Les services marchands en 2010 : retour de la croissance

Marie Élisabeth Hassan, division Services, Insee

En 2010, les services marchands renouent avec la croissance. Selon les résultats des comptes provisoires, en base 2005, leur activité progresse de 2,3 % en volume, effaçant une année de récession (− 2,2 % en 2009). La plupart des branches se redressent, alors qu’elles reculaient presque toutes l’année précédente. Piliers de la croissance des services, les télécommunications, les services informatiques et la location immobilière ont été moins affectés par la crise. L’emploi global augmente de 2,2 % en 2010 (après − 3,0 %) et retrouve son niveau de 2007. L’activité des services marchands est soutenue par la demande des entreprises  qui progresse de 3,0 %. La consommation finale des ménages en services marchands augmente de 1,2 %. Le solde du commerce extérieur, déficitaire depuis 2006, s’établit à − 3,4 milliards d’euros en 2010.

En 2010, la plupart des activités de services marchands se redressent

En 2010, l’activité des services marchands (tableau) progresse de 2,3 % en volume, effaçant une année de récession (− 2,2 % en 2009, après deux années de ralentissement). La plupart des activités se redressent, alors qu’elles reculaient presque toutes l’année précédente. Pour certaines, le rebond est très marqué, en écho aux baisses plus ou moins fortes de l’année de crise. Les services marchands contribuent pour 0,7 point à la croissance du PIB (+ 1,5 %). Leur valeur ajoutée croît en effet de 1,9 % en volume (− 1,8 % en 2009) et représente plus du tiers de la valeur ajoutée de l’ensemble de l’économie. Sur une tendance haussière, cette part avait légèrement fléchi en 2009, comme en 2002 avec la précédente crise.

Les activités de services administratifs et de soutien sont les plus dynamiques ; elles progressent de 4,2 % en 2010 (graphique 1), contribuant fortement (+ 0,7 point) à la croissance des services marchands ; la moitié de cette contribution tient aux activités liées à l’emploi (+ 0,4 point) en raison du redressement énergique de l’intérim ; hors intérim, la production de la branche augmente de 2,5 %. L’activité des services d’information et de communication progresse elle aussi de 2,5 % en 2010 et contribue pour 0,5 point à la croissance des services marchands ; le recul de 2009 était essentiellement dû à celui de l’édition ; la croissance de la branche est restée vigoureuse jusqu’en 2008 (+ 5,5 % par an en moyenne depuis 1999). Les activités spécialisées scientifiques et techniques augmentent de 2,0 % en 2010 ; après une croissance vive de 1999 à 2006 (plus de 4 % par an en moyenne), leur production avait ralenti en 2007 et 2008, et régressé en 2009 (− 1,3 %) ; en 2010, elles participent pour 0,5 point à la croissance des services marchands. Les activités immobilières, en hausse de 1,6 % en 2010, contribuent également pour 0,5 point, dont 0,4 point dû à la location immobilière. La production des arts, spectacles et activités récréatives marchandes, ajoutée à celle des autres activités de services (hors associations), progresse de 1,5 % en 2010, après trois années atones (− 0,1 % par an en moyenne). Sortant de deux années de récession, les services d’hébergement et restauration progressent de 1,3 % en 2010.

Graphique 1 – Production en volume des services marchands

  • Lecture : en 2010, la croissance est de retour pour les services marchands.
  • Source : Insee, comptes des services, base 2005.

Tableau – Équilibre ressources-emplois des services marchands

Valeur en millions d’euros - Volume : taux de croissance en volume (en %) - Prix : taux de croissance du prix (en %)
Équilibre ressources-emplois des services marchands
2006 2007 2008 2009* 2010*
Valeur Volume Prix Valeur Volume Prix Valeur Volume Prix Valeur Volume Prix Valeur
Production de la branche (1) 904 268 2,3 2,5 947 942 1,5 2,1 981 811 − 2,2 1,3 973 036 2,3 0,9 1 004 477
Transferts** (2) 21 626 5,1 0,1 22 746 1,0 2,4 23 537 2,3 1,5 24 432 0,8 1,1 24 897
Impôts moins subventions (3) 16 044 2,8 − 0,1 16 468 − 7,0 − 0,6 15 218 − 18,6 − 0,5 12 316 15,8 4,4 14 889
Importations (4) 30 039 8,0 2,2 33 145 2,4 1,9 34 591 − 2,1 0,7 34 105 3,3 0,4 35 372
Total des ressources (1) + (2) + (3) + (4) 971 977 2,5 2,4 1 020 301 1,3 2,0 1 055 157 − 2,3 1,3 1 043 889 2,4 1,0 1 079 635
Consommations intermédiaires*** (5) 527 963 2,3 2,2 552 169 1,8 1,9 572 702 − 2,9 1,0 561 486 2,6 0,6 579 671
Consommation finale (6) 342 209 1,8 2,6 357 364 0,5 2,1 366 652 − 0,4 2,2 373 057 1,2 1,6 383 223
Investissement (7) 72 277 7,2 2,6 79 535 1,5 2,8 82 973 − 5,0 − 0,6 78 356 7,2 0,9 84 777
Exportations (8) 29 528 3,5 2,2 31 233 3,2 1,9 32 830 − 6,4 0,9 30 990 2,6 0,5 31 964
Total des emplois (5) + (6) + (7) + (8) 971 977 2,5 2,4 1 020 301 1,3 2,0 1 055 157 − 2,3 1,3 1 043 889 2,4 1,0 1 079 635
  • * Données provisoires.
  • ** Cela comprend les productions marchandes des branches non marchandes.
  • *** La ligne consommations intermédiaires inclut les variations de stocks.
  • Source : Insee, comptes des services, base 2005.

L’emploi se redresse dans les services marchands

Mesuré en équivalents temps plein, l’emploi total de l’ensemble des services principalement marchands (y compris la recherche-développement, les arts, spectacles et activités récréatives non marchands et les organisations associatives) augmente de 2,2 % en 2010, tandis que l’agriculture, l’industrie, la construction, le commerce et les transports continuent de perdre des emplois. Dans les services, les créations ne compensent pas les suppressions de 2009 (− 3,0 %), mais permettent à l’emploi de retrouver son niveau de 2007. L’année 2009 avait été particulièrement marquée par la baisse de l’emploi intérimaire, le travail temporaire étant souvent le premier touché en période de crise. En 2010, c’est principalement grâce aux créations d’emplois dans les services marchands que l’emploi se maintient dans l’ensemble de l’économie (+ 0,1 % après − 1,4 %). La démographie des entreprises de services marchands évolue également favorablement en 2010. En effet, les défaillances se réduisent (− 4,6 %) ; elles augmentaient de 9 % en moyenne de 2007 à 2009. Les créations, y compris celles des auto-entrepreneurs, progressent de 7,3 %.

La demande des entreprises soutient la croissance

En 2010, la demande totale des entreprises augmente de 3,0 % en volume et contribue pour 1,8 point à la croissance de la demande intérieure en services marchands, qui progresse de 2,5 % ; celle des ménages participe pour 0,7 point. Les consommations intermédiaires des entreprises et des administrations augmentent de 2,7 % en volume. Le travail temporaire, consommation intermédiaire pour les entreprises utilisatrices, contribue pour 0,6 point à ce redressement. L’investissement des entreprises retrouve une croissance tonique (+ 6,1 %), après la forte contraction de 2009 ; il ne représente toutefois que 5 % de la demande intérieure, concernant essentiellement l’informatique, l’architecture et l’ingénierie. La consommation finale des ménages se ressaisit aussi (+ 1,2 % en volume, après − 0,4 % en 2009) malgré le ralentissement de leur pouvoir d’achat (+ 1,2 %, après + 1,6 % en 2009). L’investissement des ménages ne concerne que les achats de biens immobiliers et les frais liés ; il est particulièrement dynamique en 2010 (+ 15,4 %), compensant avantageusement les baisses des deux années précédentes, mais ne représente que 2 % de la demande intérieure.

En 2010, les importations et les exportations de services marchands se redressent après un fléchissement en 2009. Les exportations augmentent de 2,6 % en volume, quasiment au même rythme que la demande intérieure, mais ne participent qu’à 3 % de la demande totale. Les importations augmentent plus vite que les exportations depuis 2006. Le déficit des échanges extérieurs de services marchands croît : de 0,5 milliard d’euros en 2006, il dépasse 3,4 milliards en 2010 (graphique 2).

Graphique 2 – Échanges extérieurs de l’ensemble des services marchands

  • Lecture : le déficit des échanges extérieurs de services marchands se creuse un peu plus en 2010.
  • Source : Insee, comptes des services, base 2005.

L’informatique tire son épingle du jeu

Les activités informatiques (programmation, conseil et autres activités informatiques) retrouvent plus d’allant en 2010, progressant de 3,4 %. Ces activités n’avaient ralenti qu’en 2009 (+ 0,3 %). De 2006 à 2010, leur progression moyenne est de 3,4 %. La production des services d’information (qui comprennent notamment le traitement et l’hébergement de données et l’activité des portails internet) augmente de 4,4 % en 2010 après une année 2009 atone ; elle représente un cinquième de la production des services informatiques. Soutien fidèle de la croissance des services marchands depuis 2003, les activités informatiques et les services d’information y contribuent en 2010 pour 0,2 point.

Quelques autres activités sont elles aussi restées bien orientées en 2009, et continuent de croître en 2010, souvent avec un dynamisme accru. Les activités juridiques et comptables progressent de 2,6 %, après une année atone (+ 0,1 % en 2009). Elles avaient baissé en 2008, affectées par la chute des activités immobilières et son impact sur les activités juridiques.

L’activité de la location immobilière (location et exploitation de biens immobiliers) fluctue peu. 57 % de la production est constituée des loyers imputés, ceux que paieraient les propriétaires s’ils étaient locataires de leur logement. Ces loyers ont un rythme de croissance particulièrement régulier (+ 1,3 % par an en moyenne). Les loyers réels progressent de 1,4 % en 2010, après avoir franchement ralenti de 2007 à 2009. Pendant cette période, la location de bureaux, de commerces ou d’entrepôts avait pâti du ralentissement économique général. En 2010, l’ensemble des loyers, réels et imputés, contribue pour 0,4 point à la croissance des services marchands.

La recherche-développement marchande et les jeux de hasard et d’argent n’ont pas connu, eux non plus, de récession et progressent encore en 2010. L’activité des jeux de hasard et d’argent, stimulée par l’ouverture en 2010 du marché des jeux d’argent aux paris sportifs, paris hippiques et poker en ligne, augmente de 5,3 % en volume.

L’intérim, la location et l’immobilier redressent la barre

En hausse de 13 % en 2010, les activités liées à l’emploi (composées essentiellement de l’intérim) contribuent en premier lieu à la croissance des services marchands (+ 0,4 point). En 2009, elles avaient au contraire chuté (− 21,5 %), participant largement (− 0,7 point) au recul des services marchands (− 2,2 %). Premiers touchés par la crise économique, plus de 135 000 emplois intérimaires ont été supprimés en 2008 ; les activités liées à l’emploi ont reculé en conséquence (− 2,8 %). Sur le seul premier trimestre 2009, près de 74 000 emplois ont encore été détruits. L’activité a ensuite repris lentement. En 2010, le travail temporaire a proposé plus de 97 000 nouveaux contrats.

Parmi les principaux moteurs de la croissance des services marchands, la location et location-bail redémarre vivement (+ 3,7 %) après une forte contraction en 2009 (− 6,8 %).

Les activités des marchands de biens immobiliers et les activités immobilières pour compte de tiers connaissent un véritable regain. Sévèrement affaiblies en 2008 (− 6,1 %), puis en 2009 (− 4,1 %) avec la crise économique, elles se redressent énergiquement en 2010 (+ 5,7 %). Avec l’amélioration de la conjoncture économique, les investisseurs sont de retour et privilégient la pierre, valeur refuge face à un marché boursier encore baissier et volatile.

Les activités des télécommunications, soutien important et régulier de la croissance des services marchands depuis plus d’une décennie, retrouvent une franche croissance (+ 2,7 %) (graphique 3), sans atteindre le dynamisme des années précédant la crise. Conjointement avec les activités liées à l’emploi et les activités de location et location-bail, elles apportent 0,8 point à la croissance des services marchands en 2010. D’autres branches, soutiens importants de la croissance des services marchands, renouent avec la croissance en 2010 : les activités d’architecture et d’ingénierie, de contrôle et d’analyses techniques (+ 2,5 %), les activités des sièges sociaux et du conseil de gestion (+ 1,5 %) et les activités administratives et autres activités de soutien aux entreprises (+ 2,1 %).

Graphique 3 – Évolutions en volume de la production des services marchands en 2010 et 2009

  • Les branches d’activité sont classées par taux d’évolution de la production décroissants en 2010.
  • * Cet intitulé recouvre la publicité et les études de marché, les activités vétérinaires ainsi qu'une branche dont l'intitulé est aussi « Autres activités spécialisées, scientifiques et techniques » et qui comprend le design, la photographie, la traduction, l'économie de la construction et des activités spécialisées, scientifiques et techniques diverses.
  • Lecture : l’activité de toutes les grandes branches de services progresse en 2010.
  • Source : Insee, comptes des services, base 2005.

La restauration bénéficie de l’embellie du tourisme

L’hébergement, la restauration et les activités des agences de voyage, voyagistes, services de réservation et activités connexes retrouvent le chemin de la croissance après deux années de récession et témoignent ainsi de l’embellie du tourisme. La reprise est plus fragile pour la restauration (+ 0,8 % après − 2,6 %) que pour l’hébergement (+ 2,9 %) plus affaibli en 2009 (− 6,0 %). Le retournement est très prononcé pour les agences de voyage (+ 7,4 % après − 9,1 %).

L’activité dans la publicité et les études de marché progresse de 3,1 % en 2010 (après − 1,7 %). Les autres services personnels (blanchisserie, coiffure, soins de beauté, services funéraires et autres services personnels divers) progressent de 2 %, tirés par le dynamisme des soins de beauté (+ 3,3 %) et des autres services personnels divers (+ 7,2 %). La production des activités créatives, artistiques et de spectacle marchandes augmente de 4,7 %, celle des enquêtes et sécurité de 1,4 %. L’audiovisuel se relève lentement : la programmation et diffusion (de télévision ou de radio) progresse de 1,9 % ; la production de films cinématographiques, de vidéo et de programmes de télévision, d’enregistrements sonores et d’édition musicale augmente très modérément (+ 0,4 %) après un léger repli (− 0,8 % en 2009).

Le nettoyage peine à sortir de la crise

Les services relatifs aux bâtiments et à l’aménagement paysager (comprenant notamment le nettoyage) se contractent à nouveau en 2010 (− 1,2 % après − 0,3 %). Ces activités ont ralenti dès 2007, après une année 2006 très dynamique (+ 5,0 %). Elles ont été pénalisées par la forte augmentation du nombre de défaillances d’entreprises, clientes potentielles, de 2007 à 2009. Elles freinent légèrement la croissance des services marchands en 2010.

Les autres activités spécialisées, scientifiques et techniques (design, photographie, traduction, économie de la construction et activités spécialisées, scientifiques et techniques diverses), en baisse en 2010 (− 1,3 %), les activités sportives, récréatives et de loisirs marchandes (− 0,2 %) et la réparation d’ordinateurs et de biens personnels et domestiques (− 1,0 %), présentent le même profil : en récession en 2009, ces activités peinent à sortir de la crise, même si le recul est moins prononcé en 2010. Elles étaient plutôt dynamiques jusqu’en 2006, + 3,4 % par an en moyenne depuis 1999 pour les deux premières, + 2,5 % pour la réparation.

Ayant peu de poids dans la production, les activités en recul en 2010 n’affaiblissent que modérément la croissance des services marchands.

Sources

Les données, élaborées pour la première fois en base 2005, sont extraites des comptes des services. Pour les années 2010 et 2009, les résultats sont provisoires. Les chiffres présentés ici sont calculés à partir des équilibres ressources-emplois réalisés au niveau le plus détaillé des comptes nationaux, puis agrégés. Les évolutions ainsi déterminées pour les grandes branches pourront être très légèrement différentes de celles calculées directement par voie économétrique à un niveau agrégé et retenues pour la version provisoire des comptes nationaux 2010.

Par ailleurs, les résultats présentés ici sur le champ défini en NAF rév. 2 par les sections hébergement et restauration (I), information et communication (J), activités immobilières (L), activités spécialisées, scientifiques et techniques (M), activités de services administratifs et de soutien (N), arts, spectacles et activités récréatives (R), autres activités de services (S), excluent les associations et les services non marchands de la recherche-développement, et des arts, spectacles et activités récréatives, sauf pour les statistiques d’emploi.

Définitions

La production (ou activité) dans les services marchands est un concept proche de celui de chiffre d’affaires : elle comprend les ventes de services et la production pour compte propre, mais exclut les ventes de marchandises éventuellement associées à l’activité de service. Les données sur la production sont calculées ici en branches, correspondant au regroupement des entreprises et parties d’entreprises qui produisent la même catégorie de prestations. Dans l’approche secteur, les entreprises sont regroupées selon leur activité principale. La production est estimée en volume, c’est-à-dire une fois retiré l’effet de l’évolution des prix.