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Insee Analyses Normandie · Juin 2021 · n° 93
Insee Analyses NormandiePays du Bocage OrnaisUn territoire relativement autonome

Anne-Sarah Horvais, Thibaut Louza, Martial Maillard (Insee)

Depuis 40 ans, le Pays du Bocage Ornais est confronté à une érosion démographique, qui résulte d’une faible attractivité pour les jeunes actifs, mais aussi, depuis 2012, d’un surcroît des décès sur les naissances. Depuis le milieu des années 1970, l’emploi baisse sur le territoire et a pu contribuer à cette perte démographique, notamment par le départ de jeunes actifs et la diminution du nombre de femmes en âge d’avoir des enfants que celui-ci a généré. Cette baisse de l’emploi a atteint 8 % entre 2007 et 2017, une période marquée par la crise économique de 2008-2010.

Parallèlement certains services se raréfient dans ce territoire, tels les médecins et les commerces alimentaires.

Les actifs en emploi résidant dans le Pays du Bocage travaillent majoritairement sur place (81 %). Ainsi, 72 % des salaires des résidents proviennent des établissements implantés dans ce territoire, une proportion qui traduit sa relative autonomie en matière de revenus salariaux.

Insee Analyses Normandie
No 93
Paru le : Paru le 29/06/2021

Situé à l’ouest du département de l’Orne et constitué de quatre Établissements Publics de Coopération Intercommunale (EPCI), le Pays du Bocage Ornais est un territoire essentiellement rural de près de 90 000 habitants en 2017, dont 15 800 à Flers. La Communauté d’agglomération (CA) Flers Agglo est la partie la plus densément peuplée du territoire, conséquence logique de la présence des pôles urbains de Flers et de La Ferté Macé, alors que la Communauté de communes (CC) Domfront Tinchebray Interco et la CC Andaine - Passais le sont deux fois moins. La CC du Val d’Orne, ainsi que la partie sud-ouest du territoire, sont quant à elles très peu densément peuplées, à l’instar des territoires limitrophes (figure 1).

Figure 1Densité de population en 2017 et évolution de la population 2007-2017 par commune

Densité de population en 2017 et évolution de la population 2007-2017 par commune
Code Commune Libellé de la commune Densité (hab/km²) Population en 2007 Population en 2017 Évolution du nombre d’habitants entre 2007 et 2017 Taux de croissance annuel moyen de la population entre 2007 et 2017 (en %)
61007 Athis-Val de Rouvre 55,5 4 298 4 256 -42 -0,1
61011 Aubusson 110,5 399 431 32 0,8
61021 Avrilly 19,5 123 107 -16 -1,4
61024 Banvou 47,4 601 615 14 0,2
61028 Bazoches-au-Houlme 16,3 412 468 56 1,3
61030 La Bazoque 102,3 239 265 26 1,0
61040 Bellou-en-Houlme 28,8 1 063 1 117 54 0,5
61044 Berjou 52,3 475 461 -14 -0,3
61063 Briouze 89,4 1 600 1 534 -66 -0,4
61069 Cahan 30,8 203 181 -22 -1,1
61070 Caligny 55,2 847 827 -20 -0,2
61075 Ceaucé 28,5 1 206 1 182 -24 -0,2
61078 Cerisy-Belle-Étoile 54 748 724 -24 -0,3
61084 Champcerie 17,9 125 160 35 2,5
61091 Champsecret 20 1 032 895 -137 -1,4
61093 Chanu 80 1 276 1 257 -19 -0,2
61094 La Chapelle-au-Moine 110,3 606 587 -19 -0,3
61095 La Chapelle-Biche 84,3 486 527 41 0,8
61096 Rives d'Andaine 82,2 3 111 3 054 -57 -0,2
61102 Le Châtellier 50,2 380 411 31 0,8
61124 La Coulonche 34,4 505 493 -12 -0,3
61137 Craménil 18,3 163 148 -15 -1,0
61145 Domfront en Poiraie 64,8 4 761 4 243 -518 -1,2
61146 Dompierre 47,4 335 406 71 2,0
61148 Durcet 32,7 240 312 72 2,7
61149 Échalou 69,6 344 389 45 1,2
61158 Faverolles 13,8 148 146 -2 -0,1
61163 La Ferrière-aux-Étangs 138,9 1 576 1 518 -58 -0,4
61168 La Ferté Macé 164,4 6 215 5 237 -978 -1,7
61169 Flers 696,6 15 808 14 734 -1 074 -0,7
61189 Giel-Courteilles 34,2 506 430 -76 -1,6
61195 Le Grais 16,1 197 197 0 0,0
61199 Habloville 27,6 315 323 8 0,2
61211 Juvigny Val d'Andaine 27,5 2 280 2 193 -87 -0,4
61218 La Lande-Patry 271,4 1 779 1 791 13 0,1
61219 La Lande-Saint-Siméon 28,3 141 151 11 0,7
61221 Landigou 82,1 485 440 -45 -1,0
61222 Landisacq 68,7 753 749 -4 -0,1
61227 Lignou 19,7 137 150 13 0,9
61232 Lonlay-l'Abbaye 21,1 1 201 1 128 -73 -0,6
61233 Lonlay-le-Tesson 17,9 245 222 -23 -1,0
61248 Mantilly 18,6 613 535 -78 -1,4
61260 Le Ménil-de-Briouze 26,3 512 562 50 0,9
61262 Le Ménil-Ciboult 19,2 117 121 5 0,4
61265 Ménil-Gondouin 18,8 174 172 -2 -0,1
61267 Ménil-Hermei 30,7 190 203 13 0,7
61269 Ménil-Hubert-sur-Orne 45,1 385 482 97 2,3
61273 Ménil-Vin 14,6 65 53 -12 -2,0
61278 Messei 144,4 1 937 1 908 -29 -0,2
61281 Moncy 32,4 228 251 23 1,0
61287 Montilly-sur-Noireau 65,6 760 724 -36 -0,5
61290 Montreuil-au-Houlme 17,1 120 134 14 1,1
61292 Montsecret-Clairefougère 47,8 678 665 -13 -0,2
61308 Neuvy-au-Houlme 13,3 233 208 -25 -1,1
61324 Passais Villages 28,1 1 245 1 191 -54 -0,4
61326 Perrou 68 396 295 -101 -2,9
61332 Pointel 43,9 384 330 -54 -1,5
61339 Putanges-le-Lac 28,4 2 177 2 181 4 0,0
61361 Saint-André-de-Briouze 14,7 182 179 -3 -0,2
61362 Saint-André-de-Messei 38,2 532 572 40 0,7
61369 Saint-Bômer-les-Forges 33,5 1 000 1 040 40 0,4
61370 Saint-Brice 33,4 152 153 1 0,1
61374 Saint-Christophe-de-Chaulieu 14,9 116 97 -19 -1,8
61376 Saint-Clair-de-Halouze 73,1 865 863 -2 0,0
61387 Saint-Fraimbault 18,9 622 539 -83 -1,4
61391 Saint-Georges-des-Groseillers 452,7 3 184 3 196 12 0,0
61401 Saint-Gilles-des-Marais 18,8 94 111 17 1,7
61402 Saint-Hilaire-de-Briouze 23 284 313 29 1,0
61407 Sainte-Honorine-la-Chardonne 50,3 691 725 34 0,5
61408 Sainte-Honorine-la-Guillaume 22,5 364 334 -30 -0,9
61421 Saint-Mars-d'Égrenne 27 723 677 -46 -0,7
61436 Sainte-Opportune 28,8 221 244 23 1,0
61443 Saint-Paul 85,4 648 680 32 0,5
61444 Saint-Philbert-sur-Orne 19,1 131 114 -17 -1,4
61445 Saint-Pierre-d'Entremont 111 699 687 -12 -0,2
61447 Saint-Pierre-du-Regard 152,9 1 252 1 422 170 1,3
61451 Saint-Quentin-les-Chardonnets 37,4 287 337 50 1,6
61452 Saint-Roch-sur-Égrenne 14,5 203 178 -25 -1,3
61459 Saires-la-Verrerie 38,7 287 305 18 0,6
61463 Les Monts d'Andaine 46,7 1 628 1 779 151 0,9
61466 La Selle-la-Forge 176,2 1 292 1 466 174 1,3
61482 Tessé-Froulay 74,2 375 389 14 0,4
61483 Bagnoles de l'Orne Normandie 171,5 2 858 2 693 -165 -0,6
61486 Tinchebray-Bocage 54,3 5 010 4 933 -77 -0,2
61487 Torchamp 20,1 282 295 13 0,4
61512 Les Yveteaux 17,8 120 103 -17 -1,5
  • Source : Insee, recensements de la population 2007 et 2017, exploitations principales.

Figure 1Densité de population en 2017 et évolution de la population 2007-2017 par commune

  • Source : Insee, recensements de la population 2007 et 2017, exploitations principales.

Depuis 2012, les naissances ne compensent plus les décès

Le territoire connaît une érosion démographique depuis 40 ans. Durant la seule décennie 2007-2017, la population a diminué de 2 800 habitants, soit une baisse de 3,0 %, contre une croissance de 6,5 % (figure 2) dans un ensemble de territoires comparables (encadré). Durant cette période, seule la population de la CC du Val d’Orne s’est maintenue et la perte fut également plus modérée dans la CA Flers Agglo (- 2,4 %). Cette dynamique négative dans le Pays du Bocage résulte, de longue date, de départs plus nombreux que les arrivées. Mais depuis 2012, les naissances, en diminution, ne compensent plus les décès. Comme dans nombre de territoires, le déficit migratoire du Pays du Bocage est principalement dû à des départs de jeunes, mais aussi, plus spécifiquement, à une attractivité insuffisante auprès des jeunes actifs. Plus globalement, ce territoire se singularise par une faible mobilité résidentielle de sa population au regard d’espaces comparables.

Figure 2Indicateurs sur les territoires

Indicateurs sur les territoires
CA Flers Agglo CC Domfront Tinchebray Interco CC Andaine – Passais CC du Val d’Orne Pays du Bocage Territoires de comparaison
Population en 2017 53 950 16 020 13 220 5 710 88 900 -
Évolution de la population 2007-2017, en % -2,4 -4,4 -5,0 -0,2 -3,0 +6,5
Densité de population en 2017, en habitants par km² 94,2 43,6 39,1 22,3 57,9 85,3
Emploi au lieu de travail en 2017 21 060 5 160 5 250 1 850 33 320 -
Évolution de l’emploi 2007-2017, en % -10,0 -11,3 -1,5 +1,7 -8,4 -0,5
Temps d’accès moyen aux équipements de la gamme de proximité en 2019, en minutes 2,9 3,7 3,8 6,7 3,4 2,7
Temps d’accès moyen aux équipements de la gamme intermédiaire en 2019, en minutes 5,8 8,9 10,9 13,3 7,6 6,7
Temps d’accès moyen aux équipements de la gamme supérieure en 2019, en minutes 14,4 20,0 23,7 21,5 17,3 14,4
Niveau de vie en 2017, en euros 19 430 19 260 19 320 19 230 19 380 20 540
  • Sources : Insee, Recensements de la population, exploitations principales, Base Permanente des Équipements 2019 ; Insee-DGFIP-Cnaf-Cnav-CCMSA, Fichier localisé social et fiscal (Filosofi) 2017.

Le repli démographique du territoire concerne principalement les villes, dont une partie des habitants émigre vers des communes périurbaines ou rurales, lesquelles bénéficient donc de ces arrivées et sont plutôt en croissance (figure 1). Parallèlement, la population vieillit, du fait à la fois d’une diminution de la population jeune, liée au repli des naissances, et d’une forte progression du nombre de seniors, conséquence de la progression de l’espérance de vie.

Si les tendances démographiques récentes se prolongeaient, le territoire pourrait de nouveau perdre 5 300 habitants d’ici à 2040, un rythme deux fois plus élevé que celui des 40 dernières années, et poursuivre son vieillissement. Pour maintenir la population à son niveau actuel, le territoire devrait accueillir 360 arrivants supplémentaires chaque année, sans en voir partir davantage qu’actuellement.

Un territoire qui reste industriel

L’économie locale offre 33 300 emplois en 2017, dont le quart dans l’industrie, un secteur plus présent que dans des territoires comparables (40 % de plus), et dominé par l’agro-alimentaire et la métallurgie. Avec 7 % des emplois, l’agriculture est largement orientée vers l’élevage bovin dans ce territoire où les prairies occupent 55 % de l’espace. En baisse depuis 1975, l’emploi avait connu une embellie au début des années 2000. Mais le territoire a été assez éprouvé par la crise économique et financière de 2008-2010, laquelle a provoqué une perte de 3 000 emplois entre 2007 et 2017 (- 8 %, contre une quasi-stabilité dans les territoires de comparaison). Ces pertes ont surtout touché la CA Flers Agglo et la CC Domfront Tinchebray Interco (figure 2), conséquence, entre autres, des suppressions de postes dans la fabrication de matériel de transport et la métallurgie, des activités qui ont davantage souffert qu’au niveau national. À l’inverse, l’emploi a beaucoup mieux résisté dans la CC Andaine - Passais qui a bénéficié de créations d’emplois dans les activités de transformation des viandes, très présentes localement, et il a légèrement progressé dans la CC du Val d’Orne. Même si les trajectoires récentes ont été plutôt négatives, l’emploi dans le Pays du Bocage s’est stabilisé à partir de 2015.

Pour autant, le repli de l’emploi ne s’est pas traduit par une croissance équivalente du chômage puisque la population active a, dans le même temps, nettement diminué (- 4,9 %), en raison du recul de la population en âge de travailler (- 8,2 % pour les 15 à 64 ans). La moitié des suppressions d’emplois a touché des activités industrielles, mais celles-ci ont aussi concerné la construction, le commerce et les services marchands, des activités économiques historiquement moins présentes dans ce territoire. Au cours de cette période, l’industrie agro-alimentaire et les services non marchands ont constitué les deux moteurs de l’emploi local, en particulier les activités de services aux personnes âgées, un secteur appelé à poursuivre son développement dans la perspective de l’arrivée aux âges seniors des générations du baby-boom.

Un marché local du travail relativement autonome

Dans ce contexte de repli de l’emploi, les résidents du Pays du Bocage travaillent très majoritairement au sein de ce territoire en 2017 (81 %). Cette proportion d’actifs stables est nettement supérieure à celle de chacun des territoires de comparaison (56 % en moyenne), et ce, pour chacune des catégories socioprofessionnelles et des tranches d’âge. Aussi, seuls 19 % des actifs en emploi résidant dans le Pays du Bocage travaillent à l’extérieur du territoire en 2017. De façon symétrique, seuls 18,5 % des emplois locaux sont occupés, en 2017, par des actifs résidant à l’extérieur du territoire, une part qui est, à nouveau, la moins élevée parmi les territoires de comparaison (28 % en moyenne).

Les principaux flux de déplacements domicile-travail sont des échanges tournés vers le nord du Pays du Bocage, avec la CC Intercom de la Vire au Noireau. En 2017, 1 800 actifs vont travailler dans cet EPCI alors que 1 300 effectuent le trajet inverse. Par ailleurs, 700 actifs se rendent aussi dans la CC Argentan Intercom et 600 dans la CU Caen la Mer.

Au-delà des échanges avec les territoires limitrophes, les navettes domicile-travail internes au Pays du Bocage sont nombreuses, les principaux flux ayant lieu entre la CA Flers Agglo et la CC Domfront Tinchebray Interco. En lien avec la concentration de l’appareil productif autour de Flers, le premier territoire attire 1 800 actifs résidant dans le second, et le flux inverse concerne 900 personnes. Les échanges sont également denses entre la CA Flers Agglo et la CC Andaine - Passais, notamment du fait de la proximité géographique de La Ferté Macé avec Rives d’Andaine et Bagnoles de l’Orne Normandie.

Le nombre de médecins et de commerces alimentaires diminue

Les temps d’accès aux différents équipements et services sont légèrement plus élevés dans le Pays du Bocage que dans les territoires de comparaison, et sont contrastés selon les parties du territoire étudié (figure 2). Cette accessibilité est en effet plutôt aisée dans la CA Flers Agglo, la ville de Flers offrant la plupart des services habituellement présents dans les grands pôles urbains. Mais dans certaines parties rurales du territoire, les temps d’accès à ces services sont à l’inverse plus importants, y compris pour les commerces et services de proximité dans la CC du Val d’Orne, la partie la moins dense du territoire. Sur l’ensemble du territoire étudié, le nombre de médecins libéraux, généralistes comme spécialistes, a diminué entre 2014 et 2019. Mais parallèlement, celui des professionnels paramédicaux a progressé, notamment les infirmiers, une réponse aux besoins du Pays du Bocage qui compte un habitant sur huit de plus de 75 ans. Sur la même période, les équipements commerciaux se développent, essentiellement grâce à l’expansion des activités liées à l’automobile et aux soins esthétiques alors que tous les autres secteurs du commerce connaissent des difficultés, à l’image des magasins alimentaires qui tendent à disparaître dans les petites communes. En effet, un tiers des communes ne possède pas ou plus de commerce alimentaire en 2019.

Un niveau de vie moins élevé, conséquence de salaires inférieurs et d’une part importante des pensions de retraites dans le revenu des ménages

En 2017, le niveau de vie médian des habitants du Pays du Bocage s’élève à 19 380 euros, un niveau homogène entre les quatre EPCI, mais inférieur de 1 160 euros à celui du référentiel de comparaison (figure 2). Cet écart provient d’un moindre poids des revenus salariaux dans le revenu disponible des ménages sur le territoire du Pays du Bocage alors que le poids des pensions de retraite y est supérieur. En 2017, les salaires apportent 54 % du revenu dans le Pays du Bocage, six points de moins que dans le référentiel. Cet écart est dû en premier lieu à des différences dans le poids des catégories socioprofessionnelles des actifs puisque les ouvriers sont plus présents dans le Pays du Bocage que dans le référentiel (32 % contre 26 % en 2017), au détriment des cadres et professions intermédiaires, et en second lieu au fait que les rémunérations sont comparativement moins élevées dans ce territoire pour la plupart des catégories socioprofessionnelles que dans les territoires similaires.

Par ailleurs, la part des pensions de retraites dans le revenu disponible des ménages atteint 36 %, soit quatre points de plus que dans le référentiel, une conséquence du vieillissement de la population et de la plus forte part des retraités dans le Pays du Bocage. Les retraités représentent en effet, en 2017, 37 % de la population des 15 ans ou plus, six points de plus que dans les territoires de comparaison. Les prestations sociales apportent 6 % du revenu disponible des ménages, comme dans les territoires de comparaison.

72 % des salaires des résidents du Pays du Bocage sont versés par des établissements de ce territoire

Sur les 606 millions d’euros de salaires versés aux résidents du Pays du Bocage en 2017, 434 millions proviennent des établissements du territoire (figure 3) et 172 millions d‘établissements situés à l’extérieur. Ces 172 millions d’euros de salaires captés représentent 28 % des salaires versés aux ménages de ce territoire. Ainsi, 72 % des salaires des résidents du Pays du Bocage sont gagnés sur place, une proportion supérieure de 32 points à celle des territoires de comparaison, et qui traduit son autonomie en matière de revenus.

À l’inverse, parmi les 589 millions d’euros de salaires versés la même année par des employeurs du Pays du Bocage, un montant de 155 millions sort de ce territoire en étant versé à des salariés résidant à l’extérieur. Ces salaires évadés correspondent à 26 % du total des salaires versés par des établissements locaux.

Par le jeu des déplacements domicile-travail, le Pays du Bocage reçoit par conséquent davantage de masse salariale qu’il n’en perd, avec un solde excédentaire de 17 millions d’euros en 2017.

Figure 3Les différents concepts de masse salariale : l’exemple du Pays du Bocage

  • Source : Insee, Déclarations sociales nominatives (DSN) 2017.

La répartition de la masse salariale dans les EPCI est très variable (figure 4). Ainsi, dans la CA Flers Agglo, 65 % des salaires des résidents sont gagnés à l’intérieur de cet EPCI, conséquence logique de l’implantation sur ce territoire des deux principaux pôles d’emplois du Pays du Bocage, à savoir Flers et La Ferté Macé.

Figure 4Répartition de la masse salariale des résidents des EPCI du Pays du Bocage par lieu de travail en 2017

Répartition de la masse salariale des résidents des EPCI du Pays du Bocage par lieu de travail en 2017
Lieu de travail
CA Flers Agglo CC Andaine Passais CC Domfront Tinchebray Interco CC du Val d’Orne Hors Pays du Bocage Ornais Masse salariale totale au lieu de résidence (%) Masse salariale totale au lieu de résidence (k€)
Lieu de résidence CA Flers Agglo 65 4 4 1 26 100 383 040
CC Andaine Passais 18 46 8 0 28 100 75 690
CC Domfront Tinchebray 35 6 30 0 29 100 110 080
CC du Val d’Orne 18 1 1 26 54 100 36 660
Masse salariale totale au lieu de travail (k€) 409 130 79 840 72 600 27 090 /// /// ///
  • Source : Insee, Déclarations sociales nominatives (DSN) 2017.

À l’inverse, chacun des trois autres EPCI reste très dépendant de revenus captés à l’extérieur de son territoire, avec moins de la moitié des salaires des résidents versés par des établissements locaux. Cette proportion est de 46 % dans la CC Andaine - Passais. Dans la CC Domfront Tinchebray Interco, seuls 30 % des salaires des résidents sont gagnés localement. Enfin, seuls 26 % des salaires des résidents de la CC du Val d’Orne sont versés par des établissements de ce territoire.

Dans chacune des trois communautés de communes du Pays du Bocage, plus de la moitié des masses salariales versées par des employeurs locaux sortent ainsi de chacun de ces territoires.

Encadré - Un référentiel de comparaison

Pour discerner de réelles singularités de ce territoire, le Pays du Bocage Ornais a été comparé à un ensemble d’espaces présentant les mêmes caractères structurants : EPCI, Pôles d’Équilibre Territorial et Rural (PETR) ou Pays de types « mixtes » ou « bourgs et petites villes », peuplés d’au moins 50 000 habitants, dont la ville-centre compte entre 10 000 et 20 000 habitants hors préfectures et sous-préfectures. Ces critères aboutissent à un référentiel de 18 territoires (Voir Insee Dossier Normandie n° 18, page 6).

Publication rédigée par : Anne-Sarah Horvais, Thibaut Louza, Martial Maillard (Insee)

Définitions

Un actif stable au sein d’un territoire est une personne qui réside et travaille au sein de ce même territoire. À l’inverse, un entrant travaille dans ce territoire sans y résider, un sortant y réside et travaille à l’extérieur.

Le niveau de vie d’un ménage est égal à son revenu disponible divisé par le nombre d'unités de consommation (UC) de ce ménage. Le niveau de vie est donc le même pour tous les individus d'un même ménage. Les unités de consommation sont généralement calculées selon l'échelle d'équivalence dite de l'OCDE modifiée qui attribue 1 UC au premier adulte du ménage, 0,5 UC aux autres personnes de 14 ans ou plus et 0,3 UC aux enfants de moins de 14 ans.

Les salaires versés par les établissements locaux correspondent à la masse salariale au lieu de travail. Les salaires détenus par les résidents correspondent à la masse salariale au lieu de résidence. Les salaires des actifs résidant dans la zone et travaillant à l'extérieur sont considérés comme des salaires captés. Les salaires des actifs travaillant dans la zone et résidant à l'extérieur sont considérés comme des salaires évadés. Le solde entre salaires captés et salaires évadés permet d'évaluer si la zone est ou non bénéficiaire en matière de flux salariaux avec l'extérieur.

La Base Permanente des Équipements (BPE) rassemble des données sur les points d’accès aux  équipements et aux services destinés à la population.Ceux-ci se répartissent en trois gammes d’équipements :

  • la gamme de proximité, qui comprend les services les plus utilisés par la population comme les boulangeries, médecins généralistes ou écoles élémentaires (28 équipements),
  • la gamme intermédiaire, avec des services moins accessibles aux territoires plus ruraux, comme les collèges, banques ou stations services (36 équipements),
  • la gamme supérieure, qui comprend notamment les médecins spécialistes, hypermarchés ou établissements de santéplutôt présents dans les grandes agglomérations (47 équipements).

Pour en savoir plus

Bentabet M., Bigot I., De Biasi K., Fichot C., Mura B., Moisan M., Mounchit N., Silvestre É., Sueur C., « Les établissements publics de coopération intercommunale normands au premier janvier 2017 », Insee Dossier Normandie n° 5, avril 2017.

Brunet L., Bigot I., Boniou C., Charles A., Dardaillon B., Follin J., Le Graët A., Letournel J., Louza T., Moisan M., Mounchit N., Mura B., Poupet C., « La Normandie et ses territoires », Insee Dossier Normandie n° 11, mai 2018.

Horvais A-S., Louza T., Maillard M., « Diagnostic démographique et économique du Pays du Bocage Ornais », Insee Dossier Normandie n° 18, juin 2021.