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Insee Flash Hauts-de-France · Septembre 2021 · n° 128
Insee Flash Hauts-de-FranceUne industrie textile en repli, marquée par des activités spécifiques

Laure Crusson, Pascale Hennebert, Mathieu Lecomte, (Insee)

En 2015,11 800 salariés travaillent dans l’industrie textile au sein de l’espace frontalier. Ce secteur est plus présent en Flandre-Occidentale où il emploie 3 % des salariés. Dans le Nord et la province belge du Hainaut, plus de la moitié des établissements emploient dix salariés ou plus. L’activité de fabrication de non-tissés domine dans le département du Nord, tandis que la fabrication de tapis et moquette est surreprésentée dans la province de Flandre-Occidentale. Dans le Hainaut, c’est la préparation de fibres textiles et filature qui est très présente. Entre 2010 et 2015, l’industrie textile accuse un net recul de ses effectifs salariés de part et d’autre de la frontière.

Insee Flash Hauts-de-France
No 128
Paru le : Paru le 30/09/2021

Un poids encore marqué de l’industrie textile en Flandre-Occidentale

Dans le cadre du projet Interreg « Compétences sans frontières », trois secteurs stratégiques pour l’emploi transfrontalier ont été identifiés en raison notamment des difficultés de recrutement en Flandre-Occidentale. L’industrie textile est l’un d’entre eux (encadré).

En 2015, 11 800 salariés travaillent dans l’industrie textile au sein de l’espace frontalier franco-belge. Au sein de cet espace, le poids de ce secteur d’activité dans l’emploi salarié total est cinq fois plus élevé dans les zones situées en Flandre-Occidentale avec 3 % des salariés, soit 5 400 personnes contre respectivement 0,7 % (5 000 personnes) et 0,6 % (1 400 personnes) dans celles du Nord et du Hainaut (figure 1).

Figure 1Présence de l’industrie textile à la frontière belge

Présence de l’industrie textile à la frontière belge - Lecture : le textile représente 4,7 % des emplois salariés de l’arrondissement de Mouscron.
Arrondissement Part de l’industrie textile dans l’emploi salarié en 2015 (en %)
Roubaix - Tourcoing 2,2
Lille 0,3
Dunkerque 0,3
La Flandre - Lys 2,1
Douai 0,0
Valenciennes 0,0
Maubeuge 0,3
Ath 0,0
Mons 0,0
Mouscron 4,7
Thuin 0,1
Tournai 0,1
Ypres 1,3
Courtrai 4,3
Furnes 0,2
  • Lecture : le textile représente 4,7 % des emplois salariés de l’arrondissement de Mouscron.
  • Sources : ONSS et RSZPPO, Insee CLAP 2015, recensement 2016.

Figure 1Présence de l’industrie textile à la frontière belge

  • Lecture : le textile représente 4,7 % des emplois salariés de l’arrondissement de Mouscron.
  • Sources : ONSS et RSZPPO, Insee CLAP 2015, recensement 2016.

L’empreinte du textile dans l’emploi total est encore marquée dans les arrondissements de Mouscron et Courtrai : 4 % de l’emploi total, soit deux fois plus que dans les zones d’emploi de Roubaix-Tourcoing et Flandre-Lys situées dans le département du Nord.

Les emplois salariés de l’industrie textile sont très concentrés dans l’espace frontalier. Deux tiers d’entre eux sont situés dans l’arrondissement de Courtrai (4 900 salariés) et la zone d’emploi de Roubaix-Tourcoing (2 900 salariés). Ces territoires bénéficient de l’implantation des établissements BALTA, fabricant de tapis et moquettes et MACO, fabricant de produits à usage médical en intissé, employant à eux deux 20 % des salariés de l’industrie textile de l’espace frontalier. Dans le Hainaut, la quasi-totalité des emplois salariés de l’industrie textile se situe dans l’arrondissement de Mouscron.

Une majorité d’établissements de plus de dix salariés

L’industrie textile s’appuie sur un tissu de 390 établissements employeurs, répartis de part et d’autre de la frontière, principalement dans l’arrondissement de Courtrai et les zones d’emploi de Lille et Roubaix-Tourcoing.

Ce sont les établissements de dix salariés ou plus qui sont majoritairement représentés dans les parties frontalières de la province du Hainaut et du département du Nord (figure 2). La Flandre-Occidentale se distingue par une présence plus marquée de petits établissements comptant moins de cinq salariés.

Figure 2Répartition par taille des établissements de l’industrie textile dans les zones frontalières

Répartition par taille des établissements de l’industrie textile dans les zones frontalières - Lecture : 29 % des établissements de l’industrie textile ont entre 1 et 4 salariés dans les zones frontalières du Nord.
Zone frontalière Part des établissements de 1 à 4 salariés (en %) Part des établissements de 5 à 9 salariés (en %) Part des établissements de 10 à 99 salariés (en %) Part des établissements de 100 salariés et plus (en %) Ensemble
Département du Nord 29 19 48 5 100
Province du Hainaut 29 13 51 7 100
Province de Flandre-Occidentale 38 17 37 7 100
  • Lecture : 29 % des établissements de l’industrie textile ont entre 1 et 4 salariés dans les zones frontalières du Nord.
  • Sources : ONSS, RSZPPO, Insee CLAP 2015.

Figure 2Répartition par taille des établissements de l’industrie textile dans les zones frontalières

  • Lecture : 29 % des établissements de l’industrie textile ont entre 1 et 4 salariés dans les zones frontalières du Nord.
  • Sources : ONSS, RSZPPO, Insee CLAP 2015.

Une baisse conséquente des emplois du secteur des deux côtés de la frontière

Entre 2010 et 2015, l’industrie textile perd des emplois de part et d’autre de la frontière. Côté français, ce sont 1 600 postes qui disparaissent, soit un quart des emplois salariés du secteur. La zone d’emploi de Roubaix-Tourcoing est particulièrement touchée (– 1 100). D’autres zones d’emploi enregistrent également des baisses : Lille (– 290) et Dunkerque (– 190). Du côté belge, 1 400 postes ont été fermés en Flandre-Occidentale au cours de la période dont 1 100 postes dans l’arrondissement de Courtrai. Dans le Hainaut, où l’industrie textile est peu présente, l’emploi reste stable.

Malgré la baisse des effectifs, le secteur textile affiche un nombre élevé de postes vacants dans les arrondissements frontaliers de Flandre-Occidentale (700 postes). Cette vacance traduit une relative tension entre offre et demande d’emploi dont l’origine s’explique en partie par une montée en compétences des postes aujourd’hui offerts dans ces territoires.

Des activités spécifiques dominent dans chaque territoire

À l’échelle de l’ensemble du département du Nord, la fabrication de non-tissé occupe un salarié sur quatre de l’industrie textile, notamment grâce à l’implantation des établissements MACO dans la zone d’emploi de Roubaix-Tourcoing.

De l’autre côté de la frontière, la fabrication de tapis et moquette est prépondérante dans la province de Flandre-Occidentale, en particulier dans l’arrondissement de Courtrai où est implanté l’établissement BALTA. Cette activité concentre à elle seule la moitié des emplois dans le textile de la province, soit 5 000 postes.

Dans la province du Hainaut, l’activité de préparation de fibres textiles et filature emploie 35 % des salariés de l’industrie textile, essentiellement dans l’arrondissement de Mouscron qui bénéficie de l’implantation d’Ideal Fibres et Fabrics Comines.

Entre 2010 et 2015, l’activité de tissage se replie de part et autre de la frontière franco-belge. Ce repli s’accompagne par la perte de 1 300 postes. Les baisses varient de – 30 % dans le département du Nord et la province de Flandre-Occidentale à – 40 % dans celle du Hainaut. L’ennoblissement textile souffre également. Les effectifs salariés reculent de 30 % dans l’ensemble des trois territoires, soit une perte de 400 postes. En Flandre-Occidentale, la moitié des emplois dans la fabrication de tapis et moquette disparaissent. Cette activité demeure cependant celle qui emploie dans cette province le plus grand nombre de salariés de l’industrie textile. Quelques activités ont malgré tout connu une embellie entre 2010 et 2015. C’est le cas de la préparation de fibres textiles et filature qui a créé 130 emplois salariés dans le Hainaut (+ 36 %) et de la fabrication d’autres textiles technique et industriel en Flandre-Occidentale avec 60 salariés supplémentaires (+ 11 %).

Encadré - « Compétences sans frontières » 

L’espace frontalier franco-belge dessine un marché de travail contrasté. En Flandre-Occidentale, le chômage est faible (4 %) tandis que la population active plus vieillissante fait apparaître des besoins de main-d’œuvre plus marqués. À l’opposé, de part et d’autre de la frontière dans le Nord et le Hainaut, plus d’un actif sur dix est au chômage et la population active y est plus jeune. Ce contraste ne s’accompagne pas pour autant par un développement du nombre de travailleurs transfrontaliers. Ce dernier reste ainsi stable au cours de la période récente.

Face à ce constat, le projet européen « Compétences sans frontières » a pour objectif d’améliorer l’adéquation entre l’offre et la demande d’emploi. Son action se concentre sur trois secteurs jugés à enjeux, en raison du nombre de postes vacants et de leurs poids économique : l’industrie agroalimentaire, celle du textile et la construction. Le volet statistique du projet décrit ces trois secteurs pour alimenter des politiques ciblées.

Publication rédigée par : Laure Crusson, Pascale Hennebert, Mathieu Lecomte, (Insee)

Définitions

Espace frontalier franco-belge : l’étude se concentre ici sur les zones d’emploi françaises du département du Nord et les arrondissements belges des provinces de Flandre-Occidentale et du Hainaut jouxtant la frontière franco-belge (figure 1). Seule la dernière partie consacrée à l’analyse des secteurs d’activité est réalisée sur un niveau géographique agrégé, ensemble du département du Nord coté français, et des provinces de Flandre-Occidentale et du Hainaut côté belge.

Industrie textile : il s’agit dans cette étude de la division 13 de la nomenclature NAF rév. 2 : « fabrication de textiles».

Pour en savoir plus

Rapport interreg "Compétences sans frontières" sur l’industrie agroalimentaire à paraître.

« Une baisse des actifs plus marquée en Belgique d’ici 2030  », Insee Analyses Hauts-de-France n° 108, février 2020.

« En 15 ans, l’économie régionale se tertiarise, tout en maintenant des spécificités industrielles », Insee Analyses Hauts-de-France n° 85, octobre 2018.