En trente ans, l'emploi en Basse-Normandie a progressé, soutenu par les activités présentielles

Jérôme Marajda (Insee)

Malgré le recul de l'emploi salarié marchand en 2008 avec la survenue de la crise, sur longue période entre 1982 et 2011, l'emploi total a progressé pour toutes les régions métropolitaines. En Basse-Normandie, il a modérément augmenté de + 8 % (+ 21 % en France métropolitaine). En trente ans, l'emploi régional s'est transformé, dans l'orientation économique de l'activité des établissements comme dans la nature des fonctions exercées par les actifs. Avec leurs caractéristiques économiques spécifiques, les zones d'emploi ont reflété ces transformations de façon contrastée. Dans la région, la sphère présentielle en expansion compense globalement la sphère productive en contraction. Mais ce n'est pas le cas pour la moitié de ses zones d'emploi.

Entre 1982 et 2011, comme l'économie nationale, l'économie bas-normande se recentre sur les activités présentielles en expansion alors que déclinent les activités productives. Les activités présentielles produisent des biens et des services pour la population locale, qu'elle soit résidente ou de passage. Les activités autres, productives ou dites parfois non présentielles, sont plutôt ouvertes sur le marché national ou international. Croissance démographique et attractivité touristique favorisent les activités présentielles, et stimulent les créations d'emplois dans cette sphère d'activité. En trente ans, pour toutes les régions métropolitaines l'emploi présentiel progresse. En Basse-Normandie, il croît de + 37 %, presque autant qu'en métropole (+ 42 %). Son dynamisme compense le recul (- 22 %) de l'emploi dans l'économie productive, orientée vers le national ou l'international. Pour la plupart des autres régions, l'emploi de la sphère productive se contracte aussi. En 2011, la sphère présentielle englobe désormais en Basse-Normandie deux tiers de l'emploi total (65 %), contre la moitié en 1982 (52 %).

Figure_1 – Variation de la population et de l'emploi par sphère d'activité et par zones d'emploi

unité : %
Variation de la population et de l'emploi par sphère d'activité et par zones d'emploi
population emploi total sphère productive sphère présentielle
variation 1982-2011 variation 1982-2011 variation 1982-2011 part 1982 part 2011 variation 1982-2011 part 1982 part 2011
France Métropolitaine + 16,1 + 20,5 – 5,9 44 35 + 41,5 56 65
Basse-Normandie + 9,2 + 8,3 – 22,1 48 35 + 36,8 52 65
Honfleur + 16,9 + 37,1 + 3,2 32 24 + 53,3 68 76
Caen + 20,6 + 26,2 – 4,5 42 32 + 48,6 58 68
Granville + 18,6 + 13,7 – 16,8 44 32 + 37,4 56 68
Cherbourg-Octeville + 8,7 + 11,9 – 16,0 49 37 + 39,0 51 63
Coutances + 16,4 + 6,7 – 20,1 48 36 + 31,5 52 64
Bayeux + 8,3 + 2,1 – 22,9 45 34 + 22,5 55 66
Saint-Lô + 4,9 + 1,3 – 31,9 48 32 + 31,8 52 68
Lisieux + 4,1 + 0,9 – 25,0 50 37 + 26,7 50 63
Nogent-le-Rotrou* + 2,3 – 0,2 – 22,8 61 47 + 35,4 39 53
L'Aigle – 0,5 – 2,2 – 33,3 56 38 + 37,1 44 62
Alençon* + 2,1 – 5,5 – 38,2 47 31 + 23,7 53 69
Avranches – 1,8 – 8,2 – 37,3 58 39 + 31,6 42 61
Vire – 1,2 – 11,6 – 36,2 63 45 + 30,3 37 55
Argentan – 2,0 – 11,7 – 37,2 53 37 + 16,7 47 63
Flers – 5,0 – 14,6 – 39,1 60 43 + 22,7 40 57
  • Note de lecture : Les zones d'emploi indiquées par un astérisque sont inter-régionales et n'ont pas été tronquées à leur partie strictement bas-normande par le calcul des indicateurs. Entre 1982, et 2011, dans la zone d’emploi de Caen, la population a augmenté de 20,6 % et l’emploi total de 26,2 %. L’emploi dans la sphère productive s’est contracté de 4,5 %, sa part dans l’emploi total passant de 42 % à 32 % sur la période. L’emploi dans la sphère présentielle a progressé de 48,6 %, sa part dans l’emploi total passant de 58 % à 68 % sur la période.
  • Sources : Insee, recensements de la population 1982 et 2011, exploitations principale et complémentaire au lieu de travail

Une expansion générale de la sphère présentielle

Entre 1982 et 2011, pour toutes les zones d'emploi bas-normandes, l'emploi présentiel progresse, même pour celles ne bénéficiant ni d'une croissance démographique ni d'une attractivité touristique. La progression varie du simple au triple, de + 17 % pour Argentan à + 53 % pour Honfleur. En 2011, pour toutes les zones, la sphère présentielle est désormais majoritaire dans l'emploi total. Elle est particulièrement développée à Caen, Saint-Lô et Alençon (préfectures départementales), pôles d'administration, d'équipements et de services. Elle l'est aussi dans les zones plus petites mais plutôt touristiques de Bayeux, Granville et Honfleur.

Une contraction quasi-générale de la sphère productive

Sur la même période, l'emploi productif recule dans toutes les zones excepté Honfleur (+ 3 %). Caen résiste le mieux, avec un repli modéré de - 4 %. Pour les autres zones d'emploi, le recul est beaucoup plus prononcé, variant de - 16 % à - 39 %. Tendanciellement, il est d'autant plus marqué que la sphère productive était initialement développée trente ans auparavant. Géographiquement, ces zones historiquement industrielles au recul le plus marqué se situent au sud de la région : Orne, Avranches et Vire.

Une compensation insuffisante pour la moitié des zones d'emploi

Entre 1982 et 2011, pour sept des quinze zones d'emploi bas-normandes, l'expansion de la sphère présentielle ne compense pas la contraction de la sphère productive. Ainsi, en trente ans, pour la moitié des zones d'emploi régionales, l'emploi total recule. Cela reflète une transition difficile de territoires auparavant plutôt industriels, notamment les zones de Vire, Argentan et surtout Flers. Pour les huit autres zones, l'emploi total progresse. La progression est la plus forte pour Caen et Honfleur, ces deux zones bénéficiant des dynamiques de l'emploi les plus favorables pour les sphères présentielle et productive.

Figure_2 – Variation de l’emploi total

  • Source : Insee, recensements de la population 1982 et 2011, exploitation complémentaire au lieu de travail

Figure_3 – Emploi total et emploi par sphère d’activité

  • Source : Insee, recensements de la population 1982 et 2011, exploitation complémentaire au lieu de travail

Les fonctions exercées par les actifs évoluent également

Entre 1982 et 2011 pour la Basse-Normandie, les grandes tendances de l'évolution des fonctions exercées par les actifs se retrouvent dans toutes ses zones d'emploi. En trente ans, la contraction de la sphère productive est due en totalité au recul des fonctions de production concrète. Pour celles-ci, les créations nettes de postes dans le BTP ne compensent pas les destructions massives dans la production agricole et la fabrication industrielle. Les effectifs des fonctions de production concrète se réduisent de moitié, et leur part dans la sphère productive passe de 71 % à 42 %. Conjointement, les effectifs des fonctions de production abstraite (conception-recherche, prestations intellectuelles, culture), de gestion et d'intermédiation (commerce inter-entreprises) progressent, mais pas assez pour compenser.

Sur la période, l'expansion de la sphère présentielle est impulsée principalement par trois fonctions : santé et action sociale, services de proximité et administration publique. Pour l'ensemble de ces trois fonctions, les effectifs ont presque doublé (+ 77 %), et représentent deux tiers des créations nettes de l'emploi présentiel. Elles soutiennent l'emploi total dans les zones où il est fragilisé.

Définitions

La sphère présentielle englobe les activités mises en œuvre localement pour la production de biens et de services visant la satisfaction des besoins de personnes présentes dans la zone, qu'elles soient résidentes ou touristes.

La sphère productive, dite parfois non présentielle, est définie par différence. Elle englobe les activités qui produisent des biens majoritairement consommés hors de la zone et des activités de services tournées principalement vers les entreprises de cette sphère.

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