Des revenus plus élevés en Alsace

Yves Frydel

En 2011, la moitié de la population alsacienne déclare plus de 20 600 euros de revenus par unité de consommation, au deuxième rang derrière l’Île-de-France. La crise économique a limité la hausse des revenus entre 2007 et 2011. Elle a accentué les inégalités, davantage en Alsace que sur l’ensemble de la France métropolitaine. Les revenus sont les plus élevés au sud de l’Alsace, à proximité de la Suisse, ainsi que dans les espaces périurbains. C’est dans ces territoires que leur progression a également été la plus soutenue.

En 2011, le revenu annuel médian des ménages alsaciens est de 20 600 euros par unité de consommation. L’Alsace se place derrière l’Île-de-France, au deuxième rang des régions.

Entre 2007 et 2011, ce revenu médian a augmenté de 0,6 % en rythme annuel, en euros constants. La crise économique a creusé les inégalités entre les ménages aux revenus modestes (1er décile) et les plus aisés (9e décile). Le seuil a reculé de 1,2 % pour les premiers tandis qu’il a progressé de 1,5 % pour les seconds. Ces effets sont moins accentués pour l’ensemble de la France métropolitaine. Le 1er décile a légèrement diminué (- 0,3 %) tandis que le revenu médian et le 9e décile ont progressé dans les mêmes proportions (+ 0,7 %).

Figure 1 – Les inégalités de revenu se creusent davantage en Alsace

Les inégalités de revenu se creusent davantage en Alsace
Revenu par unité de consommation Rapport interdécile (D9/D1)
1e décile (D1) Médiane Dernier décile (D9)
2011 (en €) Évolution annuelle 2007-2011* (en %) 2011 (en €) Évolution annuelle 2007-2011* (en %) 2011 (en €) Évolution annuelle 2007-2011* (en %) 2007 2011
Alsace 7 700 -1,2 20 600 0,6 40 300 1,5 4,7 5,2
France métropolitaine 6 900 -0,3 19 200 0,7 39 000 0,7 5,4 5,6
  • * Évolution annuelle moyenne, calculée en euros constants.
  • Lecture : en 2011, en Alsace, 10 % de la population déclare moins de 7 700 euros par unité de consommation (D1), 10 % plus de 40 300 euros (D9), soit 5,2 fois plus (rapport interdécile D9/D1). Le revenu médian des Alsaciens est de 20 600 euros, en augmentation de 0,6 % par an en moyenne entre 2007 et 2011.
  • Sources : Insee ; DGFIP, Revenus fiscaux localisés des ménages (RFL) 2007 et 2011.

Des revenus supérieurs autour de Saint-Louis

Comparé aux régions limitrophes de Lorraine et de Franche-Comté, peu de territoires en Alsace présentent de faibles revenus. Ils se situent principalement dans les zones rurales d’Alsace bossue et du massif vosgien et dans les grands pôles urbains de la région (Strasbourg, Mulhouse, Colmar et Haguenau).

Figure_2 – Des revenus plus élevés dans les couronnes périurbaines

  • © IGN - Insee 2014
  • Sources : Insee ; DGFIP, Revenus fiscaux localisés 2007 et 2011.

Les inégalités de revenus sont les plus fortes dans les grandes villes. Cohabitent en effet des ménages aux revenus élevés occupant des emplois qualifiés et des populations plus défavorisées, en particulier dans les quartiers prioritaires de la politique de la ville. Dans les villes-centre, où sont localisés une majorité de ces quartiers, le premier décile de revenu est inférieur à 4 000 euros. Entre 2007 et 2011, il a reculé de 4,2 % par an, un rythme supérieur à celui de l’ensemble des villes-centre de France métropolitaine (- 2,4 %).

Au sud de la région, autour de Saint-Louis, les habitants possèdent les revenus les plus élevés. La population, bénéficiant de l’atout du travail frontalier vers la Suisse, a été davantage épargnée par la crise.

Entre 2007 et 2011, le revenu médian y a sensiblement augmenté, à la fois dans l’agglomération de Saint-Louis (+ 2,8 % par an) et dans sa périphérie (+ 4,5 %). Avec un revenu dépassant les 30 000 euros, cette couronne périurbaine est la plus riche de métropole.

Dans les autres grandes agglomérations, le revenu médian a peu évolué en euros constants. Il a légèrement diminué pour Strasbourg, Colmar et Sélestat et un peu augmenté pour Mulhouse, Haguenau, Thann-Cernay et Saverne.

Figure 3 – Progression des revenus dans la couronne de Saint-Louis

Progression des revenus dans la couronne de Saint-Louis
Pôle urbain Couronne périurbaine
Revenu médian en 2011* (en €) Évolution annuelle 2007-2011** (en %) Revenu médian en 2011* (en €) Évolution annuelle 2007-2011** (en %)
Strasbourg 18 800 -0,1 22 200 0,7
Mulhouse 18 100 0,2 24 400 1,5
Colmar 19 100 -0,2 23 600 0,8
Saint-Louis 24 100 2,8 30 500 4,5
Haguenau 19 800 0,2 22 400 0,1
Thann - Cernay 19 500 0,5 /// ///
Saverne 20 100 0,3 22 300 1,6
Sélestat 18 600 -0,3 /// ///
  • * Revenu par unité de consommation.
  • ** Évolution annuelle moyenne, calculée en euros constants.
  • /// : absence de résultat due à la nature des choses.
  • Lecture : En 2011, le revenu médian par unité de consommation dans le pôle urbain de Colmar est de 19 100 euros, en recul de 0,2 % par an en moyenne depuis 2007.
  • Sources : Insee ; DGFIP, Revenus fiscaux localisés des ménages (RFL) 2007 et 2011.

Pas de progression du revenu dans le pôle de Strasbourg

Les pôles de Strasbourg et de Poitiers sont les seuls des cinquante plus grands de France métropolitaine dont le revenu n’a pas augmenté au cours de la période 2007-2011. Dans le même temps, il a progressé de 0,7 % par an dans la couronne de l’agglomération alsacienne, rythme inférieur à la plupart des couronnes de la métropole.

Dans l’aire urbaine de Strasbourg, les revenus sont plus élevés dans la couronne que dans l’agglomération, en particulier pour les communes situées dans un périmètre d’une trentaine de kilomètres autour de la capitale régionale.

Cette situation concerne aussi les cinq autres aires urbaines régionales qui possèdent une couronne : Mulhouse, Colmar, Saint-Louis, Haguenau et Saverne. Pour l’Alsace, l’écart de revenus entre les couronnes et les agglomérations s’élève à plus de 3 000 euros alors qu’il n’atteint que 1 000 euros pour l’ensemble de la France métropolitaine. Dans les grandes aires urbaines de Paris, Lyon, Toulouse et Bordeaux, les revenus sont les plus élevés dans le pôle.

À Mulhouse, les revenus en périphérie de l’agglomération ont augmenté de 1,5 %, rythme deux fois plus élevé qu'autour de celles de Strasbourg et de Colmar. Pour la seule commune de Mulhouse, les revenus diminuent et sont presque deux fois plus faibles (13 400 euros) que dans l'espace périurbain.

Définitions

La source utilisée est le dispositif des Revenus fiscaux localisés (RFL). Le revenu fiscal est la somme des ressources imposables déclarées au fisc, avant abattement : traitements et salaires, indemnités de chômage, bénéfices, retraites, pensions, revenus du patrimoine. Il est calculé par unité de consommation (UC) pour tenir compte des économies d’échelle résultant de la vie en groupe : le premier adulte du ménage compte pour une UC, les autres personnes âgées de 14 ans ou plus pour 0,5 UC chacune, et les enfants de moins de 14 ans pour 0,3 UC chacun.

La médiane est la valeur qui sépare la population en deux groupes d’effectifs égaux. Les déciles sont les valeurs qui partagent la population en dix groupes d’effectifs égaux lorsque l’on trie celle-ci par ordre croissant du revenu par UC. Le 1 er décile correspond au revenu plafond des 10 % de personnes appartenant aux ménages les moins aisés. Le 9 e décile correspond au revenu plancher des 10 % les plus aisés.

Le rapport interdécile D9/D1 met en évidence l'écart entre le haut et le bas de la distribution. C'est un indicateur de l’intensité des inégalités.

Pour en savoir plus

Des revenus élevés et en plus forte hausse dans les couronnes des grandes aires urbaines, France Portrait Social, Insee, 2014.

Croissance dans les régions, davantage de disparités depuis la crise , Insee Première n° 1501, Insee, juin 2014.

Croissance économique en retrait dès l’année 2000 en Alsace , Chiffres pour l’Alsace n° 51, Insee Alsace, juin 2014.