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Insee Flash Réunion · Mars 2021 · n° 197
Insee Flash RéunionEncore loin d’une égalité entre les femmes et les hommes

Claire Grangé (Insee)

À La Réunion, les femmes restent particulièrement éloignées de l’emploi. Seules 42 % d’entre elles travaillent et lorsqu’elles travaillent, elles sont plus souvent à temps partiel, le plus souvent subi, et gagnent moins que les hommes. Elles accèdent encore peu aux postes à responsabilités et, en politique, elles sont peu souvent maires ou présidentes d’un exécutif. Pourtant, elles réussissent mieux à l’école, mais peinent à diversifier leurs débouchés. Moins insérées professionnellement, les femmes ne bénéficient pas pour autant de plus de temps libre. Elles subissent également plus de violences qu’au niveau national. Par ailleurs, les femmes ont particulièrement subi les conséquences du confinement, par les métiers qu’elles exercent et le surcroît de tâches domestiques et de violences.

Insee Flash Réunion
No 197
Paru le : Paru le 08/03/2021

À La Réunion, le chemin vers l’égalité professionnelle entre femmes et hommes est encore long. Ainsi, alors qu'elles représentent 52 % de la population en âge de travailler, elles n’obtiennent que 44 % des revenus salariaux (figure 1). 

Moins en emploi, plus à temps partiel, moins rémunérées

Seulement 42 % des femmes occupent un emploi en 2017, soit 8 points de moins que les hommes. Cet écart a néanmoins diminué en 10 ans : il était de 13 points en 2007. Les Réunionnaises sont également beaucoup moins insérées que les métropolitaines, qui sont 61 % à occuper un emploi.

Lorsqu’elles sont en emploi, les Réunionnaises travaillent nettement plus souvent à temps partiel : 28 % contre 13 % des hommes. La moitié de ces femmes à temps partiel sont en situation de sous-emploi subi : elles souhaiteraient travailler davantage.

En plus d’un temps de travail réduit, leur salaire horaire net est plus faible. Elles touchent ainsi en moyenne 12,5 euros de l’heure, contre 13,4 euros pour les hommes, soit un écart de 7 % contre 16 % dans l’Hexagone. Ce moindre écart sur l’île est lié en partie à une plus forte part d’emplois publics, aux rémunérations moins inégalitaires. Par ailleurs, les emplois de cadre, dans lesquels les femmes sont beaucoup moins bien rémunérées que les hommes (- 19 %), sont moins fréquents à La Réunion.

Une parentalité plus précoce et plus fréquente que dans l’Hexagone augmente la difficulté d’insertion des Réunionnaises sur le marché du travail. Pour celles qui travaillent, les revenus salariaux inférieurs augmentent le risque de difficultés financières. À La Réunion, une femme sur cinq vit seule avec ses enfants, et 61 % d’entre elles vivent sous le seuil de pauvreté.

Figure1Part de femmes dans l’emploi et en politique à La Réunion

en %
Part de femmes dans l’emploi et en politique à La Réunion (en %)
Part de femmes
Femmes dans l’emploi
Dirigeantes d’entreprises de 10 salariés ou plus 24
Encad. Sup. ou de direction dans la fonction publique 26
Entrepreneures 37
Femmes dans la vie politique
Députées et sénatrices 45
Maires 17
Présidentes de collectivités territoriales* 0
Femmes de 15 à 64 ans dans la population 52
  • * Conseils régional et départemental, conseils communautaires (5 EPCI), chambres consulaires (CCI, CMA, Chambre d’agriculture).
  • Sources : Insee, RP 2017, Base non salariés 2018, Siasp 2018 ; SSMSI, RNE au 02/2021.

Figure1Part de femmes dans l’emploi et en politique à La Réunion

  • * Conseils régional et départemental, conseils communautaires (5 EPCI), chambres consulaires (CCI, CMA, Chambre d’agriculture).
  • Sources : Insee, RP 2017, Base non salariés 2018, Siasp 2018 ; SSMSI, RNE au 02/2021.

Rarement des postes à responsabilités

Moins souvent en emploi, les femmes occupent en outre rarement des postes à responsabilités. Par exemple, seules un quart d’entre elles dirigent des entreprises de 10 salariés ou plus, et seules un quart occupent un des quelques 200 emplois d’encadrement supérieur ou de direction dans la fonction publique à La Réunion. De plus, seules 37 % des entrepreneurs sont des femmes.

Les femmes sont également moins présentes en politique. Conformément à l’application des lois sur la parité, elles sont dorénavant aussi nombreuses que les hommes parmi les élu·es des collectivités territoriales. En revanche, peu d’entre elles accèdent aux fonctions les plus prestigieuses : 17 % de femmes parmi les maires élu·es en 2020, aucune femme présidente au sein de la Région, du Département, des trois chambres consulaires ou des cinq communautés de communes (EPCI). À l’inverse, les femmes sont mieux représentées parmi les députés et sénateurs : cinq femmes pour six hommes.

Meilleures à l’école, mais dans moins de filières

Les femmes réussissent pourtant mieux à l’école : 28 % de celles âgées de 25 à 54 ans détiennent un diplôme supérieur au bac, contre 23 % des hommes. Ces chiffres sont proches de ceux de l’Hexagone d’il y a 20 ans. En 2017, 45 % des femmes et 38 % des hommes sont diplômés du supérieur dans l’Hexagone.

Mais durant leurs études supérieures, les femmes sont moins présentes dans les filières scientifiques qui peuvent offrir de meilleurs débouchés. À la rentrée 2018, seuls 42 % des étudiants en filière « sciences » hors santé à l’université de La Réunion sont des femmes. Au contraire, les femmes sont majoritaires parmi les étudiants en médecine (61 %).

Sur le marché du travail, les femmes peinent aussi à diversifier leurs débouchés, ce qui renforce la concurrence : entre 25 et 54 ans, la moitié de leurs emplois sont répartis sur 8 familles professionnelles, contre 15 pour les hommes (respectivement 12 et 19 dans l’Hexagone). À La Réunion, 9 % des femmes en emploi sont enseignantes, qui est la profession la plus représentée. Par ailleurs, 27 % d’entre elles occupent des postes peu valorisés d’agente d’entretien, d’aide à domicile ou aide ménagère, de vendeuse, d’aide soignante ou d’infirmière.

Ces professions où les femmes sont surreprésentées ont été particulièrement mobilisées en 2020 pendant le 1er confinement : 23 % des travailleuses françaises ont déclaré que leur temps de travail a augmenté durant cette période, contre 15 % des travailleurs.

Moins de temps libre pour les femmes

Bien qu’elles soient moins souvent en emploi, les femmes n’ont pas pour autant plus de temps libre : 5h40 par jour, soit 3/4 d’heure de moins que les hommes en 2010 (figure 2). 

Figure2Durée quotidienne moyenne des activités des femmes et des hommes à La Réunion

en heures
Durée quotidienne moyenne des activités des femmes et des hommes à La Réunion (en heures)
Hommes Femmes
Transport (hors trajet domicile-travail) 00h54 00h55
Temps professionnel et de formation * 03h03 02h11
Temps domestique 02h16 03h45
Temps libre (loisirs et sociabilité) 06h23 05h37
Temps physiologique(sommeil, repas, toilette) 11h21 11h30
  • * Moyennes par jour, yc. samedi, dimanche et congés ; il faut multiplier par 7 pour obtenir la durée hebdomadaire de travail.
  • Champ : personnes de 15 ans ou plus à La Réunion.
  • Source : Insee, enquête Emploi du temps 2009-2010.

Figure2Durée quotidienne moyenne des activités des femmes et des hommes à La Réunion

  • * Moyennes par jour, yc. samedi, dimanche et congés ; il faut multiplier par 7 pour obtenir la durée hebdomadaire de travail.
  • Champ : personnes de 15 ans ou plus à La Réunion.
  • Source : Insee, enquête Emploi du temps 2009-2010.

Les femmes regardent un peu plus la télévision, mais elles passent deux fois moins de temps à jouer ou à surfer sur internet, et quatre fois moins de temps à pratiquer une activité sportive. D’ailleurs, seulement un tiers des licenciés sportifs sont des femmes, comme dans l’Hexagone.

Si les femmes ont moins de temps libre, c’est qu’elles consacrent nettement plus de temps aux tâches domestiques (ménage, cuisine, linge, courses, s’occuper des enfants ou des adultes, etc.) : 3h45 par jour, soit 1h30 de plus que les hommes. L’écart est le même parmi les salarié·es. Lors du 1er confinement de 2020, 19 % des Françaises déclaraient avoir consacré au moins 4 heures par jour aux tâches domestiques, soit deux fois plus que les hommes.

Des violences plus fréquentes à La Réunion

Les violences intrafamiliales mesurées à partir des dépôts de plainte sont plus répandues dans les Drom. En 2018, 25 femmes sur 10 000 ont été victimes de crime ou délit commis au sein du couple et enregistrés par les forces de sécurité à La Réunion. C’est plus que dans l’Hexagone (18 pour 10 000) et que dans toutes les régions métropolitaines. Les Réunionnaises sont aussi plus souvent victimes de crimes et délits sexuels enregistrés hors cadre conjugal : 11 femmes sur 10 000 contre 9 dans l’Hexagone. C’est le triste record régional, à l’exception de la Guyane (13 pour 10 000).

En 2020, dans un contexte de pandémie et de confinement, mais aussi de libération de la parole, les violences déclarées ont augmenté, encore plus à La Réunion que dans l’Hexagone : + 4,6 % pour les coups et blessures volontaires et + 3,5 % pour les violences sexuelles à La Réunion.

ENCADRÉ - Égalité femmes-hommes : 1 des 17 objectifs de développement durable

L’Organisation des Nations unies (ONU) a défini 17 objectifs à l’horizon 2030. L’objectif 5 vise à parvenir à l’égalité entre les femmes et les hommes en :

- mettant fin à toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes et des filles, notamment en matière de rémunération ou d’accès à toutes les filières professionnelles ;

- éliminant de la vie publique et de la vie privée toutes les formes de violence faite aux femmes et aux filles ;

- veillant à ce que les femmes participent pleinement et effectivement aux fonctions de direction à tous les niveaux de décision, dans la vie politique, économique et publique, et y accèdent sur un pied d’égalité.

Publication rédigée par : Claire Grangé (Insee)

Sources

Insee : les caractéristiques de l’emploi sont issues du Recensement de la population ; les déclarations annuelles de données sociales détermine le montant des salaires (DADS) ; la base non salariés détermine le profil des entrepreneurs et la source Siasp les postes à hautes responsabilités dans la fonction publique ; l’enquête Emploi du temps détermine les durées moyennes d’activité.

L’enquête Épidémiologie et conditions de vie (EpiCov), mise en place par la Drees, l’Inserm, Santé Publique France et l’Insee dans le contexte de la pandémie de Covid-19 permet de déterminer l’impact de la crise sur les populations.

Le service statistique du ministère de l’intérieur (SSMSI) mesure les violences et le répertoire national des élus (RNE) fournit la représentation des femmes et des hommes en politique.

Le ministère des Sports détermine le nombre de licenciés sportifs.

Pour en savoir plus

Barhoumi M., Jonchery A., Lombardo P., Le Minez S., Mainaud T., Pailhé A., Pollak C., Raynaud É., Solaz A., «  Les inégalités sociales à l’épreuve de la crise sanitaire : un bilan du premier confinement », Insee Références,, décembre 2020.

Barnardi V., Hama S., «  Les victimes du sexisme en France », SSMSI Interstats Analysen° 25, mars 2020

Grangé C., «  Plus de femmes cadres mais peu de dirigeantes », Insee Flash Réunion n° 124, mars 2018.

«  La déclinaison française des indicateurs de suivi des objectifs de développement durable », Rapport du groupe de travail du Cnis, juin 2018.

« Indicateurs régionaux sur les inégalités entre les femmes et les hommes », Insee.fr, mise à jour annuelle.

«  Indicateurs territoriaux de développement durable », Insee.fr, mise à jour annuelle.