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Insee Flash Bourgogne-Franche-Comté · Mai 2026 · n° 233
Insee Flash Bourgogne-Franche-ComtéL’emploi frontalier marque un net ralentissement en Bourgogne-Franche-Comté

Jérôme Mathias, Thésée Sztrakoniczky (Insee)

En Bourgogne-Franche-Comté, l’emploi frontalier vers la Suisse ralentit nettement en 2025 après une progression soutenue en 2024. Sa faible croissance, de +0,5 %, est inférieure à la moyenne nationale (+2,2 %). L’emploi industriel recule, tout comme l’intérim, très sensible aux tensions conjoncturelles. À l’inverse, les activités présentielles soutiennent l’emploi frontalier, notamment dans le secteur de la santé. Les trois départements frontaliers sont concernés par le ralentissement, plus particulièrement le Doubs tourné vers les cantons de Neuchâtel et du Jura.

Insee Flash Bourgogne-Franche-Comté
No 233
Paru le :Paru le28/05/2026

Un ralentissement plus marqué qu’au niveau national

Fin 2025 en Bourgogne-Franche-Comté, 48 450 frontaliers travaillent en Suisse, soit 20 % de l’ensemble des frontaliers français ayant un emploi dans ce pays. Ce nombre croît de 0,5 % en 2025, après +1,5 % en 2024 et +6,7 % en 2023. Ce ralentissement, et même recul dans le nord de la bande frontalière (figure 1), est plus marqué qu’au niveau national pour la deuxième année consécutive : en France, l’emploi frontalier augmente de +2,2 % en 2025, après +4,5 % et +5,3 % pour les deux années précédentes. La distance de la Bourgogne-Franche-Comté aux grandes agglomérations suisses, comme Genève ou Bâle, rend les flux frontaliers plus dépendants de la conjoncture économique, notamment industrielle. En Auvergne-Rhône-Alpes et dans le Grand Est, où les espaces frontaliers sont adossés à ces centres urbains, les possibilités résidentielles en périphérie française et la richesse de l’offre d’emplois présentiels jouent un rôle d’amortisseur.

Figure 1Nombre de frontaliers fin 2025 et évolution sur un an par intercommunalité

Nombre de frontaliers fin 2025 et évolution sur un an par intercommunalité
Code EPCI Libellé de l’EPCI Nombre de frontaliers Évolution sur un an
4ᵉ trimestre 2025 4ᵉ trimestre 2024 2025 2024
200023075 Communauté de communes du Pays de Maîche 3 570 3 610 -1,2 +0,3
200026573 Communauté de communes Haut-Jura Saint-Claude 730 710 +3,0 +3,8
200065647 Communauté d'agglomération Pays de Montbéliard Agglomération 5 030 5 080 -0,9 +2,5
200069052 Communauté d'agglomération Grand Belfort 2 140 2 100 +1,9 +4,8
200069565 Communauté de communes des Lacs et Montagnes du Haut-Doubs 5 810 5 680 +2,4 +0,7
200069623 Communauté de communes Champagnole Nozeroy Jura 1 360 1 340 +1,5 +2,1
242500320 Communauté de communes entre Doubs et Loue 1 200 1 200 +0,4 -1,0
242500338 Communauté de communes du Grand Pontarlier 5 310 5 210 +1,8 +1,4
242500361 Communauté urbaine Grand Besançon Métropole 1 330 1 320 +0,5 +8,5
242504116 Communauté de communes du Val de Morteau 5 680 5 770 -1,6 -0,7
242504181 Communauté de communes des Portes du Haut-Doubs 2 170 2 200 -1,5 +2,4
242504355 Communauté de communes du Plateau de Russey 1 590 1 620 -1,9 +2,3
242504488 Communauté de communes Altitude 800 600 580 +3,6 +0,9
242504496 Communauté de communes du Plateau de Frasne et du Val du Drugeon (CFD) 1 040 1 020 +2,5 -1,7
243900354 Communauté de communes de La Station des Rousses-Haut Jura 3 180 3 170 +0,2 +1,4
243900479 Communauté de communes Haut-Jura Arcade Communauté 1 270 1 250 +1,5 +4,0
243900610 Communauté de communes La Grandvallière 740 740 -0,1 +1,8
249000241 Communauté de communes du Sud Territoire 2 500 2 480 +0,9 -1,9
  • Note : Les effectifs sont présentés arrondis à la dizaine. Les taux d’évolution sont calculés sur les données non arrondies. En raison des arrondis, les totaux peuvent différer légèrement de la somme des valeurs détaillées.
  • Source : Office fédéral de la statistique, Statistique des frontaliers, fichier arrêté mi février 2026 ; retraitements Insee

Figure 1Nombre de frontaliers fin 2025 et évolution sur un an par intercommunalité

  • Note : Les effectifs sont présentés arrondis à la dizaine. Les taux d’évolution sont calculés sur les données non arrondies. En raison des arrondis, les totaux peuvent différer légèrement de la somme des valeurs détaillées.
  • Source : Office fédéral de la statistique, Statistique des frontaliers, fichier arrêté mi février 2026 ; retraitements Insee

Moins de frontaliers dans l’industrie

Ce ralentissement s’inscrit dans un contexte de conjoncture internationale moins favorable. Le relèvement des droits de douane par les États-Unis en 2025 a pesé sur une économie suisse dont les exportations de biens et services représentent 72 % du PIB, contre environ 34 % en France. Cela participe au recul de l’emploi frontalier industriel provenant de Bourgogne-Franche-Comté. Il baisse de 1,7 % sur un an et s’établit à 19 160 frontaliers travaillant dans l’industrie fin 2025, soit 40 % de l’effectif régional (figure 2) (pour comprendre). Le repli concerne à la fois l’horlogerie, déjà pénalisée en 2024 par le ralentissement de l’économie chinoise et la faiblesse du yuan, et les autres industries manufacturières. Les frontaliers bourguignons-francs-comtois sont davantage exposés à cet aléa conjoncturel que ceux d’Auvergne-Rhône-Alpes, dont la progression, bien que ralentie, persiste (+2,4 %).

Figure 2Évolution des frontaliers sur un an par secteur d’activité fin 2025

Évolution des frontaliers sur un an par secteur d’activité fin 2025
Secteur d’activité Effectifs au 4ᵉ trimestre 2025 Évolution 2025/2024 (en %)
Ensemble 48 450 +0,5
Industrie ; dont : 19 160 -1,7
horlogerie 8 530 -1,6
Intérim 3 930 -8,5
Services aux entreprises ; dont : 6 300 +4,3
services relatifs aux bâtiments 950 +12,0
programmation, conseil informatiques 680 +9,7
activités d’architecture et d’ingénierie 1 300 +1,6
activités juridiques et comptables 810 +0,7
activité des sièges sociaux 850 -2,4
Commerce, hébergement et restauration ; dont : 7 080 +2,0
Commerce de gros 1 850 +2,7
Hébergement et restauration 1 440 +1,9
commerce de détail 3 260 +1,4
Construction ; dont : 2 620 +3,2
Travaux de construction spécialisés 1 720 +3,6
Santé humaine et action sociale ; dont : 5 180 +5,0
Santé humaine 3 000 +6,2
Hébergement médico-social, et action sociale 2 180 +3,3
Autres secteurs ; dont : 4 190 +5,5
Transports terrestres 840 +9,5
  • Note : Les effectifs sont présentés arrondis à la dizaine. Les taux d’évolution sont calculés sur les données non arrondies. En raison des arrondis, les totaux peuvent différer légèrement de la somme des valeurs détaillées.
  • Source : Office fédéral de la statistique, Statistique des frontaliers, fichier arrêté mi février 2026 ; retraitements Insee

Figure 2Évolution des frontaliers sur un an par secteur d’activité fin 2025

  • Note : Les effectifs sont présentés arrondis à la dizaine. Les taux d’évolution sont calculés sur les données non arrondies. En raison des arrondis, les totaux peuvent différer légèrement de la somme des valeurs détaillées.
  • Source : Office fédéral de la statistique, Statistique des frontaliers, fichier arrêté mi février 2026 ; retraitements Insee

Le ralentissement de l’industrie se reflète plus nettement encore dans le recours à l’intérim. Il passe sous les 4 000 frontaliers en 2025, après une baisse plus marquée en 2024 (-15,6 %). Cela faisait suite à plusieurs années de très forte progression (+22,4 % en 2022, +36,0 % en 2021). Ce retournement traduit en particulier l’ajustement à la baisse des activités industrielles, notamment horlogères, qui recouraient largement aux intérimaires pour répondre à une demande étrangère alors dynamique.

Les activités présentielles soutiennent l’emploi frontalier

Dans les services aux entreprises, le nombre d’emplois frontaliers progresse et atteint 6 300. Dans le commerce et l’hébergement-restauration suisses, il dépasse 7 000, sa croissance se poursuit en 2025 (+2,0 %), mais à un rythme nettement inférieur à celui observé entre 2022 et 2024 (+7,0 % par an).

Les services aux entreprises hors intérim sont de nouveau en nette progression, après un ralentissement sensible en 2024 (+1,5 %). Cette hausse est surtout imputable aux services relatifs aux bâtiments (notamment le nettoyage), et aux services de programmation et conseil informatique. À l’inverse, les activités de sièges sociaux marquent un recul cette année. Les activités juridiques et comptables ainsi que l’activité d’architecte et d’ingénierie restent en légère hausse. Ces trois derniers secteurs contribuent peu à la croissance du nombre de frontaliers ces deux dernières années, alors qu’ils en étaient auparavant des moteurs.

Les activités liées à la santé humaine et l’action sociale conservent une dynamique soutenue en 2025 avec 5 180 frontaliers. Si la santé ne représente encore que 6 % de l’emploi frontalier régional, elle contribue à elle seule à environ 70 % de la hausse nette observée sur un an. Parmi ces soignants passant la frontière, il y a davantage d’infirmiers que de médecins.

Le secteur de la construction, avec un chiffre d’affaires en croissance en Suisse, continue de progresser à un rythme proche de celui observé les années précédentes. Les autres secteurs se développent à un rythme inférieur. Les transports terrestres, avec 840 navetteurs, représentent un quart de ce segment et demeurent très dynamiques pour la troisième année consécutive.

Le ralentissement touche les trois départements limitrophes

En Bourgogne-Franche-Comté, sept frontaliers sur dix résident dans le Doubs (34 300 navetteurs). Dans ce département, les flux de frontaliers ne progressent plus (+0,1 % sur un an, après +1,3 % en 2024 et +6,4 % en 2023). Les quatre intercommunalités du bassin du Haut-Doubs, principalement orientées vers les cantons de Neuchâtel et du Jura, enregistrent un recul du nombre de travailleurs frontaliers dans un contexte de repli de l’emploi horloger en Suisse. Le repli concerne également le pays de Montbéliard-Agglomération. La communauté de communes du Val de Morteau perd la première place en nombre de frontaliers avec désormais 5 700 navetteurs (-1,6 % en un an).

Elle est détrônée par celle des Lacs et Montagnes du Haut-Doubs qui, avec +2,4 %, héberge désormais 5 800 frontaliers. Les territoires davantage polarisés par le canton de Vaud, dont l’économie plus diversifiée et présentielle apparaît plus dynamique, continuent d’attirer de nouveaux frontaliers.

Le nombre de frontaliers résidant dans le Jura et le Territoire de Belfort augmente encore, mais faiblement (+1,1 % et +1,4 %).

Publication rédigée par :Jérôme Mathias, Thésée Sztrakoniczky (Insee)

Pour comprendre

Les données fournies par l’OFS sont en nomenclature NOGA (Nomenclature Générale des Activités économiques) à deux chiffres. Elles sont agrégées en sept secteurs : industrie manufacturière et extractive (divisions 05 à 33) ; activités tertiaires orientées vers les entreprises hors intérim (divisions 58 à 77 et 79 à 82) ; santé humaine et action sociale (divisions 86 à 88) ; commerce, hébergement et restauration (divisions 45 à 47 et 55 à 56) ; activités liées à l’emploi (intérim) (division 78) ; construction (divisions 41 à 43) ; autres activités économiques, regroupant l’agriculture, l’énergie, les transports et les services divers (divisions 01 à 03, 35 à 39, 49 à 53, 84 à 85 et 90 à 99).

Sources

Les analyses reposent sur les données détaillées issues de la source STAF (Ouvrir dans un nouvel ongletstatistique des frontaliers) produite par l’Office fédéral de la statistique (OFS). Ce fichier, arrêté en février 2026, transmis à l’Insee, fournit une information bilocalisée croisant le lieu de travail en Suisse (au niveau communal) et le lieu de résidence en France (au niveau du code postal). Afin de disposer d’une maille d’analyse communale côté français, un recodage a été réalisé pour passer du code postal au code commune. Ce traitement repose sur une clé de correspondance code postal / code commune fondée sur les distributions observées dans les données du recensement de la population.

Les résultats présentés au niveau des EPCI, constituent ainsi des estimations, dépendantes de ces hypothèses de répartition et doivent être interprétés avec prudence à des échelles fines.

Pour en savoir plus

(1) Retrouvez davantage de données associées à cette publication en téléchargement.

(2) Bourgain N., Mathias J., « Les frontaliers : de plus en plus loin de leur travail », Insee Flash Bourgogne-Franche-Comté, N° 208, novembre 2024.

(3) Publications et analyses sur le Ouvrir dans un nouvel ongletsite internet de l’Ostaj.