L'agriculture en 2011 en France et en Europe La progression des résultats se poursuit

Claire Lesdos-Cauhapé, division Agriculture, Insee

En 2011, en France comme dans l'Union européenne à 27, la valeur de la production agricole s'accroît en raison principalement de la hausse des prix, notamment des produits animaux et des vins. Même si le prix des consommations intermédiaires augmente de façon un peu plus prononcée, les revenus agricoles restent en hausse, après une année 2010 qui rattrapait deux années de net recul.

Ainsi, en France, selon les données provisoires les plus récentes, le résultat agricole net par actif augmente (+ 5,1 % en termes réels) après le redressement de 2010 (+ 39,0 %). Depuis 2006, il fluctue fortement. Sur ces dernières années, sa progression globale est supérieure à la moyenne des pays européens.

L'excédent du commerce extérieur progresse à nouveau pour les produits agricoles, en raison de la hausse des prix.

Hausse de la valeur de la production agricole

En 2011, le résultat agricole net par actif augmente à nouveau en France, après un redressement qui faisait suite à deux années très difficiles (graphique 1). La valeur de la production (hors subventions sur les produits) de la branche agricole s'accroît en effet de 6,7 % par rapport à 2010 (tableau 1) : + 5,0 % pour la production végétale, + 10,6 % pour la production animale. Pour les productions végétales, les prix augmentent modérément, mais les volumes s'accroissent nettement pour les vins, les oléagineux, les betteraves et les pommes de terre ; pour les productions animales, c'est plutôt l'inverse : les volumes progressent modérément à l'exception du lait, mais les prix renchérissent pour tous les produits.

Graphique 1 – France : résultat agricole net par actif en termes réels

  • Lecture : en 2011, le résultat agricole net par actif en termes réels en France passe de 113,9 à 119,7, soit une hausse de 5,1 %.
  • Source : Insee, compte provisoire de l'agriculture arrêté fin mai 2012, base 2005.

Tableau 1 – France : de la production à la valeur ajoutée¹

France : de la production à la valeur ajoutée¹
Valeur 2011 (milliards d'euros) Évolution 2011/2010 ( %)
Volume Prix Valeur
Production hors subventions (a) 71,4 + 2,7 + 4,0 + 6,7
Produits végétaux 42,2 + 3,3 + 1,6 + 5,0
Céréales 11,8 − 2,5 + 2,9 + 0,4
Oléagineux, protéagineux 3,3 + 7,0 + 3,6 + 10,9
Betteraves industrielles 1,0 + 15,2 + 5,6 + 21,6
Autres plantes industrielles2 0,4 − 8,8 − 6,6 − 14,8
Fruits, légumes, pommes de terre 7,1 + 5,5 − 13,0 − 8,2
Vins 10,9 + 11,3 + 4,2 + 16,0
Fourrages, plantes, fleurs 7,7 − 2,2 + 11,7 + 9,2
Produits animaux 25,4 + 1,9 + 8,5 + 10,6
Bétail (bovins, porcins, ovins, caprins, équidés) 10,9 + 0,3 + 8,0 + 8,3
Volailles, œufs 4,6 + 0,3 + 12,0 + 12,3
Lait et autres produits de l'élevage 9,9 + 4,6 + 7,5 + 12,5
Services 3 3,8 + 0,0 + 1,4 + 1,4
Subventions sur les produits (b) 1,1 − 4,9 − 1,7 − 6,5
Production au prix de base (c) = (a) + (b) 72,5 + 2,5 + 3,9 + 6,5
Consommations intermédiaires, dont : (d) 43,7 + 0,3 + 8,2 + 8,5
achats 37,1 + 1,5 + 7,5 + 9,1
Sifim 4 0,8 + 1,1 − 19,9 − 19,1
Valeur ajoutée brute (e) = (c) − (d) 28,8 + 5,8 − 2,1 + 3,6
Consommation de capital fixe (f) 10,6 − 0,3 + 1,1 + 0,8
Valeur ajoutée nette (g) = (e) − (f) 18,2 + 9,4 − 3,8 + 5,2
  • 1. Voir définitions.
  • 2. Autres plantes industrielles : tabac, lin textile, houblon, canne à sucre, etc.
  • 3. Services : production des entreprises de travaux agricoles, des coopératives d'utilisation de matériel agricole, services entre agriculteurs, agri-tourisme...
  • 4. Services d'intermédiation financière indirectement mesurés (voir définitions).
  • Source : Insee, compte provisoire de l'agriculture arrêté fin mai 2012, base 2005.

Remontée des volumes et des prix des vins

La production végétale se redresse en volume en 2011 (+ 3,3 %). Les récoltes d'oléagineux bénéficient de la progression conjuguée des surfaces et des rendements. Les pluies d'été et les semis précoces ont favorisé le rendement des cultures de maïs. Les tonnages de betteraves récoltés atteignent également des niveaux records. La récolte de pommes de terre est supérieure à celle de 2010 qui était faible, celle de fruits et légumes s'accroît aussi. La production de vins est en forte hausse, surtout pour le champagne et les vins de table et de pays, après quatre années de récolte peu abondante. En revanche, les rendements des céréales à paille et des protéagineux ont été perturbés par la sécheresse printanière ; de plus, les surfaces de protéagineux se réduisent nettement, suite au plafonnement des aides.

Le prix de la production végétale (hors subventions sur les produits) augmente en moyenne de 1,6 %. Les cours des céréales s'accroissent globalement : le prix du blé tendre baisse légèrement, celui du maïs plus sensiblement dans un contexte de bons rendements dans l'ensemble des pays européens tandis que les cours des autres céréales sont en hausse sous l'effet d'une forte réduction de la production. Il en est de même pour les protéagineux. Les prix des oléagineux et des betteraves augmentent malgré la hausse des récoltes. Les prix des vins continuent à se redresser nettement ; en effet, la reprise des exportations, amorcée en 2010, se poursuit, notamment vers les États-Unis et surtout l'Asie. En revanche, les prix des fruits et légumes diminuent ; la campagne des légumes d'été a été marquée par la crise liée à la bactérie E.Coli, notamment pour le concombre et la tomate. Les prix des pommes de terre chutent en raison d'une offre surabondante.

Hausse des prix des productions animales

La production animale s'accroît de 1,9 % en volume. Cette progression concerne les bovins et les volailles, comme en 2010. Les abattages de gros bovins augmentent, et plus particulièrement ceux de vaches. Les exportations de poulets sont très dynamiques. La collecte de lait continue à se redresser, soutenue par le niveau attractif du prix du lait payé au producteur. En revanche, la production d'ovins décroît pour la septième année consécutive et celle de porcins recule après une stabilité en 2010. Pour les œufs, le repli est très net ; la mise aux normes européennes des cages de poules pondeuses à compter de 2012 a conduit certains éleveurs à arrêter ou réduire leur activité dès 2011.

Le prix de la production animale (hors subventions) s'accroît de 8,5 % en 2011, après une hausse modérée en 2010 et une forte baisse en 2009. Les prix des bovins et des ovins continuent à croître sous l'effet de l'importance de la demande. Le prix des porcins se redresse fortement en raison d'une bonne demande extérieure, celui des volailles aussi. La forte réduction de la production d'œufs entraîne un très net redressement des prix. Malgré la hausse de production, le prix du lait s'accroît en raison de la reprise de la demande de produits laitiers industriels.

Forte remontée du coût des intrants

La valeur des consommations intermédiaires s'accroît, en moyenne, fortement en 2011 (+ 8,5 %), après deux années de baisse. Le prix de l'ensemble des consommations intermédiaires augmente, tandis que le volume reste stable. Premier poste, les dépenses pour l'alimentation animale font un bond de + 15,2 % en valeur malgré un léger recul des volumes consommés ; les prix ont fortement progressé, conséquence de l'envolée des prix des céréales de 2010. La facture énergétique continue à s'alourdir (+ 18,8 %), comme en 2010, en raison de la forte hausse du prix du pétrole. Les dépenses pour l'achat d'engrais repartent à la hausse en raison d'une flambée des prix conjuguée à une augmentation des volumes utilisés pour assurer de bons rendements dans un contexte de croissance des prix agricoles. Les achats de produits de protection des cultures, qui avaient diminué fortement en 2010, remontent légèrement en 2011 ; les quantités d'herbicides progressent tandis que celles de fongicides reculent.

Le résultat agricole augmente

Depuis les réformes de 2006, le montant total des subventions à la branche agriculture reste quasiment stable : il passe de 9,8 milliards d'euros en 2010 à 9,9 milliards en 2011. Pour 2011, la baisse des subventions sur les produits décidée lors du Bilan de santé de la politique agricole commune est compensée par la hausse des subventions d'exploitation.

Dans ce compte provisoire de l'agriculture, le résultat agricole net s'accroît encore en 2011 (+ 4,1 %) (tableau 2), mais de façon beaucoup plus modérée qu'en 2010. Ces deux années de croissance succèdent à deux années de forte baisse. L'élément déterminant de cette hausse est la progression de la valeur de la production agricole ; l'augmentation des charges a au contraire un effet négatif. Comme l'emploi agricole total diminue de 2,2 %, le résultat agricole net par actif progresse un peu plus : + 6,5 % (tableau 3), soit 5,1 % en termes réels. En moyenne sur trois ans, il se redresse (graphique 1).

Tableau 2 – France : de la valeur ajoutée au revenu d'entreprise agricole¹

France : de la valeur ajoutée au revenu d'entreprise agricole¹
Valeur 2011 (milliards d'euros) Évolution 2011/2010 ( %)
Valeur ajoutée nette (a) 18,2 + 5,2
Subventions d'exploitation, dont : (b) 8,7 + 1,6
bonifications d'intérêts 0,0 − 45,4
Autres impôts sur la production (c) 1,5 + 2,3
Impôts fonciers 1,0 + 0,8
Autres 0,5 + 5,1
Résultat agricole net (ou valeur ajoutée nette au coût des facteurs) (d) = (a) + (b) − (c) 25,5 + 4,1
  • 1. Voir définitions.
  • Source : Insee, compte provisoire de l'agriculture arrêté fin mai 2012, base 2005.

Tableau 3 – France : hausse du résultat agricole net entre 2010 et 2011

en %
France : hausse du résultat agricole net entre 2010 et 2011
Résultat agricole net + 4,1
Résultat agricole net par actif + 6,5
Résultat agricole net par actif en termes réels + 5,1
Évolution du prix du produit intérieur brut + 1,3
Évolution du nombre d'UTA 1 total − 2,2
Évolution du nombre d'UTA des actifs non salariés − 2,9
  • 1. Unités de travail annuel (équivalents temps plein de l'agriculture).
  • Source : Insee, compte provisoire de l'agriculture arrêté fin mai 2012, base 2005.

L'excédent du commerce extérieur augmente de 3,4 milliards en 2011

En 2011, l'excédent du commerce extérieur en produits agroalimentaires atteint 11,1 milliards d'euros (graphique 2) : 4,6 milliards pour les produits agricoles bruts et 6,5 milliards pour les produits transformés. Après un net redressement en 2010, il progresse de 3,4 milliards en 2011 et atteint son plus haut niveau depuis les vingt dernières années.

Le solde double entre 2010 et 2011 sur les produits agricoles bruts et augmente de 1,1 milliard sur les produits transformés. L'excédent s'améliore aussi bien avec l'Union européenne qu'avec les pays tiers, et surtout l'Algérie et la Chine.

Pour les produits agricoles bruts, l'amélioration du solde provient de la forte croissance des exportations (+ 21,1 % en valeur) due à la hausse des prix, les volumes exportés diminuant légèrement tout en restant à un niveau élevé. Les importations progressent modérément (+ 3,3 % en volume et + 1,0 % en prix).

L'excédent augmente principalement pour les céréales (+ 2 milliards d'euros, dont 1 milliard pour le blé tendre). Il augmente également pour les animaux (+ 184 millions) grâce aux exportations de gros bovins.

Les exportations de produits transformés progressent à un rythme légèrement plus soutenu (+ 13,5 % en valeur) que les importations (+ 12,3 %). Cette hausse des exportations est due à la fois aux prix et aux volumes. Ce sont essentiellement les boissons alcoolisées qui permettent cette amélioration, mais aussi les produits issus du travail des grains et les produits laitiers. La croissance des importations provient principalement de la hausse de leurs prix.

Graphique 2 – Solde¹ du commerce extérieur en produits agroalimentaires

  • 1. Solde CAF-FAB. CAF : coût, assurance et fret à la frontière de l'importateur ; FAB : franco à bord à la frontière de l'exportateur.
  • Lecture : en 2011, le solde CAF/FAB du commerce extérieur français en produits agroalimentaires s'établit à 11,1 milliards d'euros, après 7,7 milliards d'euros en 2010.
  • Source : Insee, comptes nationaux annuels, base 2005.

Europe : le résultat agricole net par actif augmente de 19 % en termes réels

D'après les comptes prévisionnels établis en janvier 2012, dans l'Union européenne à 27 (sources), la valeur de la production agricole hors subventions augmente en 2011 de 7,3 %, en termes réels, en raison d'une hausse conjuguée des volumes (+ 2,0 %) et des prix (+ 5,3 %). La production végétale augmente en valeur de 7,2 %, tirée par les prix à la production des céréales (+ 17,5 % hors subventions), des oléagineux (+ 15,8 %) et aussi des betteraves et des vins. La hausse de la production animale en valeur est un peu plus prononcée : + 8,6 % hors subventions, dont + 7,7 % pour les prix. Tous les prix de production augmentent.

Les consommations intermédiaires augmentent de 9,4 % en termes réels. Cette forte hausse est essentiellement due à celle des prix (+ 9,0 %), notamment ceux des aliments pour animaux, des engrais et de l'énergie. Les charges s'alourdissant, le résultat agricole net par actif de l'Union européenne progresse donc un peu moins que la valeur de la production (+ 6,9 % en termes réels), après une hausse de 13,1 % en 2010. Le résultat agricole net par actif augmente dans 19 des 27 États membres. Les plus fortes hausses sont enregistrées en Roumanie, Hongrie et Irlande et les baisses les plus marquées en Belgique, à Malte, au Portugal et aux Pays-Bas.

Depuis l'année 2005, dans l'ensemble de l'Union européenne à 27, le résultat agricole net par actif a augmenté de 19,3 % en termes réels (soit + 3,0 % par an en moyenne) (graphique 3), selon les données disponibles fin janvier 2012. Il a progressé dans 20 pays. Dans les États de l'ancienne Union européenne à 15, le résultat agricole net par actif n'a augmenté globalement que de 7,2 %, mais avec de fortes disparités. Il a notamment reculé pour les pays méditerranéens : Grèce, Portugal, Italie et Espagne. Dans le même temps, il a augmenté de plus de 20 % en Autriche, en Allemagne, en France et au Danemark. Dans trois des nouveaux États membres (Estonie, Hongrie, Pologne), il a augmenté de plus de 80 %. Ces bons résultats sont dus essentiellement à la forte réduction des effectifs agricoles.

Graphique 3 – Union européenne : résultat agricole net par actif en termes réels

  • Source : Eurostat, compte européen de l'agriculture prévisionnel arrêté fin janvier 2012 sauf pour la France, compte provisoire de l’agriculture arrêté fin mai 2012.

Sources

Comptes européens et comptes français

Ces comptes sont établis selon la méthodologie et les concepts du Système européen des comptes (SEC), mais à des périodes différentes pour la France et les pays européens :

- pour l'Europe, il s'agit de données prévisionnelles fournies à Eurostat en janvier 2012 par les États membres ;

- pour la France, le compte provisoire 2011 repose sur des informations disponibles en mai 2012, plus complètes que celles des comptes prévisionnels européens.

Définitions

La branche agricole est le regroupement de toutes les unités d'activité économique qui exercent les activités suivantes : culture de végétaux (y compris maraîchage et horticulture), élevage d'animaux, activités de travaux agricoles à façon, chasse et activités annexes. Outre les exploitations agricoles, les unités caractéristiques de la branche comprennent les groupements de producteurs (coopératives) produisant du vin et de l'huile d'olive et les unités spécialisées qui fournissent des machines, du matériel et du personnel pour l'exécution de travaux agricoles à façon.

La production au prix de base est égale à la production valorisée au prix auquel vend le producteur, plus les subventions sur les produits qu'il perçoit, moins les impôts spécifiques sur les produits qu'il reverse.

Les consommations intermédiaires correspondent aux biens et services qui entrent dans le processus de production. Elles comprennent les services d'intermédiation financière indirectement mesurés (Sifim). Les Sifim représentent la part des services rendus par les intermédiaires financiers qui n'est pas facturée à la clientèle. Pour ces services, les intermédiaires financiers se rémunèrent en prenant une marge de taux d'intérêt sur les dépôts de leurs clients et sur les prêts (crédits) qu'ils leur accordent.

La valeur ajoutée brute est égale à la production valorisée au prix de base dont on retranche les consommations intermédiaires.

Les subventions à l'agriculture comprennent les subventions sur les produits (aides associées à certains types de production), qui ont pour la plupart disparu en 2010, et les subventions d'exploitation, telles que le paiement unique, les aides pour calamités agricoles, les contrats d'agriculture durable...

La consommation de capital fixe mesure la dépréciation annuelle liée à l'usure et à l'obsolescence du capital, lequel est évalué à son coût de remplacement. Elle est évaluée pour l'ensemble des biens de capital fixe de la branche agricole (plantations, matériels et bâtiments) à l'exception des animaux.

Plusieurs indicateurs sont définis à partir des soldes comptables :

- la valeur ajoutée nette est égale à la valeur ajoutée brute diminuée de la consommation de capital fixe.

- le résultat agricole net correspond à la « valeur ajoutée nette au coût des facteurs » (valeur ajoutée nette + subventions d'exploitation − autres impôts sur la production dont impôts fonciers). Son évolution peut être rapportée à celle du nombre total d'unités de travail annuel (ou équivalents temps plein) : on obtient ainsi l'évolution du résultat agricole net par actif. Elle est aussi présentée en termes réels.

Les indicateurs de revenu de la France et toutes les données européennes (de la production aux indicateurs de revenu) sont présentés en termes réels : les évolutions à prix courants sont divisées par un indice qui reflète l'évolution générale des prix dans chacun des États membres. Vu les grandeurs considérées, on n'utilise pas l'indice des prix à la consommation, mais l'indice de prix du produit intérieur brut (PIB), qui couvre l'ensemble du champ de l'économie. Ainsi, l'évolution d'un prix ou d'un revenu calculée en termes réels est positive ou négative selon qu'elle est supérieure ou inférieure à l'évolution générale des prix. Il s'agit d'une moyenne qui résulte d'une grande diversité de situations individuelles.