Insee Analyses Guyane ·
Novembre 2023 · n° 65
En Guyane, les unités légales génèrent 3,5 milliards d’euros de production marchande
en 2021, pour 1,4 milliard d’euros de valeur ajoutée
En Guyane, les sociétés de droit privé sont prédominantes. Le territoire a une économie fortement spécialisée dans le commerce. En 2021, les unités légales dégagent une valeur ajoutée de 2,1 milliards. Le taux d’endettement des sociétés atteint 34,6 %. Cette même année, 211 sociétés font l’objet d’une liquidation, en repli de 15 % par rapport à 2020.
- Le commerce est le principal secteur d’activité économique en Guyane
- Le taux de marge est élevé pour les entrepreneurs individuels
- Les unités légales mobilisent plusieurs sources de financement
- Les actifs durables et l’actif circulant sont financés différemment
- Peu de liquidations d’unités légales sont comptabilisées en 2021
Le commerce est le principal secteur d’activité économique en Guyane
En Guyane, les secteurs marchands non agricoles et non financiers guyanais regroupent 6 092 unités légales. Celles-ci génèrent un chiffre d’affaires (CAHT) de 5,2 milliards d’euros en 2021 (figure 1). Les sociétés de droit privé concentrent une forte part de l’activité : elles représentent trois unités légales sur quatre et l’essentiel du chiffre d’affaires (93,3 %).
tableauFigure 1 – Répartition des unités légales et du chiffre d’affaires selon le type d’unités légales et les secteurs économiques en Guyane en 2021
Type d’unités légales/Secteurs économiques | Unités légales (en nombre) |
Part (en %) | CAHT (en millions d’euros) | Part (en %) |
---|---|---|---|---|
Type d’unités légales | ||||
Entrepreneurs individuels | 1 559 | 25,6 | 351 | 6,7 |
Sociétés de droit privé | 4 533 | 74,4 | 4 877 | 93,3 |
Secteurs économiques | ||||
Industrie | 685 | 11,2 | 787 | 15,1 |
Construction | 1 234 | 20,3 | 867 | 16,6 |
Commerce | 1 406 | 23,1 | 2 432 | 46,5 |
Transports et entreposage | 389 | 6,4 | 246 | 4,7 |
Hébergement et restauration | 496 | 8,1 | 151 | 2,9 |
Information et communication | 138 | 2,3 | 36 | 0,7 |
Activités immobilières | 306 | 5,0 | 222 | 4,2 |
Autres services marchands | 1 438 | 23,6 | 487 | 9,3 |
Total | 6 092 | 100,0 | 5 228 | 100,0 |
- Lecture : 1 559 unités légales ont le statut d’entrepreneur individuel. Ces unités légales représentent 25,6 % du total.
- Champ : secteurs marchands non agricoles et non financiers guyanais.
- Source : FARE Dirag 2021, Insee.
Ce chiffre d’affaires total se décompose en 46,4 % de ventes de marchandises, 30,4 % en production de biens vendus et 23,2 % en production de services vendus (figure 2). L’importance du commerce, premier secteur économique de la région, explique la part des ventes des marchandises. Les activités immobilières, qui ne représentent que 4,2 % du chiffre d’affaires total, jouent toutefois un rôle significatif dans l’économie locale. Ce secteur concentre notamment 37,1 % des capitaux propres, 60,9 % des dettes financières et 53,9 % des immobilisations brutes regroupant les immobilisations incorporelles, les terrains, construction, machine outil, etc.
tableauFigure 2 – Indicateurs contribuant au partage de la valeur ajoutée en Guyane en 2021
Poste comptable | Valeur |
---|---|
Chiffre d’affaires hors taxes | 5 228 |
dont ventes de marchandises | 2 427 |
dont production de biens vendus | 1 587 |
dont production de services vendus | 1 214 |
Production marchande | 3 522 |
Consommations intermédiaires | 2 091 |
Valeur ajoutée hors taxes | 1 431 |
Subventions d’exploitation | 41 |
Impôts et taxes | 73 |
Charges de personnel | 884 |
EBE | 514 |
- Lecture : en 2021, la production marchande est de 3 522 millions d’euros.
- Champ : secteurs marchands non agricoles et non financiers guyanais.
- Source : FARE Dirag 2021, Insee.
Pour générer 3,5 milliards d’euros de production marchande en 2021, les unités légales guyanaises dépensent 2,1 milliards d’euros de consommations intermédiaires. La valeur ajoutée s’élève ainsi 1,4 milliard d’euros. Le taux de valeur ajoutée correspond à 27,4 % du chiffre d’affaires total.
Le taux de marge est élevé pour les entrepreneurs individuels
Dans le partage de la valeur ajoutée, le taux de marge d’exploitation rend compte de ce qui reste aux unités légales notamment pour rémunérer le capital et investir, une fois déduits les charges de personnel et les coûts de facteurs. En 2021, les unités légales guyanaises dégagent un excédent brut d’exploitation (EBE) de 514 millions d’euros soit un taux de marge d’exploitation de 35,9 % (figure 3). Ce résultat diffère fortement selon les secteurs économiques et le type d’unités légales. Ainsi, la part de la VA consacrée aux charges de personnel des entreprises individuelles est faible, car leurs effectifs salariés sont généralement peu élevés.
tableauFigure 3 – Principaux ratios financiers en Guyane en 2021
Ratio | Valeur |
---|---|
Taux de valeur ajoutée | 27,4 |
Taux de marge d’exploitation | 35,9 |
Taux d’endettement (*) | 34,6 |
Autonomie financière (*) | 35,1 |
Levier financier (*) | 103,1 |
Rentabilité financière (*) | 10,0 |
Taux d’investissement | 36,7 |
Taux d’autofinancement | 91,5 |
Taux de profit (Ensemble) | 5,8 |
Taux de profit (Ul bénéficiaires) | 10,1 |
Taux de perte (Ul déficitaires) | -17,6 |
- Note : (*) pour les sociétés seulement.
- Lecture : en 2021, le taux de valeur ajoutée est de 27,4 %.
- Champ : secteurs marchands non agricoles et non financiers guyanais.
- Source : FARE Dirag 2021, Insee.
Le taux d’investissement mesure l’effort des unités légales à acquérir des investissements en actifs physiques (hors apports) destinés à être utilisés durablement par l’entreprise comme moyens de production. En 2021, les unités légales guyanaises investissent 526 millions d’euros (figure 4) soit un taux d’investissement de 36,7 %.
La capacité d’autofinancement (CAF) est utilisée pour investir, se désendetter ou verser des dividendes aux actionnaires. Les unités légales ont accumulé 481 millions d’euros de CAF en 2021. Le taux d’autofinancement mesure la capacité de l’entreprise à financer elle-même ses investissements. En Guyane, ce ratio est égal à 91,5 % en 2021 : les unités légales mobilisent d’autres ressources que la CAF pour financer l’intégralité leurs investissements corporels.
tableauFigure 4 – Indicateurs de l’investissement en Guyane en 2021
Ratio | Valeur |
---|---|
Investissements corporels hors apports | 526 |
CAF | 481 |
- Lecture : en 2021, la CAF s’élève à 481 millions d’euros.
- Champ : secteurs marchands non agricoles et non financiers guyanais.
- Source : FARE Dirag 2021, Insee.
Les unités légales mobilisent plusieurs sources de financement
Les unités légales disposent principalement des capitaux propres, des dettes financières et du crédit inter-entreprises pour développer leurs activités. Les capitaux propres correspondent à l’ensemble de moyens de financement mis à la disposition de l’unité légale de façon permanente. En Guyane, les unités légales détiennent 2,7 milliards d’euros de capitaux propres en 2021. Les sociétés de droit privé concentrent la quasi-totalité des capitaux propres (97,3 %). Pour celles-ci, les capitaux propres totalisent 35,1 % du total du passif.
Les capitaux propres sont principalement alimentés par le résultat de l’exercice. Ce dernier traduit, sur l’année comptable, l’enrichissement (les bénéfices) ou l’appauvrissement (les pertes) de l’unité légale. Le taux de profit des entreprises bénéficiaires est de 10,1 % du CAHT contre 5,8 % pour le total des unités légales. Pour les entreprises déficitaires, le taux de pertes représente - 17,6 % du CAHT.
La rentabilité financière des sociétés de droit privé s’élève à 10,0 % en Guyane. La rentabilité financière est une variable stratégique pour les associés et les créanciers surtout si cette société accumule des pertes sur plusieurs années. En effet, les pertes viennent en déduction dans le calcul des capitaux propres engendrant un risque d’insolvabilité.
En 2021, les dettes financières de l’ensemble des unités légales guyanaises atteignent 2,8 milliards d’euros. Les sociétés de droit privé concentrent la quasi-totalité des dettes financières (99,5 %). Leur taux d’endettement est de 34,6 % en 2021.
Pour les sociétés de droit privé, le levier financier révèle que les dettes financières pèsent 103,1 % des capitaux propres en Guyane. Celles-ci sont donc à leur limite de leur capacité d’endettement. En effet, les capitaux propres font office de garantie à l’égard des tiers (fournisseurs, investisseurs, banques) et indiquent sa capacité à s’acquitter de ses dettes financières. A contrario, les entrepreneurs individuels utilisent le plus souvent les biens personnels comme garantie à l’égard des tiers pour l’obtention d’un prêt bancaire professionnel, ce qui peut représenter un frein à l’accès au crédit.
Les dettes « fournisseurs » correspondent à des factures pour lesquelles un fournisseur accepte un délai de paiement à l’unité légale. Elles représentent une autre source de financement pour l’unité légale que l’on nomme crédit interentreprises, car le fournisseur endosse « le rôle de prêteur » en décalant le paiement de la facture. Le commerce (26,0 %) et la construction (21,4 %) se démarquent par une proportion plus importante de dettes fournisseurs dans le total du passif, contre 11,1 % pour l’ensemble des unités légales (figure 5). À l’inverse, cette part est la plus faible pour les services (3,6 %).
tableauFigure 5 – Les principaux postes du bilan comptable en Guyane en 2021
Poste comptable | Industrie | Construction | Commerce | Services | Total |
---|---|---|---|---|---|
Actif (en % du total de l’actif) | |||||
Immobilisations totales | 59,2 | 30,8 | 31,8 | 75,4 | 60,3 |
Capital circulant | |||||
Stocks | 6,6 | 7,4 | 27,3 | 1,5 | 7,4 |
Créances | 26,3 | 47,4 | 22,8 | 16,3 | 22,6 |
Dont Créances clients | 14,2 | 28,5 | 14,3 | 5,5 | 11,1 |
Dont autres créances | 12,1 | 18,9 | 8,5 | 10,8 | 11,5 |
Divers | 6,8 | 12,3 | 16,9 | 6,4 | 8,9 |
Actif circulant Total | 40,8 | 69,2 | 68,2 | 24,6 | 39,7 |
Passif (en % du total du passif) | |||||
Capitaux propres | 28,1 | 23,4 | 37,6 | 37,4 | 34,3 |
Dettes | 66,9 | 69,2 | 61,9 | 60,8 | 62,9 |
dont emprunts et dettes | 33,0 | 14,0 | 20,9 | 43,6 | 34,6 |
dont avances et acomptes reçues sur commande | 3,0 | 3,8 | 0,6 | 0,2 | 1,2 |
dont comptes fournisseurs | 13,9 | 21,4 | 26,1 | 3,6 | 11,1 |
dont autres dettes | 14,9 | 23,9 | 14,2 | 11,7 | 14,0 |
dont produits constatés d’avance | 2,1 | 6,1 | 0,1 | 1,7 | 2,0 |
- Lecture : les stocks représentent 6,6 % de l’actif des unités légales de l’industrie.
- Champ : secteurs marchands non agricoles et non financiers guyanais.
- Source : FARE Dirag 2021, Insee.
Les actifs durables et l’actif circulant sont financés différemment
Les diverses sources de financement alimentent le patrimoine détenu par les unités légales. Les immobilisations brutes correspondent aux actifs destinés à être détenus durablement par l’unité légale (construction, terrain, machine outil…). En 2021, elles s’élèvent à 6,0 milliards d’euros en Guyane soit 60,3 % du total de l’actif. Sur cent euros d’immobilisations brutes, les actifs sont répartis en 79 euros d’actifs physiques, 15 euros d’actifs financiers et 6 euros d’actifs incorporels. Pour assurer leur avenir à long terme, les unités légales doivent financer les immobilisations brutes par les ressources stables et durables. Cet enjeu est plus fort pour l’industrie et les activités immobilières au vu de leur structure de bilan comptable.
L’actif circulant (stocks de marchandises, créances client…) s’élève à 4,0 milliards d’euros en 2021 et leur part est égale 39,7 % du total de l’actif. Le commerce (68,2 %) et la construction (69,1 %) se distinguent par une plus forte proportion de l’actif circulant dans le total de l’actif.
Le financement de l’actif circulant est stratégique pour les chefs d’entreprise, car ils doivent trouver les liquidités dont leur unité légale a besoin pour fonctionner en attendant de percevoir les paiements de ses clients. Cependant, il faut tenir compte de l’appartenance des unités légales aux secteurs « B to B » ou « B to C ». Le besoin en liquidité des unités légales du « B to B » est plus important que les autres. Les entreprises du « B to C », présentes notamment dans le commerce de détail, les services à la personne ou la restauration, peuvent générer des liquidités durant leur cycle de production. Elles encaissent le plus souvent le paiement de leurs clients avant de payer leurs fournisseurs.
Peu de liquidations d’unités légales sont comptabilisées en 2021
La gestion de la trésorerie devient délicate durant les périodes de confinement entraînant un risque accru de cessation de paiement. Ce risque ne s’est pas avéré en 2021 : seulement 35 unités légales ont fait l’objet d’une liquidation en Guyane, en baisse de 21 % par rapport à 2020 (après -46 % entre 2019 et 2020). Cette évolution s’explique par la politique d’aides publiques mises en place par le Gouvernement.
Le commerce guyanais se distingue par une forte part des stocks (marchandises, matières premières…) dans le total de l’actif (27,3 %). Contrairement à celles de la France métropolitaine, les unités légales locales doivent faire face à des contraintes liées à l’éloignement géographique de leur territoire impliquant notamment une gestion adaptée des stocks.
Les créances « clients » correspondent le plus souvent à des factures pour lesquelles l’unité légale endosse « le rôle de prêteur » en accordant un délai de paiement à certains de ces clients pour régler leur facture. Elles sont plus présentes dans la construction (28,5 %) que pour l’ensemble des unités légales (11,1 %).
Le poste « divers » désigne la partie de l’actif circulant qui peut-être mobilisable à court terme pour payer le passif exigible. Il regroupe donc les disponibilités et les valeurs mobilières de placement. Avec la crise de la Covid-19, certaines unités légales ont transféré par précaution une partie des aides d’entreprises dans ce poste.
Le commerce (16,9 %), puis la construction (12,3 %) se détachent par une plus forte part du poste « divers » dans le total de l’actif contre 8,9 % pour l’ensemble des unités légales. À l’inverse, pour l’industrie (6,8 %) et les services (6,4 %), cette part est la plus faible.
Sources
Les résultats de l’étude sont issus du fichier « FARE » Dirag 2021 comprenant les liasses fiscales exploitables statistiquement. Sont retenues les entreprises individuelles et les sociétés ayant leur siège social situé en Guyane, les microentrepreneurs étant exclus. Elles appartiennent au champ des secteurs marchands non agricoles et non financiers (hors activités de location et location-bail).
Définitions
L’unité légale est une entité juridique de droit privé. Cette entité peut-être une personne physique ou une personne morale.
Les dettes financières correspondent aux emprunts et dettes auprès des établissements financiers.
Les immobilisations brutes correspondent à des actifs destinés à être détenus durablement par l’unité légale.
La production marchande est égale à la production vendue de biens et services plus les productions stockées ou immobilisées plus les marges commerciales plus les autres produits.
Les consommations intermédiaires sont égales à la somme des achats et stocks de matières premières et autres approvisionnements plus les autres achats et charges externes plus les autres charges d’exploitation.
Le taux de marge d’exploitation correspond au rapport entre l’EBE et la VAHT.
Les coûts des facteurs correspondent aux subventions d’investissement moins les impôts et taxes.
Le taux d’autofinancement est égal au rapport de l’investissement corporel hors apports sur la CAF.
Le résultat de l’exercice correspond à la différence entre l’ensemble de tous les produits et l’ensemble de toutes les charges de l’exercice.
Le levier financier est égal au ratio des dettes financières sur les capitaux propres.
Le B to B (business to business) concerne les secteurs dont les clients principaux sont les entreprises.
Le B to C (business to consumer) concerne les secteurs dont les clients principaux sont les personnes physiques (commerce de détail, transports des passagers, hébergement et restauration, activités immobilières et services à la personne, etc.).
La valeur ajoutée hors taxe (VAHT) est égale à la différence entre la production marchande et les consommations intermédiaires.
Les charges du personnel sont la somme des salaires et traitements et des cotisations sociales.
L’excédent brut d’exploitation (EBE) est égal à la VAHT diminuée moins les coûts des facteurs (Impôts et taxes moins les subventions d’exploitation) moins les charges de personnel.
Le bilan comptable présente la situation patrimoniale de l’unité légale à la fin de l’exercice comptable. Il permet de calcul le résultat de l’exercice. Ils donnent une indication sur la valeur de l’entreprise.
L’actif de l’entreprise correspond à l’ensemble du patrimoine de l’entreprise. Il s’agit par exemple des bâtiments, des créances, des logiciels, etc.
Le passif correspond aux moyens de l’entreprise pour financer ses actifs.
Les ressources stables et durables correspondent aux ressources de long terme de l’entreprise (Capitaux propres, dettes financières…).
Le taux de valeur ajoutée correspond au rapport de la VAHT sur le CAHT.
Le taux d’investissement est égal au rapport de l’investissement corporel hors apports sur la VAHT.
Pour en savoir plus
(1) Insee, et coll. « Bilan économique 2021 – Guyane », Insee Conjoncture Guyane no19, 2022.