Insee Flash Guadeloupe ·
Février 2026 · n° 231
En 2021, la reprise économique est portée par la consommation des ménages et l’investissement
en Guadeloupe
En Guadeloupe, l’année 2021 est marquée par un rattrapage de l’activité économique, qui s’était fortement contractée en 2020 suite à l’épidémie de Covid-19. Cette reprise se traduit par une croissance de 6,9 % en volume. Malgré le maintien de certaines restrictions sur le territoire et les mouvements sociaux en fin d’année, les indicateurs économiques affichent une nette amélioration. Le PIB par habitant en particulier, témoigne de cette amélioration avec une hausse de 7,2 %. Portée par une hausse du pouvoir d’achat, la consommation des ménages est le premier moteur de la croissance. Elle est suivie par l’investissement, soutenu par plusieurs dispositifs d’aides. La consommation publique, seule composante positive de la croissance guadeloupéenne en 2020, continue de la stimuler en 2021. Enfin, les exportations enregistrent une forte progression, portée par les produits pétroliers.
L’activité économique redémarre fortement
En 2021, la croissance économique de la Guadeloupe reprend de la vigueur avec une hausse de 6,9 % en volume par rapport à 2020. La reprise intervient après une année durant laquelle la pandémie de Covid-19 frappe durement l’économie et entraîne une chute de 5,5 % en volume du Produit intérieur brut (PIB) (figure 1). Même suite à la crise de 2009, la région n’avait pas connu de contraction économique d’une telle ampleur. Finalement, le PIB de la Guadeloupe en 2021 retrouve un niveau légèrement supérieur à celui de 2019 (+1,0 %). Le PIB par habitant s’élève à 25 700 euros en 2021, soit une augmentation de 7,2 % par rapport à l’année précédente. Il atteint 26 300 euros en Martinique (+7,5 % par rapport à 2020) et 17 400 euros en Guyane (+7,4 %). Au niveau national, le PIB par habitant est de 36 900 euros (+7,7 %).
tableauFigure 1 – Le produit intérieur brut (PIB) de la Guadeloupe et ses principales composantes
| Composantes du PIB 2021 | Évolution en volume aux prix de l’année précédente | PIB (en millions d’euros courants) | Évolution des prix | Évolution en valeur | Contribution à la croissance (en points) |
|---|---|---|---|---|---|
| Produit intérieur brut | 6,9 | 9 879 | 0,3 | 7,2 | 6,9 |
| Consommation des ménages | 6,9 | 5 468 | 1,4 | 8,4 | 3,8 |
| Consommation des administrations publiques | 3,0 | 4 904 | 2,4 | 5,5 | 1,5 |
| Investissement | 9,4 | 1 904 | 1,2 | 10,8 | 1,8 |
| Imports de biens et services | 6,9 | 3 503 | 7,1 | 14,4 | -2,3 |
| Exports de biens et services | 8,0 | 995 | 5,4 | 13,8 | 0,8 |
| Variations de stocks | nd | 111 | nd | nd | 1,4 |
- nd : non disponible.
- Note : Du fait des arrondis, la somme des effets des composantes peut être légèrement différente de la valeur de l’ensemble.
- Lecture : En 2021, le PIB de la Guadeloupe augmente de 6,9 % en volume (hors effet prix) par rapport à 2020.
- Source : Insee, comptes définitifs 2021 de la Guadeloupe, en base 2020.
La consommation des ménages est le principal moteur du regain d’activité
La consommation des ménages signe une reprise franche, enregistrant une nette amélioration de 6,9 % en volume et contribuant à hauteur de 3,8 points à la croissance (figure 2) Elle s’inscrit pourtant dans un contexte économique encore contraint. Les mesures de restrictions sanitaires demeurent en vigueur sur le territoire. En outre, l’activité est pénalisée par des mouvements sociaux en fin d’année. Ainsi, après une année 2020 de forte baisse (-4,9 %) le redémarrage de la consommation des ménages s’explique par une nette progression du pouvoir d’achat (+6,4 %), la plus élevée de la décennie 2011-2021. Elle est soutenue par une inflation modérée de 1,2 %. Un quart de la consommation des ménages est constituée de biens manufacturés dont les ventes s’accroissent de 9,7 % en volume. Cette dynamique se traduit par une hausse des importations (+6,9 % en volume) dont les biens manufacturés représentent les deux tiers. En particulier, les importations d’automobiles augmentent de 29 % et celles d’équipements mécaniques, comme les appareils électroménagers et d’outils de bricolage, de 3 %. La hausse des encours de crédits à la consommation (+3,3 % sur un an) atteste aussi de cette bonne orientation.
L’investissement est le deuxième levier de la croissance
En Guadeloupe, l’investissement rebondit également en 2021 (+9,4 % en volume après -11,4 % en 2020). Il contribue ainsi à hauteur de 1,8 point à la croissance régionale. Afin de soutenir les entreprises durant la crise sanitaire, le gouvernement a mis en place des exonérations et reports de charges sociales et fiscales, ou encore des Prêts garantis par l’État (PGE). Sur la période 2019-2022, d’autres mesures permettent de favoriser l’investissement sur le territoire, notamment le Fond exceptionnel d’investissement (FEI) et les Contrats de convergence et de transformation (CCT). Dans ce contexte, plus de 200 projets sont soutenus, notamment dans les domaines de la gestion des déchets et de l’économie circulaire ou encore la reconstruction d’établissements publics. Ensemble, ils représentent des investissements d’un montant d’environ 145 millions d’euros. Par ailleurs, la construction du nouveau Centre hospitalier universitaire (CHU) de Guadeloupe, qui a débuté en septembre 2018, mobilise un investissement de plus de 600 millions d’euros pour le territoire, répartis sur plusieurs années.
La consommation publique reste un pilier de la croissance
La consommation publique constitue la seule composante positive de la croissance guadeloupéenne en 2020, avec une contribution de 0,3 point (figure 2). Elle continue de soutenir la croissance en 2021, à hauteur de 1,5 point avec une augmentation de 3,0 % en volume. Les dépenses de santé en particulier progressent de 7,0 %. Plus précisément, les dépenses des hôpitaux bondissent de 12,9 %. Cette forte progression est due aux nombreux pics épidémiques durant l’année, notamment en août 2021. Parallèlement, les dépenses des administrations centrales augmentent de 3,4 %. Elles s’équipent notamment en masques, gels hydroalcooliques pour la mise en œuvre des mesures recommandées pendant l’épidémie. Elles dépensent également pour l’acquisition de matériel informatique, en particulier pour permettre le télétravail.
tableauFigure 2 – Évolution de la consommation des ménages et des administrations de Guadeloupe en volume, par rapport à l’année précédente
| Année | Consommation des ménages | Consommation publique |
|---|---|---|
| 2011 | -1,1 | 5,2 |
| 2012 | 0,2 | 2,4 |
| 2013 | -0,2 | 0,2 |
| 2014 | 0,5 | 2,4 |
| 2015 | -3,9 | 8,8 |
| 2016 | 1,4 | -0,3 |
| 2017 | 1,6 | 1,6 |
| 2018 | 1,3 | 1,9 |
| 2019 | -1,5 | -0,6 |
| 2020 | -4,9 | 0,6 |
| 2021 | 6,9 | 3,0 |
- Lecture : La consommation des ménages en Guadeloupe augmentent de 6,9 % en volume entre 2020 et 2021.
- Source : Insee, comptes définitifs de la Guadeloupe, en base 2020.
graphiqueFigure 2 – Évolution de la consommation des ménages et des administrations de Guadeloupe en volume, par rapport à l’année précédente

- Lecture : La consommation des ménages en Guadeloupe augmentent de 6,9 % en volume entre 2020 et 2021.
- Source : Insee, comptes définitifs de la Guadeloupe, en base 2020.
Les exportations repartent à la hausse
En 2021, les exportations guadeloupéennes augmentent de 8,0 % en volume et contribuent à la croissance à hauteur de 0,8 point (figure 3). Cette hausse intervient après une forte contraction en volume de 30,4 % en 2020. Les exportations de produits pétroliers sont le principal moteur de cette augmentation. Plus précisément, les réexpéditions de produits pétroliers raffinés, essentiellement vers la Guyane, qui représentent trois quarts de cette hausse, explosent avec +162,5 % en volume. En revanche, hors produits pétroliers, les exportations augmentent de 0,2 % en volume et ne contribuent que très marginalement à la croissance.
Le tourisme, comptabilisé dans les exportations de services de la région, demeure fragile en 2021 loin en deçà des niveaux d’avant-crise. Le secteur reste pleinement pénalisé par les diverses restrictions de déplacements (confinements, passe-sanitaires et couvres-feux). Le début de l’année 2020 était prometteur avec l’objectif de dépasser le seuil des 2,5 millions de passagers à l’aéroport [Popote J. L., 2021 ; pour en savoir plus (4)]. Mais la pandémie a brutalement stoppé l’activité touristique dès le premier trimestre. Après une diminution de 49,0 % du nombre de passagers en 2020, le sursaut demeure modéré en 2021. Le trafic aérien enregistre une progression de 0,7 % par rapport à l’année précédente, totalisant 1,3 million de passagers. La reprise n’a pas lieu concernant le nombre de nuitées dans les hôtels, qui enregistrent deux baisses consécutives : un premier repli de 44,7 % entre 2019 et 2020, auquel s’ajoute un second de 25,4 % l’année suivante.
Alors que le déficit commercial était quasi stable (+0,2 %) dans un contexte de contraction généralisée des échanges extérieurs en 2020, il se creuse fortement en 2021 (+5,8 %). En effet, le redémarrage de l’activité économique se traduit par un rebond plus marqué des importations que des exportations.
tableauFigure 3 – Évolution du commerce extérieur de la Guadeloupe en volume, par rapport à l’année précédente
| Année | Exportations | Importations | Déficit du commerce extérieur |
|---|---|---|---|
| 2011 | 6,7 | 3,4 | 6,5 |
| 2012 | -0,1 | -3,7 | -2,7 |
| 2013 | 9,0 | 4,3 | 5,0 |
| 2014 | 0,4 | -4,7 | -6,9 |
| 2015 | 7,5 | 1,2 | -0,7 |
| 2016 | 7,6 | -1,2 | -6,7 |
| 2017 | 10,9 | 5,3 | 1,5 |
| 2018 | 3,0 | 3,9 | 9,7 |
| 2019 | 9,6 | 1,3 | -0,8 |
| 2020 | -30,4 | -12,8 | 0,2 |
| 2021 | 8,0 | 6,9 | 5,8 |
- Lecture : En 2021, le volume des exportations guadeloupéennes augmente de 8,0 % par rapport à 2020.
- Source : Insee, comptes définitifs de la Guadeloupe, en base 2020.
graphiqueFigure 3 – Évolution du commerce extérieur de la Guadeloupe en volume, par rapport à l’année précédente

- Lecture : En 2021, le volume des exportations guadeloupéennes augmente de 8,0 % par rapport à 2020.
- Source : Insee, comptes définitifs de la Guadeloupe, en base 2020.
Pour comprendre
La comptabilité nationale est le domaine de la statistique publique qui cherche à mesurer l’activité économique d’un territoire sur une période donnée, en mobilisant toutes les informations disponibles (enquêtes, données administratives, etc.). L’existence de statistiques spécifiques, notamment sur le commerce extérieur, l’absence de flux de travailleurs ou de consommateurs frontaliers, permettent l’élaboration de comptes économiques régionaux dans les cinq départements et régions d'outre-mer (Drom) selon les méthodes et concepts du système de comptabilité nationale utilisés pour mesurer l’activité économique d’un pays souverain. Ces comptes sont donc plus complets que les comptes économiques des régions de l’Hexagone, pour lesquels les indicateurs économiques régionaux diffusés résultent d'une régionalisation des indicateurs de l’Hexagone à partir de clés de répartition (PIB et valeurs ajoutées régionaux). Ainsi, les services de l’Insee dans les Drom établissent chaque année les comptes définitifs de l’année n-4 et des comptes provisoires pour les années n-3, n-2 et n-1 pour chaque territoire.
Les comptes économiques définitifs offrent une description annuelle détaillée de l’économie de chaque Drom. Cette description porte sur les ressources et emplois de biens et de services, l'activité des branches ainsi que les comptes des secteurs institutionnels. Leur élaboration repose sur des données fines et des sources comptables, qui ne deviennent exhaustives qu’au moment de la production du compte définitif. Ils sont établis en confrontant les approches production et demande. Il en résulte des arbitrages pour aboutir aux égalités comptables en tenant compte d’indicateurs de contrôles. Les comptes économiques sont conçus selon le système des comptes nationaux qui permet de produire des indicateurs comparables dans le temps et dans l’espace grâce à la définition d’un cadre de référence stable, valable sur une période donnée, appelé « base ». À l’intérieur de cette base, les données sont strictement comparables, dans la mesure où les méthodes de calcul et les sources statistiques demeurent inchangées sur toute la période considérée. Seules les variations de l’activité économique expliquent l’évolution des résultats observés.
Toutefois, l’activité économique évolue constamment et afin de prendre en compte les transformations structurelles de celle-ci, il est nécessaire de procéder à intervalles réguliers (environ 5 ans) à des changements de base.
Les comptes économiques des Drom sont passés en base 2020
Le passage en base 2020 pour les comptes économiques régionaux des Antilles et de la Guyane recouvre la prise en compte de nouvelles sources d’informations et l’actualisation de sources existantes. Parmi elles, l’actualisation des méthodes d’estimations du transport aérien et maritime, des investissements et de la production énergétique affectent les données des entreprises. Pour les ménages, le changement principal repose sur l’actualisation des résultats de la dernière enquête Budget des familles. Concernant les administrations publiques, un changement de périmètre est opéré avec l’intégration des activités de l’audiovisuel public. L’ensemble de ces révisions permet la mise à jour des paramètres de production, d’investissement et de consommation des agents économiques.
Définitions
Le Produit intérieur brut (PIB) mesure la richesse produite sur un territoire donné, grâce à la somme des valeurs ajoutées des biens et services produits sur le territoire.
La croissance est définie par l’évolution du PIB en volume.
L’évolution en volume ou en « euros constants » permet de mesurer l’évolution d’un agrégat macro-économique d’une année sur l’autre, indépendamment de l’évolution des prix. Elle décrit l’évolution des quantités produites.
L’évolution du prix du PIB mesure l’évolution moyenne de tous les prix présents dans l’économie : prix à la consommation des ménages (IPC), prix à la consommation des administrations, prix de l’investissement et prix du commerce extérieur.
Le pouvoir d’achat des ménages correspond au volume de biens et de services qu'un revenu permet d’acheter.
Le déficit commercial est le solde, négatif structurellement dans les Drom, donné par la différence entre les exportations et les importations.
Les administrations centrales correspondent aux administrations de l’État hors administrations locales et hôpitaux.
Le tourisme comprend les activités déployées par les personnes au cours de leurs voyages et séjours dans des lieux situés en dehors de leur environnement habituel pour une période consécutive qui ne dépasse pas une année, à des fins de loisirs, pour affaires et autres motifs non liés à l’exercice d’une activité rémunérée dans le lieu visité. Dans les comptes nationaux, le tourisme est comptabilisé aux exportations de services.
Pour en savoir plus
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(2) Benhaddouche A., Raimbaud B. (Insee), « Un rebond entravé par le prolongement des restrictions sanitaires et les mouvements sociaux de fin d'année », comptes économiques rapides de la Guadeloupe en 2021, Insee Analyses Guadeloupe no 58, septembre 2022.
(3) « Une reprise contrainte par les suites de la crise sanitaire et les mouvements sociaux », Bilan économique 2021 de la Guadeloupe, Insee Conjoncture Guadeloupe no 19, juin 2022.
(4) Popote J. L. (Insee), « Transport aérien – Guadeloupe Pôle Caraïbe : le trafic diminue de moitié en 2020 », Bilan économique 2020 de la Guadeloupe, Insee Conjoncture Guadeloupe no , juillet 2021.
(5) Ouvrir dans un nouvel ongletRapport annuel économique 2021 - Iedom Guadeloupe, juin 2022.
