En Centre-Val de Loire, plus du tiers des établissements se renouvellent chaque année

Anthony Claudel

Le nombre d’établissements exerçant une activité marchande a augmenté de 3,1 % par an en moyenne entre 2008 et 2013 en Centre-Val de Loire. Près de 37 % des établissements se renouvellent chaque année, grâce principalement aux créations et aux cessations. Cette évolution du tissu productif est plus marquée dans les zones urbaines que dans les territoires ruraux du sud de la région. Ces mouvements impactent l’emploi : 25 % des effectifs salariés sont créés ou détruits chaque année.

En Centre-Val de Loire, le nombre d’établissements dans les activités marchandes hors agriculture est passé de 112 000 à 130 000 entre janvier 2008 et 2013, en tenant compte des auto-entrepreneurs.

L’évolution annuelle moyenne de 3,1 % est légèrement inférieure à celle de la France (3,5 %). Ce taux place la région au 11rang des régions métropolitaines.

La croissance modérée du nombre d’établissements, environ 3 600 par an, résulte toutefois d’un renouvellement important du tissu productif : près de 37 % des établissements sont concernés chaque année : 20 % des établissements apparaissent et 17 % disparaissent.

Ces changements ont des impacts économiques variables, puisque ici ne sont considérés que les établissements, quelle que soit leur taille ou leur activité. Ils reflètent cependant une importante modification du tissu productif local.

Peu de renouvellement dans le sud de la région

Le renouvellement n’est pas de la même ampleur selon les territoires (figure 1). Il est plus élevé dans les zones les plus urbanisées, telles qu’Orléans, Tours ou Dreux (plus de 40 % dans cette dernière zone d’emploi). Dans le sud de la région, en particulier dans l’Indre, le renouvellement est faible. Il est de moins de 30 % dans les territoires d’Issoudun et du Blanc.

Ces différences s’expliquent en partie par les spécialisations sectorielles des territoires. En effet, certains secteurs tels que l’information et la communication ou les autres services enregistrent de nombreux mouvements d’entrée-sortie. À l’opposé, dans le secteur industriel ou celui des activités financières et d’assurance, le renouvellement est plus faible (moins de 25 %).

Figure_1 – Un fort renouvellement du tissu productif dans les zones urbaines

  • Source : Insee, Répertoire des entreprises et des établissements (Sirene) - Clap

Hausse du nombre d’établissements grâce aux créations

Les nouveaux établissements sont principalement des créations, près de quatre fois sur cinq (figure 2). Les transferts géographiques, c’est-à-dire l’emménagement d’un établissement avec l’ensemble de ses moyens de production, représentent une part un peu moins élevée des flux pour le Centre-Val de Loire qu’en moyenne des régions, mais restent importants. Cependant, le solde des transferts est quasi nul pour la région.

Ainsi, ces différents mouvements concernent plus de 44 000 établissements chaque année dans la région, soit près de 3 % du total national.

Figure_2 – Les créations et cessations, principaux moteurs du renouvellement en Centre-Val de Loire

nombre, %
Les créations et cessations, principaux moteurs du renouvellement en Centre-Val de Loire
Mouvements annuels Emplois salariés Part dans la France
nombre part
Créations (y compris réactivations) 18 900 78,7 3,0
Reprises 1 200 5,0 3,8
Transferts (emménagements) 3 900 16,3 2,8
Total des entrées 24 000 100,0 3,0
Cessations 15 300 75,0 3,1
Cessions 1 200 5,9 3,8
Transferts (déménagements) 3 900 19,1 2,8
Total des sorties 20 400 100,0 3,0
Renouvellement total 44 400 /// 3,0
  • /// : Absence de résultat due à la nature des choses
  • Champ : établissements ayant une activité marchande, hors agriculture
  • Source : Insee, Répertoire des entreprises et des établissements (Sirene) - Clap

Un emploi salarié sur quatre réalloué chaque année

Le renouvellement des établissements entraîne logiquement de forts mouvements d’emplois.

Sur la période, dans la région, les établissements en création, réactivation, repris ou entrant sur le territoire ont généré 31 000 emplois en moyenne par an. À l’inverse, 31 900 ont été supprimés suite à des cessations, cessions ou transferts.

De plus, l’emploi a fluctué dans les établissements pérennes au cours de la période. En comptabilisant uniquement les créations d’emplois dans les établissements en croissance, 34 800 ont été créés. À l’opposé, 37 000 ont été supprimés dans les établissements pérennes en déclin.

Au total, 134 600 emplois salariés, c’est-à-dire un quart du total, sont ainsi réalloués en moyenne tous les ans (figure 3). Ce taux est inférieur de trois points au niveau national.

Figure_3 – Un quart des emplois salariés réalloués chaque année en Centre-Val de Loire

nombre, %
Un quart des emplois salariés réalloués chaque année en Centre-Val de Loire
Mouvements annuels Emplois salariés Part dans le total des emplois salariés
nombre Part
Créations (y compris réactivations) 16 700 53,8 3,1
Reprises 5 600 18,1 1,0
Transferts (emménagements) 8 700 28,1 1,6
Total des entrées 31 000 100,0 5,8
Cessations 17 600 55,2 3,3
Cessions 5 600 17,6 1,0
Transferts (déménagements) 8 700 27,2 1,6
Total des sorties 31 900 100,0 5,9
Augmentation dans les établissements en croissance 34 800 48,5 6,5
Diminution dans les établissements en déclin 37 000 51,5 6,9
Total des évolutions dans les établissements pérennes 71 800 100,0 13,4
Réallocation totale 134 700 /// 25,0
  • /// : Absence de résultat due à la nature des choses
  • Champ : établissements ayant une activité marchande, hors agriculture
  • Source : Insee, Répertoire des entreprises et des établissements (Sirene) - Clap

L’ampleur de la réallocation est très variable selon les territoires. Elle est très faible dans certaines zones, comme Issoudun, Pithiviers ou Nogent-le-Rotrou, avec moins de 20 %. Ces taux sont parmi les plus faibles au niveau national.

Au contraire, d’autres territoires ont des taux de réallocations plus élevés, comme Vierzon ou Cosne - Clamecy.

Les réallocations d’emplois peuvent être étudiées selon trois angles : le solde des créations-disparitions, celui des transferts et le solde des établissements pérennes. Dans la région Centre-Val de Loire, ces soldes sont négatifs, sauf celui des transferts.

Seules Tours, Loches et Chinon présentent un solde d’emploi positif pour les établissements pérennes. Avec Blois, ces zones sont celles pour lesquelles l’emploi augmente sur la période. À l’opposé, Pithiviers, Nogent-le-Rotrou, Vierzon et Châteaudun subissent des pertes d’emplois supérieures à 2 % par an en moyenne.

Sources

Les données sur les établissements proviennent du répertoire des entreprises et des établissements (REE) de Sirene. Les effectifs salariés sont issus de Clap. L’étude porte sur les établissements ayant une activité principale marchande dans l'industrie, la construction, le commerce ou les services, à l'exclusion de l'agriculture. Les établissements des auto-entrepreneurs sont compris.

Définitions

L’étude porte sur les établissements, c’est-à-dire les unités de production géographiquement localisées. Un établissement produit des biens ou des services et dépend juridiquement d’une entreprise : chaque établissement dépend d’une entreprise. Mais une entreprise peut avoir plusieurs établissements, en fonction de son activité.

Les différents événements concernant les établissements peuvent être illustrés par analogie avec la démographie des individus. Ainsi, la création correspond à la « naissance » de l’établissement, c’est-à-dire au début de son activité. La disparition correspond à son « décès », c’est-à-dire à la fin de son activité. Le transfert correspond à la migration, c’est-à-dire au déplacement complet des moyens de production d'un établissement d'un lieu géographique à un autre. Pour le territoire de départ de l’établissement, on parlera de transfert sortant. Pour le territoire d’arrivée, on parlera de transfert entrant. Dans cette étude, les lieux de départ et d’arrivée ne sont pas identifiés simultanément. Un établissement se déplaçant dans la même zone d’emploi sera compté pour la zone à la fois en transfert sortant et en transfert entrant.

Il y a également des événements affectant les établissements qui n’ont pas de correspondance avec la démographie classique. La réactivation est le fait qu’un établissement disparu reprenne son activité moins d’un an après l’avoir interrompue. Le changement de propriétaire d’un établissement se traduit par une cession du côté de l’établissement qui cède son activité et une reprise du côté de celui qui la reprend. Les cessions et reprises sont suivies uniquement au niveau des établissements, pas des entreprises.

Sur un territoire, on comptabilise l’ensemble des entrées et des sorties. Les entrées sont les créations, transferts entrants, réactivations et reprises. Les sorties sont les disparitions, transferts sortants et cessions. Les taux d’entrée et de sortie sont mesurés en ramenant les entrées et les sorties au nombre d’établissements au 1er janvier de l’année. Les établissements pérennes sont ceux qui ne font pas l’objet d’entrée ou de sortie.

Les créations et suppressions d’emplois sont mesurées en comparant les effectifs salariés des établissements en début et en fin d’année. Elles ne prennent pas en compte les mouvements des salariés (embauches, licenciements, départs à la retraite, …) au sein des établissements.

Le renouvellement des établissements mesure l’ensemble des mouvements sur le territoire, en sommant l’ensemble des entrées et sorties (créations, disparitions, transferts, cessions, reprises).

La réallocation des emplois correspond à la même idée sur les emplois salariés. Elle somme l’ensemble des effectifs des établissements entrants ou sortants sur le territoire. Sont également ajoutés les augmentations d’effectif dans les établissements pérennes en croissance et les diminutions d’effectif dans les établissements pérennes en déclin. Les réallocations d’emplois ne sont pas celles des salariés. Un salarié peut changer d’emploi, même si cet emploi n’est pas modifié. Les mouvements tels que retraites, embauches, licenciements, etc. ne sont pas suivis ici, à la différence du suivi des mouvements de main-d’œuvre réalisé par la Dares.

L’emploi utilisé dans l’opération coordonnée est l’emploi salarié des établissements, au 31 décembre ou au 1er janvier selon les cas. Il est en « personnes physiques » au sens où un salarié compte pour un, même s’il est à temps partiel.

Pour en savoir plus

« Un tiers du tissu productif local se renouvelle chaque année », Insee Première n° 1551, mai 2015.

« Hausse des créations d’entreprise en 2014, notamment des sociétés », Insee Première n°1534, janvier 2015.

« Trois ans après leur création, les entreprises survivent mieux en Centre-Val de Loire », Insee Analyses Centre-Val de Loire, n° 13 ; mai 2015.