Éclairage – Avec l’essor de l’intelligence artificielle générative, l’investissement numérique tire davantage la croissance aux États-Unis qu’en France, tandis que l’emploi recule dans les activités informatiques des deux côtés de l’Atlantique

L’intelligence artificielle (IA) a connu un véritable tournant depuis l’avènement des grands modèles de langage (LLM) ces dernières années. Dans tous les pays, ce développement accéléré est susceptible d’affecter l’activité économique par plusieurs canaux à court terme.

Aux États-Unis, depuis la fin 2022 et le lancement de l’outil ChatGPT auprès du grand public, le choc de demande associé à l’IA se manifeste d’abord par une accélération de l’investissement des entreprises dans les actifs numériques et les infrastructures associées (équipements informatiques, logiciels, data centers) : si l’accélération de l’investissement en data centers, dont le poids dans le PIB est faible, a été fulgurante à compter de fin 2022, celle de l’investissement des entreprises en actifs numériques ne s’est matérialisée qu’en 2025. Au total, l’investissement numérique contribue pour un tiers à la croissance américaine (+0,7 point en 2025). En France, l’impulsion serait plus faible, de l’ordre de +0,1 point en 2025. Dans les deux pays, la lecture statistique demeure partielle, les dépenses liées à l’IA étant réparties entre matériel, logiciels et infrastructures.

Outre-Atlantique, l’essor de l’IA peut soutenir la demande à court terme via un second canal : la valorisation des actifs financiers et les « effets de richesse » sur la consommation des ménages. Ces effets de richesse auraient soutenu la croissance à hauteur de +0,1 point en 2025. En France, ce canal paraît toutefois négligeable car les effets de richesse y sont traditionnellement faibles et le taux d’épargne historiquement haut.

La forte exposition des ménages américains et les dynamiques d’accélération repérées dans certaines valorisations dans le secteur technologique accroissent le risque de retournement similaire à celui de la bulle internet du début des années 2000. Si une forte correction survenait, cela aurait un effet majeur sur l’activité américaine. Toutefois, le FMI estime, sur la base des ratios de valorisation sur bénéfices, que le risque de surinvestissement et de bulle financière liée à l’IA est moins important que lors de la bulle internet.

Au-delà des principaux canaux de demande, la généralisation de l’IA pourrait également affecter l’activité via l’offre en dopant les gains de productivité. En particulier, les indicateurs sectoriels suggèrent un retournement de l’emploi depuis deux ans dans les segments les plus exposés, notamment dans les activités de programmation informatique, et pour lesquels la valeur ajoutée est orientée à la hausse, aux États-Unis comme en France. En outre, dans les deux pays, l’ajustement de l’emploi de ce secteur serait concentré sur les jeunes entrants...

Note de conjoncture
Paru le :Paru le24/03/2026
Note de conjoncture- Mars 2026