Le logement social : ségrégation résidentielle et mécanisme de peuplement
En France, le logement social représente près de 16 % des résidences principales. Il poursuit deux objectifs : garantir un accès au logement pour les ménages modestes et favoriser la mixité sociale. Depuis 2000, et l’introduction de la loi Solidarité et Renouvellement Urbain (SRU), la répartition spatiale du parc social s’est améliorée dans les grandes agglomérations. Cependant, cette meilleure répartition des logements ne s’est pas accompagnée d’une réduction significative de la ségrégation résidentielle. Cette étude cherche à comprendre cette apparente contradiction en analysant les mécanismes de peuplement du parc social dans les agglomérations de plus de 200 000 habitants. Nous montrons que le logement social contribue à accroître la ségrégation résidentielle selon le niveau de vie. La concentration spatiale du parc social, héritée pour partie de l’histoire des grands ensembles, reste un facteur structurant. Mais la répartition spatiale non homogène des locataires au sein du parc social selon leur niveau de vie participe à la ségrégation. Une filtration à l’entrée et à la sortie du parc social explique en partie cette polarisation. À l’entrée, les ménages entrant dans un quartier attractif ont des niveaux de vie supérieurs au reste des entrants dans le parc social. À la sortie, si les locataires les moins modestes quittent plus souvent leur logement, ils le font moins lorsqu’ils vivent dans un quartier privilégié, où les conditions sont avantageuses. Les dynamiques de peuplement du parc social freinent sa capacité à renforcer la mixité. Une répartition plus homogène des occupants du parc existant permettrait de réduire significativement la ségrégation.
