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Insee Analyses Bourgogne-Franche-Comté · Février 2026 · n° 134
Insee Analyses Bourgogne-Franche-ComtéPourquoi l’emploi industriel décroche-t-il dans la région ?

Hélène Ville (Insee)

Entre 2013 et 2022, l’industrie de Bourgogne-Franche-Comté a perdu 14 000 emplois. Pourtant, les effectifs du secteur se stabilisent ailleurs en France. La spécialisation de la région dans des activités en difficulté, comme la métallurgie ou la fabrication automobile, explique une partie de ce décrochage. D’autres facteurs la pénalisent aussi : l’éloignement des très grandes métropoles, un voisinage également en déclin industriel, ou encore les répercussions toujours visibles de la très forte désindustrialisation du début des années 2000. Au sein de la région, ces difficultés sont parfois amplifiées par d’autres fragilités locales, mais certaines zones se démarquent. Dans la frange ouest de la région et sur l’axe Chalon-Vesoul des ressources spécifiques limitent ainsi les pertes industrielles.

Insee Analyses Bourgogne-Franche-Comté
No 134
Paru le :Paru le24/02/2026
Les données de l'infographie sont présentes dans l'onglet suivant : Étude
Publication rédigée par :Hélène Ville (Insee)

Une région toujours très industrielle, malgré de fortes pertes d’emploi

Entre 2013 et 2022, la Bourgogne-Franche-Comté a perdu 8 % de ses effectifs industriels, soit près de 14 000 emplois. Pour autant, ce secteur reste très présent dans la région. En 2022, il concentre encore 168 000 emplois (17 % de l’emploi régional) et génère 13 milliards d’euros, soit 18 % de la valeur ajoutée de la région. L’industrie est implantée sur l’ensemble du territoire. Parmi les zones d’emploi de la région, 17 sur 21 ont une part d’industrie dans l’emploi supérieure à 14 %, moyenne de France de province. Celle-ci dépasse même les 30 % dans les zones d’emploi de Saint-Claude et de Montbéliard.

L’industrie est particulièrement présente dans les petites et moyennes villes. Certaines se sont construites autour de spécialisations qui font aujourd’hui toujours partie de leur identité : la métallurgie au Creusot, à Montceau-les-Mines ou à Gueugnon, l’automobile à Sochaux, la fabrication de jouets à Moirans-en-Montagne, ou encore la lunetterie à Haut-de-Bienne.

La dynamique industrielle influence fortement l’emploi et l’économie de la région. Les retombées économiques ne se limitent pas au secteur en lui-même. Par effet d’entraînement, chaque emploi industriel crée des opportunités dans d’autres secteurs, par exemple dans la logistique ou les services aux entreprises. Par ailleurs, les salaires relativement élevés de l’industrie stimulent la consommation locale. Cela bénéficie ainsi aux commerces et aux services de proximité.

Un décrochage entamé au début des années 2000 qui se poursuit

La baisse de l’emploi dans l’industrie n’est pas un phénomène récent (encadré 1). Elle s’inscrit dans les transformations économiques plus larges du secteur, et touche l’ensemble des activités industrielles et des régions françaises. Toutefois, entre 1990 et le début des années 2000, la Bourgogne-Franche-Comté perdait des emplois au même rythme que la France de province. À partir des années 2000, un décrochage est apparu (figure 1). Il s’est amplifié au moment de la crise économique de 2008, qui a touché plus durement la région. Entre 2013 et 2022, il s’est encore accentué. Malgré un léger mouvement national de réindustrialisation, la Bourgogne-Franche-Comté continue de perdre des emplois industriels, alors que leur nombre se stabilise en France de province.

Figure 1Évolution de l’emploi industriel en Bourgogne-Franche-Comté et en France de province

(base 100 en 1990)
Évolution de l’emploi industriel en Bourgogne-Franche-Comté et en France de province ((base 100 en 1990))
Année Bourgogne-Franche-Comté France de province
1990 100,0 100,0
1991 97,6 97,7
1992 95,5 94,7
1993 91,4 91,1
1994 90,8 90,9
1995 91,8 91,4
1996 90,7 90,4
1997 90,5 90,5
1998 90,3 91,2
1999 90,7 91,3
2000 92,2 93,7
2001 91,2 93,6
2002 88,8 91,8
2003 86,6 89,8
2004 84,5 87,7
2005 81,8 85,7
2006 79,7 84,3
2007 78,2 83,5
2008 76,7 81,7
2009 72,0 77,7
2010 69,9 75,8
2011 69,3 75,5
2012 68,1 74,9
2013 66,5 74,1
2014 65,2 73,4
2015 64,3 72,6
2016 63,1 72,0
2017 62,7 72,2
2018 62,6 72,5
2019 62,3 73,1
2020 61,2 72,4
2021 61,4 73,5
2022 61,5 74,2
2023 61,2 (p) 74,7 (p)
2024 61,1 (p) 75,1 (p)
2025 60,8 (p) 74,8 (p)
  • (p) : donnée provisoire
  • Champ : France de province hors Corse.
  • Source : Insee, estimations d’emploi, estimations d’emploi trimestrielles.

Figure 1Évolution de l’emploi industriel en Bourgogne-Franche-Comté et en France de province

  • (p) : donnée provisoire
  • Champ : France de province hors Corse.
  • Source : Insee, estimations d’emploi, estimations d’emploi trimestrielles.

Dans la région, ce décrochage concerne toutes les facettes de l’industrie. Il touche toutes les professions (les métiers ouvriers comme ceux d’ingénieurs) et la plupart des activités industrielles. Même les microentreprises, nettement créatrices d’emplois dans pratiquement tous les secteurs au niveau national, génèrent moins d’emploi dans la région qu’ailleurs.

L’orientation sectorielle de l’industrie régionale n’explique qu’une petite partie du décrochage

Parmi toutes les régions, la Bourgogne-Franche-Comté a l’orientation industrielle sectorielle la plus défavorable. C’est l’une des causes de ce décrochage. En effet, les secteurs qui gagnent le plus d’emploi entre 2013 et 2022 sont moins implantées que dans les autres régions : c’est le cas de l’agroalimentaire, de l’industrie chimique et pharmaceutique, ou encore de l’industrie textile (figure 2).

Évolution comparée de l’emploi industriel par secteur en Bourgogne-Franche-Comté et en France de province entre 2013 et 2022

(en %)
Évolution comparée de l’emploi industriel par secteur en Bourgogne-Franche-Comté et en France de province entre 2013 et 2022 ((en %))
Secteur Évolution 2013-2022 en Bourgogne-Franche-Comté Évolution 2013-2022 en France de province Effectif 2022 en Bourgogne-Franche-Comté
Agroalimentaire +8,2 +10,3 28 208
Autre industrie manufacturière -2,5 +5,8 14 970
Autres industries -4,7 +4,5 11 861
Bois et papier -9,3 -12,0 10 846
Chimique et pharmaceutique +6,9 +7,1 7 337
Équipements mécaniques, électriques, électroniques -15,1 -2,2 22 937
Industrie plastique -6,9 -7,4 15 953
Industrie textile +24,4 +5,2 4 730
Matériel de transport -26,4 -5,8 21 194
Métallurgie -7,4 -8,1 30 233
  • Note : La catégorie "Autres industries" regroupe les industries extractives, la cokéfaction et le raffinage et la production et la distribution d’eau, l’assainissement, la gestion des déchets et la dépollution.
  • Champ : France de province hors Corse.
  • Source : Insee, estimations d’emploi.

Évolution comparée de l’emploi industriel par secteur en Bourgogne-Franche-Comté et en France de province entre 2013 et 2022

  • Note : La catégorie "Autres industries" regroupe les industries extractives, la cokéfaction et le raffinage et la production et la distribution d’eau, l’assainissement, la gestion des déchets et la dépollution.
  • Champ : France de province hors Corse.
  • Source : Insee, estimations d’emploi.

À l’inverse, les activités qui perdent le plus au niveau national y sont toutes historiquement très présentes. La métallurgie, première activité industrielle de la région, a notamment subi l’arrivée de nouveaux matériaux qui remplacent l'acier. Elle est également très touchée par la concurrence internationale, tout comme l'industrie plastique, très présente dans le Jura. Par ailleurs, la Bourgogne-Franche-Comté est la région la plus tournée vers la fabrication automobile. Ce secteur représente 12 % de l’emploi industriel, deux fois plus qu’en France de province. Très touché par la baisse des ventes de véhicules, il a connu de fortes délocalisations.

L’orientation sectorielle a toutefois un impact limité sur la trajectoire de l’emploi industriel, dans la région comme en France. En Bourgogne-Franche-Comté, la zone d’emploi de Montbéliard est la seule où cela explique presque entièrement le recul de l’emploi dans l’industrie. Dans ce territoire, l’établissement Stellantis de Sochaux est l’un des plus gros établissements industriels de France, et l’automobile concentre plus de 60 % des emplois industriels. Par ailleurs, l’emploi industriel peut reculer malgré une orientation plus favorable, comme dans la zone d’emploi de Dole, spécialisée dans l’industrie chimique.

Dépendance à l’étranger, éloignement des métropoles ou désindustrialisation passée pénalisent aussi l’emploi industriel d’aujourd’hui

D’autres caractéristiques propres à l’industrie régionale ont une influence sur la dynamique de l’emploi (figure 3). Tout d’abord, cette dernière est plus dépendante de décideurs étrangers qu’ailleurs. Elle est donc plus exposée aux restructurations ou aux délocalisations. De gros établissements de la région, comme General Electric à Belfort, Aperam à Imphy et Gueugnon, ou encore Industeel au Creusot, appartiennent à des groupes étrangers.

Positionnement des régions selon les facteurs influençant l’évolution de l’emploi industriel entre 2013 et 2022

Positionnement des régions selon les facteurs influençant l’évolution de l’emploi industriel entre 2013 et 2022 - Lecture : La présence de l’industrie automobile influence négativement l’évolution de l’emploi industriel. La Bourgogne-Franche-Comté est la région dans laquelle la part de ce secteur est la plus forte. Elle se positionne donc très défavorablement par rapport à la France de province et aux autres régions.
Facteur Effet Positionnement de la Bourgogne-Franche-Comté par rapport à la France de province
Secteur industriel
agroalimentaire positif moins favorable
textile positif moins favorable
automobile négatif moins favorable
plastique négatif moins favorable
Dynamique et évolution passée de l’industrie
forte créations d’établissements entre 2008 et 2013 positif moins favorable
forte pertes entre 2000 et 2013 négatif moins favorable
Type d’industrie
cadres dans l’industrie positif moins favorable
dépendance à l’étranger négatif moins favorable
Caractéristiques du territoire
proximité d’une métropole positif moins favorable
peu de chômage positif plus favorable
  • Lecture : La présence de l’industrie automobile influence négativement l’évolution de l’emploi industriel. La Bourgogne-Franche-Comté est la région dans laquelle la part de ce secteur est la plus forte. Elle se positionne donc très défavorablement par rapport à la France de province et aux autres régions.
  • Champ : Régions de France de province, hors Corse.
  • Source : Insee, estimations d’emploi, Flores, recensement de la population.

Positionnement des régions selon les facteurs influençant l’évolution de l’emploi industriel entre 2013 et 2022

  • Lecture : La présence de l’industrie automobile influence négativement l’évolution de l’emploi industriel. La Bourgogne-Franche-Comté est la région dans laquelle la part de ce secteur est la plus forte. Elle se positionne donc très défavorablement par rapport à la France de province et aux autres régions.
  • Champ : Régions de France de province, hors Corse.
  • Source : Insee, estimations d’emploi, Flores, recensement de la population.

Ensuite, son tissu productif est également plus ouvrier, et avec seulement 12 % de cadres, contre 14 % en moyenne en France de province. L’industrie en Bourgogne-Franche-Comté est moins tournée vers la recherche et le développement que dans d’autres régions. Sur cet aspect, elle est aussi pénalisée par l’absence de très grandes métropoles (pour comprendre) sur ou à proximité de son territoire. Certaines zones de la Nièvre ou de l’ouest de la Côte-d’Or sont ainsi à bien plus de deux heures par la route d’une telle agglomération. Or, les très grandes métropoles concentrent les fonctions et les centres de recherche. L’éloignement de la région à ces très grandes agglomérations limite par ailleurs l’accès à d’autres ressources : un réservoir étendu de main-d’œuvre, ou encore des infrastructures de transport (ports, aéroports), qui peuvent faciliter les échanges nationaux et internationaux.

Enfin, l’industrie régionale est également pénalisée par sa dynamique passée et par celle des zones voisines. D’une part, le déclin de l’emploi industriel en Bourgogne-Franche-Comté a été très fort au début des années 2000, plus que dans la plupart des autres régions. Du fait de l’inertie des économies industrielles, les pertes passées ont toujours des retombées négatives sur la période actuelle (encadré 2). Lorsqu’elles ont été très importantes, elles ont pu fragiliser l’ensemble de l’écosystème productif : recul des services de soutien, départ des compétences spécialisées. Certains territoires ont ainsi perdu une partie des ressources nécessaires au développement industriel, ce qui restreint leurs capacités de rebond.

D’autre part, la dynamique des territoires avoisinants, eux-mêmes en difficulté, limite aussi l’évolution de l’emploi industriel de la Bourgogne-Franche-Comté. Lorsque la conjoncture économique est favorable, les territoires peuvent s’échanger des compétences, partager des infrastructures ou des services de soutien à l’activité industrielle (transport, entreposage), ou encore entretenir des contrats de sous-traitance. Or la quasi-totalité des zones d’emploi situées dans le grand quart nord-est de la France ont perdu et continuent de perdre des emplois dans l’industrie, parfois massivement.

Seules deux zones d’emploi sont encore en croissance entre 2013 et 2022

En raison de ces caractéristiques structurelles, presque toutes les zones d’emploi de Bourgogne-Franche-Comté ont perdu des emplois industriels entre 2013 et 2022. Sur cette période, seules celles de Beaune et de Besançon étaient en croissance dans la région (figure 4). Bien qu’elles soient toutes deux entourées de territoires en perte d’emploi, elles ont des atouts structurels (une faible dépendance à l’étranger notamment), mais disposent surtout de ressources spécifiques. Beaune bénéficie ainsi de la dynamique autour de la filière viticole, et d’une position géographique stratégique : c’est un carrefour logistique avec plusieurs autoroutes. La zone de Besançon, quant à elle, se caractérise par des savoir-faire et des formations très spécifiques autour de la microtechnique.

Influence croisée de l’effet structurel et des autres effets sur l’évolution de l’emploi industriel par zone d’emploi

Influence croisée de l’effet structurel et des autres effets sur l’évolution de l’emploi industriel par zone d’emploi - Lecture : Dans la zone d’emploi de Nevers, l’emploi industriel diminue entre 2013 et 2022. Dans cette zone d’emploi, l’effet structurel (méthode) est négatif. En revanche, d’autres effets locaux jouent un rôle positif et atténuent les pertes industrielles.
Code de la zone d’emploi Libellé de la zone d’emploi Effet structurel Autres effets Décomposition de l’évolution de l’emploi industriel entre 2013 et 2022 Emploi industriel en hausse entre 2013 et 2022
0056 Cosne-Cours-sur-Loire négatif positif Effet structurel négatif, autres effets positifs -
0059 Mâcon positif négatif Effet structurel positif, autres effets négatifs -
0060 Nevers négatif positif Effet structurel négatif, autres effets positifs -
2402 Bourges négatif positif Effet structurel négatif, autres effets positifs -
2407 Gien négatif positif Effet structurel négatif, autres effets positifs -
2409 Montargis négatif négatif Effet structurel négatif, autres effets négatifs -
2701 Autun négatif négatif Effet structurel négatif, autres effets négatifs -
2702 Auxerre négatif négatif Effet structurel négatif, autres effets négatifs -
2703 Avallon négatif négatif Effet structurel négatif, autres effets négatifs -
2704 Beaune positif positif Effet structurel positif, autres effets positifs Hausse
2705 Belfort négatif négatif Effet structurel négatif, autres effets négatifs -
2706 Besançon négatif positif Effet structurel négatif, autres effets positifs Hausse
2707 Chalon-sur-Saône négatif positif Effet structurel négatif, autres effets positifs -
2708 Charolais négatif positif Effet structurel négatif, autres effets positifs -
2709 Châtillon-Montbard négatif négatif Effet structurel négatif, autres effets négatifs -
2710 Creusot-Montceau négatif négatif Effet structurel négatif, autres effets négatifs -
2711 Dijon négatif négatif Effet structurel négatif, autres effets négatifs -
2712 Dole négatif positif Effet structurel négatif, autres effets positifs -
2713 Lons-le-Saunier positif négatif Effet structurel positif, autres effets négatifs -
2714 Montbéliard négatif négatif Effet structurel négatif, autres effets négatifs -
2715 Pontarlier négatif négatif Effet structurel négatif, autres effets négatifs -
2716 Saint-Claude négatif négatif Effet structurel négatif, autres effets négatifs -
2717 Sens négatif positif Effet structurel négatif, autres effets positifs -
2718 Vesoul négatif positif Effet structurel négatif, autres effets positifs -
4401 Bar-le-Duc négatif positif Effet structurel négatif, autres effets positifs -
4404 Chaumont négatif négatif Effet structurel négatif, autres effets négatifs -
4405 Colmar négatif positif Effet structurel négatif, autres effets positifs -
4407 Épinal négatif positif Effet structurel négatif, autres effets positifs -
4411 Mulhouse négatif négatif Effet structurel négatif, autres effets négatifs -
4412 Nancy négatif négatif Effet structurel négatif, autres effets négatifs -
4414 Remiremont négatif négatif Effet structurel négatif, autres effets négatifs -
4415 Romilly-sur-Seine négatif négatif Effet structurel négatif, autres effets négatifs -
4417 Saint-Dié-des-Vosges négatif négatif Effet structurel négatif, autres effets négatifs -
4418 Saint-Louis négatif positif Effet structurel négatif, autres effets positifs Hausse
4419 Sarrebourg négatif négatif Effet structurel négatif, autres effets négatifs -
4422 Sélestat positif positif Effet structurel positif, autres effets positifs Hausse
4423 Strasbourg négatif positif Effet structurel négatif, autres effets positifs Hausse
4425 Troyes négatif négatif Effet structurel négatif, autres effets négatifs -
4427 Vitry-le-François Saint-Dizier négatif négatif Effet structurel négatif, autres effets négatifs -
8401 Annecy positif positif Effet structurel positif, autres effets positifs -
8404 Belley positif négatif Effet structurel positif, autres effets négatifs -
8405 Bourg en Bresse positif positif Effet structurel positif, autres effets positifs Hausse
8408 Clermont-Ferrand positif négatif Effet structurel positif, autres effets négatifs -
8414 La Vallée de l'Arve négatif négatif Effet structurel négatif, autres effets négatifs Hausse
8415 Le Chablais positif négatif Effet structurel positif, autres effets négatifs -
8416 Le Genevois Français positif négatif Effet structurel positif, autres effets négatifs -
8418 Le Mont Blanc positif positif Effet structurel positif, autres effets positifs -
8423 Montluçon négatif positif Effet structurel négatif, autres effets positifs -
8424 Moulins négatif positif Effet structurel négatif, autres effets positifs -
8425 Oyonnax négatif positif Effet structurel négatif, autres effets positifs -
8426 Roanne positif positif Effet structurel positif, autres effets positifs Hausse
8430 Tarare positif négatif Effet structurel positif, autres effets négatifs -
8432 Vichy négatif positif Effet structurel négatif, autres effets positifs Hausse
8434 Villefranche-sur-Saône positif négatif Effet structurel positif, autres effets négatifs -
  • Lecture : Dans la zone d’emploi de Nevers, l’emploi industriel diminue entre 2013 et 2022. Dans cette zone d’emploi, l’effet structurel (méthode) est négatif. En revanche, d’autres effets locaux jouent un rôle positif et atténuent les pertes industrielles.
  • Source : Insee, estimations d’emploi, Flores, recensement de la population.

Influence croisée de l’effet structurel et des autres effets sur l’évolution de l’emploi industriel par zone d’emploi

  • Lecture : Dans la zone d’emploi de Nevers, l’emploi industriel diminue entre 2013 et 2022. Dans cette zone d’emploi, l’effet structurel (méthode) est négatif. En revanche, d’autres effets locaux jouent un rôle positif et atténuent les pertes industrielles.
  • Source : Insee, estimations d’emploi, Flores, recensement de la population.

Sur l’axe Chalon-Vesoul et dans la frange ouest, des ressources locales atténuent les pertes industrielles

Ces dynamiques locales spécifiques existent plus globalement dans les zones d’emploi situées autour de Besançon, sur un axe Chalon-Vesoul, où elles atténuent les pertes industrielles. Elles interviennent également dans les territoires de la frange ouest de la région, entre Sens et le Charolais. Ces derniers perdent moins d’emplois industriels qu’attendu, bien qu’ils cumulent les faiblesses structurelles.

Vers Sens, cela peut s’expliquer par le développement du port de Gron. Il a bénéficié de nombreux investissements, qui doivent se poursuivre dans les années à venir. Il est ainsi devenu un lieu logistique important pour l’export. La zone du Charolais tire également avantage des axes de communication : elle est traversée par la Route Centre-Europe Atlantique (RCEA), dont le trafic a augmenté avec son passage à deux voies, et le long de laquelle s’installent des établissements industriels. Enfin à Nevers, le technopôle développé autour du circuit de Magny-Cours peut permettre des créations d’emploi.

Dans le centre de la région et le long de la frontière, des pertes amplifiées par des fragilités locales ou la concurrence suisse

Ces ressources locales sont moins présentes le long de la bande frontalière, entre Saint-Claude et Montbéliard, et dans le centre de l’ancienne Bourgogne. Ces territoires font partie de ceux où l’emploi industriel diminue le plus entre 2013 et 2022. Avec au moins 20 % de pertes, Montbéliard, Saint-Claude et Avallon sont notamment les trois zones d’emploi de France de province où les pertes sont les plus fortes.

Ces territoires sont pénalisés par leurs caractéristiques structurelles, mais surtout, ils cumulent d’autres fragilités. Ils ont souvent une industrie très spécialisée et concentrée dans quelques établissements. Dans la zone de Châtillon-Montbard, par exemple, près de 40 % de l’emploi industriel se concentre dans quatre établissements, et sur deux activités, le cuir et la métallurgie. Par ailleurs, la plupart de ces territoires sont en déclin démographique. Pontarlier, qui se distingue par des gains de population et notamment d’actifs, doit composer avec la proximité de la Suisse, dont la concurrence pénalise le développement de l’industrie côté français.

Encadré 1 - Transformations de l’industrie : un recul de l’emploi, mais de forts gains de productivité

La Bourgogne-Franche-Comté, comme les autres régions du quart nord-est de la France, a été très touchée par la désindustrialisation. Depuis 1990, elle a perdu près de 100 000 emplois industriels, soit 40 % des effectifs du secteur.

Ce recul de l’emploi industriel tient à trois grands phénomènes. Tout d’abord, jusqu’au début des années 2000, le secteur industriel s’est recentré sur son cœur de métier. Une partie des activités support, administratives par exemple, ont été externalisées vers le secteur tertiaire. Ensuite, l’automatisation des chaînes de production, très visible notamment dans la métallurgie ou l’automobile, historiquement très implantées dans la région, a permis de produire davantage avec moins de main-d’œuvre. Enfin, la concurrence des pays offrant des salaires plus faible a conduit certaines entreprises à délocaliser une partie de leur production réalisable avec une main-d’œuvre peu qualifiée. Ce phénomène s’est intensifié avec l’adhésion de la Chine à l’Organisation mondiale du commerce (OMC) en 2001.

Sous ces effets, l’industrie s’est transformée en 30 ans. Les productions locales demandent désormais une plus grande technicité, et les qualifications requises ont augmenté. En particulier, les ouvriers, et notamment les ouvriers non qualifiés, sont de moins en moins nombreux, au profit des cadres et des ingénieurs.

Sous l’effet de ces transformations, la productivité du travail a augmenté. Entre 2000 et 2022, elle passe de 52 000 euros à 83 000 euros (courants) par emploi dans la région. En France de province, la valeur ajoutée a ainsi suivi une trajectoire différente de celle de l’emploi. Dans la région, elle diminue mais moins que les effectifs et elle connaît un fort rebond depuis 2021, portée notamment par l’augmentation des prix et le dynamisme de l’industrie chimique.

Figure 5Productivité apparente du travail en Bourgogne-Franche-Comté et en France de province

(base 100 en 1990)
Productivité apparente du travail en Bourgogne-Franche-Comté et en France de province ((base 100 en 1990))
Année Bourgogne-Franche-Comté France de province
1990 100 100
1991 105 105
1992 110 111
1993 114 114
1994 116 116
1995 120 121
1996 124 123
1997 124 126
1998 129 133
1999 132 135
2000 138 138
2001 144 141
2002 150 145
2003 151 147
2004 154 153
2005 155 158
2006 156 162
2007 166 167
2008 171 169
2009 168 166
2010 170 170
2011 176 179
2012 169 184
2013 172 189
2014 178 192
2015 183 201
2016 184 202
2017 189 203
2018 190 207
2019 198 212
2020 190 199
2021 191 204
2022 210 219
  • Champ : France de province hors Corse.
  • Source : Insee, estimations d’emploi, PIB régionaux (base 2014).

Figure 5Productivité apparente du travail en Bourgogne-Franche-Comté et en France de province

  • Champ : France de province hors Corse.
  • Source : Insee, estimations d’emploi, PIB régionaux (base 2014).

Encadré 2 - Peu de signes de réindustrialisation dans la région depuis 2022

L’industrie de Bourgogne-Franche-Comté bénéficie des politiques de réindustrialisation initiées en France, à travers le dispositif territoires d’industrie, qui couvre 10 territoires dans la région, et via le plan France 2030, qui vise à soutenir l'innovation et à développer la compétitivité industrielle. Dans la région, elles s’articulent notamment autour de la filière de l'hydrogène.

Toutefois la réindustrialisation s’inscrit dans des temporalités longues. Si les filières de l’hydrogène et du nucléaire se sont développées, leurs effets sur l’emploi restent limités à ce stade. Depuis 2022, le décrochage avec la France de province se poursuit avec des pertes dans les secteurs emblématiques de la région, notamment dans l’automobile. Si de nouveaux établissements ont bien été créés, ces derniers appartiennent généralement à des groupes existants, et le plus souvent, leur création tient d’abord d’une restructuration. Hors redéploiement, les créations d’usine sont rares, et avec des effectifs faibles.

Publication rédigée par :Hélène Ville (Insee)

Pour comprendre

L’analyse repose sur un modèle de régression spatiale, réalisé sur l’ensemble des zones d’emploi de France de province, hors Corse. Il décompose l’évolution de l’emploi industriel entre 2013 et 2022 en un effet structurel et une part résiduelle. L’effet structurel comprend deux composantes : d’une part les caractéristiques propres à chaque territoire (dix variables significatives, se rapportant à l’orientation sectorielle, au type d’industrie, à la dynamique passée de l’industrie entre 2013 et 2008 et au taux de création d’établissements entre 2008 et 2013, au chômage et au positionnement par rapport à une très grande métropole (plus de 700 000 habitants), et d’autre part une dimension spatiale qui prend en compte l’influence de l’évolution de l’industrie sur période récente (2013-2022) dans les territoires voisins (définis comme les zones d’emploi contiguës, et dont l’influence est pondérée par le poids des effectifs dans l’industrie en 2013). La part résiduelle reflète quant à elle des effets locaux spécifiques non captés par le modèle.

Champ

Le champ de l’industrie prend en compte l’ensemble des établissements dont l’activité principale appartient au secteur industriel : l’industrie manufacturière, mais aussi les industries extractives, la production et la distribution d’eau, l’assainissement, la gestion des déchets et la dépollution.

Publication rédigée par :Hélène Ville (Insee)

Pour en savoir plus

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(2) Carré D., Levratto N., Frocrain P., « Ouvrir dans un nouvel ongletL’étonnante disparité des territoires industriels - Comprendre la performance et le déclin », La fabrique de l’industrie, novembre 2019.

(3) Leseur B., Ulrich A., « Grande région industrielle, la Bourgogne-Franche-Comté abrite de multiples activités bien implantées dans dix territoires d’industrie », Insee Analyse Bourgogne-Franche-Comté no 56, juin 2019.