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Insee Focus · Mai 2021 · n° 234
Insee FocusImpact du premier confinement sur les sociétés : l’Île-de-France plus affectée que les autres territoires

Catherine Souquet (Insee)

Tous les territoires ont été lourdement affectés par le premier confinement lié à l’épidémie de la Covid-19 au printemps 2020 : chute inédite du chiffre d’affaires, suspension d’activité pour un tiers des sociétés pendant deux mois, baisse générale de la demande française et étrangère, difficultés logistiques et d’approvisionnement, recours massif au chômage partiel.

L’Île-de-France se singularise : le recul de l’activité y est supérieur (– 19 % contre – 15 % dans le reste de la France), les sociétés y sont restées fermées plus longtemps (+ 10 jours en moyenne), la mise en veille des échanges internationaux y a été plus sensible et le recours au télétravail s’y est davantage répandu (24 % contre 12 %).

Insee Focus
No 234
Paru le : Paru le 11/05/2021

L’Île-de-France, territoire le plus affecté par le recul de l’activité au 1ᵉʳ semestre 2020

Le premier confinement (17 mars – 11 mai 2020) a provoqué un recul historique de l’activité et une chute inédite du chiffre d’affaires des sociétés (– 16 % au 1ᵉʳ semestre 2020 par rapport à la même période de 2019). Tous les grands secteurs d’activité et tous les territoires ont été affectés (figure 1).

Figure 1 – Évolution du chiffre d’affaires au 1ᵉʳ semestre 2020 par rapport au 1ᵉʳ semestre 2019

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Figure 1 – Évolution du chiffre d’affaires au 1ᵉʳ semestre 2020 par rapport au 1ᵉʳ semestre 2019 (en %) - Lecture : le chiffre d’affaires de l’industrie a baissé de 16 % en France au 1ᵉʳ semestre 2020 par rapport au 1ᵉʳ semestre 2019.
Ouest Sud-Est Sud-Ouest Île-de-France Nord-et-Est France
Industrie – 15,5 – 14,8 – 14,2 – 18,6 – 16,4 – 15,6
Construction – 15,5 – 15,4 – 17,9 – 19,1 – 19,9 – 17,5
Commerce – 9,3 – 12,1 – 10,3 – 14,0 – 11,2 – 11,4
Transports – 14,6 – 16,7 – 18,4 – 22,6 – 16,7 – 17,7
Services – 20,5 – 20,2 – 20,3 – 21,3 – 21,7 – 20,8
Ensemble – 14,8 – 15,9 – 15,4 – 18,8 – 16,7 – 16,4
  • Lecture : le chiffre d’affaires de l’industrie a baissé de 16 % en France au 1ᵉʳ semestre 2020 par rapport au 1ᵉʳ semestre 2019.
  • Champ : France, sociétés de 10 salariés ou plus ; sauf pour le commerce de détail, sociétés de 5 salariés ou plus.
  • Source : Insee, enquête Impact de la crise sanitaire sur l’activité et l’organisation des sociétés 2020.

L’Île-de-France est le territoire le plus touché par la baisse de l’activité (– 19 % contre – 15 % dans le reste de la France), tant pour les petites sociétés de 10 à 49 salariés (– 20 % contre – 17 %) que pour les plus grandes de 250 salariés ou plus (– 16 % contre – 14 %). 38 % des sociétés franciliennes enregistrent une perte de chiffre d’affaires supérieure à 50 % (contre 33 % des sociétés dans le reste de la France) et, réciproquement, un peu moins de 6 % ont vu leur activité se développer (contre 8 %). L’industrie francilienne a particulièrement pâti des difficultés rencontrées par les filières automobile et aéronautique, et de la baisse des exportations à la suite des fermetures des frontières ; son chiffre d’affaires a chuté de 19 % au 1ᵉʳ semestre 2020 (– 15 % dans les autres territoires). De même, les transports ont souffert de la moindre demande de transports collectifs (notamment souterrains) et de l’effondrement du trafic aérien international (– 23 % contre – 16 %). Quant aux services aux entreprises, un des points forts de la région, ils suivent le reflux national (– 13 %).

Les activités touristiques ont fortement régressé partout (de – 37 % dans l’hébergement et – 33 % dans la restauration pour le Sud-Ouest à – 55 % et – 39 % en Île-de-France). L’Île-de-France est à nouveau la plus affectée, car la défection des touristes étrangers et d’affaires la pénalise davantage que les autres territoires.

L’Ouest a un peu mieux résisté (– 15 % de chiffre d’affaires tous secteurs confondus), du fait d’un moindre recul de l’activité dans la construction et les transports ainsi que dans le commerce. Il en va de même pour le Sud-Ouest (– 15 % également), qui bénéficie d’une spécialisation relative dans les activités commerciales, moins affectées par le confinement.

La reprise a été également plus timide en Île-de-France : en septembre 2020, avant le deuxième confinement, les entreprises franciliennes envisageaient une diminution de leur activité au second semestre de 14 %, contre 9 % dans le reste du pays.

Des fermetures de sociétés d’une ampleur comparable dans toutes les zones

Lors du premier confinement, 34 % des sociétés de 10 salariés ou plus ont suspendu leur activité, un peu moins en Île-de-France (32 %), un peu plus dans l’Ouest et le Nord-et-Est (36 %) (figure 2). Si ce taux varie fortement d’un secteur à l’autre (20 % dans les transports contre 52 % dans la construction), il est en revanche assez stable pour une même activité dans l’ensemble des territoires.

Dans les deux tiers des cas, cette suspension fait suite à une décision ou une recommandation administrative. L’arrêt par décision administrative affecte quasiment à l’identique tous les territoires, le taux est un peu plus élevé dans le Sud-Ouest (24 % contre 22 % pour l’ensemble de la France) du fait d’une plus forte implantation des commerces de détail « non essentiels » obligés de fermer durant cette période.

Le manque de personnel, les défauts d’approvisionnement ou de débouchés ont moins perturbé le fonctionnement des entreprises. En Île-de-France, les problèmes d’approvisionnement ont deux fois moins souvent causé des fermetures que dans les autres territoires. En effet, l‘industrie et le bâtiment-travaux publics (BTP), plus sensibles à ces questions que les autres activités, y sont relativement moins répandus.

Figure 2 – Activité des sociétés pendant le premier confinement

en %
Figure 2 – Activité des sociétés pendant le premier confinement (en %) - Lecture : 66 % des sociétés implantées en France ont maintenu leur activité pendant le premier confinement.
Ouest Sud-Est Sud-Ouest Île-de-France Nord-et-Est France
Maintien total de l’activité 64,5 67,4 64,6 67,9 64,4 66,0
Arrêt
Par décision administrative 22,6 20,9 23,6 21,8 22,8 22,3
Par manque de personnel 0,6 0,5 0,7 0,5 0,5 0,5
Pour problèmes d’approvisionnement 3,8 2,5 2,9 1,6 2,8 2,6
Pour problèmes de débouchés 2,4 2,0 2,0 2,6 2,7 2,3
Alternance de périodes d’ouverture et de fermeture 6,1 6,7 6,2 5,6 6,8 6,3
  • Lecture : 66 % des sociétés implantées en France ont maintenu leur activité pendant le premier confinement.
  • Champ : France, sociétés de 10 salariés ou plus ; sauf pour le commerce de détail, sociétés de 5 salariés ou plus.
  • Source : Insee, enquête Impact de la crise sanitaire sur l’activité et l’organisation des sociétés 2020.

Figure 2 – Activité des sociétés pendant le premier confinement

  • Lecture : 66 % des sociétés implantées en France ont maintenu leur activité pendant le premier confinement.
  • Champ : France, sociétés de 10 salariés ou plus ; sauf pour le commerce de détail, sociétés de 5 salariés ou plus.
  • Source : Insee, enquête Impact de la crise sanitaire sur l’activité et l’organisation des sociétés 2020.

Des fermetures plus longues en Île-de-France

En France, les sociétés ayant suspendu leur activité ont fermé en moyenne pendant 58 jours. Les fermetures ont duré plus longtemps dans les services (74 jours) et, à l’inverse, moins longtemps dans l’industrie (41 jours) et la construction (43 jours) (figure 3).

Cette durée ne diffère guère d’un territoire à l’autre, sauf en Île-de-France où elle est la plus longue, quel que soit le secteur d’activité, à l’exception des transports. La région parisienne a notamment été pénalisée par le poids, plus important qu’ailleurs, d’activités soumises à des restrictions prolongées : restauration (la réouverture complète des établissements n’a eu lieu qu’à la mi-juin), arts et spectacles dont production audiovisuelle. Avec également l’absence de visiteurs étrangers, les lieux d’hébergement sont restés clos faute de clientèle, et l’événementiel et le commerce de luxe, fortement tributaires des touristes asiatiques et américains, ont souffert.

Figure 3 – Nombre moyen de jours de fermeture par secteur d’activité

nombre de jours
Figure 3 – Nombre moyen de jours de fermeture par secteur d’activité (nombre de jours) - Lecture : dans l’industrie, les sociétés ont fermé en moyenne 41 jours pendant le premier confinement.
Ouest Sud-Est Sud-Ouest Île-de-France Nord-et-Est France
Industrie 40 37 39 49 41 41
Construction 38 42 42 54 43 43
Commerce 54 55 53 59 54 55
Transports 66 61 55 58 68 61
Services 67 75 69 85 70 74
Ensemble 53 58 54 68 55 58
  • Lecture : dans l’industrie, les sociétés ont fermé en moyenne 41 jours pendant le premier confinement.
  • Champ : France, sociétés de 10 salariés ou plus ayant connu au moins un jour de fermeture du fait de la Covid-19 ; sauf pour le commerce de détail, sociétés de 5 salariés ou plus.
  • Source : Insee, enquête Impact de la crise sanitaire sur l’activité et l’organisation des sociétés 2020.

La baisse de la demande a affecté tous les territoires

D’autres facteurs que les restrictions d’accueil du public ont eu un impact direct sur l’activité. Dans tous les territoires, les sociétés ont subi en premier lieu une baisse de la demande nationale (65 % des entreprises), puis des difficultés liées à l’organisation de la production (figure 4). En revanche, peu de sociétés ont souffert d’un manque de disponibilité de la main-d’œuvre, en France comme à l’étranger.

Les spécialisations sectorielles induisent de faibles écarts entre les territoires. Ainsi, dans l’Ouest et le Nord-et-Est, plus industriels, et le Sud-Ouest plus orienté vers le commerce, les difficultés d’approvisionnement et de logistique ressortent davantage, tandis qu’en l’Île-de-France, plus ouverte à l’international, la baisse de la demande étrangère et la fermeture des frontières affectent davantage les sociétés.

Figure 4 – Principaux facteurs ayant impacté l’activité des sociétés lors du premier confinement

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Figure 4 – Principaux facteurs ayant impacté l’activité des sociétés lors du premier confinement (en %) - Lecture : dans l’Ouest, 24 % des sociétés ont rencontré un problème de disponibilité de la main-d’œuvre en France.
Ouest Sud-Est Sud-Ouest Île-de-France Nord-et-Est France
Disponibilité de la main-d’œuvre en France 23,8 23,2 21,6 18,5 23,2 22,0
Disponibilité de la main-d’œuvre à l’étranger 2,7 3,8 3,2 4,6 3,2 3,5
Demande en France 62,9 65,8 60,0 70,4 66,9 65,4
Demande à l’étranger 13,6 17,4 12,5 19,2 17,8 16,2
Fermeture des frontières 22,2 29,3 26,1 31,3 27,6 27,5
Difficultés d’approvisionnement 60,1 58,4 60,9 49,0 62,3 57,8
Difficultés financières 34,6 41,3 40,6 45,7 37,8 40,3
Difficultés logistiques 49,2 49,6 51,9 44,1 51,2 49,0
  • Lecture : dans l’Ouest, 24 % des sociétés ont rencontré un problème de disponibilité de la main-d’œuvre en France.
  • Champ : France, sociétés de 10 salariés ou plus ; sauf pour le commerce de détail, sociétés de 5 salariés ou plus.
  • Source : Insee, enquête Impact de la crise sanitaire sur l’activité et l’organisation des sociétés 2020.

Un quart des salariés franciliens en télétravail en mars 2020

Au début du confinement (deuxième quinzaine de mars 2020), les entreprises ont privilégié le recours au chômage partiel dans des proportions presque identiques dans tous les territoires (de 43 % des salariés dans le Sud-Est à 45 % dans le Nord-et-Est) (figure 5).

En revanche, seules les entreprises d’Île-de-France ont privilégié le télétravail (24 % des salariés contre 14 % en moyenne en France) au travail sur site (22 % contre 29 %). Cette spécificité ne s’explique pas uniquement par le poids, dans l’économie francilienne, des services aux entreprises plus facilement exercés à distance. En effet, les sociétés implantées en région parisienne recourent au télétravail plus fréquemment que dans le reste de la France, quelle que soit leur activité : industrie (16 % contre 10 %), construction (9 % contre 7 %), commerce (13 % au lieu de 7 %). Peut-être pour des raisons de mobilité, cette organisation du travail émanant des services paraît s’être diffusée en Île-de-France dans l’ensemble de l’économie. Ailleurs, les sociétés ont nettement privilégié le travail sur site (31 % contre 12 % pour le télétravail), sauf dans les services, mais de peu (19 % contre 22 %).

Figure 5 – Répartition des effectifs durant la 2ᵉ quinzaine de mars 2020 selon les situations d’emploi

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Figure 5 – Répartition des effectifs durant la 2ᵉ quinzaine de mars 2020 selon les situations d’emploi (en %) - Lecture : dans l’Ouest, 31 % des salariés ont travaillé sur site durant la seconde quinzaine de mars 2020.
Ouest Sud-Est Sud-Ouest Île-de-France Nord-et-Est France
Sur site 30,8 30,6 31,1 21,5 31,7 28,9
Télétravail 11,3 13,5 10,6 24,4 9,9 14,3
Chômage partiel 43,8 43,4 44,5 44,6 45,0 44,3
Arrêt maladie 7,3 6,9 6,9 5,2 7,4 6,7
Congés 6,0 4,3 5,4 3,1 5,1 4,7
Autres 0,9 1,3 1,5 1,2 0,9 1,2
  • Lecture : dans l’Ouest, 31 % des salariés ont travaillé sur site durant la seconde quinzaine de mars 2020.
  • Champ : France, sociétés de 10 salariés ou plus ; sauf pour le commerce de détail, sociétés de 5 salariés ou plus.
  • Source : Insee, enquête Impact de la crise sanitaire sur l’activité et l’organisation des sociétés 2020.
Publication rédigée par : Catherine Souquet (Insee)

Sources

Les résultats présentés ici proviennent de l’enquête Impact de la crise sanitaire sur l’organisation et l’activité des entreprises, réalisée au 4ᵉ trimestre 2020 auprès de 50 000 sociétés en France. Cette enquête a pour objectif de mesurer, en avance sur les sources usuelles et en complément des indicateurs traditionnels, l’impact de la crise de la Covid-19 sur l’activité des entreprises et leur organisation.

L’enquête porte sur tous les secteurs hors agriculture et secteur financier, soit les sections B (industries extractives) à S (autres activités de services) sauf section K (activités financières et d’assurance). L’unité enquêtée est l’unité légale. En matière d’effectifs, l’enquête vise toutes les unités légales de 10 salariés ou plus, sauf pour le commerce de détail où les unités sont interrogées à partir de 5 salariés.

Les résultats sont donnés en pourcentage du nombre de sociétés (unités légales).

Définitions


Pour des questions de robustesse, les régions administratives françaises ont été regroupées en cinq grandes zones ou territoires :

- Ouest : Pays de la Loire, Bretagne, Normandie, Centre-Val de Loire ;

- Sud-Ouest : Nouvelle-Aquitaine, Occitanie, Départements d’Outre-Mer (DOM) ;

- Sud-Est : Provence-Alpes-Côte d’Azur, Auvergne-Rhône-Alpes, Corse ;

- Île-de-France ;

- Nord-et-Est : Hauts-de-France, Grand Est, Bourgogne-Franche-Comté.