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Insee Flash Martinique · Février 2026 · n° 230
Insee Flash MartiniqueEn 2021, la dépense publique et la consommation des ménages soutiennent la croissance en Martinique

Laureen Kali (Insee)

En 2021, l’économie martiniquaise est marquée par un rattrapage de l’activité avec une croissance de 5,7 % en volume. Il fait suite à la contraction de la croissance de 3,1 % au cours de l’année 2020, en lien avec la survenue de la pandémie. Bien que l’année 2021 soit marquée par des confinements, des couvre-feux et, à la fin du mois de novembre, des mouvements sociaux, les indicateurs économiques restent bien orientés. L’augmentation du PIB par habitant témoigne de cette dynamique. Les consommations privée et publique sont les principaux leviers de cette croissance. L’investissement appuie également la hausse du PIB, porté par le secteur de la construction. En revanche, les exportations ne contribuent pas à la reprise malgré des exportations de produits pétroliers en nette progression.

Insee Flash Martinique
No 230
Paru le :Paru le24/02/2026
Les données de l'infographie sont présentes dans l'onglet suivant : Étude
Publication rédigée par :Laureen Kali (Insee)

Le niveau d’activité dépasse celui de 2019 grâce au rebond de la croissance

En 2021, la martiniquaise retrouve une dynamique positive avec +5,7 % en par rapport à 2020 (figure 1). Cette reprise fait suite à une croissance fragilisée en 2019 (- 1,4 %) et à une année 2020 marquée par deux confinements liée à la pandémie de Covid-19, qui ont conduit à un recul du de 3,1 %.

Néanmoins, la Martinique reste moins touchée que la Guadeloupe et la Guyane dont le PIB en volume a reculé respectivement de 5,5 % et de 6,5 % en 2020.

Malgré les restrictions sanitaires toujours en vigueur en 2021, le PIB retrouve un niveau supérieur à celui de 2019 (+2,4 %). Les indicateurs économiques repartent à la hausse, notamment le PIB par habitant qui atteint 26 300 euros, soit une augmentation de 7,5 % par rapport à 2020.

A titre de comparaison, le PIB par habitant s’élève à 25 700 euros pour la Guadeloupe (+7,2 % par rapport à 2020), à 17 400 euros pour la Guyane (+7,4 %) et enfin à 36 900 euros au niveau national (+7,7 %).

Figure 1Le produit intérieur brut (PIB) de la Martinique et ses principales composantes

(en %)
Le produit intérieur brut (PIB) de la Martinique et ses principales composantes ((en %)) - Lecture : En 2021, le PIB de la Martinique augmente de 5,7 % en volume (hors effet prix) par rapport à 2020.
Composantes du PIB en 2021 Évolution en volume aux prix de l’année précédente PIB (en millions d’euros courants) Évolution des prix Évolution en valeur Contribution à la croissance (en points)
Produit intérieur brut 5,7 9 495 1,7 7,5 5,7
Consommation des ménages 5,6 5 343 1,7 7,4 3,2
Consommation des administrations publiques 5,3 4 659 2,1 7,5 2,6
Investissement 8,0 1 606 2,8 11,0 1,3
Imports de biens et services 7,6 3 063 3,5 11,3 -2,4
Exports de biens et services -1,1 840 4,1 3,0 -0,1
Variations de stocks nd 111 nd nd 1,0
  • nd : non disponible.
  • Note : Du fait des arrondis, la somme des effets des composantes peut être légèrement différente de la valeur de l’ensemble.
  • Lecture : En 2021, le PIB de la Martinique augmente de 5,7 % en volume (hors effet prix) par rapport à 2020.
  • Source : Insee, comptes définitifs 2021 de la Martinique, en base 2020.

La consommation des ménages est le principal moteur de la reprise économique

En 2021, la consommation des ménages constitue le moteur essentiel de la croissance. Elle augmente de 5,6 % en volume (contre -6,7 % en 2020) et contribue à 3,2  points de croissance, malgré plusieurs facteurs défavorables.

En premier lieu, les mesures de restrictions sanitaires demeurent en vigueur sur l’ensemble du territoire. En outre, la Martinique fait face à une inflation de 1,7 %, freinant significativement la consommation. Enfin, la région est confrontée à une crise sociale, amorcée en novembre, qui se traduit par une grève générale, des barrages et des fermetures de commerces. Un quart de la consommation des ménages est constituée de biens manufacturés, principalement des véhicules. En 2021, la vente de voitures neuves progresse de 14,0 %, après une baisse de 28,3 % l’année précédente. Le rebond de la consommation des ménages s’explique par l’amélioration de leur . Celui-ci enregistre en effet une hausse de 6,7 % entre 2020 et 2021. Le recours accru à l’emprunt constitue également un indicateur de la bonne orientation de la consommation. Les crédits à l’habitat et les crédits à la consommation progressent respectivement de 5,0 % et de 2,2 %.

Le redémarrage de la consommation des ménages s’accompagne également d’une progression des importations en volume (+7,6 % en 2021 contre -12,7 % en 2020). Notamment, les biens manufacturés importés, qui représentent plus des deux tiers des importations, enregistrent une augmentation de 5,6 %.

La consommation publique est le deuxième levier de la croissance

La consommation publique constitue la seule composante positive de la croissance martiniquaise en 2020, avec une contribution de 1,6 point. Elle demeure un soutien de la reprise économique en 2021, avec une contribution de 2,6 points, favorisée par une progression des dépenses publiques de 5,3 % en volume.

La dégradation de la situation épidémiologique et sanitaire sur le territoire en 2021 s’accompagne d’une augmentation des dépenses liées à la santé de 6,8 % en volume. Cette évolution se manifeste notamment dans les dépenses hospitalières, en progression de 17,0 % en volume en 2021, qui traduisent une activité hospitalière soutenue face aux vagues épidémiques.

Par ailleurs, les consommations de l’administration centrale et des administrations locales augmentent respectivement, en volume, de 2,1 % et de 2,6 % en 2021.

Troisième composante de la croissance, l’investissement est porté par la construction

L’investissement martiniquais reprend de la vigueur en 2021 avec une hausse de 8,0 % en volume. Il contribue ainsi à hauteur de 1,3 point à la croissance régionale. Ce rebond fait suite au recul de 9,6 % observé en 2019 et confirmé en 2020 (-11,8 %).

Une part prépondérante des investissements (55 %) provient du secteur de la construction, en réponse à la commande publique dédiée à des projets d’infrastructures sanitaires, éducatives et de transport, ainsi qu’à des opérations de mise aux normes des établissements publics. Parallèlement, plusieurs mesures sont mises en œuvre afin de soutenir l’investissement. Les prêts garantis par l’État (PGE) permettent notamment l’octroi de 76 millions d’euros de crédits d’investissement en 2021. Le Contrat de convergence et de transformation (CCT) contribue également au financement des filières porteuses, à hauteur de 119 millions d’euros (figure 2).

Figure 2Évolution de la consommation des ménages et des administrations de Martinique en volume, par rapport à l’année précédente

(en %)
Évolution de la consommation des ménages et des administrations de Martinique en volume, par rapport à l’année précédente ((en %)) - Lecture : La consommation des ménages en Martinique augmentent de 5,9 % en volume entre 2020 et 2021.
Année Consommation des ménages Consommation publique
2011 1,4 1,4
2012 -6,2 4,4
2013 -1,8 -0,6
2014 -2,3 3,3
2015 0,1 1,1
2016 0,7 1,6
2017 1,1 0,0
2018 -0,9 1,3
2019 -0,3 1,4
2020 -6,7 2,9
2021 5,6 5,3
  • Lecture : La consommation des ménages en Martinique augmentent de 5,9 % en volume entre 2020 et 2021.
  • Source : Insee, comptes définitifs 2021 de la Martinique, en base 2020.

Figure 2Évolution de la consommation des ménages et des administrations de Martinique en volume, par rapport à l’année précédente

  • Lecture : La consommation des ménages en Martinique augmentent de 5,9 % en volume entre 2020 et 2021.
  • Source : Insee, comptes définitifs 2021 de la Martinique, en base 2020.

Les produits pétroliers limitent le déclin des exportations

Le se creuse en 2021, avec une augmentation de 10,3 % en volume. Celle-ci est à la fois due à la hausse des importations portées par la reprise de la consommation des ménages et par la baisse des exportations.

Après une forte contraction en 2020 (-27,6 % en volume), les exportations poursuivent leur repli en 2021, mais à un rythme nettement plus modéré (-1,1 %). Elles contribuent négativement à la croissance, à hauteur de -0,1 point. Les exportations des produits pétroliers augmentent fortement (+17,8 %) en 2021 et permettent ainsi de modérer le repli des exportations totales. L’activité de raffinage occupe une place stratégique dans l’approvisionnement en produits pétroliers et leur redistribution régionale. La Sara exporte des produits pétroliers vers la Guadeloupe (58 %), la Guyane (24 %) et aussi vers la Caraïbe (18 %).

Hors produits pétroliers, les exportations reculent de 3,1 % en volume et pénalisent la croissance avec une contribution de -0,3 point.

Le , comptabilisé dans les exportations de services, reste un secteur fragilisé en 2021. Après une baisse marquée de 50,2 % du trafic aérien en 2020 liée à la crise sanitaire, le nombre de passagers poursuit sa diminution en 2021 (-2,3 %). De même, après une chute de 43,2 % en 2020, le nombre de nuitées dans les hôtels recule encore en 2021 (-32,4 %). Les difficultés du secteur perdurent et s’expliquent par l’instauration de nouvelles restrictions de déplacements ainsi que la poursuite de certaines mesures pour contenir l’épidémie. Le nombre de touristes de séjour (les visiteurs hors croisiéristes, excursionnistes et plaisanciers) passe sous le seuil de 300 000 visiteurs annuels (soit -6,8 % par rapport à 2020), alors qu’il était resté au-dessus de ce niveau depuis 1991. Parallèlement, les dépenses totales des touristes diminuent de 5,7 % par rapport à 2020 (figure 3).

Figure 3Évolution du commerce extérieur de la Martinique en volume, par rapport à l’année précédente

(en %)
Évolution du commerce extérieur de la Martinique en volume, par rapport à l’année précédente ((en %)) - Lecture : En 2021, le volume des exportations martiniquaises diminue de 1,1 % par rapport à 2020.
Année Exportations Importations Déficit du commerce extérieur
2011 4,7 1,5 0,6
2012 6,7 -4,3 -0,3
2013 4,3 -1,1 -0,8
2014 17,1 1,6 -6,7
2015 -3,2 1,4 3,4
2016 -7,7 2,0 1,2
2017 6,5 1,1 -6,3
2018 4,6 -2,8 -4,6
2019 6,5 0,3 0,4
2020 -27,6 -12,7 -2,6
2021 -1,1 7,6 10,3
  • Lecture : En 2021, le volume des exportations martiniquaises diminue de 1,1 % par rapport à 2020.
  • Source : Insee, comptes définitifs de la Martinique, en base 2020.

Figure 3Évolution du commerce extérieur de la Martinique en volume, par rapport à l’année précédente

  • Lecture : En 2021, le volume des exportations martiniquaises diminue de 1,1 % par rapport à 2020.
  • Source : Insee, comptes définitifs de la Martinique, en base 2020.
Publication rédigée par :Laureen Kali (Insee)

Pour comprendre

La comptabilité nationale est le domaine de la statistique publique qui cherche à mesurer l’activité économique d’un territoire sur une période donnée, en mobilisant toutes les informations disponibles (enquêtes, données administratives, etc.). L’existence de statistiques spécifiques, notamment sur le commerce extérieur, l’absence de flux de travailleurs ou de consommateurs frontaliers, permettent l’élaboration de comptes économiques régionaux dans les cinq départements et régions d'outre-mer (Drom) selon les méthodes et concepts du système de comptabilité nationale utilisés pour mesurer l’activité économique d’un pays souverain. Ces comptes sont donc plus complets que les comptes économiques des régions de l’Hexagone, pour lesquels les indicateurs économiques régionaux diffusés résultent d'une régionalisation des indicateurs de l’Hexagone à partir de clés de répartition (PIB et valeurs ajoutées régionaux). Ainsi, les services de l’Insee dans les Drom établissent chaque année les comptes définitifs de l’année n-4 et des comptes provisoires pour les années n-3, n-2 et n-1 pour chaque territoire.

Les comptes économiques définitifs offrent une description annuelle détaillée de l’économie de chaque Drom. Cette description porte sur les ressources et emplois de biens et de services, l'activité des branches ainsi que les comptes des secteurs institutionnels. Leur élaboration repose sur des données fines et des sources comptables, qui ne deviennent exhaustives qu’au moment de la production du compte définitif. Ils sont établis en confrontant les approches production et demande. Il en résulte des arbitrages pour aboutir aux égalités comptables en tenant compte d’indicateurs de contrôles.

Les comptes économiques sont conçus selon le système des comptes nationaux qui permet de produire des indicateurs comparables dans le temps et dans l’espace grâce à la définition d’un cadre de référence stable, valable sur une période donnée, appelé « base ». À l’intérieur de cette base, les données sont strictement comparables, dans la mesure où les méthodes de calcul et les sources statistiques demeurent inchangées sur toute la période considérée. Seules les variations de l’activité économique expliquent l’évolution des résultats observés.

Toutefois, l’activité économique évolue constamment et afin de prendre en compte les transformations structurelles de celle-ci, il est nécessaire de procéder à intervalles réguliers (environ 5 ans) à des changements de base.

Les comptes économiques des Drom sont passés en base 2020

Le passage en base 2020 pour les comptes économiques régionaux des Antilles et de la Guyane recouvre la prise en compte de nouvelles sources d’informations et l’actualisation de sources existantes. Parmi elles, l’actualisation des méthodes d’estimations du transport aérien et maritime, des investissements et de la production énergétique affectent les données des entreprises. Pour les ménages, le changement principal repose sur l’actualisation des résultats de la dernière enquête Budget des familles. Concernant les administrations publiques, un changement de périmètre est opéré avec l’intégration des activités de l’audiovisuel public. L’ensemble de ces révisions permet la mise à jour des paramètres de production, d’investissement et de consommation des agents économiques.

Un changement de base affecte ainsi à la fois les grandeurs économiques comme le PIB, la valeur ajoutée, la consommation, l’investissement et les échanges extérieurs, mais aussi les comptes des secteurs institutionnels, en particulier le taux d’investissement des sociétés non financières et le taux d’épargne des ménages. Afin de maintenir la cohérence des évolutions historiques, une rétropolation des comptes définitifs des années précédentes est opérée. Elle consiste à recalculer tous les agrégats économiques des années précédentes depuis 1996 en base 2020. En raison de la crise sanitaire, c’est finalement l’année 2019 (et non 2020) qui a servi de référence pour caler l’ensemble de ces révisions.

Publication rédigée par :Laureen Kali (Insee)

Définitions

Le Produit intérieur brut (PIB) mesure la richesse produite sur un territoire donné, grâce à la somme des valeurs ajoutées des biens et services produits sur le territoire.

La croissance est définie par l’évolution du PIB en volume.

L’évolution en volume ou en « euros constants » permet de mesurer l’évolution d’un agrégat macro-économique d’une année sur l’autre, indépendamment de l’évolution des prix. Elle décrit l’évolution des quantités produites.

L’évolution du prix du PIB mesure l’évolution de tous les prix présents dans l’économie : prix à la consommation des ménages (IPC), prix à la consommation des administrations, prix de l’investissement et prix du commerce extérieur.

Le pouvoir d'achat des ménages correspond au volume de biens et de services qu'un revenu permet d'acheter.

Le déficit commercial est le solde, négatif structurellement dans les Drom, donné par la différence entre les exportations et les importations.

Les administrations centrales correspondent aux administrations de l’État hors administrations locales et hôpitaux.

Le tourisme comprend les activités déployées par les personnes au cours de leurs voyages et séjours dans des lieux situés en dehors de leur environnement habituel pour une période consécutive qui ne dépasse pas une année, à des fins de loisirs, pour affaires et autres motifs non liés à l'exercice d'une activité rémunérée dans le lieu visité. Dans les comptes nationaux, le tourisme est comptabilisé aux exportations de services.

Pour en savoir plus

(1) Retrouvez davantage de données associées à cette publication en téléchargement.

(2) Benhaddouche A., Raimbaud B. (Insee), « Une reprise portée par le redressement de l’investissement », comptes économiques rapides de la Martinique en 2021, Insee Analyses Martinique no56, septembre 2022.

(3) « Une reprise timide de l’activité économique », Bilan économique 2021 de la Martinique, Insee Conjoncture no19, juin 2022.

(4) Ouvrir dans un nouvel ongletRapport annuel économique 2020 - Iedom Martinique, décembre 2021.

(5) Ouvrir dans un nouvel ongletRapport annuel économique 2021 - Iedom Martinique, juin 2022.