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Insee Flash Martinique · Janvier 2022 · n° 160
Insee Flash MartiniquePendant le premier confinement, un actif sur cinq exerce son métier en présentiel pour répondre aux besoins essentiels du quotidien

Xavier Reif (Insee)

En Martinique, près de 28 300 personnes exercent un des 35 métiers clés essentiels aux besoins de la population. Lors du premier confinement lié à la pandémie de Covid-19, elles ont continué à exercer leur activité en présentiel. Les 15 150 professionnels de santé, dont une majorité de femmes, sont les plus exposés à la contamination, dans et hors de la sphère hospitalière. Parmi eux, les aides à domicile sont particulièrement touchées par la précarité.

Insee Flash Martinique
No 160
Paru le : Paru le 06/01/2022

La crise sanitaire liée à la Covid-19 et les mesures adoptées pour limiter la propagation du virus ont eu des répercussions dans le monde du travail, différentes selon les secteurs d’activité. En particulier, certains travailleurs ont continué à exercer leur activité en présentiel lors du premier confinement, afin de pourvoir aux besoins essentiels de la population : se nourrir, se soigner… Ces « métiers clés » ont été classés en quatre sphères selon le niveau d’exposition au risque de contamination au coronavirus (figure 1). En Martinique, en 2017, 28 300 personnes exercent un des 35 métiers-clés, soit 22 % des actifs. Ce niveau est proche de celui observé en Guadeloupe (21 %) et en France hors Mayotte (19,4 %).

Les professions hospitalières, plus féminisées et plus exposées au virus

La sphère hospitalière (sphère 1) regroupe les métiers pour lesquels le risque d’exposition est le plus élevé en raison des contacts réguliers avec des patients en milieu hospitalier.

Elle est constituée des professionnels de santé exerçant à l’hôpital : infirmiers hospitaliers (2 550), aides-soignants (2 040), agents hospitaliers (1 500), et des médecins hospitaliers (720) (figure 1). Elle emploie ainsi 6 800 personnes (5 % des actifs), soit un quart des métiers clés en Martinique contre 27,5 % en France métropolitaine. Rapportée à la taille de la population, cela représente 1 830 emplois pour 100 000 habitants, c’est moins qu’en province (2 280 pour 100 000). Au sein de cette sphère, les femmes sont largement majoritaires : elles occupent 78 % des emplois. D’une profession de santé à l’autre, le taux de féminisation est cependant très variable. Les femmes sont sur-représentées parmi les infirmiers hospitaliers et les aides-soignants : respectivement 86 % et 79 % du personnel. Dans une moindre mesure, elles sont majoritaires parmi les agents hospitaliers (68 % des effectifs) et les médecins hospitaliers (63 %).

Parmi les métiers de la première sphère, le salaire horaire des agents hospitaliers est le plus faible (11,9 euros en 2015). Ce niveau de salaire est équivalent pour les hommes et les femmes mais inférieur au salaire horaire moyen en Martinique (13,8 euros). Par comparaison, le SMIC horaire net est de 7,49 euros.. Le salaire horaire des infirmiers hospitaliers s’élève à 19,3 euros et celui des aides-soignants à 14,6 euros. Pour ces deux métiers, le salaire des femmes est inférieur à celui des hommes (respectivement 8 % et 9 %). Enfin, en lien avec un fort niveau de qualification, le salaire des médecins hospitaliers est bien plus élevé (35 euros).

Dans la première sphère, la durée annuelle effective de travail des salariés est proche pour les hommes et les femmes (1 563 heures). Le temps de travail des infirmiers hospitaliers et des aides soignants est particulièrement élevé (respectivement 1 614 heures et 1 602 heures). Par ailleurs, ces métiers sont exercés plus fréquemment dans le cadre d’horaires atypiques, comme des gardes. De plus, la charge mentale et la pression temporelle dues à l’afflux de patients sont des facteurs susceptibles de dégrader les conditions de travail à court terme (pour en savoir plus).

Plus de huit mille soignants hors hôpital au contact quotidien de personnes fragiles

En dehors de la sphère hospitalière, de nombreux travailleurs clés sont au contact quotidien de patients ou personnes fragiles. Ils regroupent d’une part, des professionnels de santé (médecins, sages-femmes, dentistes, masseurs-kinésithérapeutes…) et d’autre part, des personnes moins qualifiées mais prodiguant des soins à des personnes souvent âgées ou vulnérables (aides à domicile ou auxiliaires de vie) et sont classés dans la deuxième sphère.

Cette sphère emploie 8 330 actifs. Il s’agit essentiellement d’aides à domicile (5 050 emplois) et d’infirmiers libéraux (900). Comme dans la sphère hospitalière, les femmes sont sur-représentées. En particulier, 4 920 aides à domicile sont des femmes pour seulement 130 hommes. De même, les infirmiers libéraux regroupent 760 femmes pour 140 hommes. En revanche, la parité hommes femmes est respectée parmi les dentistes et parmi les médecins libéraux, les hommes (310) sont plus nombreux que les femmes (180).

Les aides à domicile, les plus faibles salaires

Métier très féminisé, le salaire horaire moyen des aides à domicile s’élève à seulement 8,5 euros. Leur niveau de salaire est le plus faible en fin de carrière, ce qui peut suggérer des évolutions de salaires très limitées dans ce métier (pour en savoir plus). Ainsi, 54 % des aides à domicile ont une perception particulièrement négative du niveau de leur rémunération selon l’enquête Condition Travail 2019, menée avant la crise sanitaire. Le faible nombre d’heures travaillées accentue la précarité : le temps de travail effectif des aides à domicile est nettement inférieur au temps plein (1 607 heures) avec seulement 910 heures par an. En effet, si la majorité des aides à domicile sont en contrat indéterminé (60 %) ; près d’un quart des aides à domicile ont un contrat de travail plus précaire : 11 % travaillent à l’acte ; 6 % en travail occasionnel ; 6 % en contrat aidé. De plus, 4 % d’entre elles n’ont pas de contrat. Par ailleurs, le salaire horaire moyen des masseurs-kinésithérapeutes et des pharmaciens est supérieur au salaire moyen en Martinique (respectivement 16,6 euros et 14,7 euros).

Hors de la santé, un risque élevé d’exposition pour 9 230 professionnels

Au-delà de ces deux sphères à dominante médicale ou paramédicale, d’autres professions ne peuvent pas suspendre leur activité, ni s’exercer à distance. Les titulaires sont souvent exposés aux contaminations dans leur activité quotidienne en raison de leurs contacts avec d’autres personnes. Ils sont par exemple bouchers, boulangers, chauffeurs de bus, agents de propreté, employés ou ouvriers alimentaires...

Cette troisième sphère regroupe 9 230 personnes, dont 3 110 caissiers ou vendeurs dans les commerces dits « essentiels ». Les trois autres principaux postes sont les agents de nettoyage (1 820 actifs), les techniciens essentiels comme les techniciens médicaux ou techniciens d’installation et de maintenance (760) et les employés ou ouvriers travaillant dans l’alimentaire (710). Par ailleurs, cette sphère regroupe également 650 boulangers, 360 éboueurs, 350 pompiers, 270 ambulanciers…

Ces métiers sont légèrement plus occupés par des femmes (4 810) que par des hommes (4 420). Néanmoins, il existe de fortes disparités selon les métiers. En particulier, la profession de caissier est souvent exercée par une femme (2 260 femmes pour 850 hommes). De même, les femmes sont sur-représentées parmi les agents de nettoyage (1380 femmes pour 440 hommes). La rémunération de ces deux métiers est particulièrement faible (8,9 euros pour les agents de nettoyage et 9,4 euros pour les caissiers). La durée annuelle effective de travail des salariés de cette troisième sphère est inférieure de 16 % pour les femmes (1 190 heures pour les femmes et 1 420 heures pour les hommes). Le temps de travail des femmes est moins important pour la plupart des métiers de cette sphère.

Près de 4 000 travailleurs clés moins directement exposés au virus

Environ 4 000 personnes travaillent dans la quatrième sphère, qui comprend notamment les livreurs (1 260), les forces de l’ordre (990 emplois) et les routiers (950). Dans l’exercice de leur métier, elles ne peuvent exercer à distance et rencontrent couramment des clients ou des collègues. Ces métiers regroupent une majorité d’hommes (3 220 hommes pour 740 femmes).

Les métiers de livreurs ou routiers sont occupés à plus de 95 % par des hommes qui sont également confrontés à des difficultés financières. Le salaire horaire moyen dans ces métiers est particulièrement faible : 10,7 euros. Le temps de travail annuel (1 500 heures) est proche pour les femmes et les hommes.

Pour les travailleurs clés, le risque d’exposition à un virus peut être accru lors des déplacements domicile-travail. Néanmoins, en Martinique, les transports en commun sont peu utilisés pour aller travailler (8 % contre 16 % en France en 2017)

Figure1Effectif et répartition des métiers-clés en Martinique

Effectif et répartition des métiers-clés en Martinique
Métier-clé par sphère Effectif Part des femmes (en%)
Sphère 1 - Métiers en contact avec des patients en milieu hospitalier
aide-soignant 2 044 79
infirmier hospitalier 2 547 86
médecin hospitalier 716 63
agent hospitalier 1 496 68
Sphère 1 6 803 78
Sphère 2 - Métiers en contact avec des patients hors du milieu hospitalier
infirmier libéral 901 84
médecin libéral 486 37
pharmacien 797 80
aide à domicile 5 046 97
dentiste 208 45
masseur-kinésithérapeute 742 71
sage-femme 152 95
Sphère 2 8 332 87
Sphère 3 - Métiers en contact fréquent avec des clients ou des collègues
ambulancier 271 22
personnel funéraire 33 0
boucher 81 6
charcutier 48 79
empl ouvr alimentaire froid 131 13
éboueur 355 13
taxi 69 8
boulanger 645 31
buraliste 148 56
caissier vendeur commerces essentiels 3 111 73
agent de nettoyage 1 815 76
pompier 352 12
personnel transport public 327 13
empl ouvr alimentaire autre 710 35
ouvrier industrie essentielle 103 11
surveillant prison 250 27
technicien essentiel 758 38
vétérinaire 24 47
Sphère 3 9 231 52
Sphère 4 - Métiers en contact occasionnel avec des clients ou des collègues
facteur 667 46
livreur 1 262 4
force de l'ordre 994 29
cuisinier structure 48 64
pompiste 40 37
routier 951 5
Sphère 4 3 962 19
Total 28 327 64
  • Source : recensement de la population de 2017, exploitation complémentaire
Publication rédigée par : Xavier Reif (Insee)

Pour comprendre

Le 16 mars 2020, la Martinique entrait dans son premier confinement, comme l’ensemble de la France. Il a été prolongé jusqu'au 11 mai. Si tout métier, toute activité professionnelle sont essentiels par leur existence même puisqu’ils répondent à un besoin, il en est qui s’avèrent indispensables en cas de crise sanitaire, technologique ou environnementale. Il s’agit des métiers de l’urgence ou de ceux qui permettent d’assurer les besoins vitaux du quotidien : santé, alimentation, transports et sécurité notamment. Lors du premier confinement correspondant à la première vague de l’épidémie de Covid-19, ces travailleurs ont assuré leurs fonctions en se rendant quotidiennement sur leur lieu de travail. Nous les dénommons ici travailleurs-clés.

La grille des professions-clés a été définie par l’Observatoire régional de la santé (ORS) Île-de-France en combinant la liste réglementaire établie par le ministère de la Santé sur les activités autorisées (arrêté ministériel du 15 mars 2020) et d’autres listes pragmatiques (guides de bonnes pratiques par métier, conseil de l’Institut national de recherche et de sécurité) éditées au mois de mars 2020. Cette liste de 35 métiers revêt inévitablement une part d’arbitraire comme toute classification, mais elle permet notamment de repérer les travailleurs qui ont été les plus concernés par ces activités de l’urgence et des besoins vitaux lors du premier confinement. Ces métiers sont majoritairement occupés par des femmes.

Sources

Les données sont celles du recensement de la population de l’Insee de 2017 (exploitation complémentaire) et les déclarations annuelles de données sociales de 2015.

Pour en savoir plus

Flamand J. Jolly C., Rey M., « Les métiers au temps du corona » ; France Stratégie, Avril 2020, n°88

Amosse T., Beatriz M., Erhel C., Koubi M., Mauroux A., " Quelles sont les conditions de travail et d'emploi des métiers de la "deuxième ligne" de la crise Covid ?" connaissance de l'emploi, n°169