Les comptes prévisionnels de l’agriculture pour 2011Hausse de la production agricole, mais forte progression des charges

Claire Lesdos-Cauhapé, division Agriculture, Insee

L’année agricole 2011 est marquée par le redressement des prix des productions animales. Les prix des productions végétales se stabilisent. La valeur de la production agricole, y compris les subventions, augmente de 5 % par rapport à 2010.

Cependant, les charges des agriculteurs s’accroissent fortement en raison de l’envolée des prix de l’alimentation animale, des engrais et du fioul. Globalement, le revenu de la branche agricole fléchirait après s’être vivement redressé en 2010. L’emploi agricole continue par ailleurs à décroître.

Au total, d’après les estimations du compte prévisionnel de l’agriculture, le résultat agricole net (ou valeur ajoutée nette au coût des facteurs) par actif se réduirait de 3 % en termes réels en 2011.

Légère baisse du prix du blé

En 2011, les récoltes de céréales sont inférieures à leur niveau de 2010, sauf pour le maïs. La surface cultivée en orge est plus faible et la sécheresse printanière a affecté les récoltes de blé et d’orge. A contrario, les pluies d’été et les semis précoces ont favorisé le rendement des cultures de maïs : les récoltes augmentent malgré la baisse de la surface cultivée. Le prix de l’ensemble des céréales se stabilise en 2011, après la flambée de 2010. La production mondiale est élevée, mais la demande reste soutenue, en particulier celle en provenance de Chine. Les cours des céréales sont volatils, au gré des annonces faites sur le niveau des disponibilités et des stocks ; cette volatilité est accentuée par la spéculation et la situation des marchés financiers. En France, le prix du blé tendre diminue de 2 % en raison d’un stock mondial assez élevé. Le prix de l’orge s’accroît de 20 %, car la production se réduit alors que le marché international est très demandeur. En revanche, le prix du maïs diminue de 8 % dans un contexte de bons rendements dans l’ensemble des pays européens.

La récolte d’oléagineux augmente de 12 % par rapport à 2010 sous l’effet d’une progression conjointe des surfaces et des rendements, favorisés par les conditions climatiques ; elle dépasse ainsi de 15 % la moyenne des cinq années précédentes. Les cours des oléagineux se stabilisent, après une envolée en 2010. Le prix du colza augmente de 5 % dans un contexte de déficit européen dû à une très faible récolte allemande. En revanche, le prix du tournesol baisse de 10 % sous l’effet de l’abondance des récoltes ukrainienne et européenne. La récolte de protéagineux diminue de 36 % en raison de la chute des surfaces, probablement induite par le plafonnement des aides. Les rendements des pois sont très affectés par la sécheresse et en nette baisse, alors que ceux des féveroles progressent. Le prix des protéagineux augmente, stimulé par la demande à l’importation intracommunautaire.

La production de betteraves atteint un niveau record en 2011, après un recul en 2010 : elle bénéficie de la progression simultanée des surfaces et des rendements, favorisés par les pluies d’été. Le prix des betteraves se redresse.

Les récoltes de fruits sont en légère hausse ; elles progressent pour les cerises, les poires et les pommes tandis qu’elles se replient pour les fraises et les abricots. Après s’être nettement redressés en 2010, les prix reculent en 2011 pour tous les fruits d’été : la demande a été insuffisante en raison du temps maussade de l’été. Pour les poires et les pommes, les prix se réduisent également, en lien avec l’abondance de la récolte.

Les récoltes de légumes s’accroissent légèrement dans l’ensemble : elles augmentent sensiblement pour les tomates en raison de conditions climatiques favorables aux rendements, mais elles diminuent pour les concombres et les salades. La campagne des légumes d’été a été marquée par la crise liée à la bactérie E. Coli, notamment pour le concombre et la tomate. Puis c’est le temps frais de juillet qui a pénalisé la demande. Les prix sont donc restés très bas.

Les quantités de pommes de terre de conservation sont nettement supérieures à celles de 2010 du fait de la progression des surfaces et des rendements. Les cours chutent après une forte hausse en 2010.

La production de vin s’accroît fortement en 2011 grâce à des conditions climatiques favorables. Les récoltes des quatre dernières années avaient été particulièrement faibles. La hausse du prix du champagne s’accélère. Les prix des autres vins d’appellation et ceux des vins de table et de pays continuent à s’apprécier. La reprise des exportations de 2010 se poursuit, notamment vers les États-Unis et surtout l’Asie.

Forte hausse des prix des productions animales

Le prix des gros bovins s’accroît sensiblement en 2011 en raison d’une offre insuffisante par rapport à la demande. La demande des pays tiers et l’ouverture du marché turc participent à cette hausse. Le volume de la production se stabilise. Les abattages augmentent, en particulier pour les génisses et surtout pour les vaches. Les exportations de bovins mâles vivants et de viande bovine continuent à progresser en 2011 et le cheptel bovin diminue. Le prix des veaux continue à augmenter en raison d’une offre maîtrisée et bien adaptée à la demande.

Pour les porcins, la modestie de l’offre et une demande extérieure dynamique, portée notamment par la Chine et la Russie, contribuent à un fort redressement des prix. Le volume de production est en légère baisse. Pour les ovins, les prix restent soutenus, dans un contexte où les importations de viande sont en baisse. Le volume de production s’accroît de 2 % par rapport à 2010.

Le volume de production des volailles continue sa progression. Les abattages de poulets et de canards s’accroissent ; en revanche, la production de dindes et de pintades continue son déclin. Les prix à la production se redressent, suivant la hausse des coûts de production. La production d’œufs se replie et la réduction de l’offre entraîne un redressement des prix.

La collecte de lait augmente aussi en 2011. Dans un contexte de hausse du prix, les éleveurs ont accéléré leur production en utilisant des aliments composés pour accroître les rendements. En moyenne annuelle, le prix du lait s’accroît de 8 % en 2011.

La valeur de la production agricole, y compris subventions, augmente de 5 %

En 2011, la valeur de la production agricole, hors subventions sur les produits, s’accroît de 5,6 % par rapport à 2010, en raison d’une hausse conjuguée des volumes et des prix. La hausse atteint 3,7 milliards d’euros : + 1,3 milliard d’euros pour la production végétale et + 2,4 milliards pour la production animale (graphique 1 et tableau 1).

Les subventions sur les produits s’élèvent par ailleurs à 1,1 milliard d’euros, contre 1,2 milliard en 2010. Depuis 2010, à la suite du « Bilan de santé » de la politique agricole commune (PAC), les aides aux grandes cultures ne se font plus sous forme de subventions sur les produits. La prime au maintien du troupeau de vaches allaitantes, qui reste couplée à 75 % à la production, devient la subvention la plus importante de cette catégorie.

Les évolutions en volume et en prix de la production agricole au prix de base (y compris subventions) sont proches de celles de la production hors subventions : respectivement + 2,2 % et + 3,1 %, soit + 5,4 % en valeur.

Graphique 1 – Variations (2011/2010) de la production de la branche agricole en valeur hors subventions

  • Vins (14,3 %) : vins d'appellation d'origine, autres vins.
  • Autres produits animaux (13,3 %) : lait et produits laitiers, autres produits de l'élevage.
  • Bétail (15,4 %) : gros bovins, veaux, ovins, caprins, équidés, porcins.
  • Autres produits végétaux (11,1 %) : plantes fourragères (maïs fourrage, autres fourrages), plantes et fleurs.
  • Plantes industrielles (6,2 %) : oléagineux, protéagineux, tabac, betteraves, autres plantes industrielles.
  • Produits avicoles (6,2 %) : volailles, œufs.
  • Services (5,5 %) : activités principales de travaux agricoles, activités secondaires de services.
  • Fruits (4,5 %) : fruits frais.
  • Céréales (16,0 %) : blé dur, blé tendre, maïs, orge, autres céréales.
  • Légumes (7,5 %) : légumes frais, pommes de terre.
  • Les chiffres entre parenthèses indiquent pour chaque groupe de produits sa part en valeur dans l'ensemble de la production agricole de 2010.
  • Lecture : la valeur de la production agricole au prix producteur hors subventions augmente de 3 672 millions d'euros entre 2010 et 2011.
  • Source : Insee, comptes prévisionnels de l'agriculture arrêtés en novembre 2011.

Tableau 1 – De la production de la branche agricole à la valeur ajoutée

De la production de la branche agricole à la valeur ajoutée
Valeur 2011 (en milliards d’euros) Évolution 2011/2010 (en %)
Volume Prix Valeur
Production hors subventions (a) 69,4 2,3 3,2 5,6
dont produits végétaux 40,4 3,0 0,3 3,3
Céréales 10,2 − 3,1 0,0 − 3,0
Plantes industrielles 4,6 8,8 3,0 12,1
dont oléagineux, protéagineux 3,0 7,0 0,3 7,3
dont betteraves industrielles 1,1 22,0 9,0 33,0
Fruits 2,7 2,0 − 8,0 − 6,2
Légumes, pommes de terre 4,3 4,8 − 15,7 − 11,7
Vins 10,7 11,2 2,3 13,8
Fourrages, plantes, fleurs 7,9 − 2,8 11,3 8,2
dont produits animaux 25,3 1,4 8,5 11,0
Bétail (bovins, porcins, ovins, caprins, équidés) 10,9 − 0,7 8,3 7,5
Volailles, œufs 4,5 0,5 9,9 10,5
Lait et autres produits de l’élevage 9,9 4,2 8,0 12,5
dont services 1 3,7 0,0 2,0 2,0
Subventions sur les produits (b) 1,1 − 1,8 − 4,9 − 6,6
Production au prix de base 1 (c) = (a) + (b) 70,5 2,2 3,1 5,4
Consommations intermédiaires (hors TVA déductible) (d) 43,7 1,2 8,7 10,0
dont achats 23,6 3,0 12,4 15,8
dont Sifim 2 0,7 2,0 − 34,0 − 32,7
Valeur ajoutée brute (e) = (c) − (d) 26,8 3,7 − 4,9 − 1,4
Consommation de capital fixe 1 (f) 10,8 − 0,1 0,7 0,6
Valeur ajoutée nette 3 (g) = (e) − (f) 15,9 6,2 − 8,3 − 2,7
  • 1. Voir définitions.
  • 2. Services d’intermédiation financière indirectement mesurés.
  • 3. Nette de la consommation de capital fixe.
  • Source : Insee, comptes prévisionnels de l’agriculture arrêtés en novembre 2011.

Forte remontée du coût des intrants

La valeur des consommations intermédiaires de la branche agriculture croît fortement en 2011 (+ 10,0 %). Cette hausse est liée essentiellement à celle des prix, alors que l’évolution en volume reste modérée.

Les achats d’aliments pour animaux (hors produits agricoles intra-consommés) sont le poste principal des dépenses. Quasiment stables en 2010, ils font un bond de + 16,8 % en valeur en 2011 malgré un léger recul (− 1 %) des volumes consommés. Leurs prix ont effectivement fortement progressé, conséquence de l’envolée des prix des céréales en 2010. Les quantités d’aliments composés consommées sont pratiquement stables pour toutes les catégories, à l’exception des produits pour les veaux qui baissent.

Comme en 2010, la facture énergétique continue à s’alourdir (+ 18,4 %) en raison de la hausse du prix du pétrole. En particulier, le prix du fioul domestique, première source d’énergie consommée par l’agriculture, s’accroît de 25,3 %, en dépit de la reconduction des mesures fiscales en faveur des agriculteurs appliquées les années précédentes. Cette mesure pourrait ne pas être reconduite à l’identique dans la loi de finances rectificative qui sera votée d’ici fin 2011.

Après une forte baisse en 2010, le prix des engrais est reparti à la hausse en 2011 (+ 17,4 %). Malgré cela, et contrairement à ce qui s’était passé en 2009, les agriculteurs n’ont pas réduit leur consommation d’engrais : elle augmente de 21,0 % en volume.

Les dépenses en produits de protection des cultures, qui avaient diminué fortement en 2010, remontent légèrement en 2011.

Le résultat agricole diminuerait en 2011

La valeur des consommations intermédiaires augmentant plus vite que la production au prix de base, la valeur ajoutée brute devrait baisser de 1,4 %, alors qu’elle avait progressé de 20,7 % en 2010. La valeur ajoutée nette de la branche agricole diminuerait à un rythme un peu plus accentué (− 2,7 %), du fait de l’évolution de la consommation de capital fixe (+ 0,6 %).

Les subventions d’exploitation versées à la branche agriculture s’élèvent à 8,6 milliards d’euros (). Ce niveau est en retrait par rapport à celui de 2010, année de mise en place des mesures compensant la baisse des subventions sur les produits, décidées lors du « Bilan de santé » de la PAC. Le découplage des aides par rapport à la production est désormais presque total pour les grandes cultures et s’étend à l’élevage. De nouvelles aides agro-environnementales ont été mises en place.

Après prise en compte des subventions d’exploitation et des impôts, le résultat net (ou valeur ajoutée nette au coût des facteurs) de la branche agricole se réduirait de 2,9 % en 2011.

Comme le volume de l’emploi agricole baisserait tendanciellement de 1,8 % (tableau 3), le résultat agricole net par actif devrait diminuer de 1,1 %. Le prix du PIB augmentant de 1,5 %, le résultat agricole net par actif en termes réels (graphique 2) baisserait de 2,6 % en 2011.

Graphique 2 – Évolution du résultat agricole net par actif en termes réels

  • Source : Insee, comptes prévisionnels de l’agriculture arrêtés en novembre 2011.

Tableau 2 – De la valeur ajoutée au résultat agricole

De la valeur ajoutée au résultat agricole
Valeur 2011 (en milliards d’euros) Évolution 2011/2010 (en %)
Valeur ajoutée nette (a) 15,9 − 2,7
Subventions d’exploitation (b) 8,6 − 2,3
Autres impôts sur la production (c) 1,5 3,4
Impôts fonciers 1,0 1,0
Autres 0,5 7,8
Résultat agricole net (d) = (a) + (b) − (c) 23,1 − 2,9
  • Source : Insee, comptes prévisionnels de l’agriculture arrêtés en novembre 2011.

Tableau 3 – Évolution du résultat agricole entre 2010 et 2011

en %
Évolution du résultat agricole entre 2010 et 2011
Résultat agricole net − 2,9
Résultat agricole net par actif − 1,1
Résultat agricole net par actif en termes réels − 2,6
Évolution du prix du produit intérieur brut + 1,5
Évolution du nombre d’UTA* total − 1,8
  • * Unités de travail annuel (équivalent temps plein de l’agriculture).
  • Source : Insee, comptes prévisionnels de l’agriculture arrêtés en novembre 2011.

Sources

Le compte spécifique de la branche agriculture est établi selon la méthodologie et les concepts du Système européen des comptes (SEC) en base 2000.

À la demande de la Commission européenne, Eurostat publie au mois de décembre de chaque année un compte agricole prévisionnel pour l’ensemble de l’Union européenne. Le compte français est présenté à la Commission des comptes de l’agriculture de la Nation de décembre.

Définitions

La branche agricole est le regroupement de toutes les unités d’activité économique qui exercent les activités suivantes : culture de végétaux (y compris maraîchage et horticulture), élevage d’animaux, activités de travaux agricoles à façon, chasse et activités annexes. Outre les exploitations agricoles, les unités caractéristiques de la branche comprennent les groupements de producteurs (coopératives) produisant du vin et de l’huile d’olive et les unités spécialisées qui fournissent des machines, du matériel et du personnel pour l’exécution de travaux agricoles à façon.

Les services produits par la branche agricole peuvent l’être à titre principal (entreprises de travaux agricoles, coopératives d’utilisation de matériel agricole...) ou secondaire (services entre agriculteurs, agritourisme...).

Les évolutions mesurées en termes réels correspondent aux évolutions à prix courants divisées par un indice de prix. On utilise l’indice de prix du produit intérieur brut (PIB) et non l’indice des prix à la consommation en raison de la nature des données.

Le prix de base, auquel est valorisée la production, est égal au prix de marché auquel vend le producteur, augmenté des subventions sur les produits qu’il perçoit et diminué des impôts spécifiques sur les produits qu’il reverse.

Les subventions à l’agriculture sont scindées en subventions sur les produits et subventions d’exploitation :

− les subventions sur les produits comprennent les aides totalement ou partiellement couplées à la production, elles ont pour la plupart disparu en 2010, à l’exception de la prime à la vache allaitante ;

− les subventions d’exploitation comprennent notamment les paiements uniques issus de la réforme de la politique agricole commune (PAC), les aides agri-environnementales et les aides pour calamités agricoles.

La consommation de capital fixe (CCF) mesure la dépréciation annuelle liée à l’usure et à l’obsolescence du capital, lequel est évalué à son coût de remplacement. Les agrégats hors CCF sont qualifiés de « nets ».

Le résultat agricole net ou valeur ajoutée nette au coût des facteurs est égal à : valeur ajoutée nette + subventions d’exploitation − autres impôts sur la production dont impôts fonciers. Il s’agit du résultat de la branche agricole (exploitants et salariés). Son évolution peut être rapportée à celle du nombre d’unités de travail annuel total (en équivalents temps plein) : on obtient ainsi l’évolution du résultat agricole net par actif. Elle est aussi présentée en termes réels.

Pour en savoir plus

Lesdos-Cauhapé C., « L’agriculture en 2010 en France et en Europe - Après deux années de baisse, les résultats se redressent fortement », Insee Première n° 1360, juin 2011

Les rapports de la Commission des comptes de l’agriculture de la Nation (CCAN) sont consultables sur Insee.fr et sur celui du ministère de l’Agriculture, de l’Alimentation, de la Pêche, de la Ruralité et de l’Aménagement du territoire

Les rapports sur les comptes prévisionnels sont repris et publiés dans la série Agreste (SSP-Insee), Les Dossiers n° 13 de janvier 2012. Une synthèse sur les comptes par catégories d’exploitations est publiée dans la série Agreste-Primeurs, SSP, n° 273. Le bilan conjoncturel 2011 est publié dans la série Agreste-Conjoncture, SSP, n° 7 d’octobre-novembre 2011.