Un emploi sur cinq dans les fonctions métropolitaines en Guadeloupe

Benoît Hurpeau

Les fonctions exercées à Pointe-à-Pitre, à Sainte-Anne, ou à Basse-Terre ne sont pas les mêmes. En 2011, les fonctions liées aux services à la personne (administration, éducation-formation, santé, action sociale, services de proximité…) représentent un emploi sur deux en Guadeloupe. Elles se développent sur le territoire en fonction de la présence de la population. Les fonctions liées aux prestations intellectuelles, à la conception-recherche, au commerce inter-entreprises, à la gestion ou à la culture et aux loisirs représentent un cinquième de l’emploi régional, soit une part de 3 points plus importante qu’en 1999. Elles restent très concentrées autour de l’agglomération pointoise. Enfin, parmi les fonctions de production concrète, leur part ne cesse de s’éroder depuis 12 ans mais reste soutenue par les fonctions du BTP et de la fabrication. Le nombre d’emplois relevant des fonctions agricoles est en forte baisse, plus d’un quart des emplois de ces fonctions ont été détruits entre 1999 et 2011.

En 2011, 128 755 personnes occupent un emploi en Guadeloupe. Entre 1999 et 2011, l’emploi y a progressé de 16 % alors que la population n’a augmenté que de 5 %. La répartition de l’activité en 15 grandes fonctions permet de compléter l’approche classique de l’analyse de l’emploi par secteur d’activité. L’approche sectorielle ne rend pas compte des métiers exercés sur le territoire. En effet, un comptable peut exercer les mêmes fonctions qu’il soit dans un établissement du BTP ou des nouvelles technologies. Pourtant, il sera comptabilisé soit dans le secteur du BTP, soit dans celui des services. Cette analyse permet d’apporter un nouvel éclairage sur les dynamiques des différents territoires.

La région Guadeloupe tournée vers les emplois des fonctions présentielles

En Guadeloupe, la sphère présentielle représente la moitié des emplois. Cette sphère regroupe les activités mises en œuvre localement pour la production de biens et services visant la satisfaction des personnes présentes dans la zone qu’elles soient résidentes ou touriste (encadré). Les fonctions qui lui sont associées relèvent de professions directement liées aux services à la personne (administration, éducation-formation, santé, action sociale, services de proximité…). Le territoire guadeloupéen, malgré sa faible taille, est pourvu de tous les services publics. Le poids de l’administration publique y est donc important, avec plus d’un emploi sur dix, même si cette part a tendance à diminuer depuis 1999. La Guadeloupe se caractérise par une population vieillissante et une activité touristique intense. C’est en partie ce qui explique la forte proportion des fonctions présentielles sur le territoire : entre 1999 et 2011, l’emploi a crû de 66 % dans la fonction santé et l’action sociale.

Figure 1 – L'agriculture pèse de moins en moins dans les emplois en Guadeloupe

L'agriculture pèse de moins en moins dans les emplois en Guadeloupe
1999 2006 2011
Agriculture 5,9 4,5 3,7
Bâtiment-Travaux Publics 8,1 8 8,3
Fabrication 4,4 4,2 4,3
Commerce Inter-entreprises 2,1 2,1 2,3
Conception, Recherche 0,5 0,6 0,5
Culture, Loisirs 1,4 1,6 1,8
Gestion 10,4 12,4 12
Prestations Intellectuelles 1,5 2 2,4
Administration publique 13,4 12,2 12
Distribution 8,4 8,9 8,5
Education, Formation 8,1 8,2 7,7
Santé, Action Sociale 6,5 8 9,3
Services de Proximité 11,9 12,3 12,1
Entretien, Réparation 9,7 8 8,1
Transports, Logistique 7,5 7 6,9
  • Source : Recensements de la population 1999,2006 et 2011, exploitation complémentaire au lieu de travail.

Figure 1 – L'agriculture pèse de moins en moins dans les emplois en GuadeloupeÉvolution de la part des emplois par fonction

Figure 2 – La moitié des emplois dans les fonctions présentielles - Répartition et évolution des emplois par fonction

La moitié des emplois dans les fonctions présentielles - Répartition et évolution des emplois par fonction
Guadeloupe France hors Île-de-France
Nombre d'emplois Part (%) Évolution 1999 - 2011 (%) Évolution de la part 1999 - 2011 (en points) Évolution 2006 - 2011 (%) Évolution de la part 2006 - 2011 (en points) Part (%) Évolution 1999 - 2011 (%) Évolution de la part 1999 - 2011 (en points)
Fonctions de production concrète 21 037 16,3 + 3,3 - 2,0 + 1,7 -0,4 20,4 - 5,7 - 4,1
Agriculture 4 812 3,7 - 26,8 - 2,2 - 13,8 -0,8 3,4 - 21,6 - 1,5
Bâtiment-Travaux Publics 10 742 8,3 + 19,9 + 0,3 + 8,4 0,3 7,1 + 24,2 + 0,6
Fabrication 5 483 4,3 + 13,5 - 0,1 + 5,3 0,1 9,9 - 14,5 - 3,2
Fonctions métropolitaines 24 482 19 + 38,7 + 3,1 + 4,8 0,3 22,3 + 29,1 + 2,8
Commerce Inter-entreprises 2 989 2,3 + 28,9 + 0,2 + 12,4 0,2 3,4 + 18,6 + 0,2
Conception, Recherche 663 0,5 + 23,7 + 0,0 - 15,8 -0,1 2,2 + 19,1 + 0,1
Culture, Loisirs 2 271 1,8 + 41,8 + 0,3 + 12,5 0,2 1,8 + 52,0 + 0,5
Gestion 15 437 12,0 + 34,1 + 1,6 + 0,5 -0,4 11,9 + 21,9 + 0,8
Prestations Intellectuelles 3 122 2,4 + 85,4 + 0,9 + 23,3 0,4 3,0 + 85,5 + 1,2
Fonctions présentielles 63 881 49,6 + 19,0 + 1,2 + 3,8 0,0 41,4 + 21,8 + 2,9
Administration publique 15 437 12,0 + 3,9 - 1,4 + 2,0 -0,2 8,8 + 15,5 + 0,2
Distribution 10 921 8,5 + 17,0 + 0,1 - 1,6 -0,4 7,8 + 19,4 + 0,4
Education, Formation 9 893 7,7 + 9,7 - 0,5 - 2,3 -0,5 5,1 + 4,2 - 0,4
Santé, Action Sociale 12 012 9,3 + 66,1 + 2,8 + 21,5 1,3 9,5 + 40,5 + 1,8
Services de Proximité 15 618 12,1 + 18,0 + 0,2 + 2,1 -0,2 10,2 + 24,7 + 0,9
Fonctions transversales 19 355 15,0 + 1,3 - 2,2 + 4,3 0,1 15,9 + 2,6 - 1,6
Entretien, Réparation 10 486 8,1 - 2,7 - 1,6 + 6,0 0,1 7,8 + 1,0 - 0,9
Transports, Logistique 8 869 6,9 + 6,4 - 0,6 + 2,3 -0,1 8,2 + 4,2 - 0,7
Total 128 755 100 + 16,2 /// + 6,5 /// 100 + 13,1 ///
  • /// Absence de résultat due à la nature des choses.
  • Source : Recensements de la population 1999,2006 et 2011, exploitation complémentaire au lieu de travail.

L’emploi dans les fonctions de gestion, de conception-recherche, de prestations intellectuelles, de commerce interentreprises et de culture-loisirs augmente aussi fortement (+ 38 %), la croissance étant même plus rapide qu’en France hexagonale. Ces fonctions sont qualifiées de métropolitaines, c’est-à-dire propres aux villes. Même si elles représentent un emploi sur cinq, la part de l’emploi dans cette fonction reste en deçà de ce qui est observé en métropole. La majorité des emplois sont concentrés dans les fonctions de gestion (63 %). Les fonctions les plus dynamiques sont liées aux prestations intellectuelles (+85 %), mais leur poids reste encore marginal dans l’emploi total (2,4 %).

Dans le même temps, les fonctions de production concrète se maintiennent, ce qui n’est pas le cas en France métropolitaine où l’effondrement de l’emploi dans des fonctions agricoles ou de fabrication a fait baisser sa part de quatre points. En Guadeloupe, les fonctions de production concrète résistent grâce une bonne tenue de l’emploi dans les fonctions du BTP et de la fabrication. A l’opposé, les fonctions agricoles chutent fortement en perdant un quart d’emploi en 15 ans.

Coup d’arrêt de la croissance dans les fonctions de gestion

La crise de 2009 contre la vie chère et les changements démographiques impactent la répartition des emplois en Guadeloupe. La croissance annuelle de l’emploi entre 2006 et 2011, moins rapide que sur la période 1999-2006, reste plus importante que la croissance de la population (+0,7 % contre +0,2%). Néanmoins, l’emploi dans les fonctions métropolitaines a connu un net ralentissement entre 2006 et 2011, notamment dans les fonctions de gestion qui représentent l’essentiel des emplois. Dans ces fonctions, la croissance annuelle moyenne de l’emploi est passée de 4,1 % par an entre 1999 et 2006 à 0,1 % par an entre 2006 et 2011. Il en va de même pour les fonctions de services de proximité et de distribution. Le ralentissement observé dans les fonctions d’éducation et de formation est quant à lui, plus lié aux changements démographiques que connaît le territoire qu’à un effet post-crise. La chute continue pour les fonctions agricoles qui restent sur des pertes annuelles d’emplois de l’ordre de 2,9 %. Les fonctions d’entretien et de réparation sortent du lot et regagnent des emplois sur la période 2006-2011 (+ 1,2  %) alors qu’elle en perdait sur la période 1999-2006 (-1,2 %). Au final, peu de fonctions ont connu une croissance un peu plus rapide sur la période 2006-2011 qu’avant. Il reste deux exceptions avec par ordre décroissant les fonctions du commerce-interentreprises et de l’administration publique.

Malgré un manque de spécialisation, la Guadeloupe reste dynamique sur le terrain de l’emploi

L’écart de niveau d’emploi entre 1999 et 2011 peut être décomposé en quatre effets : un effet national, un effet sectoriel, un effet régional et un effet d’allocation. L’effet national correspond à la part de l’écart imputable à la croissance au niveau de la France. La croissance de l’emploi en France ayant été positive entre 1999 et 2011, l’effet est donc aussi positif en Guadeloupe et représente 14 600 emplois en plus sur la période.

L’effet sectoriel cherche à apprécier quels sont les secteurs en devenir et ceux en déclin au niveau national et d’apprécier l’effet produit en région. Sans surprise, les métiers agricoles sont les plus en déclin avec un effet sectoriel de – 2 300 emplois dans les fonctions agricoles. Plus globalement, l’effet sectoriel est négatif pour les fonctions de production concrète. À l’opposé, les fonctions de la santé et de l’action sociale sont en devenir avec un effet positif de + 2 000 emplois.

L’effet local permet quant à lui de mesurer les performances régionales pour les différentes fonctions en faisant abstraction de tout effet de structure. Il est ici question de savoir si la Guadeloupe a été plus ou moins performante qu’au niveau national. Les fonctions de fabrication sont en net recul en France, ce qui n’est pas le cas en Guadeloupe. L’effet local est donc fortement positif avec 4 000 emplois en plus. Les fonctions de santé et d’action sociale sont là encore très dynamiques et même plus qu’en France : l’effet local représenterait un gain de 2 200 emplois. Dans l’autre sens et malgré une croissance de l’emploi positive, l’effet local pour les fonctions de l’administration publique est négatif et correspond à une perte de 1 100 emplois pour le territoire.

L’agglomération Pointoise locomotive pour les fonctions métropolitaines

La part des emplois liés à la production concrète est plus importante dans les communes du Nord Grande-Terre, aux Saintes, à Marie-Galante et à Capesterre-Belle-Eau. Sur ces territoires, la production agricole est encore importante et pour certains on y fabrique du rhum. Mais la majorité des emplois de production concrète est concentrée à Baie-Mahault et aux Abymes (30 %), de part l’importance des emplois du BTP sur ces deux communes.

Les communes de la Côte-sous-le-vent ont un caractère à la fois rural et touristique. Pour cette raison, les emplois de l’administration publique et les services de proximité y sont importants. Un emploi sur deux est lié aux fonctions présentielles. Les métiers des fonctions présentielles sont aussi prédominants dans la partie touristique de Grande-Terre.

Enfin, à Basse-Terre, capitale administrative de la Guadeloupe, un emploi sur trois est un emploi public. La présence du Centre Hospitalier Universitaire de Basse-Terre concoure à la part importante (65 %) des emplois dans les fonctions présentielles.

Figure 3 – Reprise de la croissance dans les fonctions d’entretien et de réparation en Guadeloupe - Évolution annuelle moyenne de l’emploi entre 1999 et 2006 croisée avec l’évolution annuelle de l’emploi entre 2006 et 2011

  • Note de lecture : En Guadeloupe, entre 2006 et 2011 l’évolution de l’emploi dans les fonctions de Gestion est quasiment nulle alors
  • qu’elle était de plus de 4 % par an entre 1999 et 2006.
  • NB : les cercles sont proportionnels au poids de la fonction dans la région.
  • Source : Recensements de la population 1999 et 2011, exploitation complémentaire au lieu de travail

Figure 4 – Deux tiers des emplois dans les fonctions présentielles à Basse-Terre et Saint-Claude - Poids des différentes fonctions dans l’emploi total en 2011

  • Note de lecture : À Basse-Terre, la part de l’emploi dans les fonctions présentielles est supérieure à 60 %
  • Source : Recensement de la population 2011, exploitation complémentaire au lieu de travail

Les emplois des fonctions métropolitaines se concentrent autour de l’agglomération pointoise. Autour du duo Baie-Mahault/Pointe-à-Pitre, les communes du Gosier, Petit-Bourg et des Abymes ont un taux d’emploi de fonctions métropolitaines qui oscille entre 15 et 20 %. Les emplois de gestion sont prédominants dans l’ensemble des communes. Ils culminent à Pointe-à-Pitre avec près de deux emplois des fonctions métropolitaines sur trois. À Baie-Mahault, les fonctions de commerce interentreprises représentent un emploi des fonctions métropolitaines sur cinq. À Petit-Bourg, ce sont les fonctions de conception-recherche ou de prestations intellectuelles qui représentent un tiers de ces emplois.

Encadré

Encadré : Les fonctions : une nouvelle approche pour qualifier l’emploi

L’approche développée ici utilise une grille de lecture de l’emploi basée sur la fonction exercée par les personnes en emploi, salariées ou non.

Les quinze fonctions, elles-mêmes regroupées en quatre grandes fonctions, se définissent par leur rôle dans le processus de production de biens ou de services et tiennent compte de la profession exercée.

Parmi ces fonctions, certaines, plus présentes dans les grandes métropoles, sont nommées fonctions métropolitaines ; il s’agit des fonctions de conception-recherche, prestations intellectuelles (deux fonctions proches l’une de l’autre mais qui se distinguent par la dimension « innovation » attachée à la première), gestion, culture- loisirs et commerce inter-entreprises.

D’autres fonctions sont liées à des services à la population, résidente ou seulement présente pour le tourisme : administration publique, distribution, éducation-formation, santé et action sociale, services de proximité. Elles sont qualifiées de fonctions présentielles.

Les activités ne relevant pas de cette sphère sont dites non présentielles ou « productives ».

L’économie non-présentielle regroupe les activités qui produisent des biens majoritairement orientés vers les marchés extérieurs au territoire ainsi que les activités de services tournées principalement vers les entreprises de cette sphère. On y trouve notamment l’agriculture, la plus grande partie de l’industrie, le commerce de gros, le transport routier, les services aux entreprises, les activités liées à l’énergie.

Les fonctions de production concrète regroupent la fabrication, l’agriculture et le bâtiment-travaux publics. Elles mettent en œuvre des processus techniques et concourent directement à la production de biens matériels.

Enfin, les deux dernières fonctions sont appelées fonctions transversales : transports-logistique et entretien-réparation.

Cette grille de lecture est orthogonale aux secteurs d’activité, aux niveaux de qualification et aux statuts (salarié, non salarié).

Par exemple, la fonction fabrication comprend aussi bien des ouvriers qualifiés ou non qualifiés, que des artisans (serruriers, métalliers, de l’ameublement, etc.) ou des techniciens et ingénieurs de fabrication.

Sources

Sources

Les données sont issues des recensements de la population de 1999 (exploitation lourde), de 2006 et 2011 (exploitation complémentaire portant sur le lieu de travail).

Les fonctions (encadré 1) ont été codifiées selon un regroupement des postes de la nomenclature des Professions et catégories socioprofessionnelles (PCS).

Méthodes

Méthodologie pour la mise en œuvre de l’analyse fonctionnelle des emplois :

Le modèle d’Esteban-Marquillas :

Le principe est de décomposer l’écart total de l’emploi en 4 composantes :

- National growth effect ou effet national (NS) correspond à la part de l’écart imputable à la croissance au niveau de la zone de référence. Il représente l’écart attendu si la zone d’étude s’était comportée globalement comme la zone de référence.

- Industry mix effect ou effet proportionnel (IM) correspond à la part de l’écart imputable à la croissance dans chaque fonction au niveau de la zone de référence. Il représente l’écart attendu si chaque fonction de la zone d’étude s’était comporté comme au niveau global en y enlevant la croissance globale.

- Local share effect ou effet régional (RS) correspond à la part imputable à la croissance de la zone d’étude. Il se calcule comme le niveau d’emploi qu’aurait la zone d’étude si elle avait la même structure fonctionnelle que le niveau national.

- l’allocation effect (AL)

Pour en savoir plus

Van Puymbroeck C., Reynard R., « Les grandes villes concentrent les fonctions intellectuelles, de gestion et de décision », Insee Première, n°1278, 2010.

Claudel A., « Emploi : extension des fonctions métropolitaines au sud-ouest de Paris », Insee Île-de-France, Île-de-France à la page, n°358, 2011.

Bourriez M ., Lecrenais C., « En vingt-cinq ans, l’emploi bourguignon se transforme et les territoires perdent leur spécialisation », Insee Bourgogne, Bourgogne Dimensions, n°189, 2013.

Beckouche P., Damette F., « Une grille d’analyse globale de l’emploi. Le partage géographique du travail », Économie et statistique, n° 270, Insee, 1993.

Albert L., Garreau P., Fouchier V., « La spécialisation économique des villes françaises», Datar, 2004.