Insee
Insee Analyses · Mai 2022 · n° 72
Insee AnalysesFécondité selon le niveau de vie : une nouvelle estimation

Didier Reynaud (Insee)

En France, les femmes les plus modestes et les plus aisées sont celles qui ont le plus d’enfants. Si elles avaient durant toute leur vie la fécondité des années 2012 à 2017 par âge et rang de naissance et la même position dans l’échelle des niveaux de vie, les 10 % de femmes les plus modestes et les 10 % les plus aisées auraient en moyenne respectivement 2,3 et 2,0 enfants. Les femmes vivant dans des ménages de revenu intermédiaire sont plus souvent sans ou avec un seul enfant qu’aux deux extrémités de la distribution des niveaux de vie. Les plus aisées ont en moyenne leur premier enfant plus tardivement (30,0 ans, contre 26,9 ans pour les plus modestes).

Entre 2014 et 2019, la baisse de la fécondité a concerné tous les niveaux de vie. Elle s’est accompagnée d’une légère hausse des âges à l’accouchement et de la part de femmes sans enfant, tandis que la part des familles nombreuses a diminué légèrement. Ces deux dernières évolutions sont plus marquées pour les femmes de niveau de vie intermédiaire.

Avertissement

Des niveaux de fécondité selon le niveau de vie ont été publiés pour la première fois en 2020 [Reynaud, 2020]. Comme précisé alors, ces niveaux étaient sous-estimés. Une nouvelle exploitation plus complète de l’échantillon démographique permanent (EDP) permet d’approfondir et de réviser ces premiers résultats publiés, sans cependant en modifier les conclusions. Les niveaux de fécondité sont désormais cohérents avec ceux des bilans démographiques annuels de l’Insee.

Étudier la fécondité selon le niveau de vie : des études récentes

Les taux de fécondité par âge sont étudiés de longue date, à partir des données d’état civil et des estimations de population, notamment dans les bilans démographiques annuels de l’Insee [Papon, 2022]. Cependant, l’étude de la fécondité en fonction des niveaux de vie n’était pas possible : les revenus du foyer ne figurent ni dans les données d’état civil, ni dans les statistiques habituelles de population. L’échantillon démographique permanent (EDP) compile, pour un échantillon de personnes, des données de différentes sources, dont l’état civil, qui permet de repérer si les personnes ont des enfants une année donnée (sources). Il a été enrichi ces dernières années de données sociales et fiscales, grâce auxquelles le niveau de vie peut être estimé [Robert-Bobée, Gualbert, 2021]. En 2020, l’Insee a publié pour la première fois une étude sur la fécondité en fonction du niveau de vie, grâce à la disponibilité de ces nouvelles données dans l’EDP. Cette étude portait sur les naissances ayant eu lieu en France, entre 2012 et 2017 [Reynaud, 2020]. Comme annoncé alors, des travaux complémentaires ont été menés depuis, qui amènent à approfondir et réviser les premiers résultats publiés, sans cependant en modifier les conclusions (encadré 1).

Les femmes les plus modestes et les plus aisées sont celles qui ont le plus d’enfants

Les constats restent les mêmes que ceux dressés dans l’étude initiale de 2020. Toutefois, avec les corrections apportées, le niveau de fécondité des plus modestes dépasse davantage celui des plus aisées.

Sur la période 2012-2017, la fécondité est la plus élevée en bas et en haut de l’échelle des niveaux de vie, avec un niveau de fécondité des plus modestes dépassant celui des plus aisées (figure 1). Les 10 % de femmes les plus modestes, qui ont un niveau de vie moyen de 623 euros par mois, auraient en moyenne 2,3 enfants au cours de leur vie, dans les conditions de fécondité observées des années 2012 à 2017 par âge et rang de naissance (indicateur de fécondité tenant compte du rang et de l’âge, ICFRA, encadré 2). Les 10 % les plus aisées, qui ont un niveau de vie moyen de 4 290 euros par mois, en auraient 2,0. La fécondité baisse fortement du 1er dixième de niveau de vie jusqu’aux 4e et 5e dixièmes (environ 1 450 euros par mois en moyenne), avec un point bas à 1,6. Elle remonte ensuite fortement jusqu’au 8e dixième, puis plus modérément.

Figure 1a – Fécondité des femmes selon le niveau de vie, après révision

Figure 1a – Fécondité des femmes selon le niveau de vie, après révision - Lecture : après révision, les 10 % de femmes les plus modestes (1er dixième), qui ont en moyenne un niveau de vie de 623 euros par mois (633 euros avant révision), auraient en moyenne 2,27 enfants (ICFRA, 1,99 avant révision), si elles avaient tout au long de leur vie la fécondité observée à chaque âge et rang de naissance entre 2012 et 2017 et la même position dans l’échelle de niveaux de vie.
Dixième de niveau de vie Après révision
Niveau de vie moyen
(en euros par mois)
Indicateur de fécondité ICFRA
1 623 2,27
2 973 2,04
3 1 182 1,75
4 1 362 1,64
5 1 532 1,65
6 1 708 1,73
7 1 907 1,85
8 2 165 1,90
9 2 583 1,89
10 4 290 1,98
  • Note : données révisées.
  • Lecture : après révision, les 10 % de femmes les plus modestes (1er dixième), qui ont en moyenne un niveau de vie de 623 euros par mois (633 euros avant révision), auraient en moyenne 2,27 enfants (ICFRA, 1,99 avant révision), si elles avaient tout au long de leur vie la fécondité observée à chaque âge et rang de naissance entre 2012 et 2017 et la même position dans l’échelle de niveaux de vie.
  • Champ : France métropolitaine, femmes âgées de 15 à 50 ans.
  • Sources : Insee-DGFiP-Cnaf-Cnav-CCMSA, échantillon démographique permanent.

Figure 1a – Fécondité des femmes selon le niveau de vie, après révision

  • Note : données révisées.
  • Lecture : après révision, les 10 % de femmes les plus modestes (1er dixième), qui ont en moyenne un niveau de vie de 623 euros par mois (633 euros avant révision), auraient en moyenne 2,27 enfants (ICFRA, 1,99 avant révision), si elles avaient tout au long de leur vie la fécondité observée à chaque âge et rang de naissance entre 2012 et 2017 et la même position dans l’échelle de niveaux de vie.
  • Champ : France métropolitaine, femmes âgées de 15 à 50 ans.
  • Sources : Insee-DGFiP-Cnaf-Cnav-CCMSA, échantillon démographique permanent.

Avoir une descendance nombreuse est plus fréquent en bas de l’échelle des niveaux de vie : 19 % des femmes parmi les 10 % les plus modestes auraient 4 enfants ou plus au cours de leur vie, contre 4 % parmi les 10 % les plus aisées, dans les conditions de fécondité par âge et rang de naissance des années 2012 à 2017. Elles auraient aussi souvent 3 enfants qu’elles soient en haut ou en bas de l’échelle des niveaux de vie (21 %). En revanche, avoir 2 enfants est bien plus courant pour les femmes les plus aisées (52 % contre 28 %), qui auraient aussi moins souvent un seul enfant ou aucun (figure 2). En lien avec leur fécondité plus basse, les femmes de niveau de vie intermédiaire, notamment celles des 4e et 5e dixièmes, ont moins souvent 3 enfants ou plus que les autres femmes, et c’est pour ces niveaux de vie que la part des femmes sans enfant est la plus élevée (plus de 20 %, soit deux fois plus que pour les femmes les plus modestes et les femmes les plus aisées).

Figure 2a – Descendance finale estimée selon le niveau de vie, après révision

en %
Figure 2a – Descendance finale estimée selon le niveau de vie, après révision (en %) - Lecture : parmi les 10 % de femmes les plus aisées (dernier dixième), 52 % auraient 2 enfants, si elles avaient tout au long de leur vie la fécondité observée à chaque âge et rang de naissance entre 2012 et 2017 et la même position dans l’échelle de niveaux de vie.
Dixième de niveau de vie 0 enfant 1 enfant 2 enfants 3 enfants 4 enfants ou plus
1 11,4 20,8 28,1 20,5 19,2
2 14,4 21,6 30,5 20,3 13,2
3 20,1 23,5 30,7 16,6 9,1
4 20,5 26,4 32,1 13,9 7,1
5 21,9 20,9 35,8 15,4 6,0
6 16,9 19,4 43,4 16,6 3,7
7 12,0 18,2 48,2 17,6 4,0
8 11,1 17,1 48,4 18,6 4,8
9 10,5 18,2 48,4 18,3 4,6
10 7,9 15,9 51,6 20,5 4,2
  • Note : données révisées.
  • Lecture : parmi les 10 % de femmes les plus aisées (dernier dixième), 52 % auraient 2 enfants, si elles avaient tout au long de leur vie la fécondité observée à chaque âge et rang de naissance entre 2012 et 2017 et la même position dans l’échelle de niveaux de vie.
  • Champ : France métropolitaine, femmes âgées de 15 à 50 ans.
  • Sources : Insee-DGFiP-Cnaf-Cnav-CCMSA, échantillon démographique permanent.

Figure 2a – Descendance finale estimée selon le niveau de vie, après révision

  • Note : données révisées.
  • Lecture : parmi les 10 % de femmes les plus aisées (dernier dixième), 52 % auraient 2 enfants, si elles avaient tout au long de leur vie la fécondité observée à chaque âge et rang de naissance entre 2012 et 2017 et la même position dans l’échelle de niveaux de vie.
  • Champ : France métropolitaine, femmes âgées de 15 à 50 ans.
  • Sources : Insee-DGFiP-Cnaf-Cnav-CCMSA, échantillon démographique permanent.

L’âge moyen à la maternité a été révisé à la baisse par rapport à l’étude initiale de 2020 pour toutes les catégories de niveau de vie, avec un écart entre les 10 % des femmes les plus modestes et les plus aisées qui s’est légèrement resserré. L’âge moyen à la maternité croît avec le niveau de vie (figure 3). Les femmes ont en moyenne leurs enfants d’autant plus tard qu’elles ont un niveau de vie élevé : dans les conditions de fécondité des années 2012 à 2017, les 10 % des femmes les plus aisées ont en moyenne leur premier enfant à 30,0 ans, contre 26,9 ans pour les 10 % les plus modestes.

Figure 3a – Âge moyen à l’accouchement selon le niveau de vie et le rang de naissance, après révision

Figure 3a – Âge moyen à l’accouchement selon le niveau de vie et le rang de naissance, après révision - Lecture : les 10 % de femmes les plus modestes (1er dixième), qui ont un niveau de vie moyen de 623 euros par mois sur la période (633 euros par mois avant révision), auraient leur premier enfant en moyenne à 26,9 ans (27,5 ans avant révision), si elles avaient durant leur vie la fécondité observée à chaque âge et rang de naissance entre 2012 et 2017, et qu’elles restaient à chaque âge parmi les 10 % les plus modestes.
Dixième de
niveau de vie
Après révision
Niveau de vie moyen
(en euros par mois)
Âge moyen à l'accouchement
(en années)
1er enfant 2e enfant 3e enfant Ensemble
1 623 26,9 29,5 31,4 29,5
2 973 27,6 30,2 31,9 29,8
3 1 182 27,7 30,2 31,8 29,6
4 1 362 28,4 30,3 32,1 29,9
5 1 532 28,0 30,5 32,5 29,7
6 1 708 28,0 30,6 32,9 29,8
7 1 907 28,2 30,8 33,1 29,9
8 2 165 28,3 31,1 33,8 30,3
9 2 583 29,1 31,7 33,8 30,9
10 4 290 30,0 32,6 34,7 31,7
  • Lecture : les 10 % de femmes les plus modestes (1er dixième), qui ont un niveau de vie moyen de 623 euros par mois sur la période (633 euros par mois avant révision), auraient leur premier enfant en moyenne à 26,9 ans (27,5 ans avant révision), si elles avaient durant leur vie la fécondité observée à chaque âge et rang de naissance entre 2012 et 2017, et qu’elles restaient à chaque âge parmi les 10 % les plus modestes.
  • Champ : France métropolitaine, femmes âgées de 15 à 50 ans.
  • Sources : Insee-DGFiP-Cnaf-Cnav-CCMSA, échantillon démographique permanent.

Figure 3a – Âge moyen à l’accouchement selon le niveau de vie et le rang de naissance, après révision

  • Lecture : les 10 % de femmes les plus modestes (1er dixième), qui ont un niveau de vie moyen de 623 euros par mois sur la période (633 euros par mois avant révision), auraient leur premier enfant en moyenne à 26,9 ans (27,5 ans avant révision), si elles avaient durant leur vie la fécondité observée à chaque âge et rang de naissance entre 2012 et 2017, et qu’elles restaient à chaque âge parmi les 10 % les plus modestes.
  • Champ : France métropolitaine, femmes âgées de 15 à 50 ans.
  • Sources : Insee-DGFiP-Cnaf-Cnav-CCMSA, échantillon démographique permanent.

Entre 2014 et 2019, la fécondité baisse pour tous les niveaux de vie

La fécondité a baissé continuellement entre 2014 et 2019 [Papon, 2022], passant de 1,97 enfant par femme en 2014 à 1,83 en 2019 en France métropolitaine, après plusieurs années de forte fécondité, aux alentours de 2 enfants par femme entre 2006 et 2014. Cette baisse de la fécondité concerne tous les niveaux de vie. Pour tous les cinquièmes de niveau de vie, la fécondité de 2018-2019 est plus basse que celle de 2016-2017, elle-même plus basse qu’en 2014-2015 (figure 4).

Figure 4 – Fécondité des femmes selon le niveau de vie, de 2014 à 2019

Figure 4 – Fécondité des femmes selon le niveau de vie, de 2014 à 2019 - Lecture : les 20 % de femmes les plus modestes (1er cinquième) auraient en moyenne 2,09 enfants (ICFRA) si elles avaient durant leur vie, la fécondité observée à chaque âge et rang de naissance en 2018 et 2019, et qu’elles restaient à chaque âge parmi les 20 % les plus modestes. Par comparaison, pour l’ensemble des femmes, la fécondité moyenne est de 1,83 enfant par femme, d’après la fécondité par âge en 2018 et 2019 (ICF).
2014-2015 2016-2017 2018-2019
ICFRA par cinquièmes de niveau de vie
1er cinquième 2,17 2,12 2,09
2e cinquième 1,69 1,65 1,61
3e cinquième 1,71 1,64 1,58
4e cinquième 1,89 1,83 1,78
5e cinquième 1,99 1,91 1,88
ICF global 1,95 1,87 1,83
Niveaux de vie moyens (en euros)
1er cinquième 799 805 843
2e cinquième 1 276 1 287 1 339
3e cinquième 1 624 1 645 1 708
4e cinquième 2 038 2 064 2 143
5e cinquième 3 395 3 487 3 629
  • Notes : données révisées. Par rapport à l'ICF, l'ICFRA tient compte du rang de naissance (encadré 2).
  • Lecture : les 20 % de femmes les plus modestes (1er cinquième) auraient en moyenne 2,09 enfants (ICFRA) si elles avaient durant leur vie, la fécondité observée à chaque âge et rang de naissance en 2018 et 2019, et qu’elles restaient à chaque âge parmi les 20 % les plus modestes. Par comparaison, pour l’ensemble des femmes, la fécondité moyenne est de 1,83 enfant par femme, d’après la fécondité par âge en 2018 et 2019 (ICF).
  • Champ : France métropolitaine, femmes âgées de 15 à 50 ans.
  • Sources : Insee-DGFiP-Cnaf-Cnav-CCMSA, échantillon démographique permanent (ICFRA) et bilan démographique (ICF).

Figure 4 – Fécondité des femmes selon le niveau de vie, de 2014 à 2019

  • Notes : données révisées. Par rapport à l'ICF, l'ICFRA tient compte du rang de naissance (encadré 2).
  • Lecture : les 20 % de femmes les plus modestes (1er cinquième) auraient en moyenne 2,09 enfants (ICFRA) si elles avaient durant leur vie, la fécondité observée à chaque âge et rang de naissance en 2018 et 2019, et qu’elles restaient à chaque âge parmi les 20 % les plus modestes. Par comparaison, pour l’ensemble des femmes, la fécondité moyenne est de 1,83 enfant par femme, d’après la fécondité par âge en 2018 et 2019 (ICF, axe de droite).
  • Champ : France métropolitaine, femmes âgées de 15 à 50 ans.
  • Sources : Insee-DGFiP-Cnaf-Cnav-CCMSA, échantillon démographique permanent (ICFRA) et bilan démographique (ICF).

L’âge moyen à la maternité augmente, passant en France métropolitaine de 30,3 ans en 2014 à 30,8 ans en 2019, d’après les conditions de fécondité constatées sur la période. L’âge moyen à l’accouchement augmente surtout pour les premier et deuxième enfants, et ce quel que soit le niveau de vie (figure 5).

Figure 5 – Âge moyen à l’accouchement selon le niveau de vie et le rang de naissance, de 2014 à 2019

Figure 5 – Âge moyen à l’accouchement selon le niveau de vie et le rang de naissance, de 2014 à 2019 - Lecture : les 20 % de femmes les plus modestes (1er cinquième) auraient leur premier enfant en moyenne à 27,4 ans, si elles avaient durant leur vie la fécondité observée à chaque âge et rang de naissance en 2014 et 2015, et qu’elles restaient à chaque âge parmi les 20 % les plus modestes.
2014-15 2016-17 2018-19
Âge moyen à l’accouchement (en années) ...
du 1er enfant
1er cinquième 27,4 27,7 28,1
2e cinquième 28,2 28,4 28,5
3e cinquième 28,0 28,5 28,8
4e cinquième 28,2 28,8 28,8
5e cinquième 29,6 29,9 30,1
du 2e enfant
1er cinquième 29,9 30,0 30,6
2e cinquième 30,1 30,8 30,8
3e cinquième 30,6 30,8 31,1
4e cinquième 31,1 31,2 31,5
5e cinquième 32,3 32,4 32,9
du 3e enfant
1er cinquième 31,8 31,8 32,3
2e cinquième 32,0 32,0 32,1
3e cinquième 32,8 32,5 32,5
4e cinquième 33,7 33,6 33,7
5e cinquième 34,1 34,5 34,9
Niveaux de vie (en euros courants)
1er cinquième 799 805 843
2e cinquième 1 276 1 287 1 339
3 e cinquième 1 624 1 645 1 708
4e cinquième 2 038 2 064 2 143
5e cinquième 3 395 3 487 3 629
  • Note : données révisées.
  • Lecture : les 20 % de femmes les plus modestes (1er cinquième) auraient leur premier enfant en moyenne à 27,4 ans, si elles avaient durant leur vie la fécondité observée à chaque âge et rang de naissance en 2014 et 2015, et qu’elles restaient à chaque âge parmi les 20 % les plus modestes.
  • Champ : France métropolitaine, femmes âgées de 15 à 50 ans.
  • Sources : Insee-DGFIP-Cnaf-Cnav-CCMSA, échantillon démographique permanent.

Figure 5 – Âge moyen à l’accouchement selon le niveau de vie et le rang de naissance, de 2014 à 2019

  • Note : données révisées.
  • Lecture : les 20 % de femmes les plus modestes (1er cinquième) auraient leur premier enfant en moyenne à 27,4 ans, si elles avaient durant leur vie la fécondité observée à chaque âge et rang de naissance en 2014 et 2015, et qu’elles restaient à chaque âge parmi les 20 % les plus modestes.
  • Champ : France métropolitaine, femmes âgées de 15 à 50 ans.
  • Sources : Insee-DGFIP-Cnaf-Cnav-CCMSA, échantillon démographique permanent.

Globalement, la répartition des femmes selon leur nombre final d’enfants évolue peu entre 2014 et 2019 pour chaque groupe de niveau de vie (figure 6). La part des femmes ayant trois enfants ou plus diminuerait un peu, et celles des femmes sans enfant augmenterait légèrement, ce qui expliquerait la baisse de la fécondité observée en moyenne sur la période. Cependant, ces analyses détaillées sont à prendre avec précaution, car elles reposent sur des informations moins robustes, qui permettent difficilement d’aller plus loin dans les explications. Par ailleurs, les résultats par année demeurent parfois heurtés du fait d’effectifs faibles.

Figure 6 – Descendance finale estimée selon le niveau de vie, de 2014 à 2019

en %
Figure 6 – Descendance finale estimée selon le niveau de vie, de 2014 à 2019 (en %) - Lecture : parmi les 20 % de femmes les plus aisées (1er cinquième), 52 % auraient 2 enfants, si elles avaient tout au long de leur vie, la fécondité observée à chaque âge et rang de naissance en 2018 et 2019, et qu’elles restaient dans la même position sur l’échelle des niveaux de vie.
Niveaux de vie 0 enfant 1 enfant 2 enfants 3 enfants 4 enfants ou plus
1er cinquième 2014-15 12,0 21,5 29,9 20,8 15,8
2016-17 12,5 23,3 28,2 20,2 15,8
2018-19 13,5 21,4 30,6 19,7 14,8
2e cinquième 2014-15 19,6 27,0 30,2 14,8 8,4
2016-17 21,0 24,6 33,0 14,1 7,3
2018-19 23,5 24,3 31,2 14,0 7,0
3e cinquième 2014-15 18,6 20,5 39,5 16,2 5,2
2016-17 20,2 22,5 38,4 14,4 4,5
2018-19 21,1 22,7 38,6 13,4 4,2
4e cinquième 2014-15 12,1 15,9 48,5 19,2 4,3
2016-17 11,0 20,6 48,1 16,0 4,3
2018-19 14,3 18,9 47,0 15,8 4,0
5e cinquième 2014-15 7,8 16,2 50,2 21,3 4,5
2016-17 9,4 17,9 50,5 17,3 4,9
2018-19 10,1 17,1 52,0 17,2 3,6
  • Note : données révisées.
  • Lecture : parmi les 20 % de femmes les plus aisées (1er cinquième), 52 % auraient 2 enfants, si elles avaient tout au long de leur vie, la fécondité observée à chaque âge et rang de naissance en 2018 et 2019, et qu’elles restaient dans la même position sur l’échelle des niveaux de vie.
  • Champ : France métropolitaine, femmes âgées de 15 à 50 ans.
  • Sources : Insee-DGFIP-Cnaf-Cnav-CCMSA, échantillon démographique permanent.

Figure 6 – Descendance finale estimée selon le niveau de vie, de 2014 à 2019

  • Note : données révisées.
  • Lecture : parmi les 20 % de femmes les plus aisées (1er cinquième), 52 % auraient 2 enfants, si elles avaient tout au long de leur vie, la fécondité observée à chaque âge et rang de naissance en 2018 et 2019, et qu’elles restaient dans la même position sur l’échelle des niveaux de vie.
  • Champ : France métropolitaine, femmes âgées de 15 à 50 ans.
  • Sources : Insee-DGFIP-Cnaf-Cnav-CCMSA, échantillon démographique permanent.

Encadré 1 – Pourquoi réviser les résultats publiés en 2020 ?

La première étude sur la fécondité selon le niveau de vie menée à partir de l’échantillon démographique permanent (EDP) mentionnait que la fécondité y était sous-estimée au regard des niveaux de fécondité issus des bilans démographiques annuels publiés par l’Insee. D’après Reynaud (2020), pour la période 2012-2017, la fécondité issue de ces bilans démographiques et mesurée à partir des seuls taux de fécondité par âge s’établissait en France métropolitaine à 1,94 enfant par femme, contre 1,78 pour les estimations réalisées avec l’EDP. Il n’avait en effet pas été toujours possible, au sein de l’EDP, de relier toutes les naissances de l’état civil à des femmes présentes dans les données socio-fiscales.

Les principes de la révision mise en œuvre

Des travaux complémentaires ont été réalisés pour redresser la sous-fécondité telle que mesurée initialement à partir de l’EDP [Reynaud, 2022]. Le correctif développé consiste à attribuer les naissances d’une année qui n’avaient pas pu être attribuées initialement de façon exacte à une mère, à des femmes auxquelles aucune naissance n’avait été affectée cette année-là et partageant des caractéristiques équivalentes. Ces compléments conduisent à une révision à la hausse des niveaux de fécondité. Comme les défauts d’appariement concernaient des femmes aux niveaux de vie en moyenne plus modestes, le correctif conduit ainsi à réviser plus fortement la fécondité de celles-ci.

Par ailleurs, pour une partie des personnes, le niveau de vie n’est pas disponible dans l’EDP. Ces personnes n’avaient pas été prises en compte dans la première étude de 2020. Leur niveau de vie a désormais été imputé, en fonction de leurs caractéristiques sociodémographiques. Or il ressort que ces personnes avaient en moyenne un niveau de vie plus modeste que les autres et une fécondité plus faible. Leur prise en compte conduit à réviser légèrement à la baisse la fécondité, plus fortement pour les femmes les plus modestes que pour celles les plus aisées.

Ainsi, la correction des défauts d’appariement et l’imputation des niveaux de vie manquants ont des effets inverses sur le niveau de fécondité, qui retrouve au final celui des bilans démographiques. Ces deux opérations rehaussent la fécondité des femmes tout au long de l’échelle des niveaux de vie, mais davantage celle des plus modestes que des plus aisées. Elles induisent également une diminution de l’âge moyen à la maternité.

Un enrichissement des premières analyses de la fécondité selon les niveaux de vie

Enfin, le champ sur lequel portait l’étude initiale a été élargi, afin de mieux prendre en compte toute l’information disponible dans l’EDP. Sont désormais prises en compte toutes les femmes de 15 à 50 ans résidant en France métropolitaine nées les quatre premiers jours de chaque trimestre, et non plus seulement celles nées les 1er et 4 octobre (sauf pour les générations nées avant 1982 où le champ reste limité à ces deux jours de naissance).

Les résultats annuels demeurent malgré tout assez fluctuants et invitent à prendre des précautions en matière d’interprétation. Ils ont été ici calculés en moyenne sur des périodes de deux ans. La période d’analyse a également été étendue jusqu’à l’année 2019, contre 2017 dans l’étude initiale.

Encadré 2 – Comment mesurer la fécondité selon le niveau de vie ?

Pour comparer la fécondité entre groupes de niveau de vie, des précautions sont nécessaires. Le niveau de vie rapporte les ressources des ménages au nombre d’unités de consommation de ces ménages, afin de tenir compte de leur composition familiale. Outre l’âge, il varie donc avec la présence au domicile d’enfants déjà nés. C’est pourquoi l’étude de la fécondité d’une année donnée doit prendre en compte le nombre d’enfants déjà nés (d’où le choix de l’ICFRA), et être mise en regard du niveau de vie de l’année précédente. Le niveau de vie varie tout au long du cycle de vie, et notamment avec l’âge des personnes. Les femmes ont en conséquence été réparties en différents groupes selon leur position dans l’échelle des niveaux de vie à chaque âge. Par exemple, le dernier dixième, constitué des 10 % de femmes les plus aisées, comprend les 10 % les plus aisées à 15 ans, les 10 % les plus aisées à 16 ans, etc.

En combinant les probabilités d’avoir un nouvel enfant observées une année donnée en fonction de la situation dans l’échelle des niveaux de vie à chaque âge et du nombre d’enfants déjà nés, on obtient le nombre moyen d’enfants qu’aurait une génération fictive de femmes qui resteraient à chaque âge dans la même position dans l’échelle des niveaux de vie (par exemple, parmi les 10 % les plus aisées à chaque âge) et qui auraient durant toute leur vie féconde, la fécondité par âge et rang de naissance mesurée cette année-là. Cet indicateur conjoncturel de fécondité tenant compte du rang et de l’âge (ICFRA) résume ainsi la fécondité observée chaque année selon le niveau de vie. Les résultats avaient été calculés en moyenne sur plusieurs années (2012 à 2017) pour plus de robustesse.

Publication rédigée par : Didier Reynaud (Insee)

Sources

L’échantillon démographique permanent (EDP) compile, pour un échantillon de personnes, des données de différentes sources : l’état civil, qui permet de repérer si les personnes ont eu un enfant une année donnée, et les sources fiscales, qui permettent d’estimer le niveau de vie de l’année précédente.

L’étude porte sur les femmes âgées de 15 à 50 ans et nées l’un des 16 jours EDP pour celles nées en 1982 ou après, et nées un 1er ou 4 octobre pour celles nées avant 1982, afin de disposer de l’historique des enfants qu’elles ont déjà eus et d’estimer la fécondité par rang de naissance [Reynaud, 2022]. Les données sont mobilisées pour les années 2012 à 2019, avec les revenus perçus les années 2011 à 2018.

Seul l’EDP permet de comparer la fécondité entre différents groupes de femmes selon leur niveau de vie. Le niveau de vie dépendant du nombre d’enfants au domicile, le nombre d’enfants déjà nés est pris en compte pour analyser les différences de fécondité selon le niveau de vie. Les indicateurs retenus ici diffèrent donc de ceux habituellement utilisés dans les bilans démographiques [Papon, 2022], qui sont calculés uniquement à partir des taux de fécondité par âge. Ils diffèrent également par les sources utilisées (données exhaustives d’état civil pour les bilans démographiques, données intégrées à l’EDP pour cette étude).

Définitions

La fécondité (ICFRA – indicateur conjoncturel de fécondité tenant compte du rang et de l’âge ; âge moyen) est mesurée ici à partir des probabilités dites « d’agrandissement » observées une année donnée pour chaque âge et rang de naissance : c’est-à-dire la probabilité d’avoir un premier enfant à un âge donné parmi les femmes sans enfant à cet âge, la probabilité d’avoir un deuxième enfant parmi celles en ayant déjà un, etc. [Levy, 1986]. En combinant ces probabilités, on obtient le nombre moyen d’enfants d’une génération fictive de femmes qui auraient, tout au long de leur vie féconde, la fécondité par âge et rang de naissance observée cette année-là. La descendance ainsi estimée est répartie par nombre d’enfants : les femmes qui n’auraient pas d’enfant au cours de leur vie, en auraient un seul, deux, etc.

Le niveau de vie est égal au revenu disponible du ménage divisé par le nombre d’unités de consommation (UC). Le niveau de vie est donc le même pour tous les individus d’un même ménage. Le niveau de vie correspond à ce qu’Eurostat nomme « revenu disponible équivalent ». Les unités de consommation sont généralement calculées selon l’échelle d’équivalence dite de l’OCDE modifiée qui attribue 1 UC au premier adulte du ménage, 0,5 UC aux autres personnes de 14 ans ou plus et 0,3 UC aux enfants de moins de 14 ans.

Si l’on ordonne la distribution des niveaux de vie, les quintiles sont les valeurs qui partagent cette distribution en 5 sous-populations d’effectifs égaux, appelées cinquièmes. Par exemple, le premier quintile est le niveau de vie au-dessous duquel se situent 20 % des individus, soient les individus du premier cinquième. Afin de prendre en compte la plus ou moins grande proximité des quintiles de niveau de vie, la moyenne des niveaux de vie de chaque groupe a été calculée. Les déciles de niveau de vie partagent quant à eux la distribution en 10 sous-populations d’effectifs égaux, appelés dixièmes.

Pour en savoir plus

Reynaud D., « Correction de la sous-estimation de la fécondité par niveau de vie mesurée à partir de l’EDP », Documents de travail n° 2022-03, Insee, mai 2022.

Papon S., « Bilan démographique 2021 », Insee Première n° 1889, janvier 2022.

Robert-Bobée I., Gualbert N., « Échantillon démographique permanent : en 50 ans, l’EDP a bien grandi ! », Courrier des statistiques n° 6, juillet 2021.

Reynaud D., « Les femmes les plus modestes et les plus aisées ont le plus d’enfants », Insee Première n° 1826, novembre 2020.

Volant S., « Baisse récente de la fécondité en France : tous les âges et tous les niveaux de vie sont concernés », Insee Focus n° 136, décembre 2018.

Volant S., « Un premier enfant à 28,5 ans en 2015 : 4,5 ans plus tard qu’en 1974 », Insee Première n° 1642, mars 2017.

Blanpain N., Lincot L., « Avoir trois enfants ou plus à la maison », Insee Première n° 1531, janvier 2015.

Levy M.-L., « Rang des enfants, taille des familles et probabilité d’agrandissement », Population et Sociétés n° 206, Ined, 1986.