La moitié des établissements se renouvellent chaque année depuis 2008

Xavier Tribout - Insee

Entre les créations, disparitions et transferts géographiques, près de la moitié des établissements se renouvellent chaque année en Languedoc-Roussillon entre 2008 et 2013. Couplés aux évolutions d’effectifs des établissements pérennes, ces changements provoquent la réallocation d’un tiers des emplois salariés régionaux tous les ans et modifient le paysage économique. Ce phénomène est accentué par deux événements : la crise de 2008 et la création en 2009 du statut d’auto entrepreneur.

Près de la moitié des établissements se renouvellent chaque année en Languedoc-Roussillon

Entre 2008 et 2013, 45 % des établissements se sont renouvelés chaque année en Languedoc-Roussillon. Ce taux de rotation important s’explique par la création annuelle de 45 000 établissements, soit 24 % de l’ensemble des établissements et par la disparition de 38 000 d’entre eux, soit 21 %. Cette rotation, surtout la création d’établissements, est plus marquée en Languedoc-Roussillon qu’en France, qui compte 21 % de créations et 17 % de disparitions par an. Elle caractérise les territoires à forte croissance démographique comme le pourtour méditerranéen et les grandes métropoles et reflète en partie la structure sectorielle des territoires.

Les mouvements d’établissements sont différents selon les secteurs. Ils sont plus importants dans les activités de l’information et de la communication, de la construction et des services, qu’ils soient dédiés aux entreprises ou à la population présente (figure 1). Les activités industrielles ont un renouvellement moins marqué.

Au plan régional comme au plan national, la plus forte rotation d'établissements se situe dans les secteurs de l'information et de la communication et des autres activités de services. Dans ces secteurs, les deux tiers des établissements sont renouvelés tous les ans. Dans les activités scientifiques, la construction et le commerce, la moitié des établissements sont renouvelés tous les ans. Dans l'industrie, en revanche, c'est moins du quart des établissements qui se renouvelle tous les ans. Les activités financières et d’assurance font également partie des secteurs dont les taux d'entrée et de sortie sont les plus faibles en Languedoc-Roussillon comme au plan national.

Figure 1 – Taux d’entrée et de sortie annuels moyens des établissements du Languedoc-Roussillon entre 2008 et 2013 par secteur d’activité

  • Source : Insee, REE et Clap

La structure du tissu productif régional, moins industrielle qu’au plan national et plus importante dans la construction et les services, explique le plus fort renouvellement de ses établissements. Le dynamisme démographique est lié à celui du tissu productif. Cependant, la croissance de l’emploi (+ 0,7 % par an entre 2008 et 2013) reste en dessous de la croissance de la population active (+ 1,1 % par an). Enfin, la saisonnalité liée aux activités touristiques fortement présentes en Languedoc-Roussillon accentue ce renouvellement.

La forte rotation de l’emploi n’implique pas toujours de fortes variations d’effectifs

Les disparitions et créations d’établissements, ainsi que les évolutions d’effectifs au sein des établissements pérennes (augmentation ou diminution) génèrent la création et la disparition d’emplois : c’est la réallocation de l’emploi (définition). Ces mouvements d’emplois salariés sont plus fréquents au niveau de la région qu’au plan national. Ils représentent chaque année 32 % du volume total d’emplois régionaux contre 28 % en France (figure 2).

Malgré un renouvellement important des établissements et une rotation forte des emplois, l’effectif salarié global varie peu. Au niveau sectoriel, des tendances se détachent. En 5 ans, les emplois industriels ont diminué de 2 % (- 1 500 emplois). La construction a également fortement perdu de ses emplois du fait de la crise : 1 600 emplois en moins. En revanche, l’ensemble des activités du secteur tertiaire, à l’exception des activités immobilières a continué de croître.

Un plus fort renouvellement dans les espaces urbains, une plus grande stabilité dans les espaces ruraux

Bénéficiant d’une croissance démographique, toutes les zones d’emplois du Languedoc-Roussillon ont connu une augmentation du nombre de leurs établissements entre 2008 et 2013 (figure 3). Les plus urbaines, portées par les activités à forte valeur ajoutée, comme Toulouse et Montpellier, voient apparaître 5 % d’établissements en plus chaque année depuis 2008. Elles se caractérisent également par un fort taux de renouvellement de leurs établissements nettement au-dessus de la moyenne régionale. Les zones d’emplois de Nîmes et de Perpignan, davantage affectées par la crise et subissant comme toutes les autres le ralentissement de la consommation, connaissent une augmentation de leur nombre d’établissements inférieure à celle de la région : 3,3 % contre 3,7 % entre 2008 et 2013.

La zone d’emploi de Clermont-l’Hérault a bénéficié à la fois du dynamisme de Montpellier et Béziers, villes auxquelles elle est reliée directement depuis l’ouverture des deux branches de l’A75. A l’inverse, les zones plus rurales sont les moins dynamiques : Prades et la Lozère avec + 2 % de croissance annuelle.

Figure 2 – Réallocation des emplois salariés entre le 1er janvier 2008 et 2013 en Languedoc-Roussillon

Réallocation des emplois salariés entre le 1er janvier 2008 et 2013 en Languedoc-Roussillon
Nombre d'emplois salariés par an % dans le total des emplois salariés en début d'année % national
Créations, réactivations 19 800 4,4 3,4
reprises 4 200 0,9 1
transferts (emménagements) 9 700 2,1 2,2
Total des entrées 33 700 7,5 6,6
Transferts 10 000 2,2 3,3
Cessations 4 200 0,9 1
Disparitions 17 000 3,8 2,1
Total des sorties 31 200 6,9 6,4
Augmentation dans les établissements en croissance 39 300 8,7 7,7
Diminution dans les établissements en déclin 38 800 8,6 7,7
Total évolution dans les établissements pérennes 78 100 17,3 15,4
Réallocation totale 143 000 31,6 28,4
  • Champ : établissement ayant une activité marchande, hors agriculture
  • Source : Insee, REE et Clap

Figure 3 – Évolution annuelle du stock d’établissements entre les 1er janvier 2008 et 2013 par zone d’emploi

  • Champ : établissement ayant une activité marchande, hors agriculture
  • Source : Insee, REE et Clap

Sources

Dans le cadre de cette publication, l’emploi étudié est l’emploi salarié des établissements, au 31 décembre ou au 1er janvier selon les cas. Il se mesure en « personnes physiques » au sens où un salarié compte pour un emploi, même s’il est à temps partiel.

L’étude porte sur les établissements, c’est-à-dire les unités de production géographiquement localisées. Un établissement produit des biens ou des services : ce peut être une usine, une boulangerie, un magasin de vêtements, un des hôtels d'une chaîne hôtelière, la « boutique » d'un réparateur de matériel informatique.

Définitions

Le renouvellement des établissements mesure l’ensemble des mouvements sur le territoire, en sommant l’ensemble des entrées et sorties (créations, disparitions, transferts, cessions, reprises).

La réallocation des emplois somme l’ensemble des effectifs des établissements entrants ou sortants sur le territoire. Sont également ajoutées les augmentations d’effectifs dans les établissements pérennes en croissance et les diminutions d’effectifs en déclin. Seules les variations d’emplois sont prises en compte, et non les mouvements des salariés (retraites, embauches remplaçant un départ…).

Pour en savoir plus

Doisneau L., « Un tiers du tissu productif local se renouvelle chaque année », Insee Première n°1551, mai 2015

Batto V., Rousseau S., « Hausse des créations d’entreprises en 2014, notamment des sociétés », Insee Première n°1534, janvier 2015

Rabier R., « Le créateur d’entreprise languedocien pense d’abord à assurer son propre emploi », Repère synthèse n°4, avril 2009