Les épisodes caniculaires de l’été coûteraient 0,1 point de croissance annuelle à l’économie française en 2026, essentiellement en raison de la baisse de la production agricole
Depuis mi-juin 2026, la France a connu trois épisodes de chaleur de grande intensité : le premier du 17 au 30 juin, le deuxième du 4 au 19 juillet et le troisième, particulièrement long, du 28 juillet au 19 août. Au total, 53 jours de vagues de chaleur ont eu lieu entre mi-juin et fin août en France métropolitaine, soit un nombre sans commune mesure avec ce qui avait été observé jusqu’à présent. En plus de ces vagues de chaleur survenues depuis la mi-juin, l’année 2026 a connu un épisode de températures très élevées fin mai : si cet épisode ne peut pas être qualifié de vague de chaleur, sa précocité n’en a pas moins été inédite.
Ces épisodes sont susceptibles d’avoir des effets négatifs sur l’activité à court terme. Le secteur d’activité le plus affecté serait l’agriculture : les vagues de chaleur de l’été pénaliseraient le rendement de nombreuses cultures, notamment pour le maïs, le fourrage, les oléagineux (tournesol, colza, etc.), les protéagineux (féveroles, pois, etc.) et les pommes de terre. En outre, la production viticole connaîtrait un nouveau recul après deux années de faibles récoltes. Enfin, en ce qui concerne les produits frais, les vagues de chaleur auraient surtout un effet néfaste sur les légumes, dont la production diminuerait et dont les prix sont en nette hausse, tandis que les fruits seraient dans l’ensemble moins affectés.
Par ailleurs, les trois vagues de chaleur de 2026 se sont traduites par une hausse de la consommation d’électricité, tandis que l’épisode d’août a pesé sur la production électrique nationale, du fait de l’indisponibilité accrue du parc nucléaire. Dans la construction, la part d’entreprises du bâtiment et des travaux publics faisant état de conditions climatiques défavorables à leur activité a augmenté cet été, selon les enquêtes de conjoncture de l’Insee. Sur longue période, les effets néfastes des épisodes de chaleur sur l’activité sont surtout perceptibles dans les travaux publics.
En revanche, la production industrielle en France semblait jusqu’en 2025 peu sensible aux vagues de chaleur, même si leurs conséquences peuvent ponctuellement se traduire par des difficultés pour certaines entreprises industrielles, du fait des restrictions environnementales ou de problèmes d’approvisionnement. La situation est différente en Allemagne, où le Rhin joue un rôle majeur dans l’acheminement de produits industriels situés souvent en amont de la chaîne de production : ainsi, le faible niveau d’eau du fleuve en cas de sécheresse est susceptible de faire baisser la production industrielle germanique.
Enfin, concernant la consommation des ménages français, les vagues de chaleur de cet été se sont surtout traduites par une hausse des achats de ventilateurs, climatiseurs et, comme l’an dernier, de produits rafraîchissants, comme les boissons et les glaces. Par ailleurs, sur longue période, elles changent les habitudes de consommation des ménages : elles s’accompagnent d’une légère hausse des dépenses de restauration et d’une légère baisse des achats de meubles. Ces mouvements, d’ampleur limitée, n’ont pas d’impact macroéconomique substantiel.
Au final, les épisodes de chaleur amputeraient la croissance française d’environ 0,1 point en 2026, essentiellement via la production agricole. Il s’agit d’effets de court terme sans préjuger d’effets à moyen terme plus importants : par exemple, la littérature économique montre que ces vagues sont susceptibles de déclencher des dépenses d’adaptation qui stimulent temporairement l’activité mais se font au détriment d’autres investissements productifs, et pèsent in fine sur la croissance à moyen terme. Ces estimations se fondent sur les informations disponibles début septembre qui couvrent encore imparfaitement la période estivale : des effets additionnels ne peuvent être exclus si, du fait de leur intensité, ces épisodes produisent des effets dans des secteurs habituellement épargnés.
