réduction de l’écart de taux d’activité avec la France métropolitaine, qui n’est plus que de 3,9 points en 2011 contre 5,7 points en 2006. Chez les femmes, la hausse du taux d’activité est de 3,8 points du fait du recul de 3 points de la part des femmes au foyer. En 2011, le taux d’activité féminin s’établit à 62,7 % contre 58,9 %, cinq ans plus tôt, se rapprochant ainsi du taux national (69,1%).

Dans la région, l’augmentation du poids la population active est due à la croissance de la part des actifs en emploi qui passe de 58 % en 2006 à 61 % en 2011, la part des actifs se déclarant au chômage étant quasi-stable sur la période (+ 0,1 point). Parallèlement, les femmes au foyer pèsent moins dans la population qu’il y a cinq ans (- 1,5 point). Toutes les autres catégories de population évoluent peu sur la période. C’est notamment le cas des retraités qui, avec 16 600 personnes, représentent 8 % de la population des 15-64 ans résidant en Corse en 2011, part qui n’a pas varié depuis 2006. Au-delà de 64 ans, le poids des retraités progresse de 2 points pour atteindre 84 % en 2011.

Figure_2 – Augmentation de la part des actifs en emploi

Répartition de la population de 15 à 64 ans par type d'activité en Corse en 2011 et 2006 (en %)
Augmentation de la part des actifs en emploi
2011 2006
Actifs en emploi 60,6 57,8
Actifs au chômage 8,1 8,0
Retraités ou préretraités 8,2 8,6
Femmes ou hommes au foyer 6,6 8,1
Elèves, étudiants et autres inactifs 16,4 17,5
  • Source : Insee, Recensements de la population.

Figure_2 – Augmentation de la part des actifs en emploi

Les moyennes et petites villes très dynamiques

En Corse, tous les types d’espace bénéficient d’une croissance de leur population active supérieure à celle de leur population sur ces cinq dernières années.

Les moyennes et petites aires sont les espaces les plus dynamiques enregistrant les hausses démographiques et de l’activité les plus élevées du territoire régional. Entre 2006 et 2011, leur population en âge de travailler progresse de 12 % et leur population active augmente de 16 % (contre respectivement 6 % et 11 % en moyenne régionale). En 2011, le taux d’activité s’établit à 66,5 % soit 2,4 points de plus qu’en 2006, le taux d’activité féminin gagnant 2,7 points.

En Corse, les petites villes et leur zone d’influence sont plus dynamiques qu’au niveau national où ce type d’aire perd des habitants et enregistre une très faible progression de l’activité (taux d’activité en hausse de seulement de 0,5 point en 5 ans). Elles se distinguent également de leurs homologues continentales par le poids supérieur de la population qui y réside : elles concentrent 14 % de la population régionale des 15-64 ans contre 4 % en France métropolitaine.

L’Île-Rousse et Ghisonaccia sont les petites aires qui enregistrent les plus fortes hausses de population et de population active sur cinq ans. Penta-di-Casinca connaît un développement important de sa population en activité, elle bénéficie de sa proximité et de l’influence de la couronne de Bastia.

Figure_3 – Croissances démographique et de l'activité vont de pair

  • Source : Insee, Recensements de la population.

L’espace rural insulaire suit la tendance

L’espace rural insulaire, qui regroupe l’ensemble des communes n’appartenant pas à une aire, abrite, en 2011, un cinquième de la population âgée de 15 à 64 ans. Il enregistre une hausse globale de sa population active supérieure à la moyenne régionale, alors que sa croissance démographique y est légèrement inférieure. Ceci traduit, plus que partout ailleurs en Corse, un phénomène de rattrapage de l’activité féminine sur ces cinq dernières années. Dans les grandes communes de cet espace, la population active augmente de 18 % suite à une forte hausse des femmes en activité (+ 22 %). Parallèlement, le nombre de femmes au foyer recule de façon importante (- 18 %). Ce phénomène est encore plus marqué dans les moyennes et les petites communes qui perdent 23 % de femmes au foyer. Les petites communes bénéficient d’un gain de population active de 4 %, alors que ce sont les seules à perdre des habitants sur la période.

En France métropolitaine, les communes situées hors influence des villes enregistrent une dynamique faible (+ 0,9 % de population et + 2 % de population active). En 2011, seul 1 Français de 15 à 64 ans sur 25 réside dans une de ces communes.

Figure_4 – Forte hausse de l'activité sur tout le territoire

Forte hausse de l'activité sur tout le territoire
2011 Evolution 2011/2006
Communes Population Part Pop active Taux d'activité Population Pop. active pop active féminine Taux d'activité
nombre nombre % nombre % % % % points
Région 360 201 685 100,0 138 617 68,7 5,9 10,7 12,6 2,9
Type d'espace
Grandes aires urbaines 107 125 265 62,1 87 220 69,6 4,6 8,7 10,4 2,6
Aire urbaine d'Ajaccio 53 64 608 32,0 46 292 71,7 4,5 9,7 11,6 3,4
Pôle Urbain 1 42 805 21,2 30 591 71,5 2,8 7,8 9,1 3,3
Périurbain 52 21 803 10,8 15 701 72,0 8,2 13,6 17,0 3,4
Aire urbaine de Bastia 54 60 657 30,1 40 928 67,5 4,6 7,6 9,1 1,9
Pôle Urbain 7 42 999 21,3 29 259 68,0 2,1 5,2 5,9 2,0
Périurbain 47 17 658 8,8 11 669 66,1 11,2 13,9 18,9 1,6
Autres aires 45 36 025 17,9 23 965 66,5 12,1 16,2 17,6 2,3
Porto-Vecchio 3 8 485 4,2 5 913 69,7 17,2 19,0 11,0 1,0
Calvi 7 6 766 3,4 4 972 73,5 10,3 13,4 19,8 2,0
Corte 20 7 066 3,5 3 749 53,1 5,6 10,1 13,9 2,2
Penta-di-Casinca 6 4 406 2,2 2 966 67,3 9,3 17,3 22,5 4,6
L'Île-Rousse 6 4 180 2,1 2 835 67,8 18,5 23,4 26,1 2,7
Propriano 2 2 650 1,3 1 858 70,1 10,6 11,9 13,6 0,8
Ghisonaccia 1 2 473 1,2 1 672 67,6 17,3 23,5 27,4 3,4
Espace rural 208 40 395 20,0 27 433 67,9 5,0 12,5 16,4 4,6
Communes de : 1 000 hab. et plus 18 20 865 10,3 14 610 70,0 9,1 18,0 21,8 5,3
250 à 999 hab. 41 11 645 5,8 7 736 66,4 3,4 9,1 11,8 3,5
moins de 250 hab. 149 7 885 3,9 5 086 64,5 -2,6 3,7 8,7 3,9
  • Source : Insee, Recensements de la population.

Aires urbaines d’Ajaccio et Bastia : dynamisme marqué dans les couronnes périurbaines

Les grandes aires urbaines d’Ajaccio et Bastia concentrent la majeure partie de la population régionale. Elles regroupent toutefois moins de population que l’ensemble des grandes aires urbaines nationales (62 % des 15-64 ans contre 79 %). Entre 2006 et 2011, la croissance de leur population active est quatre fois supérieure à celle du même type d’aire urbaine de France métropolitaine.

Cette hausse est particulièrement marquée dans les couronnes périurbaines d’Ajaccio et de Bastia : + 14 % contre + 6 % dans les pôles urbains. En effet, les personnes en activité s’installent de plus en plus en périphérie des centres urbains tout en y travaillant, notamment pour profiter d’une meilleure qualité de vie et/ou de conditions de logements plus favorables.

L’aire urbaine d’Ajaccio compte 41 500 emplois, concentrés à 81 % sur la ville centre. La commune d’Ajaccio abrite en outre 6 500 emplois de plus que d’actifs occupés, la plupart pourvus par des résidents de sa couronne. Ainsi, 16 % des actifs de l’aire urbaine ajaccienne quittent chaque jour leur commune de résidence de la couronne pour travailler dans le pôle.

L’aire urbaine de Bastia diffère quelque peu de son homologue ajaccienne. Son pôle est composé de sept communes (Bastia, Biguglia, Brando, Furiani, San-Martino-di-Lota, Santa-Maria-di-Lota et Ville-di-Pietrabugno) et l’emploi y est par conséquent plus diffus. En revanche, il concentre davantage d’actifs résidents (71 % contre 66 % à Ajaccio), ces actifs pouvant passer de l’une à l’autre de ses communes pour travailler. Avec 37 200 emplois, l’aire urbaine de Bastia compte un millier d’emploi de plus que d’actifs résidents, ce qui traduit le fait que l’on vient d’au-delà de son périmètre pour travailler. L’aire urbaine bastiaise est en effet moins limitée par le relief que celle d’Ajaccio, notamment de par son ouverture sur la plaine orientale.

Les spécificités du tissu économique local expliquent la bonne tenue du marché de l’emploi entre 2006 et 2011

En Corse, entre 2006 et 2011, le nombre d’actifs se déclarant en emploi augmente davantage qu’au niveau national (+ 11 % contre + 2 %), du fait d’une croissance démographique supérieure et du faible poids de l’industrie, principal secteur affecté par la crise de 2008. En 2011, l’industrie ne représente en effet que 6 % des emplois régionaux (contre le double sur le continent), très loin derrière le secteur tertiaire (80 %).

Sur la période, la tertiarisation de l’emploi a continué, avec la stagnation de l’emploi industriel et agricole au profit du tertiaire marchand (commerce, transport et services) et non marchand (administration publique, enseignement, santé et action sociale) dont la part progresse de 3 points pour chacun.

La hausse du nombre d’emplois du secteur tertiaire est particulièrement visible en périphérie du pôle urbain d’Ajaccio (+ 31 %) et dans les grandes communes rurales de plus de 1 000 habitants (+ 27 %), situées en majorité sur le littoral insulaire.

Parallèlement, le secteur de la construction enregistre un essor important dans l’ensemble de l’espace régional puisque le nombre d’emplois augmente en moyenne de 26 % sur la période, avec des pics visibles dans les couronnes d’Ajaccio et de Bastia (+ 34 %) ainsi que dans les moyennes et petites aires de Porto-Vecchio, L’Île-Rousse et Calvi. Ces évolutions correspondent, en partie, à l’étalement de la population donc des logements dans les couronnes périurbaines, mais aussi à l’augmentation de constructions liées au tourisme et au commerce ainsi qu’à la réalisation d’ouvrages : barrage, ponts…

L’essor de la construction se traduit par une hausse de 10 % du nombre d’ouvriers, alors qu’en France métropolitaine, cette catégorie socioprofessionnelle est la seule à perdre des emplois sur la période (- 6 %).

Sources

Recensements de la population 2006 et 2011 - exploitation complémentaire.

Définitions

Les aires urbaines : sont composées d'un pôle et d'une couronne de communes dont au moins 40 % de la population résidente ayant un emploi travaille dans le pôle ou dans sa couronne. Un pôle est une unité urbaine d'au moins 1 500 emplois.

Dans cette étude, on distingue les grandes aires urbaines, basées sur des pôles de plus de 10 000 emplois des autres aires, petites et moyennes, basées respectivement sur des pôles de 1 500 à 5 000 emplois et des pôles de 5  000 à 10 000 emplois. L'espace rural est ici considéré comme l'ensemble des communes n'appartenant pas à une aire urbaine.

La notion d'unité urbaine repose sur la continuité du bâti et le nombre d'habitants. On appelle unité urbaine une commune ou un ensemble de communes (agglomération) présentant une zone de bâti continu (pas de coupure de plus de 200 mètres entre deux constructions) qui compte au moins 2 000 habitants.

La Corse comprend :

deux grandes aires urbaines : Ajaccio et Bastia ;

une moyenne aire : Porto-Vecchio ;

six petites aires : Calvi, Corte, Penta-di-Casinca, L'Île-Rousse, Propriano, Ghisonaccia.

Les grandes communes du rural : plus de 1 000 habitants.

Les moyennes communes du rural : entre 250 et 1 000 habitants.

Les petites communes du rural : moins de 250 habitants

Champ de l’étude 

Population âgée de 15 à 64 ans en Corse et en France métropolitaine.